thumb|Lampe de luminothérapie photographiée de nuit.|alt= thumb|Lampe de luminothérapie en journée.|alt= La luminothérapie est un traitement médical utilisé dans la prise en charge des troubles du rythme circadien et des dépressions, qu'elles soient saisonnières ou non. Elle consiste à exposer les yeux à une lumière vive, d'intensité et de spectre lumineux spécifique proche de la lumière solaire.
Historique C'est en 1984 que l'utilisation de la luminothérapie en psychiatrie clinique fait sa première apparition pour soigner la dépression saisonnière. Cette découverte est faite par Norman E. Rosenthal et ses collègues du National Institute of Mental Health aux États-Unis Rosenthal NE, et al. Seasonal affective disorder. A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy. Arch Gen Psychiatry. 1984 Jan;41(1).
Depuis, de nombreuses études explorent cette voie pour la lutte contre certains troubles du sommeil et/ou le traitement des dépressions saisonnières Tuunainen A, Kripke DF, Endo T. Light therapy for non-seasonal depression. Cochrane Database Syst Rev. 2004(2):CD004050.
En 2006, l'Association Américaine de Psychiatrie reconnait officiellement la luminothérapie comme un traitement efficace, contre la dépression saisonnière et certains troubles du sommeil American Psychological Association, June 26, 2006 https://www.apa.org/research/action/light.
En 2007, plusieurs méta-analyses confirment les effets bénéfiques de la luminothérapie en tant qu'aide à la guérison des dépressions (dépression périnatale y compris, à condition que l'intensité lumineuse soit suffisante).
Mode d'action Durant l'automne et l'hiver, le taux d'ensoleillement en journée étant moindre, les niveaux de sérotonine baissent et la mélatonine augmente, donnant lieu à des baisses d'énergie. La luminothérapie simule l'exposition à la lumière solaire et a des effets similaires à cette dernière, ce qui va influer sur les rythmes circadiens, diminuer la sécrétion de mélatonine et augmenter celle de sérotonine.
Type de lumière utilisée Il s'agit du spectre lumineux solaire, mais débarrassé des ultraviolets (UV) qui sont nuisibles pour la peau et la cornée. La thérapie est généralement efficace à partir d'une intensité lumineuse de 10 000 lux pendant 30 minutes/jour. L'intensité lumineuse doit atteindre un certain seuil : en 2024, une revue d'étude a confirmé qu'une luminothérapie légère n'a pas modifié significativement les scores de dépression chez les femmes souffrant de dépression périnatale, alors qu'avec , elle a été associée à une augmentation substantielle des taux de rémission.
Des spécialistes ont émis des réserves quant à la nouvelle technologie à diodes électroluminescentes qui utilise des longueurs d'onde plus courtes de couleur bleutée Remé C, A Wenzel et C Grimm, « » Chronobiol Int. 2003;20:1186-1187. Il apparaît que la lumière bleue utilisée à long terme pourrait provoquer l'apoptose (mort cellulaire) dans la rétine. Il est donc plus prudent d'utiliser des lampes modernes obéissant aux normes de sécurité.
La chaleur dégagée par une lampe à lumière blanche est la même que celle d’une lampe ordinaire. Lorsqu'on utilise un tel appareil, plus la quantité de lux est élevée, moins le traitement est long. Par exemple, il faut s’exposer 30 minutes avec une lampe qui émet , et 60 minutes si elle en émet . Plus on se tient loin de l'appareil, plus on doit prolonger l’exposition.
Action directe sur les rythmes biologiques cérébraux et la sécrétion de mélatonine La luminothérapie peut avancer ou retarder l'horloge biologique, en fonction de l'heure d'exposition. Typiquement : tôt le matin, elle tend à faire avancer l'horloge biologique, et tard le soir ou dans la nuit, elle la retarde.
La sécrétion de mélatonine est stoppée par l'exposition à la lumière bleue, ce qui rend l'administration tard le soir retarde la sécrétion de mélatonine. La mélatonine ayant un effet hypnotique léger, la luminothérapie permettrait un réveil amélioré et une meilleure vigilance lors de son utilisation en cas de travail de nuit.
Les recherches suggèrent que le métabolisme de la mélatonine serait déréglé chez les personnes souffrant de dépression saisonnière Pacchierotti C, Iapichino S, et al. Melatonin in psychiatric disorders: a review on the melatonin involvement in psychiatry. Front Neuroendocrinol. 2001 Jan;22(1):18-32. Synthèse d’études. Chez ces individus, il est observé un taux de mélatonine particulièrement élevé durant le jour Karadottir R, Axelsson J. Melatonin secretion in SAD patients and healthy subjects matched with respect to age and sex. Int J Circumpolar Health. 2001 Nov;60(4):548-51. Ceci expliquant la fatigue durant la journée. La stimulation, le matin, des cellules ganglionnaires de la rétine (photorécepteurs non-imageants) permet de bloquer la transformation de la sérotonine en mélatonine durant le jour Pizzorno JE Jr, Murray Michael T (Ed). Textbook of Natural Medicine, Churchill Livingstone, États-Unis, 1999, . et donc la sécrétion de la mélatonine par l'épiphyse.
Une dysrégulation de la mélatonine (moindre production), et des relations significatives entre la diminution anormale de l’excrétion urinaire nocturne de la mélatonine et la sévérité des troubles du spectre autistique (troubles du langage verbal et des interactions sociales, notamment), sont aussi observées chez de nombreux autistes. Ce peut être l'une des causes possibles des troubles du sommeil statistiquement plus fréquents chez les personnes autistes. La fréquence ce cette anomalie suggère . Ceci ouvre des perspectives sur de possibles stratégies thérapeutiques à partir de l’administration orale de mélatonine aux patients présentant des troubles autistiques.
Autres mécanismes d'action supposés Elle stimulerait les régions de la base du cerveau et augmenterait le niveau de sérotonine (neurotransmetteur), qui a un effet antidépresseur et régulateur de l'appétit.
Indications Troubles du rythme circadien La luminothérapie est utilisée comme thérapie des troubles du rythme circadien, des troubles où l'horloge biologique est déréglée et n'est plus synchronisée correctement sur le cycle jour-nuit extérieur. Elle permet de remettre à l'heure l'horloge interne du patient présentant des décalages de phases.
Décalage de phase du sommeil et insomnies Les patients atteints d'avance de phase s'endorment tôt et se réveillent tôt. Une séance de luminothérapie en début de soirée retarderait la phase de sommeil. De même, les patients atteints de retard de phase s'endorment tard et se réveillent tard. Une séance le matin avancerait la phase de sommeil.
De la même manière, les insomnies sont fréquemment dues à un dérèglement de la sécrétion de mélatonine (une neurohormone sécrétée par la glande pinéale, uniquement la nuit ou dans le noir). Ces insomnies peuvent souvent être traitées par la luminothérapie.
Travail de nuit Des études montrent l'efficacité de la luminothérapie chez les travailleurs de nuit, qui sont fortement impactés par les troubles du dérèglement du rythme circadien.
Décalage horaire Le déplacement vers un pays situé dans un fuseau horaire différent va modifier le rythme circadien de l'individu. Ce phénomène résulte du déséquilibre entre l'horloge biologique interne et les nouveaux repères temporels environnants. Les individus traversant plusieurs fuseaux horaires peuvent éprouver des perturbations dans leur sommeil, leur vigilance et leur performance cognitive, principalement lorsque le voyage est effectué vers l'est (le cycle est alors « avancé »).
Une étude a montré qu'une exposition de 3h30 après le réveil, permet en 3 jours une réadaptation de 2h, contre une demi-heure seulement sans. L'American Academy of Sleep Medecine recommande donc l'utilisation de la luminothérapie pour réadapter le rythme circadien après un voyage sur plusieurs fuseaux horaire.
Dépression La luminothérapie est utilisée comme traitement de la dépression, saisonnière ou non. Son indication première est le traitement des dépressions dites saisonnières, qui apparaissent de manière cyclique lors de l'hiver et qui présentent des symptômes différents des dépressions non saisonnières.
Environ 20% de la population est touchée par des symptômes modérés de dépression saisonnièreLavoie, M-P, Du soleil plein la tête : Démystifier le trouble affectif saisonnier et ses traitements. Édition Quebecor, 2009, les femmes étant plus concernées que les hommes. Il a été démontré que la luminothérapie est efficace dans le cas de dépression hivernale, à partir d'une exposition de 30 minutes par jour à 10 000 lux.
Dans le cas des dépressions non saisonnières, la luminothérapie est plus efficace en association avec un antidépresseur.., mais ses effets sont démontrés si elle est utilisée seule. L'association avec les antidépresseurs permettrait de raccourcir leur délai de réponse et, même dans certains cas, de diminuer le dosage des médicaments. Utilisée en fin de traitement, la luminothérapie permettrait d'allonger la période de « bien-être » du patient.
États dépressifs avant et après accouchement Les femmes sont plus à risques de dépression pendant la grossesse. Pendant la période de gestation, les médecins évitent autant que possible l'utilisation de médicaments (effets tératogènes, effets abortifs…). De plus, un grand nombre de patientes présentent un état dépressif après l'accouchement (baby blues). Des séances de luminothérapie commencées pendant la grossesse et poursuivies après l'accouchement amélioreraient l'état dépressif ante- et post-partum.
Fatigue dans la sclérose en plaques et dans la maladie de Parkinson Une séance de luminothérapie matinale pourrait améliorer les états de fatigue intenses que connaissent les personnes atteintes de sclérose en plaques ou de la maladie de Parkinson.
Personnes âgées et démence sénile Les personnes âgées présentent également des symptômes d'insomnies, de fatigue en journée, et des syndrômes confusionnels, qui peuvent être mitigés par des séances de 30 minutes à 2 heures de luminothérapie, de 2500 à 10000 lux.
Dans la maladie d'Alzheimer Les états cognitifs et perturbation des cycles sommeil-éveil dans la maladie d'Alzheimer sont dus à une dégénérescence des cellules de l'horloge biologique à cause de la maladie. En début de maladie, lorsque l'horloge biologique est encore active, l'état général du patient pourrait être amélioré en l'exposant à une séance matinale de luminothérapie, car la lumière améliorerait la synchronisation des rythmes biologiques.
Des études contradictoires démentent néanmoins ces effetsLight therapy for improving cognition, activities of daily living, sleep, challenging behaviour, and psychiatric disturbances in dementia .
Prise ou perte de poids Durant l'hiver, on constate un attrait pour la nourriture sucrée, qui est dû à un manque de sérotonine. Ces besoins peuvent être mitigés par des séances de luminothérapie, et montrent des effets de réduction de après 3 semaines d'exposition.
Une étude menée sur cinq femmes, souffrant d'anorexie mentale, soumises à 5 expositions par jour d’une demi-heure, n'a pas montré de prise de poids. Une baisse des symptômes de dépression et d'anxiété a été constatée mais sans persistance sur la durée.
Abstinence alcoolique Des symptômes de sevrage à l'alcool tels que l'insomnie peut également être traités par luminothérapie.
Effets secondaires La contre-indication majeure à la luminothérapie concerne la sensibilité à la lumière induite par des maladies touchant la rétine (souvent due au diabète), et l'usage de médicaments photosensibilisants tels que les sels de lithium ou les neuroleptiques dérivés de phenothiazine, ou encore certains antibiotiques..
En début de traitement, de légers maux de tête et de l'insomnie surviennent parfois, mais sont temporaires. Selon l'intensité de la lumière et si elle contient des UV ou non, une accélération du vieillissement de la peau peuvent être induits.