Ángelos Sikelianós (en grec moderne : ; Leucade 1884 - Athènes 1951) était un des plus importants poètes grecs. Parti de la grande tradition lyrique et tragique grecque, il aboutit à la synthèse du paganisme et du christianisme dans le cadre d'une harmonie universelle qui dissipe tous les conflits.

Biographie

L'enfance (1884-1900)

Ángelos Sikelianós est le septième et dernier enfant d'Ioánnis Sikelianós (1831-1910) et de Charíklia Stefanítsis (1847-1926). Son père est professeur de français et d'italien, et sa mère est elle-même une femme instruite. Ses origines le rattachent, du côté paternel, à saint Dionysios de Zante (né en 1547), et du côté maternel, au grand écrivain et poète Aristotélis ValaorítisΆγγελος Σικελιανός, Γιατί βαθιά μου δόξασα, Υπουργείο Πολιτισμού, Εθνικό Κέντρο Βιβλίου (2001) σελ. 3.. Il connaît une enfance heureuse, s'épanouissant au contact de la nature préservée et verdoyante de l'île de Leucade, et dans l'atmosphère culturelle où il baigne en famille.

Après avoir achevé ses études primaires, il s'inscrit en 1896 au Lycée de Leucade et dès cette époque, commence à composer des vers. Il achève ses études secondaires en 1900 sans se présenter à l'examen de fin d'études ; il raconte lui-même qu'il a éprouvé soudainement le désir de contempler l'Olympe.

La naissance d'un artiste (1900-1913)

Bien qu'inscrit à la faculté de droit de l'université d'Athènes, il n'en suit pas les cours. C'est le monde de l'art qui l'attire, d'abord par le biais du théâtre : le , il interprète un des membres du chœur dans l’Alceste d'Euripide, où sa sœur Hélène joue le rôle de la servante. Le suivant, tous deux montent à nouveau sur les planches, dans Le canard sauvage d'Ibsen, où Àngelos Sikelianós joue un rôle secondaire, tandis que sa sœur interprète le rôle féminin de Guina. Ils renouvellent l'expérience le en interprétant la Locandiera de Goldoni. Il passe le mois de à Leucade. Les premiers poèmes sont publiés dans la revue Dionysos en , sous le titre français de Ballades, et en septembre, il publie Ars minimi dans la revue Panathénées. Il revient au théâtre l'année suivante avec la représentation de La navette d'Henri Becque, et la comédie d'A.Bilhaud, La dernière de toutes. L'année 1904 voit la publication d'une série de poèmes dans plusieurs revues, Numa, Panathénées, La Muse, Vie et Akritas. Durant l'été 1905, il voyage en compagnie de son beau-frère, le poète Spylios Pasayannis ; ils se rendent sur le mont Taygète, vivant quarante jours dans une cabane faite de branches de sapin. Il dédie à son beau-frère le poème L'étranger, publié dans la revue Numa. thumb|left|Raymond Duncan et son épouse Pénélope Sikelianou, vêtus à l'antique, en 1912.En , chez Isadora Duncan, à Výronas sur les pentes du mont Hymette, il entre en contact avec une colonie d'expatriés américains qui ont décidé de vivre comme les Grecs de l'Antiquité, et de s'habiller de tuniques drapées à l'ancienne. Cette communauté cultive le chant, la danse, la poésie byzantine, dans une atmosphère de mysticisme qui joue un rôle important dans le refus de l'intellectualisme et du rationalisme par Sikelianós. Là, il fait la connaissance d'une jeune Américaine, Evelina Courtland Palmer, étudiante en archéologie grecque et chorégraphie à Paris. Venue en Grèce avec Pénélope Sikelianou (une des sœurs du poète) et Raymond Duncan parce qu'elle a été touchée par un poème d'Άngelos Sikelianόs, la jeune Evelina n'a qu'un désir : connaître le poète. Elle entre rapidement dans sa vie, le recommande par lettre à la comtesse Pasolini, à Rome, et ils voyagent ensemble à Rome, à Paris et en Égypte. Au printemps 1907, c'est dans le désert de Libye, dit-on, que Sikelianόs aurait composé en une semaine son premier grand recueil de poésie lyrique, Le Visionnaire, Le terme grec concentre en lui plusieurs notions, celles de pur, naïf, marqué par le destin, et ravi au sens provençal du terme. Il désigne un mélange d'élection surnaturelle et d'inadaptation à la vie. L'idée de prédestination l'emporte dans le poème de Sikélianos.. À l'été 1907, il compose aussi les Rhapsodies de la mer Ionienne. Après un bref séjour à Paris, Eva et Sikelianόs se marient le à Bar Harbor dans le Maine aux États-UnisArchives de Saint Saviour's Church.. À leur retour en Grèce, ils s'installent à Leucade.

À l'occasion du passage de l'empereur Guillaume II à Leucade, Sikelianόs compose un article qui paraît le dans le journal l’Éclair. La même année, l'écrivain Aristos Kambánis publie l'éloge du recueil Le Visionnaire, dans une revue d'Alexandrie. Sikelianόs devient en l'un des tout premiers membres de la Compagnie folklorique grecque fondée par l'écrivain Nikόlaos Polítis. Pour assurer la promotion du recueil Le Visionnaire, publié dans une édition de luxe en , Sikelianόs donne trois conférences, intitulées Proclamation d'héroïsme, Le grand Pan et l'Ulysse d'Homère. La voie que le poète cherchait depuis 1902 entre symbolisme et esthétisme, mais aussi chez Dionysios Solomos, est enfin trouvée. Certains critiques se montrent enthousiastes devant cette œuvre novatrice, mais le poète essuie aussi des « remarques stupides », selon lui, auxquelles il répond dans la revue Numa avec l’Ode de l'adieu, le Άγγελος Σικελιανός, op. cit. .. Un enfant naît au foyer d'Ángelos Sikelianós, en , le petit garçon est prénommé Glafkos. Mais le poète continue de publier, d'abord une étude sur l'œuvre de Gabriele D'Annunzio, Peut-être oui, peut-être non, en , puis deux poèmes, Thrène apollinien et Hymne delphique. L'année 1911 marque le retour au théâtre. Sikelianós, Eva, ainsi que deux des sœurs du poète, sont à Paris, et jouent, au Châtelet puis au Trocadéro, Electre de Sophocle dans sa version originale. Eva interprète le rôle de Chrysothémis, tandis que Raymond Duncan joue Egisthe. À Rome, en 1911, il connaît son premier baptême de l'air, et en est enthousiasmé. De retour à Paris en 1912, Sikelianós rend visite à Auguste Rodin dans son atelier, et tire de cette rencontre la matière de deux articles, Mes conversations avec Rodin, et peu après, Suite de ma conversation avec Rodin, avec des notes sur l'esthétique. Au début du mois d'octobre, la première guerre balkanique éclate et Sikelianόs est mobilisé. Il sert comme soldat sur le front, expérience qui lui inspire plusieurs poèmes, entre autres La guerre et Prière pour Ioannina. Le , à l'occasion de l'accession au trône de Grèce du nouveau roi Constantin , il compose le poème intitulé Le Couronnement. Libéré de ses obligations militaires en novembre, il séjourne à Olympie jusqu'à la fin de l'année.

Le temps des voyages et de la maturité (1914-1924)

Tout en poursuivant la composition de nouveaux poèmes, Sikelianόs entame une série de voyages à travers la Grèce, visitant Méga Spylaion, Patras, Xylókastro et le mont Athos. Il effectue pour la deuxième fois un vol en avion, dont il retranscrit les impressions dans le sonnet intitulé En vol, publié dans la revue Vie nouvelle. Le , il fait la connaissance de Níkos Kazantzákis : entre eux, c'est d'emblée l'amitié et la sympathie, « ils se reconnaissent immédiatement comme frères », selon le témoignage de Pantelís Prevelákis. Ils séjournent dans la maison de campagne de Sikelianόs à Sykia, dans le nome de Corinthie, et visitent ensemble le mont Athos, en tenant un journal. Puis viennent les excursions en Attique et surtout dans le Péloponnèse. En , depuis Sparte, ils adressent conjointement un télégramme de « respectueuse salutation » à Elefthérios Venizélos au moment où celui-ci éprouve de graves difficultés avec le roi Constantin . Les œuvres majeures voient progressivement le jour : d'abord La conscience de ma Terre et La conscience de ma Race, plus tard intégrées dans le recueil Prologue à la Vie. Sikelianόs commence aussi la rédaction du poème Mère de Dieu et d’Asclépios, drame mystique selon Eva. Le blocus d'Athènes organisé par les Puissances de l'Entente en 1916 contre Constantin lui inspire le poème L’enfer de la famine. La même année est publiée la troisième partie du Prologue à la Vie, sous le titre La conscience de la Femme, bientôt suivie par la quatrième partie, La conscience de la Foi. Les voyages se poursuivent en 1917 en compagnie de Kazantzakis : en , ce dernier veut mettre en valeur à Prastova, dans le Magne, une mine de lignite, avec comme contremaître Georges Zorba, le héros du futur roman Alexis Zorba. En 1917, ému par la mort d’Auguste Rodin, Sikelianόs consacre au sculpteur un article qui paraît en dans la revue alexandrine Lettres. Il commence aussi la rédaction du grand poème Pâques des Grecs. Toujours en compagnie de Kazantzakis, il séjourne à Spetses et à Epidaure, et en , au monastère du Prophète Élie à Amphissa. En 1920, Sikelianόs est au monastère saint Séraphim, à propos duquel il écrit Le martyre du bienheureux Séraphim à Hélicon. Cette religiosité du poète se confirme encore avec le pèlerinage entrepris du 2 au aux lieux saints ; il s'agit pour Sikelianόs de vivre une authentique expérience spirituelle sur les pas du Christ, afin de compléter le poème Pâques des Grecs, resté cependant inachevéΆγγελος Σικελιανός, op. cit. et 7.. Jusqu'en , Sikelianόs et Kazantzakis se rendent sur les sites archéologiques du Péloponnèse et d'Attique, et au printemps, ils séjournent à Sykia, Zemenó, et dans les Cyclades. À partir de 1923, l'idée de la fraternité universelle, prélude aux célébrations delphiques des années suivantes, commence à prendre forme dans l'esprit du poète. À cet effet, il prépare une série de conférences données dans l'amphithéâtre de la Faculté de droit d'Athènes, qui suscitent l'enthousiasme des étudiants. Souhaitant semer aussi sa bonne parole en Union soviétique, il prévoit d'y faire un voyage en compagnie d'Eva, mais le voyage n'a finalement pas lieu.

L'esprit de Delphes (1925-1932) thumb|La maison de Sikelianós à Delphes, aujourd'hui transformée en musée.