La Compagnie des mines de Nœux est une compagnie minière dépendant de la Compagnie des mines de Vicoigne qui exploitait la houille dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, grâce à des puits établis à Nœux-les-Mines, Hersin-Coupigny, Barlin, Labourse, Verquin, et dans une moindre mesure, Bouvigny-Boyeffles, Fouquières-lès-Béthune et Béthune. Des puits ont même été tentés sans succès à Ruitz et à Houchain.
La première fosse commence à produire en 1852. D'une construction moderne, elle permet à la Compagnie de se développer assez rapidement, et d'ouvrir huit fosses en cinquante ans. Les fosses qui ont suivi étant placées dans les parties nord et sud de la concession n'ont pas connu un tel succès mais ont toutefois servi à l'aérage des travaux des autres fosses.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Compagnie des mines de Nœux est nationalisée en 1946 et fait dès lors partie, avec la Compagnie des mines de Béthune, du Groupe de Béthune. Un siège de concentration moderne, la fosse - 13 bis, est alors construit à Sains-en-Gohelle et reprend peu à peu l'exploitation des gisements des autres fosses. L'extraction sur la concession dans le Groupe finit en 1972, avec la fermeture de la fosse - 13 bis. Le dernier puits remblayé de l'ancienne Compagnie de Nœux est le 7 bis, en 1979, après avoir assuré l'aérage pour le siège de concentration du Groupe de Bruay.
Des fosses il ne subsiste que quelques bâtiments disséminés sur les anciens carreaux, aucun chevalement n'a été sauvegardé. La majorité des terrils a été exploité, toutefois, un des terrils de la fosse - 3 bis a été reconverti en piste de ski synthétique. Le chevalement du puits a été démonté puis réinstallé à la fosse de l'Escarpelle où il a été préservé après la fermeture de la fosse en 1990.
Historique
Avant 1880
Première Idée de recherches en 1845 au-delà de Douai
La Compagnie des mines de Vicoigne possède la concession des mines de Vicoigne, près de Valenciennes, qui lui a été accordée par ordonnance royale du . Cette concession ne renferme que des houilles maigres, anthraciteuses, dont l'exploitation, quoique conduite avec beaucoup d'intelligence, ne peut prendre un développement de quelqu'importance et ne donner que des résultats assez médiocres.
M. de Bracquemont est directeur de la Compagnie de Vicoigne depuis un an à peine, lorsque dans un rapport adressé au conseil d'administration de cette Compagnie en 1845, il explique les considérations rappelées ci-dessus, et émet l'opinion que le bassin houiller du Nord ne s'arrête point à Douai, comme on paraît le croire à cette époque. Il propose en conséquence au dit conseil, d'exécuter des recherches pour déterminer ce prolongement de bassin houiller.
Cette proposition n'a pas eu de suite d'abord, mais dans sa séance du , le conseil d'administration de Vicoigne se pose de nouveau la question de savoir si ce n'est pas le cas de procéder aux recherches conseillées par son Ingénieur. La solution de cette question a alors été ajournée. Elle n'est reprise que plus tard, sur un nouveau rapport de M. de Bracquemont, du , à la suite duquel la Compagnie de Vicoigne entreprend une série de sondages qui ont donné lieu à l'institution de la concession de Nœux.
État des recherches en 1850
Voici quel est, d'après ce dernier rapport, la situation en , des recherches entreprises au-delà de Douai, et les conséquences qu'en déduit M. de Bracquemont : De Douai à Lens, tout le terrain est exploré et sera partagé en trois concessions entre les Compagnies de la Scarpe, Douchy, Mulot. Une quatrième Compagnie ayant à sa tête Messieurs Casteleyn, Serive et Tilloy, de Lille, a exécuté à Annay, près de Lens, un forage abandonné après un accident, sans avoir atteint le charbon, et se propose d'entreprendre d'autres travaux, après plus d'un an d'inactivité.
Au mois de juillet, la coupe la plus occidentale perpendiculaire à la direction du terrain houiller a été faite du nord au midi à la hauteur d'Hénin-Liétard. Deux forages exécutés sur la route de Douai à Lens, l'un par la Compagnie de Douchy, l'autre par la Compagnie Mulot, avaient constaté de la houille tout à fait grasse.
À Dourges, plus au nord, le charbon trois quarts gras a été constaté par un forage de la Compagnie Mulot. À Courrières, environ au nord de Dourges, la Compagnie de Douchy a rencontré de la houille sèche comme celle d'Aniche. À Harponlieu, encore plus au nord, le sondage Mulot a rencontré de la houille maigre, mais moins cependant que celle de Vicoigne. À Oignies, dans le parc de De Clercq, du charbon tout à fait maigre a été rencontré.
La Compagnie de Douchy exécute encore deux forages au midi d'Hénin-Liétard qui ne sont pas encore arrivés au terrain houiller, et qui ont pour objet de reconnaître exactement la limite du bassin. L'un est situé à Beaumont, l'autre en un point intermédiaire entre Beaumont et Hénin-Liétard. » De sorte que la coupe de Beaumont à Oignies qui comprend toutes les qualités de houille donne approximativement pour la largeur du bassin .
Des qualités de charbon identiques ont été constatées à l'Est d'Hénin-Liétard par la Compagnie de la Scarpe. Le sondage de Dorignies près de Douai a constaté du charbon complètement gras. Le charbon de la fosse l'Escarpelle est semblable à celui de Courrières, ainsi que celui du Sondage d'Évin. La direction des veines de charbon sec est donnée approximativement par les deux fosses de l'Escarpelle, de Courrières, et le forage d'Évin. C'est donc de Lens à Béthune et au-delà que vous devez porter vos travaux d'exploration. Tout porte à croire que des travaux de recherches pratiqués du nord au midi constateront successivement les différentes qualités de houille.
La Compagnie de Vicoigne se décide alors à entreprendre des recherches dans le Pas-de-Calais, et à établir un premier soudage à Loos, à l'ouest de Lens. Mais avant de rendre compte de ces recherches, il y a lieu de rappeler ce qu'est alors la Compagnie de Vicoigne.
Origine de la Compagnie de Vicoigne
Lors de la fièvre de recherches de houille en 1837, deux Sociétés dites de l'Escaut et de Cambrai se sont formées à Cambrai pour explorer diverses localités du Nord et du Pas-de-Calais.
Dès le commencement de 1838, elles installent plusieurs sondages à Vicoigne, hameau de Raismes, près de la limite septentrionale de la concession d'Anzin, et y découvrent la houille. Elles ouvrent immédiatement des fosses et demandent une concession. À côté d'elles, et en concurrence, viennent s'établir deux Compagnies, celles d'Hasnon et de Bruille, qui ont déjà exécuté de nombreuses recherches sur d'autres points, et dont la dernière, possède déjà deux concessions, Bruille et Château-l'Abbaye, octroyées en 1832 et 1836, et où elles ont dépensé des sommes importantes sans résultats. Une cinquième Société, dite de Vervins, vient aussi s'établir à Vicoigne.
Toutes ces Sociétés se disputent le terrain peu étendu à concéder, et l'administration est fort embarrassée pour démêler les titres de chacune d'elles et y donner satisfaction. Elle invite les quatre Sociétés de l'Escaut, Cambrai, Hasnon et Bruille à se mettre d'accord pour constituer entre elles une Compagnie d'exploitation, à laquelle a été accordée, par ordonnance royale du , une concession de . À cette date il existe déjà à Vicoigne, quatre fosses en activité, numérotées de 1 à 4.
Leur production qui n'est en 1841, que de , s'élève à en 1842. Cette faible quantité suffit cependant pour faire baisser le prix de la houille maigre, à l'hectolitre comble, c'est-à-dire la tonne. La Compagnie d'Anzin qui fournit seule cette sorte de houille a adopté ce dernier prix pensant que l'exploitation de Vicoigne ne pourrait résister longtemps à vendre de la houille à ce taux. Mais le contraire a eu lieu : Anzin perd de l'argent, tandis que Vicoigne en gagne, peu à la vérité. Cette situation ne peut pas durer, et il y est mis fin par l'achat, fait en 1843, par la Compagnie d'Anzin, des propriétés de la Compagnie d'Hasnon, concession de ce nom et des intérêts qu'elle a dans Vicoigne.
Une convention intervient entre la Compagnie d'Anzin et la Compagnie de Vicoigne, par laquelle la première de ces Compagnies reste seule chargée, pendant 99 ans, de la vente des houilles maigres produites par les exploitations de Fresnes, Vieux-Condé et Vicoigne, et fixe la part pour laquelle chacune d'elles entrerait dans le chiffre de la vente, soit Vicoigne pour un tiers, Fresnes et Vieux-Condé pour deux tiers.
On dit que la convention ci-dessus vient d'être résiliée d'un commun accord, et qu'à partir du , chacune des Compagnies d'Anzin et de Vicoigne, restera chargée de la vente des produits de ses exploitations, aux prix et conditions qu'elle jugera le plus convenable à ses intérêts. À la suite de la conclusion de ce traité, les prix des charbons maigres se relèvent, et leur prix n'est plus que de 10 % au-dessous du prix des charbons gras.
La Compagnie de Vicoigne, qui exploite un gisement riche, régulier, dont les travaux sont neufs, exempts de charges, produit de la houille à bas prix, et réalise des bénéfices relativement importants, avec une extraction annuelle qui ne dépasse cependant pas à jusqu'en 1852. Ce sont ces bénéfices qui ont servi à faire face aux dépenses des premiers travaux de la Compagnie dans le Pas-de-Calais.
Après le rachat de la Compagnie d'Anzin des intérêts de la Compagnie d'Hasnon, après l'entente pour la vente des charbons en 1843, les quatre Sociétés propriétaires de la concession de Vicoigne arrêtent les statuts de la Compagnie d'exploitation. dont voici l'analyse :
Statuts
Le , par devant Maître Dubois, notaire à Valenciennes, sont comparus Messieurs Ewbanck, Dubois et Dubois, agissant aux termes des pouvoirs qui leur ont été conférés par les actionnaires de la Société dite de Bruille ; MM. Béry, Boitelle et Soyer, agissant aux termes des pouvoirs qui leur ont été conférés par les actionnaires de la Société dite de Cambrai ; MM. Farez, Lobry et Casteleyn, agissant aux termes des pouvoirs qui leur ont été conférés par les actionnaires de la Société dite de l'Escaut. MM. Lebret et Dupont, agissant en leur qualité de représentants des administrateurs de la Compagnie d'Hasnon ; Lesquels ont dit :
Aux termes d'une ordonnance royale, en date du , une concession de Mines de houille a été accordée sous le nom de concession de Vicoigne, aux représentants des quatre Compagnies réunies. dites de Bruille, de Campai, de l'Escaut et d'Hasnon.
Voulant remplir la mission qui leur a été conférée, les comparants ont arrêté les clauses et conditions suivantes, qui devront régir la Société déjà existante de fait entre les quatre Compagnies, par suite de l'ordonnance précitée. La Société prend la dénomination de Compagnie des mines de Vicoigne. Elle est constituée à compter du . Elle durera jusqu'à l'épuisement des terrains à exploiter. L'apport social est fixé à . Il pourra être porté à quatre millions. Il sera représenté par . Le capital de sera fourni dans le délai de trois mois par les quatre Compagnies, par portions égales. Les seront attribuées par quart à chacune des quatre Compagnies, dites de Bruille, de Cambrai, de l'Escaut et d'Hasnon, Chacune de ces actions restera soumise à un versement de . Les actions seront nominatives. Elles seront soumises au droit de retrait. Elles ne pourront être transportées que par acte sous seing privé ou notarié, dont un double devra être remis au conseil d'administration.