Youssouf Raza Gilani, Youssaf Raza Gilani ou Youssuf Raza Gilani parfois écrit Gillani (en ourdou : یوسف رضا گیلانی), né le à Karachi, est un homme d'État pakistanais. Il est Premier ministre du au .

Il rejoint le Parti du peuple pakistanais en 1988 et sert en tant que ministre sous le gouvernement de Benazir Bhutto jusqu'en 1990. Il a été président de l'Assemblée nationale de 1993 à 1997 sous le second gouvernement de Benazir Bhutto. Condamné pour corruption, il passe cinq années en prison de 2001 à 2006.

Il devient Premier ministre le à la suite des élections législatives de 2008. Après la réforme constitutionnelle d', il devient le premier détenteur du pouvoir exécutif devant le président. Il doit faire face aux difficultés économiques et financières de son pays ainsi qu'à l'insurrection talibane qui prend de l'ampleur dans le Nord-Ouest du pays. Il est destitué de ses fonctions par la Cour suprême le à cause de son refus répété de demander la relance d'une enquête en Suisse pour détournement de fonds concernant le président Asif Ali Zardari.

En , il est élu sénateur pour un mandat de six ans avec l'appui du Mouvement démocratique pakistanais.

Famille et étude Youssouf Raza Gilani est issu d'une famille politique influente de la ville de Multan. Il est membre de l'ethnie saraiki, minoritaire au Pakistan (environ 10 %) et présente dans le sud de la province du Pendjab. Gilani est le premier membre de cette ethnie à occuper le poste de Premier ministre.

Il est marié et a eu une fille et quatre garçons, dont des triplés Profil de Youssouf Raza Gilani, Dawn.com. Consulté le 22 avril 2010. Son plus vieil enfant, Abdul Qadir Gilani, a commencé sa carrière politique à Multan, et a eu un fils avec la petite-fille de Pir Pagara Mardan Shah II. Le , il se présente dans la circonscription de son père, qui a été disqualifié par la Cour suprême un mois auparavant. Il remporte de peu l'élection face à un candidat indépendant soutenu par plusieurs partis d'opposition NA-151 by-elections: Gilani’s son emerges as victor after close battle sur The Express Tribune, le 20 juillet 2012..

Parmi les trois triplés de Gilani, deux font leurs études à Londres et le dernier fait ses études à l'université d'économie de Lahore. Sa fille est mariée à un homme influent de Multan.

Gilani a obtenu une licence et une maitrise en journaliste de l'université du Pendjab en 1976. Il avait terminé ses études secondaires en 1970.

Carrière politique Régime de Zia Après avoir rejoint la Ligue musulmane du Pakistan, il a été ministre durant le régime de Muhammad Zia-ul-Haq. Il a été ministre du Logement d' à , puis ministre des chemins de fer de à . Après la mort de Zia en 1988, il rejoint le parti du peuple pakistanais.

Député national de Multan vignette|200px|Gilani au Forum économique mondial, le .

Gilani a été plusieurs fois élu député à l'Assemblée nationale dans une circonscription de Multan : élu durant les élections de 1988, de 1990 et de 1993. Il perd le scrutin durant les élections de 1997 et n'a pas pu participer à celles de 2002 puisqu'il était en prison. Durant les élections législatives de 2008, il gagne le scrutin en réunissant 54 % des voix contre cinq autres candidats, dont le candidat de la Ligue musulmane du Pakistan (Q), Sikander Hayat Bosan (32 % des voix) NA-151 (Multan-IV), Election Commission of Pakistan.

Gouvernement Bhutto Après les élections législatives de 1988 il devient ministre de la Santé, puis du Logement dans le premier gouvernement de Benazir Bhutto de 1988 à 1990.

De 1993 à 1996, lors du second gouvernement de Benazir Bhutto, il est élu président de l'Assemblée nationale.

Accusations de corruption Après l'arrivée au pouvoir du général Pervez Musharraf en 1999, dans le cadre de l'opération anticorruption visant les élites politiques, il est accusé d'avoir accordé des emplois publics à 350 personnes sans avoir respecté les procédures administratives, il fut aussi accusé d'un usage abusif des voitures et de téléphones de fonction. Condamné, il passe cinq années en prison où il se liera d'amitié avec Asif Ali Zardari, le mari de Benazir Bhutto emprisonné pour huit ans.

Premier ministre

Élections et formation d'un gouvernement de coalition (2008)

vignette|Composition de l'Assemblée nationale en .

Lors des élections législatives de 2008, le Parti du peuple pakistanais remporte les élections mais sans obtenir de majorité absolue. Le , Youssouf Raza Gilani est largement élu Premier ministre par l'Assemblée nationale avec 264 voix, désigné candidat à ce poste le par le Parti du peuple pakistanais (PPP), parti de la défunte Benazir Bhutto Le PPP choisit son candidat au poste de Premier Ministre - BBC News. Il était à la tête d'un gouvernement reposant sur une coalition qui réunissait alors le Parti du peuple pakistanais, la Ligue musulmane du Pakistan (N), deux partis régionaux, le parti national Awami, et le Mouvement Muttahida Qaumi, le parti religieux Jamiat Ulema-e-Islam ainsi que divers petits partis et des députés indépendants. Elle représentait au total 270 des 342 députés de l'Assemblée nationale.

Son mandat était pressenti pour être bref, le temps qu'Asif Ali Zardari soit élu député et donc éligible au poste de Premier ministre.

Depuis, la Ligue musulmane du Pakistan (N) de Nawaz Sharif a quitté la coalition en , puis le Jamiat Ulema-e-Islam la quitte deux ans et demi plus tard, en . La coalition représentait alors 184 sièges à l'Assemblée nationale MQM holds crisis talks after JUI-F quits government, Dawn.com. Consulté le 15 décembre 2010. Le , la Ligue musulmane du Pakistan (Q) (principal rival du PPP en 2008) intègre le gouvernement de coalition et la coalition représente donc désormais 235 sièges à l'Assemblée nationale pour une majorité absolue de 172.

À la tête du gouvernement fédéral, Gilani dit vouloir mener une politique de réconciliation nationale en réunissant dans une large coalition des partis politiques qui ont connu des conflits. Ainsi, le MQM a été en conflit avec le pouvoir et l'armée durant les années 1990, ainsi qu'avec le PPP. Le parti national Awami (ANP) a également été en conflit avec le pouvoir dans les années 1970 où il avait été accusé de séparatisme pro-pachtoune. Il est également encore régulièrement en conflit avec le MQM.

Gilani est un proche du président Asif Ali Zardari et c'est ainsi qu'il a pu être candidat au poste de Premier ministre alors que Zardari prenait la direction du Parti du peuple pakistanais après la mort de sa femme Benazir Bhutto. Cependant, alors que la popularité de Zardari est très faible au Pakistan, celle de Gilani est bien meilleure. Dans un sondage de , Zardari obtient 20 % d'opinion favorable contre 59 % pour Gilani La popularité de Zardari plonge : Nawaz, Gilani et Kayani sont populaires, Dawn.com. Consulté le 26 octobre 2010.. Mais selon une étude en , sa popularité chute à 37 % contre 11 % pour le président Zardari’s popularity down to 11pc: Pew poll 76 percent support media; Imran liked by 68 percent The News International, le 23 juin 2011..

Crises et instabilité vignette|Youssouf Raza Gilani inaugure un centre d'étude saraiki en 2009, ethnie dont il est membre. Le , il échappe à une tentative d'assassinat quand son cortège automobile est mitraillé par un homme près de Rawalpindi. Deux balles auraient touché la voiture blindée du Premier ministre.

En , son gouvernement perd sa nette majorité de coalition au Parlement après le départ de la Ligue musulmane de Nawaz Sharif. Ce dernier voulait protester contre la décision unilatérale du PPP de nommer Asif Ali Zardari candidat à la présidentielle.

En , Gilani serait celui qui a convaincu le président Zardari d'avoir rétabli dans ses fonctions le président de la Cour suprême Iftikhar Muhammad Chaudhry, qui était soutenu par Nawaz Sharif, chef de l'opposition et par le mouvement des avocats. Les tensions étaient alors fortes entre le gouvernement et l'opposition, et la décision de Zardari finit par mettre fin à une crise politique. Le , la Cour suprême annule l'ordonnance nationale de réconciliation qui prévoyait une amnistie pour de nombreux hommes politiques, notamment pour des accusations de corruption contre le président.

Pour maintenir son gouvernement en fonction, Gilani doit prendre en compte deux éléments : il doit d'abord veiller à calmer les tensions politiques puisque son parti ne possède pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale, assemblée devant laquelle il est responsable. D'autre part, il doit veiller à avoir de bonnes relations avec les militaires, qui ont mené quatre coups d'État dans le pays depuis son indépendance. Des membres de l'opposition ont appelés à des élections anticipées, mais sans tenter de renverser le gouvernement par un vote à l'Assemblée nationale. Gilani a pour sa part promis que le gouvernement et les députés termineront leur mandat, lequel se termine en Gilani exclut des élections anticipées, Dawn.com. Consulté le 26 octobre 2010..

Politique économique vignette|Gilani remet une décoration, en .

Gilani doit également faire face à la crise énergétique que traverse le pays et qui sape son économie. Il convoque une conférence nationale, annonce des mesures d'urgences visant à réduire les coupures d'électricité et à privilégier l'apport en énergie pour les entreprises. Il cherche également un soutien de la part des pays alliés du Pakistan, notamment la Chine et les États-Unis, dans le but d'augmenter les investissements dans ce domaine. Son gouvernement promet de doubler la capacité énergétique du pays d'ici à 2020.

En , son gouvernement présente le budget fédéral et les budgets provinciaux pour l'année 2010-2011 devant les institutions concernées Le Premier ministre défend le budget fédéral devant le Sénat, Dawn.com. Consulté le 15 juin 2010. (au Pakistan, l'année fiscale s'étend du au ). Il se trouve alors critiqué par l'opposition et aussi des membres de sa coalition. Le budget prévoit notamment une hausse de 17 % du budget de la défensePakistan : hausse de 17 % du budget de la défense, Les Échos. Consulté le 15 juin 2010..

Politique envers le terrorisme

Concernant la politique militaire et de lutte contre les insurgés islamistes, Gilani est limité par la volonté de l'armée, très influente dans le pays, et notamment de son chef, le général Ashfaq Kayani, souvent considéré comme l'homme le plus puissant du pays Kayani : le silencieux et puissant chef de l'armée pakistanaise, Dawn.com. Consulté le 26 octobre 2010. Gilani soutient l'élargissement des offensives de l'armée contre les mouvements islamistes anti-gouvernementaux et appelle régulièrement à l'union du pays contre le terrorisme. Depuis son entrée en fonction, l'armée a lancé trois offensives majeures dans le Nord-Ouest du pays. En revanche, son gouvernement refuse toujours pour l'instant de mener une opération dans le Waziristan du Nord malgré les pressions américaines.

Relations internationales vignette|Youssouf Raza Gilani et Hillary Clinton le à Islamabad.

Début , il rencontre à Bruxelles le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Il déclare notamment : « le Pakistan est déterminé à combattre l'extrémisme et le terrorisme, la défaite n'est pas une option pour nous » Gilani : la défaite n'est pas une option pour nous, Dawn.com. Consulté le 15 juin 2010.. Interrogé à l'antenne d'euronews, il dit aussi « le Pakistan ne combat pas les talibans pour l'Afghanistan, mais pour sa propre sécurité ». Le Premier ministre obtient aussi le début d'un dialogue stratégique entre le Pakistan et l'Union européenne ayant pour but notamment d'augmenter les échanges commerciaux bilatéraux.

Réforme constitutionnelle (2010)