La (en occitan : plaça Estève Esquiròl) est une place de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France.

Avant l'aménagement de la place actuelle dans la deuxième moitié du , ce n'était qu'une petite place resserrée, dominée par une église et une halle où se mesurait le blé vendu aux Toulousains. Cette « halle de la Pierre » se trouvait au cœur du quartier marchand, comme en témoignent les rues voisines – rues des Tourneurs, des Changes et des Filatiers. La vieille halle fut démolie en 1863 et remplacée par un marché couvert, démonté à son tour en 1892. Elle est pourtant restée une des principales places de la ville, parmi les plus animées et les plus fréquentées, important carrefour entre les rues Alsace-Lorraine et de Metz, les deux principales artères « haussmanniennes » de la Toulouse. Important lieu de passage, un parking souterrain et une station de métro sont implantés sous la place depuis 1993.

Situation et accès Description La place Étienne-Esquirol est une voie publique. Elle se trouve à la limite du quartier Capitole, au nord, et du quartier des Carmes, au sud. Elle appartient au site patrimonial remarquable de Toulouse.

Elle forme un rectangle presque régulier, d'une superficie de environ, long de 167 mètres et de 32 à 47 mètres de large. Elle est ouverte, à l'ouest et à l'est, sur la rue de Metz. Elle est limitée, à l'ouest, par la rue des Changes et, à l'est, par la rue d'Alsace-Lorraine. Elle est également traversée par la rue des Tourneurs et donne naissance, au nord, l'impasse Saint-Géraud.

La chaussée compte une voie de circulation automobile dans chaque sens, quoique la voie du côté pair soit réservée aux transports en commun. Elle appartient à une zone 30 et la vitesse y est limitée à 30 km/h. Il existe également une piste cyclable à double-sens.

Voies rencontrées La place Étienne-Esquirol rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

Rue de Metz Rue des Changes Impasse Saint-Géraud (g) Rue des Tourneurs Rue d'Alsace-Lorraine Rue de Metz

Transports La place Étienne-Esquirol est un point important du réseau de transports en commun de Toulouse, Tisséo. La station de métro Esquirol, sur la ligne du métro, se trouve sous la place. En surface, la place est desservie par les lignes de Linéo et de bus .

Il existe également une station de vélos en libre-service VélôToulouse sur la place Étienne-Esquirol : la station (15 place Étienne-Esquirol).

Odonymie La place tient son nom de Jean-Étienne Esquirol (Toulouse, 1772-Paris, 1840), médecin aliéniste toulousain, considéré comme le père de l'organisation de la psychiatrie en France. Fils d'un négociant toulousain, Jean-Baptiste Esquirol, prieur de la bourse des marchands, élu capitoul en 1787Christian Maillebiau, Dictionnaire de Toulouse, Loubatières, 2006., il naît le dans une maison à l'emplacement de l'actuel de la placeChalande 1920, ..

Histoire Antiquité vignette|gauche|Restitution du temple du forum de Tolosa. Au , la ville romaine de Tolosa s'organise autour de deux grands axes, le cardo maximus et le decumanus maximus. Le croisement de ces deux rues (coin nord de l'actuelle place de la Trinité), marque le centre de la ville. C'est au nord-est de ce croisement, à l'emplacement de l'actuelle place Étienne-Esquirol, que se trouve le forum, où l'on trouve les édifices importants de la vie sociale et civique. Ce forum est relativement vaste, puisqu'il s’étend entre le cardo maximus et un cardo secondaireJean-Charles Arramond, Jean-Luc Boudartchouk, Laurent Bruxelles et Christophe Requi, « Autour de la fondation de Toulouse (Tolosa) », Archéopages, , Naissance de la ville, INRAP, octobre 2007, .. La construction des monuments du forum atteste du développement de Tolosa, du au milieu du . La place centrale est entourée d'un portique de dix mètres de largeur, dont les colonnes sont en briques revêtues de plaques de marbre.

Au centre du forum, le grand temple, construit au , a des dimensions imposantes et est à l'époque un des plus grands temples de Gaule, avec de large et de long. C'est sans doute un capitolium, c'est-à-dire un temple dédié aux trois grandes divinités romaines : Jupiter, Junon et Minerve. Les fondations sont composées de blocs de molasse et de galets tirés de la Garonne, les murs sont en calcaire, tandis que la brique est utilisée pour parer l’intérieur du bâtiment« Le grand temple de la place Esquirol », sur le site du Musée Saint-Raymond (consulté le 8 juillet 2015).. Le martyre de Saturnin, premier évêque de la cité toulousaine, se serait déroulé, d'après la Passion de saint Saturnin, texte chrétien du début du , sur les marches de ce temple en 250, lors des persécutions contre les chrétiens ordonnées par l'empereur Dèce.

À la fin de l'Antiquité, le christianisme s'impose progressivement, les cultes païens sont abandonnés et le grand temple est délaissé au cours du . Le forum et ses monuments servent de carrière de pierre. Au , sur les ruines du grand temple est élevée une église dédiée à l'apôtre Pierre.

Moyen Âge Au Moyen Âge, une petite place, du nom de « place Saint-Pierre-Saint-Géraud » ou « place de la Pierre-de-Saint-Pierre-Saint-Géraud », existe déjà, mais elle ne fait que de large et de long (face aux actuels et 11). Elle est pourtant une des importantes places commerçantes de la ville, au cœur du quartier des marchands. Elle se trouve d'ailleurs à proximité de la « Grand-rue » (actuelle rue des Changes) qui relie la place du Salin, au sud, à la Porterie et à l'abbaye Saint-Sernin au nord. Au , on y tient un marché et un couvert abritant des mesures de pierre servant à mesurer les marchandisesChalande 1920, ..

En 1203, les capitouls, qui ont acheté plusieurs maisons, dans le projet d'y installer leur maison commune, décident de réaménager la place, devenue trop petiteChalande 1920, .. Elle est effectivement élargie, dans les premières années du , par la destruction des maisons qui la séparent de la rue des Changes, afin de construire une véritable halle, connue comme la halle de la Pierre. Il y a trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, marché aux grains, principalement au blé. Les marchands de la halle occupent des loges, placées entre les piliers, et louées à un prix élevéChalande 1920, .. C'est le lieu de la ville le plus encombré de foule, de bêtes de somme et de charrettes, car à l'époque la moitié des Toulousains fait sa farine à domicile. Le commerce enrichit les nombreux marchands, qui accèdent parfois au capitoulat. Au est bâti l'hôtel de Gonil (emplacement des actuels et 3)Chalande 1920, ..

La halle est longée au nord par la rue Saint-Géraud (au devant des actuels à 8). La rue croise l'actuelle impasse Saint-Géraud, qui se prolonge alors, à l'est de la halle, jusqu'au de l'actuelle place Étienne-Esquirol. C'est là que se trouve l'église Saint-Pierre-Saint-Géraud, édifiée sur l'antique église Saint-Pierre du , une des plus anciennes de la ville, puisqu'elle est déjà connue par des textes du . Elle est élevée au devant le de l'actuelle place Étienne-Esquirol : sa porte s'ouvrait dans la rue Saint-GéraudChalande 1920, .. Elle dépend alors de l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac dont l'abbé se fait construire, au , un hôtel à proximité (emplacement de l'actuel )Chalande 1920, .. Comme ses revenus restent cependant faibles, l'église manque cruellement d'entretien et doit être réparée aux frais de la ville en 1343Chalande 1920, ..

La halle est longée du côté sud, de la rue des Changes à l'impasse Saint-Géraud, par la rue Malcousinat-Vieil qui se continue à l'est par la rue de la Colombe jusqu'à la rue des TourneursChalande 1920, .. On y trouve plusieurs auberges, telle l'auberge de la Clef qui donne sur la rue Saint-Géraud (emplacement de l'actuel ) : c'était au une des auberges à enseignes privilégiées de Toulouse. En 1571, il déplace l'auberge dans un immeuble voisin (emplacement de l'actuel ), avec entrée sur la rue des Tourneurs. L'auberge de la Colombe, qui donne son nom à la rue de la Colombe, se trouve également non loin de la halle de la PierreChalande 1920, ..

Période moderne En 1408, à la suite d'un incendie important qui ravage la rue des Changes et la place de la Pierre, la halle est reconstruite : elle a de long d'est en ouest et de large du nord au sud. Sa façade principale, sur la rue des Changes, repose sur grandes 4 arcades de pierre et sa toiture est soutenue par 25 piliers de bois. Après les incendies du et du , extrêmement destructeurs dans le quartier de la PierreBastide 1989, ., les maisons à pans de bois cèdent la place aux bâtiments en brique. L'ampleur des destructions permet aux élites locales de réunir de vastes emprises foncières pour faire bâtir leurs hôtels particuliersBastide 1989, . : au milieu du , le capitoul Jean d'Astorg se fait construire un vaste hôtel particulier entre la rue des Changes et la rue Saint-Géraud, après en avoir racheté plusieurs immeubles contigus (emplacement des actuels et 4).

Mais l'église Saint-Géraud, qui a souffert des incendies, s'effondre en 1470. Elle est reconstruite sur l'ordre de l'évêque de Castres Jean d'Armagnac-Pardiac, abbé d'Aurillac. Un siècle plus tard, en 1574, la toiture menace de s'effondrer et doit être réparée. En 1594, une nouvelle campagne de travaux vise à restaurer l'édifice. En 1778, l'église, qui menace à nouveau ruine, est délaissée par Claude de Barral, évêque de Troyes et abbé d'AurillacChalande 1920, ..

La tradition commerçante du quartier se poursuit. Les mesures de pierre de la halle sont régulièrement réparées ou remplacéesChalande 1920, .. Au , une horloge à cadran est installée dans la halleChalande 1920, ..

Époque contemporaine Au Pendant la Révolution française, la vieille église Saint-Géraud, déjà en mauvais état, est désaffectée et transformée en grenier à grains, pour n'être rendue au culte qu'en 1800. Mais à nouveau désaffectée en 1815, l'église est cédée à la ville, pour satisfaire aux projets d'agrandissement de la place, et détruite en 1846Chalande 1920, et 315.. De 1785 à 1844, la place est d'ailleurs progressivement agrandie par la démolition des maisons entre la halle de la Pierre et la rue des TourneursChalande 1920, ..

Au , les marchands de grain trouvent leur halle peu commode et trop éloignée du canal du Midi et du port Saint-Sauveur, par lequel arrive le blé du Lauragais. Les riverains, eux, se plaignent depuis longtemps des rats, du bruit et de l'encombrement. La halle de la Poissonnerie, rue Saint-Rome, est également considérée comme vétuste et doit être désaffectée. Les premiers travaux visent au transfert de la halle de la Poissonnerie sur de nouveaux bancs établis le long de la rue des Changes, face à la place de la Pierre, mais le projet est abandonnéChalande 1920, et 320.. En revanche, la municipalité décrète en 1860 le transfert de la vente du grain vers une nouvelle halle, place DupuyMarchés dans la ville, Archives municipales de Toulouse, 2009., tandis que la halle de la Pierre est détruite en 1863. La place qui l'entourait est profondément réaménagée et agrandie : tous les immeubles qui bordent la rue Malcousinat-Vieil, tel l'hôtel de Gonil, sont détruits, afin de respecter le nouvel alignement des façades, tandis qu'au centre de la place s'élève un élégant marché couvert, inauguré le . Preuve de l'importance commerciale que conserve le quartier, les premiers grands magasins de la ville, les Grands magasins Lapersonne, s'installent en 1868, sous l'impulsion d'Emmanuel Bourgeat, au sud de la rue Esquirol« Il était une fois les grands magasins de Toulouse », La Dépêche du Midi, 6 novembre 2014..