est un film franco-italien de Michelangelo Antonioni, sorti en 1960.

Développé à partir d'une histoire d'Antonioni avec les coscénaristes Elio Bartolini et Tonino Guerra, le film raconte la disparition d'une jeune femme (Lea Massari) lors d'un voyage en bateau en Méditerranée, et sa recherche par son amant (Gabriele Ferzetti) et sa meilleure amie (Monica Vitti) qui s'ensuit. Le film a été tourné à Rome, dans les îles Éoliennes et en Sicile en 1959, dans des conditions financières et physiques difficiles. Le film est connu pour son rythme inhabituel, qui met l'accent sur la composition visuelle, l'ambiance et les personnages plutôt que sur le développement narratif traditionnel.

L'avventura a été nommé pour de nombreux prix et a reçu le Prix du jury au Festival de Cannes 1960. Le film a fait de Monica Vitti une vedette internationale. Selon une nécrologie d'Antonioni, le film « a systématiquement subverti les codes, les pratiques et les structures cinématographiques en vigueur à l'époque ». Premier volet d'une trilogie de l'incommunicabilité (suivi par La Nuit, 1961, et L'Éclipse, 1962), il impose Antonioni comme un des grands maîtres de la modernité cinématographique. Le film influencera par la suite plusieurs réalisateurs du cinéma d'auteur, dont Apichatpong Weerasethakul, Jia Zhangke et Hirokazu Kore-eda.

Synopsis Anna et son amie Claudia se retrouvent dans la villa du père d'Anna avant d'embarquer pour un voyage en yacht le long de la Méditerranée. Elles se rendent à Rome pour rencontrer Sandro, le petit ami d'Anna, près de pont Fabricius. Pendant que Claudia attend en bas, Anna et Sandro font l'amour dans sa maison. Sandro conduit ensuite les deux femmes jusqu'à la côte où elles rejoignent deux couples aisés pour leur voyage. Le lendemain, le groupe atteint les îles Éoliennes et Anna se jette à l'eau pour se baigner. Sandro la suit lorsqu'elle prétend avoir vu un requin, mais il découvre plus tard qu'il s'agissait d'un canular.

Au cours de leur voyage, Anna confie à Sandro qu'elle est mécontente de ses fréquents voyages d'affaires, mais il ne tient pas compte de ses inquiétudes et fait une sieste sur les rochers. Plus tard, Corrado s'inquiète du temps qu'il fait et décide de quitter l'île. Cependant, Anna disparaît et Sandro pense d'abord qu'il s'agit d'une blague. Puisqu'elle ne réapparaît pas, ils entreprennent de quadriller l'île mais ne trouvent rien. Sandro, Corrado et Claudia restent sur place pour poursuivre les recherches, tandis que les autres préviennent les autorités. Pendant les recherches, Sandro s'offusque lorsque Claudia suggère que sa négligence a pu jouer un rôle dans la disparition d'Anna.

La police effectue des recherches approfondies mais ne trouve rien, et le père d'Anna arrive. Sandro décide d'enquêter sur les contrebandiers des environs, mais avant de partir, il embrasse Claudia, ce qui la surprend. Elle décide de chercher seule sur d'autres îles et ils se donnent rendez-vous plus tard à Palerme. Sandro se rend compte que les passeurs n'ont aucune information sur la disparition d'Anna. Lorsque Claudia arrive, ils se rencontrent à la gare et leur attirance est évidente, mais Claudia le pousse à partir. Elle monte dans un train pour Palerme et, au moment du départ, Sandro saute à bord. Claudia est contrariée, mais Sandro veut céder à la tentation. Claudia est troublée par la facilité avec laquelle la nature de leurs relations peuvent changer. Sandro cède et descend du train à Castroreale.

À Messine, Sandro rencontre le journaliste Zuria, qui suggère qu'Anna a peut-être été vue par un pharmacien à Troina. Sandro soudoie Zuria pour qu'il rédige un article sur le sujet et se rend à Troina. Pendant ce temps, Claudia arrive à la villa de Corrado, où personne ne prend la disparition d'Anna au sérieux. Claudia part pour Troina après avoir lu l'article de Zuria. A Troina, Sandro et Claudia retrouvent le pharmacien, qui prétend avoir vendu des tranquillisants à Anna. Ils apprennent que la femme identifiée par le pharmacien est partie pour Noto, dans le sud de la Sicile. Ensemble, ils roulent vers le sud, s'arrêtent dans un village désert avant de faire l'amour sur une colline surplombant la ville. À Noto, ils cherchent Anna à l'hôtel Trinacria, mais ne trouvent rien. Claudia reste partagée entre ses sentiments pour Sandro et sa loyauté envers Anna.

À la Chiesa del Collegio, Sandro révèle sa déception quant à sa carrière et demande Claudia en mariage, mais celle-ci refuse. Le lendemain matin, ils semblent tous deux passionnément amoureux, mais Claudia résiste à ses avances et propose de partir. À Taormine, Sandro et Claudia séjournent à l'hôtel San Domenico Palace pendant que le patron de Sandro et sa femme préparent une fête. Claudia décide de ne pas y participer, tandis que Sandro observe les femmes et reconnaît Gloria Perkins, une belle écrivaine de 19 ans, aspirante actrice, qui est en fait une prostituée hors de prix. Plus tard, Claudia cherche Sandro et le trouve en train d'embrasser Gloria. Le cœur brisé, Claudia s'enfuit et Sandro la suit jusqu'à la terrasse de l'hôtel. Là, ils pleurent tous les deux et Claudia pose énigmatiquement sa main sur la tête de Sandro, tandis qu'ils regardent l'Etna au loin.

Fiche technique Titre original et français : Réalisation : Michelangelo Antonioni Scénario : Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra et Elio Bartolini Musique : Giovanni Fusco Chef décorateur : Piero Poletto Costumes : Adriana Berselli Photographie : Aldo Scavarda Son : Claudio Maielli Montage : Eraldo Da Roma Production : Amato Pennasilico Sociétés de production : Cino Del Duca et Société Cinématographique Lyre Société de distribution : Cino Del Duca (Italie), Athos Films (France), Janus Films (États-Unis) Pays d'origine :- Format : Noir et blanc, 35mm, 1,37:1, Son mono Langue : italien Genre : drame Durée : 143 minutes Date de sortie en France : en avant-première au festival de Cannes , ressortie en version restaurée 4K, distribution Théâtre du Temple

Distribution Gabriele Ferzetti (VF : Jean-Francois Laley) : Sandro Monica Vitti (VF : Claire Guibert) : Claudia Lea Massari (VF : Anne Caprile) : Anna Dominique Blanchar (VF : Elle-même) : Giulia Renzo Ricci (VF : Yves Brainville) : Le père d'Anna James Addams : Corrado Dorothy De Poliolo (VF : Michèle Bardollet) : Gloria Perkins Lelio Luttazzi (VF : André Valmy) : Raimondo Giovanni Petrucci : Le prince Goffredo, le jeune peintre amateur Esmeralda Ruspoli : Patrizia Jack O'Connell : Le vieil homme de l'île Enrico Bologna : Franco Cimino Giovanni Danesi : Le photographe Renato Pinciroli (VF : Henri Crémieux) : Zuria, le journaliste Angela Tommasi Di Lampedusa : La princesse Vincenzo Tranchina : Le professeur Cucco

Production

Initialement financé par des maisons de production italiennes, L'avventura est tourné dans des conditions extraordinairement difficiles.

On peut ajouter d'autres incidents : Lea Massari a une crise cardiaque pendant le tournage et doit s'absenter ; la séquence du train est l'expérience la plus dramatique pour l'ingénieur du chemin de fer..

Les producteurs italiens ne remplissant pas leur contrat, Antonioni et son équipe se retrouvent bientôt échoués à Panarea. De plus, les conditions climatiques se dégradent. Deux techniciens manquent de se noyer. La nourriture et l'eau potable sont insuffisantes. La majorité des techniciens entament alors une grève de protestation. C'est en définitive de France qu'arrivent les fonds nécessaires à la poursuite de l'entreprise.

Michelangelo Antonioni dira néanmoins de L'avventura qu'elle fut son expérience la plus passionnante :

Lieux de tournage Outre les îles Éoliennes, des scènes de la seconde partie du film ont été tournées à Schisina, un village fantôme de la commune de Francavilla di Sicilia, situé dans la vallée de l'Alcantara. Des scènes de la fin ont été tournées à Casalvecchio Siculo, ainsi qu’au San Domenico Hotel.

Accueil Michelangelo Antonioni se rend au festival de Cannes, en 1960, où son film est présenté en avant-première. Au cours de la séance, le film est accueilli par des huées et des sifflets et fait l'objet de moqueries et bâillements d'ennui.

, écrit Stig BjörkmanS. Björkman, Michelangelo Antonioni, , éditions Cahiers du cinéma, 2007..

Dès le lendemain, cependant, 37 écrivains et artistes, parmi lesquels Roberto Rossellini, adressent à Antonioni une lettre ouverte soutenant son film et désapprouvant les réactions du public. L'avventura reçoit, en définitive, le prix du jury pour sa

Assurant sa propre défense, Antonioni prononce un discours d'explication lors de sa conférence de presse. Le texte du réalisateur italien

Dans ce texte, Antonioni ne se pose guère en moraliste : , affirme-t-il humblementTexte intégral in : Écrits Michelangelo Antonioni, fare un film è per me vivere, éditions Images Modernes, 2003..

, dit-il à propos de l'attitude de Sandro, l'architecte incarné par Gabriele Ferzetti.

, explique le réalisateur pour évoquer la fin du film où Claudia (Monica Vitti), après avoir découvert Sandro dans les bras d'une prostituée, lui pardonne en le voyant pleurer sur un banc public.

En Italie, L'avventura sera le premier succès commercial de son réalisateur. Mais, surtout, il recevra le plébiscite de la critique internationale : en 1962, par exemple, le British Film Institute le classe deuxième parmi les meilleurs films de l'histoire du cinéma.

Récompense Prix du jury au festival de Cannes en 1960

Analyse La notion d'« aventure » pourrait s'appliquer intégralement au film. Dans un environnement naturel hostile, confronté à des conditions de tournage aléatoires et risquées, le cinéaste italien met en scène, selon ses propres termes, Il ne s'agit pas simplement d'une aventure sentimentale, au sens commun de l'expression, mais

L'avventura est aussi une expérience cinématographique unique. , écrit Aldo Tassone qui cite, d'autre part, Tullio Kezich affirmant qu'

Louis Seguin note également, chez Antonioni,

Il s'agit, tout à la fois, d'un tournant stylistique et thématique dans la carrière d'Antonioni, estime Seymour Chatman : , ajoute-t-il.

Autre importante innovation : l'utilisation répétée du « temps mort ». Roland Barthes remarque qu'Antonioni offre cette particularité de , dit-il,

Freddy Buache soutient, pour sa part, qu'avec L'avventura,

De quel cinéma se revendique, effectivement, l'auteur de L'avventura ? Voici ce qu'il déclare à un critique de son époque :

Quelques mois plus tard, au cours d'un débat organisé par le Centro sperimentale di cinematografia de Rome, Antonioni confirme ce point de vue :

À François Maurin, remarquant l'absence presque générale d'illustration musicale dans L'avventura, Antonioni explique :

Antonioni Le désarroi et les pleurs de Sandro suscitent son émotion : face Claudia apparaît ainsi comme le personnage le plus complexe du drame.

Claudia, c'est Monica Vitti, nouvelle étoile dans l'univers du cinéma. À partir de L'avventura, elle deviendra la compagne intime et l'égérie artistique du réalisateur. Avec Monica Vitti, l'œuvre d'Antonioni atteint un autre niveau.

Monica Vitti décrit ainsi sa première expérience cinématographique :

En 2015, à l'occasion de l'exposition Antonioni à la Cinémathèque française, Olivier Père écrit :

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Paul-Louis Thirard, « M.A.Antonioni » Premier Plan # 15, SERDOC, Lyon, , Leonard Maltin, « L'Avventura », Leonard Maltin's 2001 Movie & Video Guide, Signet, New York, 2000, 1648 p., , Emmanuelle Neto, « Aventure (L') », Guide des Films A-E (sous la direction de Jean Tulard), Éditions Robert Laffont (collection Bouquins), Paris, 2005, 1195 p., p. 254,

Liens externes

Catégorie:Film italien sorti en 1960 Catégorie:Film français sorti en 1960 Catégorie:Film dramatique italien Catégorie:Film dramatique français Catégorie:Film français en noir et blanc Catégorie:Film italien en noir et blanc