Créateur d'étoiles (titre original : ) est un roman de science-fiction britannique d'Olaf Stapledon publié en 1937 par Methuen Publishing Ltd. Le récit déroule l'histoire de l'Univers en y décrivant la vie qu'il abrite, et évoque une multitude d'autres univers.
Bien que le livre n'ait jamais conquis une large audience, il est considéré par les critiques comme un classique de la science-fiction et une œuvre majeure du genre par son ampleur et par les thèmes abordés. De plus il a inspiré un grand nombre d'auteurs majeurs, tels qu'Arthur C. Clarke ou Brian Aldiss.
Créateur d'étoiles constitue avec Les Derniers et les Premiers et Les Derniers Hommes à Londres, entre lesquels il existe des liens, une trilogie des temps futurs.
Résumé Le narrateur, sorti un soir de chez lui et méditant sur une colline, est « transporté » hors de son corps de manière inexpliquée. Il découvre qu'il est capable mentalement d'explorer l'espace intersidéral. Après avoir exploré la civilisation d'une autre planète semblable à la Terre située dans notre galaxie à plusieurs milliers d'années-lumière du système solaire, son esprit « fusionne » avec celui de l'un de ses habitants. Alors qu'ils voyagent tous deux dans l'espace, ils sont rejoints par d'autres esprits et fusionnent par effet « boule de neige ». Le groupe virtuel ainsi formé visite de multiples mondes très divers.
Ces voyageurs stellaires apprennent à coexister et à former un esprit collectif soudé par télépathie. Finalement, ils finissent par rencontrer le « Créateur d'étoiles », qui n'est autre que l'Être suprême ayant créé l'Univers. Le narrateur réalise que son univers n'est qu'un univers parmi d'autres, qu'il n'est pas le plus grand de ceux qui existent, et que chaque univers est une œuvre d'art.
À la fin du roman, le narrateur retourne sur Terre, au moment et au lieu qu'il avait quitté au début du roman.
Contexte de création de l'œuvre Contexte personnel vignette|upright=1|alt=Photographie en couleurs d'un paysage côtier|La colline de Caldy est l'emplacement probable d'où le narrateur commence son voyage dans l'espace.
Le contexte personnel d'écriture est d'autant plus important que le narrateur de Créateur d'étoiles, qui n'est ni nommé ni décrit, possède tous les traits d'Olaf Stapledon lui-même. Certains de ces traits apparaissaient de manière plus évidente dans les versions préliminaires du texte. En 1937, Olaf Stapledon habite sur la péninsule de Wirral, à l'ouest de Liverpool dans une maison de la petite ville cossue de West Kirby, avec sa femme Agnès Miller et ses deux enfants Mary Sydney (née en 1920) et John David (né en 1923). Stapledon a rencontré sa femme alors qu'elle était très jeune, entamant une relation épistolaire avec elle, nourrie d'un certain idéal romantique. Ils se sont mariés en 1919, juste après la fin de la Première Guerre mondiale. La péninsule de Wirral est comprise entre deux estuaires, ceux de la Dee et de la Mersey. Ce contexte maritime imprègne l'œuvre, de par des références multiples aux animaux marins ou côtiers, et par l'utilisation de termes nautiques. Une espèce extra-terrestre, les Nautiloïdes, ressemble d'ailleurs à un bateau. Stapledon a grandi entre deux ports, Liverpool et Port Saïd (au nord du canal de Suez), sa famille travaille dans le fret maritime depuis trois générations et lui-même a travaillé quelques années dans les entrepôts de son père William Clibbett Stapledon.
La maison des Stapledon est proche de la colline de Caldy (Caldy Hill), qui a inspiré la colline sur laquelle se trouve le narrateur au début du récit. Cette colline, située entre West Kirby et le village de Caldy, s'élève à d'altitude et possède un point de vue sur l'estuaire de la rivière Dee et la mer d'Irlande. Non loin de là se trouve aujourd'hui un bois appelé Stapledon Wood (commune de Birkenhead). Cette grande étendue de bois près de sa maison sur Caldy Hill, a été léguée au public par Stapledon pour en faire un parc, en mémoire de ses parentsSam Moskowitz, "Olaf Stapledon: The Man Behind the Works", in Far Future Calling, lire en ligne.. Des hauteurs de Caldy on aperçoit le phare de Point of Ayr, qui se trouve à l'extrémité nord du pays de Galles, et qui a inspiré le phare vu par le narrateur au début du récit.
Contexte historique et politique
Créateur d'étoiles, publié au début de 1937, est fortement marqué par le contexte historique de l'époque, et les tensions internationales. En 1937, le monde est à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.
Le rôle (et l'impuissance ?) de la Société des Nations (dans Créateur d'étoiles apparait une « Ligue galactique » d'opposition à des « Empires "Fous" »), la Guerre civile Espagnole (1936-1939) et notamment le bombardement de la ville de Guernica () par l'aviation allemande, la montée du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne, l'agression japonaise contre la Chine (1937, et déjà en 1931), le colonialisme (notamment le mouvement pour l'indépendance de l'Inde de Gandhi contre l'Empire britannique, 1915-1947), la consolidation du communisme en Union soviétique et son extension à la Chine (1927-1950), .
D'ailleurs on sait qu'Olaf Stapledon avait publié en 1929 une Théorie moderne de l'éthique, et que, dès avant mais surtout dans l'après-guerre, il s'impliquera dans les mouvements pour la paix mondiale ainsi que dans la lutte anti-apartheid. Ce qui indique que son roman, tout en préfigurant par certains aspects les futures thèses transhumanistes, s'inscrit d'abord dans un courant simplement humaniste au sens large et inclusif du terme [voir l'article consacré à l'auteur].
Genèse et publication de l'œuvre L'idée du livre a germé dans l'esprit de Stapledon vingt ans avant sa parution, dès 1917. En effet ses lettres et ses poèmes contiennent des thèmes similaires à ceux développés dans Créateur d'étoiles.
Stapledon commence avant la première Guerre mondiale à rédiger un texte qui, comme Créateurs d'étoiles, combine plusieurs genres: la chronique, la satire et le conte philosophique. Ce livre, intitulé In a Glass Darkly est révisé pour devenir The Sleeping Beauty, puis est abandonné au début des années 1920. Le chapitre XI de ce texte, intitulé Un mythe sur Dieu et l'Esprit est clairement un précurseur de Créateur d'étoiles. De plus il contient un appendice sous forme de glossaire qui anticipe celui que Stapledon a créé pour Créateur d'étoiles.
En 1930, Stapledon connaît le succès avec les Derniers et les Premiers, suivi peu après par les Derniers Hommes à Londres.
En 1934, il montre à des visiteurs son , la désignation de l'ouvrage à cette époque. Le récit évoque l'histoire cosmique de la première nébuleuse jusqu'à l'extinction de la vie. La première personne à lire le texte est l'écrivaine écossaise Naomi Mitchison. Celle-ci est gênée de voir un Dieu aussi masculin. Il donne aussi à lire à son ami L.H. Myers un synopsis de l'œuvre. Le manuscrit est finalement abandonné dans les tiroirs, et il porte comme mention . Ce manuscrit sera redécouvert plus tard par Harvey Satty (alors président de la Olaf Stapledon Society), qu'il publiera sous le titre Nebula Maker (non traduit) en 1976 chez l'éditeur Bran's Head Books Ltd. Le texte est très différent de celui de Créateur d'étoiles. Le changement le plus significatif est la disparition du mot « Dieu ».
En 1934-1935, Stapledon commence une toute nouvelle version. Cependant jusqu'au milieu de 1935, Stapledon est absorbé dans l'écriture de Rien qu'un surhomme (Odd John), mais néanmoins il y travaille de manière régulière pendant quatre ans.
Au début de l'année 1937, peu avant sa publication, Stapledon corrige et recorrige son manuscrit. Le livre est finalement publié le chez Methuen, l'éditeur historique de Stapledon, au Royaume-Uni. Le livre connait un premier tirage de . Aucune édition séparée n'est publiée aux États-Unis avant 1953, date à laquelle Créateur d'étoiles est publié chez Funk & Wagnalls dans la collection To the End of Time: The Best of Olaf Stapledon éditée par Basil Davenport.
Contenu et découpage
Chapitres 1-2 : un soir, le narrateur sort de chez lui sous la nuit étoilée. Il réfléchit à sa vie intime, son couple, et à sa place dans l'univers. Observant le ciel étoilé, il a la sensation d'être emporté dans l'espace parmi les étoiles. Traversant mentalement le système solaire, il « se dirige » ensuite vers les étoiles lointaines à la recherche de planètes habitables. Chapitre 3 : le narrateur découvre une planète habitée, appelée l'Autre Terre, et se lie d'amitié avec un extraterrestre nommé Bvalltu, avec lequel il noue un contact télépathique étroit. Le narrateur passe un certain temps dans cette civilisation étrange, qu'il observe dans tous ses détails. Il observe les lents progrès de cette civilisation, jusqu'à ce qu'une guerre totale éclate. Mais une catastrophe encore pire s'annonce : l'atmosphère se raréfie et la guerre récente a détruit les moyens de la survie de la race. La race de Bvalltu est condamnée à l'anéantissement. Chapitres 4-8 : Le narrateur perfectionne le vol désincarné avec son compagnon Bvalltu. Ils quittent l'Autre Terre, et explorent la Voie lactée jusqu'à ses frontières. Ils visitent plusieurs mondes habités, et peu à peu une communauté spirituelle se forme par association avec des individus locaux ayant un niveau de conscience élevé. Au cours de leur pérégrinations dans la Galaxie, le groupe de voyageurs rencontre des extraterrestres globalement humains, mais possédant une grande diversité. Certaines espèces joueront un rôle dans la future communauté galactique, comme les Nautiloïdes, une race de « bateaux intelligents », ou encore les Symbiotiques, résultat de la symbiose entre deux espèces différentes appelés « ichtyoïdes » et « arachnoïdes », ou encore des hommes-plantes, écartelés entre deux natures opposées « animale » et « végétale ». Chapitre 9 : Une multitudes de Mondes s'éveillent ainsi et atteignent une « phase utopique ». Ces civilisations supérieures font l'expérience de l'eugénisme, souhaitent l'immortalité, et expérimentent le pouvoir d'exploration cosmique. Les utopies, une fois établies, favorisent le voyage interstellaire et l'entente entre les mondes à l'échelle de la Galaxie. Les relations sont tumultueuses entre les envahisseurs et les indigènes. Au niveau galactique, des empires se créent et se font la guerre. Toute la Galaxie est alors paralysée par la peur de la guerre. Une « Ligue » se forme pour lutter contre les « Empires Fous Unifiés ». Certains mondes supérieurs, bienveillants, accueillent les envahisseurs et éclairent leur esprit en l'affaiblissant, ce qui convainc les impérialistes que certains peuples pacifistes sont très dangereux. Certaines planètes acceptent leur funeste sort, et attendent l'anéantissement. Trois systèmes planétaires sont ainsi détruits. Pendant ce temps, dans une région de la Galaxie, appelée la « sous-galaxie », la race Symbiotique s'est développée. Elle colonise ou crée des mondes artificiels avec la participation des aviaires, des insectoïdes et des hommes-plantes. Alors que l'Empire va commettre son quatrième acte ignoble, les Symbiotiques interviennent et hypnotisent les individus qui s'éveillent ou deviennent fous. Cela entraîne la dégradation fatale des mondes impériaux, qui retombent dans la barbarie ou disparaissent. Chapitre 10 : Après la chute des empires fous, la communauté galactique mondiale expérimente une phase de paix quasi utopique. Le but de cette communauté est l'union télépathique de toutes les galaxies pour créer « l'esprit parfait du cosmos ». Mais ce but demeure encore éloigné, en dépit de tout le chemin accompli. Le groupe de voyageurs célestes considère sa situation : la lassitude domine. Se rassemblant en un être unique, les Voyageurs sortent loin de leur galaxie et ainsi l'aperçoivent en train de naître puis se développer, jusqu'au moment présent et au-delà dans le temps et l'espace. Mais l'utopie naissante est défaite à cause de l'explosion inattendue de plusieurs étoiles.