Le siège de Gergovie, en 52 av. J.-C., est une des batailles principales de la guerre des Gaules. Les forces gauloises rassemblées sous la conduite de Vercingétorix y repoussèrent victorieusement les assauts des légions romaines de Jules César, qui assiégeaient l'oppidum de Gergovie, à proximité de la cité arverne de Nemossos.
Localisation
Site officiel de Gergovie
vignette|Carte de Simeoni : la plateau de Gergovie est dessiné sur la gauche de la carte. Si c’est seulement depuis les fouilles de Napoléon III que le village de Merdogne a été rebaptisé Gergovie, le toponyme est bien attesté pour le plateau dès le Moyen Âge.
C’est d’abord sur la base de la toponymie que ce site fut proposé. Un lieu habité du nom de « Gergoia » est mentionné sur la pente ouest du plateau dès le .
Dès le , le florentin Gabriel Simeoni avait proposé l’identification, se fondant sur l’indice toponymique. Au , des érudits tel que Scaliger, Jean Savaron, ou Adrien de Valois expriment le même avis.. La découverte de restes gaulois et gallo-romains sur le plateau appuya cette hypothèse.
En 1995, le Service régional de l'archéologie lance une série de sondages archéologiques et réexamine le site de Gergovie sur la commune de La Roche-Blanche. Ces fouilles menées par Vincent Guichard confortent selon lui l’identification traditionnelle et officielle : les fouilles de l’époque de Napoléon III, menées par le colonel Stoffel furent confirmées et du matériel militaire romain d’époque républicaine retrouvé dans les fossés. Le site de Merdogne est aujourd'hui accepté, par la communauté des historiens et archéologues : la publication de l'important ouvrage collectif et international sur les fortifications romaines en Gaule a en effet consacré les recherches de Vincent Guichard sur le siteM. Reddé, R. Brulet, R. Fellmann, J.K. Haalebos, S. von Schnurbein (dir.), L'architecture de la Gaule romaine I : les fortifications militaires, Ausonius édition - dAf 100, Paris et Bordeaux, 2006, : ..
Plusieurs campagnes archéologiques sont depuis venues confirmer la localisation de l'oppidum de Gergovie., ainsi que des camps césariens..
La localisation de Gergovie à Merdogne n'a plus fait l'objet de contestation dans la littérature scientifique depuis la publication des fouilles de Yann Deberge et Vincent GuichardY. Deberge et V. Guichard, « Nouvelles recherches sur les travaux césariens devant Gergovie (1995-1999) », Revue archéologique du centre de la France, 2000, , ..
Contexte des 3 oppida La région de Clermont-Ferrand se distingue en effet au par une importante densité humaine et un nombre d’agglomérations remarquable : aux oppida perchés de Gergovie et peut-être des Côtes, il faut ajouter ceux de Gondole et de Corent à de Gergovie, où des découvertes archéologiques exceptionnelles ont récemment été faites, la cité de Nemossos mentionnée par Strabon (d'emplacement aujourd'hui inconnu), et l’agglomération de plaine d’Aulnat, sans doute antérieure à ces sites. À partir des fouilles menées par Vincent Guichard on pensait que vers 70 av. J.-C. Corent aurait été abandonné au profit de Gergovie. Cette relative instabilité urbaine n’est pas surprenante dans le monde celtique de cette période, mais elle ne favorise pas l’identification des lieux. Les campagnes de fouilles menées en 2007, essentiellement à Corent, mais aussi à Gondole et sur le plateau de Gergovie ont bouleversé la donne : les sites de Gondole et de Corent ont été occupés de manière contemporaine et simultanée et Corent a sans doute été l'un des trois centres urbains des Arvernes jusque dans les années 50 ..
Ces nouvelles données vont certainement conduire à considérer à nouveau topographie et positions géographiques dans le texte de César.
Selon Matthieu Poux (professeur d'archéologie, université de Lyon-II), l'emplacement de la bataille ne fait plus de doute : les combats ont eu lieu sur le site de Merdogne. En revanche, la nature exacte de l'organisation de l'agglomération principale des Arvernes doit être reconsidéréeThèse d'habilitation à diriger des recherches inédites soutenue en 2005 à l'université de Provence.. Il est possible que le toponyme « Gergoia » se soit appliqué anciennement à un périmètre beaucoup plus vaste, couvrant également les sites de Corent, de Gondole et du Bay. La cohabitation, au milieu du , de ces différents gisements éloignés de 5 à seulement constitue désormais un fait avéré et elle est incompatible avec la vision d'un site urbain unique, limité à l'actuel plateau de Gergovie.
Par ailleurs, le site de Corent est le seul des trois oppida du bassin clermontois à avoir livré les vestiges d'un centre urbain comparable à ceux reconnus dans d'autres capitales du monde antique. Il est aussi le seul dont l'occupation s'étend sur la presque totalité du siècle qui précède la bataille, entre les années 130 et 50 avant notre ère. Par contraste, l'essentiel des vestiges mis au jour dans le même temps sur le plateau de Gergovie sont postérieurs à la conquête ou au mieux contemporains du siègeVoir les différents rapports de fouille mis en ligne sur le site www.gergovie.arafa.fr..
L'extrême rareté des découvertes antérieures, abondamment documentées sur les sites voisins de Gondole et de Corent, semble exclure qu'il ait jamais constitué la capitale du peuple arverne indépendant. Même s'il reste indissociable du toponyme de Gergovie, il est possible qu'il n'ait constitué qu'un lieu de refuge inhabité, une citadelle militaire sur lequel se serait cristallisé le conflit de 52.
Une localisation débattue Yves Texier, professeur de latin (université Bordeaux-III) a consacré sa thèse de doctorat (Clermont Ferrand II, 1995) à la localisation de la bataille, confrontant les deux sites à travers une analyse essentiellement philologique. Il opte finalement pour une hypothèse privilégiant les Côtes de Clermont.
En dehors de la communauté scientifique, le consensus ne s’est pas pour autant établi, et la thèse des Côtes de Clermont-Ferrand garde des partisans autour de la métropole auvergnate.
À l’instar d’Alésia, le site de la bataille de Gergovie fut également l'objet d'une controverse de localisation, quoique moins connue.
Par bien des aspects la controverse rappelle celle d’Alésia. Les opposants au site officiel s’appuient avant tout sur le texte de César, et l’on peut retrouver entre les deux parties une querelle entre philologues et historiens. Les seconds accusant les premiers de surévaluer l’information que l’on peut tirer du texte latin. Des aspects plus locaux sont aussi à souligner, et, comme pour Alésia, l’opposition initiale au site officiel répond sans doute à des considérations en partie politiques, car Napoléon III est autant attaché au site de Gergovie-Merdogne qu’il l’est à celui d’Alésia-Alise-Sainte-Reine. La querelle se teinte alors souvent de régionalisme contre une interprétation officielle suspecte.
La querelle et sa persistance se comprennent cependant mieux dans le cas de Gergovie que dans le cas d’Alésia. En effet d’une part les sites concurrents sont très peu éloignés l’un de l’autre, à proximité de Clermont-Ferrand : le site officiel au sud, celui des Côtes au nord. D’autre part les deux sites portent des traces archéologiques incontestables d’occupation gauloise à une période proche de la bataille, à la différence du site concurrent d’Alésia-Alise, celui de Syam, où la preuve définitive d’une occupation laténienne n’a pas été apportée. Il a été cependant très difficile de dater plus précisément ces oppida et encore plus d’apporter la preuve que l’un ou l’autre était la capitale des Arvernes en 52 av. J.-C..
Site des Côtes de Clermont thumb|Vestiges de l'Oppidum, sur le plateau dit des Côtes de Clermont. Si, pour Alésia, le site d’Alise fut contesté dès le , ce n’est qu’en 1933 que le site des Côtes de Clermont fut proposé en alternative au site officiel, par Maurice Busset.
Maurice Busset, sur la base de fouilles maladroites, selon les mots mêmes des partisans du site des CôtesY. Zaballos, 1996., ne fut pas réellement suiviElle fut réfutée par Pierre-François Fournier, Les ouvrages de pierre sèche des cultivateurs d'Auvergne et la prétendue découverte d'une ville aux Côtes-de-Clermont [Puy-de-Dôme], dans L'Auvergne littéraire et artistique, , , 1933, , et fig. I à XXXIX. si ce n'est par Auguste Audollent, Pierre de Nolhac et Desdevize du Dézert..
À partir de 1952 cependant, Paul Eychart s’attache à donner des bases plus solides à l’hypothèse des Côtes de Clermont. Des sources, des habitats gaulois et des soubassements de constructions sont trouvés au sommet des Côtes.
L’hypothèse des Côtes place le petit camp de César au sommet de la colline de Chanturgue, encore aujourd’hui épargnée par l’urbanisation, et le grand camp à l'emplacement de la ville actuelle de Montferrand, au plan rectangulaire très caractéristique. Les menaces sur le site des Côtes ont fait que le combat pour la localisation historique est aussi devenu un combat pour la sauvegarde d’un lieu progressivement détruit par l'activité industrielle : de querelle érudite, le débat s’est porté sur les modalités de l’expansion urbaine de l’agglomération clermontoise et sur la pertinence de l’exploitation des carrières de basalte dans cette région du Puy-de-Dôme.
Le travail d’Yves Texier a apporté une solide caution philologique à l’hypothèse, mais, s’il fut seulement publié en 1999, il avait été élaboré pour l’essentiel avant les dernières fouilles menées sur le site officiel. Pour les associations locales attachées au site, la controverse est toujours vive, parce que les fouilles approfondies sur les Côtes, qui, selon ces associations, pourraient être déterminantes, n'ont toujours pas été autorisées, alors qu'une grande partie du site est en cours de destruction par l'exploitation des carrières de basalte. Ces fouilles sont donc indispensables et elles doivent être entreprises au plus vite, avant la destruction du site.
Les opposants à la théorie des Côtes de Clermont mettent en avant l’absence de trouvailles archéologiques incontestables : ainsi la présence d’un camp romain sur la colline de Chanturgue n’a pas convaincu la majeure partie des archéologues et les restes topographiques mis en avant pour soutenir l’hypothèse sont difficilement compatibles avec un petit camp provisoire de la fin de l’époque républicaine. Les partisans du site officiel mettent aussi en avant le caractère secondaire et limité de l’occupation humaine celtique au sommet des Côtes, V. Guichard n'y reconnaissant pas de fortifications caractéristiques de l'époque. Le mobilier archéologique découvert par M. Eychart (voir les planches publiées dans son ouvrage) sur le site des Côtes et ses abords immédiats se rapporterait à une période d'occupation bien antérieure à l'épisode de la guerre des Gaules, en très grande partie datable des L'occupation du , moment de la conquête, y est plus discrète.
Par ailleurs, les récentes découvertes de Corent permettent de mieux connaître la fin de l’époque gauloise indépendante et renforcent l'hypothèse d’un emplacement de la capitale de Vercingétorix sur le plateau de Merdogne, fort proche de Corent. Enfin, le suivi systématique des aménagements urbains et de l'extension de la carrière, dans le cadre de l'archéologie préventive par l'AFAN puis l'INRAP, sur et aux abords du site des Côtes ainsi que sur le secteur de Montferrand n'ont jamais permis la découverte de vestiges se rapportant à cet épisode de la fin de la période gauloise. Actuellement l'hypothèse des Côtes de Clermont n'apparaît plus dans la littérature scientifique traitant de la question.
Histoire Le récit de la bataille dépend avant tout de celui de César, source qui n'est évidemment pas objective et tente de masquer au mieux la défaite. Comme pour le reste du récit césarien, il faut donc prendre le texte de César avec la critique historique nécessaire.
Forces en présences