La vahiné () est une figure du regard européen sur les femmes tahitiennes. Attesté en Europe depuis la fin du , ce cliché exotique sur les Polynésiennes issu du colonialisme est aujourd'hui décliné dans la promotion touristique de Tahiti.
Étymologie
Le terme vient du tahitien vahine (, pluriel vāhine) qui signifie femme, épouse, concubine ou maîtresse, et est issu du proto-polynésien fafine.
Historique
Selon Serge Tcherkézoff, entre autres, la vahiné est un fantasme du colonialisme. Cette figure a été construite à travers la littérature, la science et l'art des colons. Le mythe de la vahiné pourrait également être né de la ferveur associée au culte du cargo en Océanie, des communautés au ayant pu offrir des femmes aux marins européens de passage en échange de biens matériels.
Dans la littérature et les sciences
Dans le récit de voyage de Bougainville, celui-ci raconte à ses lecteurs européens du une scène de sexe en public ritualisée entre deux Tahitiens. Cette image a fortement excité l'intérêt des métropolitains, dont Voltaire, qui ont commencé à bâtir un mythe de la sexualité libre polynésienne à partir des débats de l'époque sur le libertinage. Ce mythe, selon lequel les femmes polynésiennes exprimeraient une sensualité féminine universelle qui serait artificiellement opprimée dans le reste du monde, fut construit à travers l'invention d'une opposition racisante entre Tahiti, douce, féminine et pâle, et la Mélanésie, dure, noire et masculine.
Ce racisme européen opposant Mélanésiennes et Polynésiennes s'est exprimé dans la production scientifique et pseudo-scientifique d'une ethnologie qui a considéré les cultures polynésiennes comme supérieures aux mélanésiennes. L'édification de ce savoir par des hommes blancs fut liée à l'occultation des enjeux de pouvoir à l'œuvre dans les relations conjugales et sexuelles entre colons et femmes autochtones, ces dernières étant imaginées en vahinés comme des objets sexuels innés. Cette sexualisation et racisation, qui est aussi observable dans la littérature érotique coloniale, est dans une certaine mesure une arme libidinale de la colonisation pour des hommes aventuriers qui, en Europe, appartiennent généralement aux basses couches sociales mais, en Océanie, se trouvent subitement en position d'élite et peuvent donc profiter des femmes locales.
Dans l'art
Nombre d'artistes européens, dont Paul Gauguin, réservent une place de prédilection dans leurs tableaux à cette image de la vahiné.
Quelques illustrations :
Dans le cas de Gauguin, l'intensité de son intérêt pour l'iconographie de la vahiné, combiné à ses relations avec de très jeunes personnes, ont justifié des critiques des inégalités coloniales de pouvoir dans sa représentation et sa fréquentation des femmes tahitiennes.
Adolphe Sylvain et son fils Teva, photographes blancs pour cartes postales et souvenirs de Tahiti, sont connus pour leurs clichés à vahinés dont certains reproduisent des tableaux de Gauguin. Afin de bien répondre aux fantasmes masculins occidentaux, Teva Sylvain choisit des modèles à la peau claire, métis ou blancs, qu'il pare d'une couronne de feuilles.
La photographe contemporaine Namsa Leuba a interrogé la figure de la vahiné chez Gauguin dans son exposition The myth of the Vahine.
Le mythe de la vahiné a continué à être véhiculé jusqu'à l'époque actuelle, comme dans la chanson de Charles Aznavour, Emmenez-moi, qui parle de « filles alanguies » sur des « îles lointaines », ou encore dans la chanson de Jacques Brel, Les Marquises, qui parle de « femmes lascives ».
Ailleurs dans le monde Le mythe de la vahiné pourrait s'être répandu ailleurs qu'en Polynésie, vers d'autres îles et archipels des mers du Sud, comme à Madagascar qui, à l'époque de la colonisation, se distingue des autres colonies françaises en Afrique par une importante population métisse issue de relations entre Européens et Malgaches. Madagascar est encore aujourd'hui un haut lieu du tourisme sexuel.
Récupération touristique à Tahiti
À travers les cartes postales et le concours Miss Tahiti, entre autres, la figure de la vahiné continue d'imprégner les représentations de Tahiti, notamment à des fins touristiques. L'imagerie de la vahiné, mobilisée à travers la mise en compétition du corps des femmes tahitiennes dans le sport ou les concours de beauté, permet en effet de convoquer l'idéal européen de l'authenticité exotique, valorisable dans l'économie du tourisme.
Références
Bibliographie
Nicolas Py-Corigliano, "Images des Mers du Sud, tragique idylle" (dossier universitaire de recherches)
Sur la dusky maiden, stéréotype très proche en anglais
Monographie
Voir aussi Articles connexes
’Ori tahiti Miss Tahiti Le Passage (roman, 1954) Liens externes
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