Zosime de Panopolis (en ), né à Panopolis (auj. Akhmîm) en Haute-Égypte entre le et le , est l'un des plus grands représentants de l'alchimie de langue et culture grecque.

Zosime a jeté les bases de ce qui constituera l'alchimie de langue arabe et l'alchimie médiévale européenne, pendant près de quinze siècles.

Suivant sa doctrine, toutes les substances étaient composées d'un soma (corps) et d'un pneuma (partie volatile, esprit). L'opération alchimique de base consistait à séparer par le feu, notamment grâce à la distillation et la sublimation, l'esprit du corps. Il s'agissait ensuite de recombiner les esprits avec une substance de base (nommée l'eau divine, c'est-à-dire le mercure) afin d'obtenir l'or et l'argent, les métaux nobles par excellence qui ne s'altéraient pas au contact de l'air et de l'eauZosime de Panopolis, Mémoires authentiques, V : Sur l'eau divine ; Les Belles Lettres, 2002, : texte grec ; : traductions et commentaire.. Non pas pour la vaine poursuite d'un enrichissement personnel, mais pour une quête spirituelle de la perfection intérieure et une recherche des principes constitutifs de la matière. Par la distillation, l’alchimiste cherchait à séparer l’esprit du corps de la substance, tout comme les Gnostiques de l’époque, s’efforçaient de libérer l’âme humaine prisonnière du corps matériel.

Zosime a été très fortement influencé par l'hermétisme et le gnosticisme, deux courants de pensée florissants à son époque.

Vie Après sa conquête par Alexandre le Grand en 332 , l'Égypte subit une forte influence culturelle grecque. Et même après son absorption par l'Empire romain, sa culture et sa langue restèrent grecques. La grande cité d'Alexandrie fut un carrefour culturel et le principal centre intellectuel du bassin méditerranéen pendant près d'un millénaire.

Les chercheurs s'accordent généralement pour dire qu'il est natif de PanopolisMatteo Martelli, « Zosime l'alchimiste », in R. Goulet (éd.), Dictionnaire des philosophes antiques, Volume 7, Paris, CNRS Édition, p. 447-450 . Située sur la rive droite du Nil, à environ au sud d'Assiout, Panapolis (la cité de Pan, Panos polis ) était l’un des points de départ des expéditions minières vers le désert oriental. Elle sera un centre culturel animé durant la période byzantine, renommée pour sa culture grecque et son attachement au paganisme. Certains manuscrits le disent de la Thébaïde. La province romaine de la Thébaïde incluant le territoire de Panopolis à l'époque de Zosime, il n'y a pas de contradiction entre les deux appellations. La Souda est la seule source qui l'appelle « Zosime d'Alexandrie »Souda, Z 168. Voir https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-html/ sous le No. Adler Zeta, 168..

Zosime aurait été actif aux environs de l'an 300, durant la période romaine. Dans son traité Sur la lettre oméga, Zosime fait allusion en termes négatifs à un personnage qui semble être Mani, le fondateur du manichéisme. Cette religion ayant été condamnée en 302, par l'édit de Dioclétien, on suppose que Zosime a écrit son texte peu après cette date. Il aurait donc vécu aux environs de l'an 300 et serait un contemporain du philosophe néoplatonicien Jamblique. C'est une époque où l'hermétisme et le gnosticisme étaient florissants, deux courants de pensée qui l'ont fortement influencé.

Zosime de Panopolis est reconnu comme l'un des plus grands représentants de l'alchimie grecque. Il jouira d'un immense prestige auprès de ses successeurs. Le terme d'alchimiste n'est pas d'ordinaire attribué aux auteurs de textes alchimiques grecs. Ceux-ci sont généralement dits « philosophes » Vangelis Koutalis, Matteo Martelli et Gerasimos Merianos, « Graeco-Egyptian, Byzantine and Post-Byzantine Alchemy: Introductory Remarks » dans Efthymios Nicolaïdis (éd.), Greek Alchemy from Late Antiquity to Early Modernity, p. 11-44. https://doi.org/10.1484/M.DDA-EB.5.116310. Zosime n'y fait pas exception. Avec les alchimistes de son époque, il revient à Zosime le mérite d'avoir transformé les appareils rudimentaires de distillation de l'Antiquité en véritables alambics opérationnels. Les manuscrits de Zosime qui nous sont parvenus sont illustrés de dessins d'alambic et donnent pour la première fois une description de leurs différentes parties.

Nous ne savons que très peu de choses sur sa vie. On sait cependant qu'il a voyagé en Basse-Égypte car il affirme avoir visité « l'antique sanctuaire de Memphis »Zosime de Panopolis, Mémoires authentiques, texte édité et traduit par Michèle Mertens, Paris, Belles Lettres, Coll. Les alchimistes grecs, Tome 4, partie, 1995, p. 23.. La plupart des historiens de l'alchimie pensent qu'il a vécu à Alexandrie.

Très peu d’œuvres alchimiques précédant Zosime nous sont parvenues. La plus connue est Physika kai mystika () « Choses naturelles et secrètes » attribuée au Pseudo-Démocrite (car imputée faussement à Démocrite d'Abdère) ou à Bolos de Mendès, composée sans doute aux alentours du début de l'ère chrétienne. Il s'agit de recettes d'atelier concernant l'or, l'argent, les gemmes et les colorants. On possède aussi une série de citations et de courts traités mis sous les noms d'Hermès, d'Agathodémon, d'Isis, de Cléopâtre, de Comarios, de Marie la Juive, de Moïse, etc., qui semblent avoir été rédigés entre le . Zosime cite avec respect le Pseudo-Démocrite, Hermès, Agathodémon et Marie. Il les appelle « les Anciens » ce qui montre bien qu'il n'appartient pas à la même génération qu'eux. Après le , apparaissent des commentateurs, qui se contentent d'expliquer les œuvres antérieures, sans faire d'apport personnel original.

Zosime a donc vécu à l'époque du plein épanouissement de l'alchimie gréco-égyptienne..

À l'époque byzantine, l'encyclopédie grecque la Souda de la fin du , consacre la notice suivante à Zosime : (trad. de Mertens). Zosime était donc connu comme un philosophe ayant laissé des écrits chimiques (, khêmeytika).

Photios (820-896) avait déjà parlé des «écrits chimiques de Zosime » . Pour désigner cette discipline, le grec tardif hésite entre diverses graphies : khêmeia, khêmia, khumeia, khumia..

Il va donc sans dire que ce n'est que rétrospectivement que nous appliquons le terme d'alchimiste à Zosime. Le terme grec désignant la chimie a été emprunté en arabe pour donner al Kīmija avec l'article al qui via le latin médiéval alchimia a donné alchimie en françaisCNRTL. Zosime désigne son activité comme « l’Art » (tekhnê art manuel) qualifié parfois de « divin » (theia ) ou « sacré » (iera ).

Œuvre

On ne connaît que des fragments des œuvres de Zosime qui se trouvent tous dispersés parmi les écrits des autres alchimistes.

Des fragments ne prouvent pas qu'ils proviennent de l'auteur originel et on ne peut donc pas aussi reconstituer un texte.

Comme il écrivait en grec, une bonne partie de ses textes se retrouve dans une collection de manuscrits grecs connu sous le nom de Corpus alchimique. Cependant, on en trouve aussi conservés en syriaque, arabe et latin.

Ce Corpus alchimique grec comporte actuellement plus d'une centaine de manuscrits, qui s'échelonnent du jusqu'au . Ils ont été décrits dans le Catalogue des manuscrits alchimiques grecs réalisé l'Union académique internationale. Ce travail de catalogage a été récemment continué par le projet DACALBO dirigé par Efthymios NicolaidisVoir la description du projet faites par Alain Touwaide, « The Alchemical Manuscript Tradition. An Overview », in E. Nicolaïdis (éd.), Greek Alchemy from Late Antiquity to Early Modernity, Turnhout: Brepols, 2018, pp. 45-58, https://doi.org/10.1484/M.DDA-EB.5.116311. Ces manuscrits semblent résulter de compilations progressivement effectuées depuis les premiers siècles et qui ont été rassemblés à Byzance. Quoi qu'il en soit, il y a un fossé de sept siècles de transmission souterraine entre l'époque de Zosime (vers l'an 300) et celle du plus ancien manuscrit (vers l'an 1000). Donc avec des fragments on ne peut pas reconstituer un texte complet et dire si un tel est bien l'auteur de ce fragment ou une copie créée 700 ans plus tard dans un autre endroit sur un vrai chimiste non Grec.

La seule édition d'ensemble disponible du Corpus alchimique a été publiée en 1888, sous le titre de Collection des anciens alchimistes grecs, par le chimiste M. Berthelot et l'helléniste C. E. RuelleCAG, consultable sur archive.org tome 1 et tome2 ainsi que sur remacle.org. Quoique entachée de gros défauts, cette édition unique a le grand mérite d'exister.

Les quatre manuscrits grecs les plus importants du Corpus alchimique sont : Le Marcianus graecus 299, qui d'après son écriture, est daté de la fin du . Cette copie sur parchemin qui se trouve actuellement à la Biblioteca Marciana à Venise, comporte 196 feuillets. C'est à la fois le plus beau et le plus ancien des manuscrits alchimiques. Le Parisinus graecus 2325 se trouve à la Bibliothèque nationale de France. Daté du , il est écrit sur papier « cotonneux » et comporte 185 feuillets. Une grande partie de son contenu se retrouve dans le manuscrit de Venise Marc. gr. 299. Le Parisinus graecus 2327, daté du , se trouve à Paris aussi. Il est écrit sur papier et comporte 299 feuillets. Il comporte un colophon indiquant qu'il fut copié en Crète, au mois de , par . Il fut acquis par un ambassadeur de à Venise. La première partie reproduit les matériaux du manuscrit précédent Par. gr. 2325, mais certains textes sont dans une version plus complète. Dans une seconde partie, on trouve des textes présents dans Marc. gr. 299 mais absent de l'autre manuscrit parisien Par. gr. 2325. Le Laurentianus graecus 86, 16 daté du , écrit sur papier, comportant 320 feuillets, se trouve à Florence. Il contient pratiquement toutes les textes du manuscrit Par. gr. 2327 précédent, mais dans un ordre différent. Dans les années 1980-90, Michèle Mertens, de l'université de Liège, a entrepris de classer ce qui a été transmis de Zosime en langue grecque. Elle distingue quatre grands groupes d’œuvres qui peuvent être raisonnablement attribuées à Zosime : les Mémoires authentiques regroupent des œuvres de Zosime dispersées dans les manuscrits précédemment cités (Marc. gr. 299, Par. gr. 2325, 2327, Laur. gr. 86, 16). Le texte grec, établi et traduit en français par M. Mertens, est disponible aux éditions des Belles Lettres. Il représente un tiers de la production attribuée à Zosime. les Chapitres à Eusébie représente 52 % de l’œuvre de Zosime les Chapitres à Théodore 4 % le Compte final et le Livre de Sophé 11 %. En 1944, A.J. Festugière donna une excellente édition d'un vaste morceau du Compte final avec traduction et notes. Les œuvres de Zosime sont connues aussi de manière très fragmentaire par des manuscrits écrits en syriaque, arabe et latin. Le principal témoin en syriaque est un manuscrit de Cambridge portant la cote Mm, 6, 29, daté du .

Zosime est aussi bien connu de la tradition de langue arabe où son nom est généralement écrit Zūsīmus (avec de nombreuses variantes). Nous possédons le témoignage d'Ibn Al-Nadim, qui rédigea en 987 le fameux Kitab-al-Fihrist « Livre du catalogue » où il énumère tous les ouvrages en circulation sur le marché des livres de Bagdad. On y trouve mentionné Zosime comme auteur de quatre ouvrages.

Zosime jouissait d'une grande réputation car il est cité par la grande figure de l'alchimie arabe, Jabir Ibn Hayyan () et par le célèbre médecin et alchimiste persan, Rhazès (854-932?).

En 1995, on a découvert des traductions de passages de Zosime dans le livre de l'alchimiste perse Ibn Al-Hassan Ibn Ali Al-Tughra'i' intitulé Clefs de la Miséricorde et Secrets de la Sagesse.

La tradition alchimique latine a aussi conservé des textes attribués à Zosime où il est connu sous le nom de Rosinus.

Contenu de l’œuvre

Les historiens s'accordent généralement à penser que l'alchimie européenne et proche-orientale est apparue dans l'Égypte gréco-romaine aux alentours du début de l'ère commune. À l'époque de Zosime, elle serait le résultat de la conjonction de plusieurs facteurs :