Florestan Fernandes né le à São Paulo au Brésil et mort le , est un sociologue et homme politique brésilien.
Biographie
Enfance particulièrement difficile
Florestan Fernandes est né dans une famille pauvre du Brésil, dans un quartier périphérique de São Paulo. Sa mère, Dona Maria Fernandes, est une blanchisseuse portugaise analphabète. Sa marraine, qui est la patronne de sa mère, a l'habitude de l'appeler Vicente, parce qu'elle juge que Florestan n'est pas un nom approprié à un enfant pauvre.
À cause des besoins de sa famille, Florestan commençe à travailler dès l'âge de six ans et accomplit diverses tâches : cireur de chaussures, aide charpentier, aide coiffeur, couturier et employé de bar.
Comme sa vie au travail exige qu'il s'y consacre à plein temps, à l'âge de neuf ans, il arrête d'étudier à la troisième année du cours primaire. C'est seulement à dix-sept ans qu'il intégre l'ancien cours de maturation (actuel enseignement supplétif, qui peut faire penser à l'école de la deuxième chance en France) sous l'insistance des clients du bar Bidu de la rue Líbero Badaró, où il travaille comme cuisinier.
En 1941, alors vendeur de produits pharmaceutiques, Florestan intègre la faculté de philosophie, de sciences et de lettres (FFCL) de l'Université de São Paulo (USP). À cette période, il disait que Vicente commençait à mourir et que Florestan survenait.
Il obtient sa licence en 1943, année où le journal O Estado de S. Paulo publie son premier article. En 1944, il se marie avec Myriam Rodrigues Fernandes, avec qui il a six fils. Cette année-là il devient assistant du professeur Fernando de Azevedo, à la chaire de sociologie II. Il obtient alors sa maîtrise à l'école de sociologie et de politique de São Paulo en 1947 avec son mémoire L'organisation sociale des Tupinambas et termine son doctorat à la FFCL en 1951 avec sa thèse La fonction sociale de la guerre dans la société tupinamba, sous la direction du professeur Fernando de Azevedo.
Dans les mémoires qu'il a soutenus, Florestan étudie la structure de la tribu des Tupinambas, déjà disparue à l'époque, par le moyen de documents de voyageurs. Le doctorat terminé, Florestan obtient un poste de à l'USP à la chaire de sociologie I, et devient ensuite titulaire d'une chaire (son poste était l'équivalent d'un professeur actuel, mais dans une structure où la hiérarchie était beaucoup plus rigide).
Persécution de la dictature militaire au Brésil
À cause de son engagement à l'université, il est persécuté par la dictature militaire (les années de plomb) au Brésil et son poste est supprimé sur la base de l'acte institutionnel numéro 5 (AI-5). Il s'exile en 1969 au Canada, où il assume la charge de professeur de sociologie à l'Université de Toronto.
Mort
Il meurt à São Paulo, à l'âge de 75 ans, victime d'embolie gazeuse massive (présence d'air dans le sang), six ans après avoir subi une greffe de foie. Il fait alors une révision des notes de son dernier livre, La contestation nécessaire - portraits intellectuels de non-conformistes et révolutionnaires, une collection de biographies d'amis et héros.
Militantisme politique
Élu député fédéral deux fois par le parti des travailleurs, il conserve la cohérence avec ses idées et son œuvre et se fait remarquer dans la défense de l'école publique et le projet de loi de directives et bases de l'éducation. Sa critique du gouvernement militaire engendre son lien avec les mouvements sociaux et les organisations politiques de gauche et la lutte pour l'éducation publique.
Une révolution de la sociologie brésilienne
À l'université, Florestan inaugure une nouvelle phase de sa vie. Engagé dans les études et la réflexion sur la société, il approfondit les idées de Émile Durkheim et de beaucoup de penseurs de la sociologie positiviste. Comme un intellectuel organique, il introduit dans le milieu académique un nouveau profil intellectuel, se responsabilisant et s'engageant dans les problèmes de la réalité sociale brésilienne, surtout dans le militantisme au profit des personnes les moins favorisées.
Dans les années 1940, Florestan participe à un groupe marxiste, dans lequel il se consacre à l'étude de Karl Marx qui l'influence grandement, principalement sur la dialectique, car cela l'aide à mieux comprendre la domination de la société bourgeoise et ses méthodes exprimées dans la réalité sociale.
Alliant rigueur méthodologique et recherche empirique, Florestan Fernandes fonde la sociologie critique au Brésil, inaugurant une nouvelle manière de penser la réalité sociale. Pour Florestan, la pensée se pense tout le temps, car la réflexion critique doit être sous la pensée et le pensé.
Le professeur Florestan critique la pédagogie traditionnelle et condamne la posture des éducateurs distants du processus social, croyant que ceux-ci doivent être engagés dans le projet de transformation sociale. De cette manière, il devient un défenseur permanent de l'école publique, faisant de l'éducation un des thèmes centraux de sa vie. Pour lui, il ne peut pas exister d'État ou de société démocratique sans une éducation démocratique via une école publique gratuite.
Tel un bon marxiste il défend une éducation attachée à la pensée socialiste. Pour lui, la classe ouvrière est la principale force révolutionnaire et donc ses membres doivent être préparés, bien informés et conscients de leur rôle et cela doit être une responsabilité de l'éducation. Ainsi il comprend l'éducation comme un facteur de changement social.
Les différentes figures qui marquent le professeur Florestan Fernandes dans l'éducation sont celle de professeur, de scientifique et de militant, figures qu'il conserve dans d'autres pratiques et qui montrent la cohérence de cet intellectuel sur toute la trajectoire de sa vie.
Campagne de défense de l'école publique
Beaucoup d'éducateurs sont déjà engagés dans la discussion et dans la création d'un projet qui, à travers l'État Éducateur, privilégie l'éducation scolarisée, rendant l'accès et la présence chaque fois plus grands dans les classes les plus petites.
Simultanément, l'approbation de la loi de directives de l'éducation nationale est en voie avec l'appui des élites et cela est en contradiction avec ces propositions. C'est dans ce contexte qu'est née la campagne de défense de l'école publique.
En signe d'indignation, plusieurs éducateurs de São Paulo se sont réunis et ont réalisé la première convention étatique pour la défense de l'école publique, d'où est sortie une grande mobilisation, donnant le point de départ de la campagne.
Cette campagne est parvenue à faire se rencontrer divers intellectuels, même sur d'autres sujets de société. Dans le milieu intellectuel se sont unis différents courants de pensée sur l'éducation : les libéraux idéalistes, les libéraux pragmatiques et les socialistes, Florestan faisant partie de ce dernier courant tout comme Darcy Ribeiro et Fernando Henrique Cardoso.
La loi de directives et bases - LDB
L'éducation se révélant au professeur Florestan comme un thème de grande importance, son action pour la défense du thème s'est avérée mémorable. Au-delà de son action dans la campagne, on peut noter son action à l'assemblée constituante et dans le processus de construction de la LDB.
Florestan Fernandes contre Darcy Ribeiro
Dans le processus de constitution de la loi de directives et bases de l'éducation, Florestan Fernandes éprouve une grande déception de la part de celui qui est alors son ami, Darcy Ribeiro, qui l'a accompagné longtemps pour la défense de l'éducation.
La plus grande injustice de Darcy envers Florestan peut être résumée dans cette citation : .
Florestan, qui a toujours lutté pour les moins favorisés, qui a mobilisé différents milieux pour la construction d'un projet démocratique et a tenté d'inclure dans les lois des mesures rendant l'éducation populaire, rencontrant des résistances dans les commissions, est trahi et victime d'injustice par son ami.
Darcy considère également que le projet de la chambre consolide le système actuel d'enseignement et qu'il continue à maintenir le Brésil dans la condition du .
Ce conflit vécu entre Florestan Fernandes et Darcy Ribeiro est ouvert et occupe l'espace des médias, persistant presque jusqu'aux derniers jours de la vie du professeur.
Florestan Fernandes est professeur toute sa vie malgré des hospitalisations dans les dernières années. Le sociologue n'a pas relâché le ton professoral et intellectuel qui le caractérise.
Florestan est un des plus grands professeurs et sociologues brésiliens car l'un des plus grands responsables de la consolidation de la pensée scientifique dans l'étude des thèmes sociaux au Brésil.
Œuvres principales
Florestan commençe à écrire à la fin des années 1940 et, au long de sa vie, il publie plus de cinquante livres et des centaines d'articles. Ses principales œuvres sont :
Organização social dos tupinambá (1949); A função social da guerra na sociedade tupinambá (1952); (ces deux œuvres sont indispensables pour la connaissance des sociétés indigènes du Brésil) A etnologia e a sociologia no Brasil (1958); (compte rendu et questionnements sur la production des sciences sociales au Brésil jusqu'aux années 1950) Fundamentos empíricos da explicação sociológica (1959); (il s'agit d'un des classiques de la sociologie de Florestan, de type essentiellement épistémologique) Mudanças sociais no Brasil (1960); (dans cette œuvre, Florestan fait un panorama de son travail et fait un portrait du Brésil) Folclore e mudança social na cidade de São Paulo (1961); (cette œuvre réunit le travail et les recherches réalisées les années où Florestan était élève de Roger Bastide à l'USP, et est consacrée à plusieurs manifestations de culture populaire entre des enfants de la ville de São Paulo) A integração do negro na sociedade de classes (1964); (étude des relations raciales au Brésil) Sociedade de classes e subdesenvolvimento (1968); A investigação etnológica no Brasil e outros ensaios (1975); (réédition d'articles publiés dans des revues scientifiques et consacrés la production récente de l'anthropologie brésilienne) A revolução burguesa no Brasil (1975) (ce sont des œuvres centrales pour la compréhension du Brésil qui a suivi la chute du régime colonial).
Contributions à la sociologie brésilienne
Selon , les contributions de Florestan à la sociologie brésilienne ont leur origine dans cinq sources qui sont les suivantes :
La sociologie classique et moderne avec un dialogue continu, ouvert et critique qui se développe avec les principaux sociologues qui présentent une contribution à la recherche et à l'interprétation de la réalité sociale. La pensée marxiste et le dialogue croissant avec les œuvres de Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Ilitch Lénine, Léon Trotsky et Antonio Gramsci, entre autres, qui ont incorporé progressivement la pensée dialectique, qui est présente clairement tant dans le choix des thèmes que dans le traitement qui en est fait. Elle crée ainsi des défis pour les mouvements sociaux et les partis politiques qui sont liés aux luttes de groupes et de classes populaires. Le courant plus critique de pensée brésilienne, en différents moments, qui se manifeste sous la forme d'un dialogue, explicite ou implicite, avec Euclides da Cunha, Lima Barreto, , Astrojildo Pereira, Graciliano Ramos, Caio Prado Júnior et d'autres personnalités des sciences sociales et écrivains dont certains du . Sur différents écrits, on peut voir des suggestions, défis ou thèmes suscités par l'œuvre de ces auteurs, composant une sorte de famille intellectuelle fondamentale et très caractéristique de la pensée brésilienne. Ils prennent en compte les luttes des plus divers secteurs populaires du passé et du présent de la société brésilienne. Ils aident à comprendre certaines dimensions basiques des conditions d'existence, de vie et de travail des Indiens, indigènes, esclaves, colons, seringueiros, passés et présents.