La Compagnie des mines d'Ostricourt exploitait le charbon dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais du , date de la création de la compagnie, jusqu'à la nationalisation le . Huit puits ont été creusés par la compagnie, numérotés de 1 à 7 bis.
Historique
Avant 1880
Mémoire d'Émile Vuillemin en 1855
Le , Émile Vuillemin dépose à la Préfecture du Nord un pli cacheté, destiné à être ouvert ultérieurement, contenant un mémoire, avec carte à l'appui, dans lequel il expose que les connaissances acquises par les travaux d'exploration alors exécutés, démontrent que le bassin houiller s'étendant de Quiévrain au-delà de Béthune, sur une longueur de cent kilomètres, présente partout une largeur comprise entre huit et dix kilomètres. Or, si l'on trace sur une carte une première ligne représentant la limite méridionale du Bassin houiller d'Aniche à Hénin-Liétard, d'après les indications fournies par de nombreux sondages, et une seconde ligne au nord, parallèle à la première, et distante de celle-ci de sept kilomètres seulement, on voit que cette dernière ligne laisse entre elle et les limites septentrionales des concessions d'Aniche, de l'Escarpelle et de Dourges, une surface relativement considérable de terrain houiller, susceptible de donner lieu à l'établissement d'une nouvelle concession.
Il informe en même temps le Préfet du Nord que, pour vérifier l'exactitude des observations ci-dessus exposées, il entreprend plusieurs sondages : d'abord à Ostricourt et à Râches, et successivement sur d'autres points de la zone qu'il préjuge devoir renfermer la formation houillère. Ces prévisions d'Émile Vuillemin ont été confirmées par les nombreuses recherches effectuées par les Compagnies d'Ostricourt, de Meurchin, de Carvin et autres, qui ont constaté l'existence, au nord et en dehors des concessions précédemment instituées, d'une surface très considérable de terrain houiller, qui a été l'objet de l'établissement de cinq nouvelles concessions : Ostricourt, Carvin, Annœullin, Meurchin et Douvrin, présentant ensemble une superficie de .
Constitution de la Société de recherches
Une Société de recherches s'est constituée, dès le , au capital de , divisé en de , pour confirmer les prévisions exposées dans le mémoire dont il vient d'être parlé.
Elle commence, le , un premier sondage, 169, au sud d'Ostricourt, et y découvre la houille le . Un second, 244, est placé, le de la même année, au nord de la concession d'Aniche, à Râches ; et un troisième, 170, au nord d'Ostricourt. Le premier sondage d'Ostricourt est à peine installé, que les Compagnies de Dourges et de l'Escarpelle, qui n'ont jamais pensé que le terrain houiller existait au nord de leurs concessions, ouvrent des sondages : la première à Ostricourt, 31 ; la seconde à Moncheaux, 292.
En même temps, elles demandent toutes deux, à titre d'extension, la concession des terrains sur lesquels les travaux de la nouvelle Société de recherches a appelé leur attention. Celle-ci, immédiatement après la découverte de la houille au sondage d'Ostricourt, le , demande une concession de environ. Voulant poursuivre avec activité ses travaux, et se créer des droits plus imposants encore par la création prompte d'une exploitation, la Société de recherches se transforme, le , en Société d'exploitation.
Statuts de la Société d'exploitation
La Société prend la dénomination de Compagnie charbonnière Douaisienne. Son but est la continuation des travaux de recherches et l'exploitation des mines de charbons de terre dans les territoires compris dans le périmètre de la demande en concession formée par les comparants le . La durée est de 99 ans.
Les comparants font apport des travaux de sondages, exécutés à Ostricourt et à Râches, qui ont amené la découverte de la houille dans le premier et du terrain houiller dans le second ; des droits qui peuvent résulter des dits travaux et découvertes et de la demande en concession. Le capital est de trois millions de francs, représenté par de . Les actions sont nominatives. En compensation de leur apport, les comparants recevront affranchies du premier versement de . Toutes les actions sont émises.
La Société est régie par un comité administratif composé de huit membres nommés par l'Assemblée générale, et possédant chacun au moins . Le sort désigne chaque année la sortie d'un administrateur, et la première assemblée générale qui suit pourvoit à la nomination d'un nouveau membre, en remplacement du membre sortant, jusqu'à épuisement. Tous les ans a lieu une assemblée générale des actionnaires. Pour en faire partie, il faut posséder dix actions donnant droit à une voix. Le même actionnaire ne peut avoir plus de dix voix.
L'Assemblée générale entend le compte qui lui est présenté par le Comité administratif, nomme les membres du dit comité, et statue sur toutes les propositions qui lui sont soumises par le comité administratif en conformité de l'ordre du jour. Le de chaque année, les écritures sont arrêtées et l'inventaire dressé par le comité administratif. Celui-ci fixe le chiffre du dividende, et constitue, s'il le juge utile, un fonds de réserve qui ne pourra dépasser .
Concession thumb|upright=1.5|La concession d'Ostricourt parmi les puits et les concessions du bassin minier. thumb|État des travaux en 1880.
La Société de recherches a à peine installé son premier sondage à Ostricourt, que les Compagnies de Dourges et de l'Escarpelle, même avant toute exécution de travaux, adressent au Gouvernement des demandes d'extension de leurs concessions au nord : la première, le ; la deuxième, le . La demande de la Société Douaisienne n'est formulée qu'après la découverte de la houille dans son premier sondage, le . L'instruction de ces diverses demandes a été très longue et très laborieuse.
Les Compagnies de Dourges et de l'Escarpelle invoquent une prétendue promesse faite par l'Administration dans les lettres d'envoi de leur décret de concession, de la réserve des terrains au nord dans lesquels la présence de la houille pourrait être ultérieurement reconnue ; le principe de la division du Bassin houiller en tranches dirigées du sud au nord qui a, suivant elles, présidé à toutes les concessions du Pas-de-Calais, principe qu'on a laissé de côté précisément dans l'établissement de la concession de Dourges.
La Compagnie Douaisienne fait reposer ses droits à une concession, sur l'antériorité de ses recherches, de ses découvertes, sur l'intérêt public qui s'attache à l'établissement d'une nouvelle concession, présentant une grande superficie de terrain houiller, et susceptible de donner lieu à la création d'une exploitation importante et très viable. Elle fait ressortir que cette grande étendue de terrain houiller resterait improductive entre les mains de deux Sociétés qui possèdent déjà des concessions respectives de et de , sur lesquelles elles n'ont exécuté jusqu'alors que des travaux très peu importants. Les enquêtes locales ont mis en évidence les titres de la Compagnie Douaisienne et, sur l'avis des Ingénieurs des mines, les Préfets du Nord et du Pas-de-Calais proposent au Gouvernement de lui accorder la concession du terrain houiller situé au nord des concessions de Dourges et de Courrières. Quant à la partie de la demande de concession au nord de l'Escarpelle et d'Aniche, elle est ajournée, par suite de l'absence de découvertes de houille par les sondages exécutés.
Contrairement à la proposition du Rapporteur, le Conseil des Mines émet, en , à la majorité d'une voix, l'avis fort inattendu d'accorder à la Compagnie de Dourges, en extension de sa concession, tous les terrains sur lesquels la Compagnie Douaisienne vient de découvrir le terrain houiller et la houille. Le conseil d'administration de la Compagnie Douaisienne, convaincu que cet avis du Conseil des Mines est le résultat d'une étude incomplète, que les nouveaux faits établis par les travaux exécutés dans les deux dernières années doivent modifier, s'unit avec les Compagnies voisines, Meurchin, Carvin et Don, pour provoquer un nouvel examen de la question.
Enfin, il est donné juste satisfaction à des droits parfaitement reconnus, et des décrets, en date du , instituent quatre nouvelles concessions au nord de celles existantes. À savoir la concession d'Ostricourt, d'une superficie de , Meurchin (), Carvin () et Annœullin (), soit un ensemble de concédés.
Le décret de concession a stipulé, en faveur de la Compagnie de Libercourt, une indemnité de pour sa part dans l'invention des Mines d'Ostricourt. Cette Compagnie réclame, en outre, le remboursement d'un sondage comme travail utile, et la Compagnie Douaisienne a dû effectuer ce remboursement. D'un autre côté, la Compagnie de Dourges obtient, contre l'avis défavorable d'experts, du Conseil de préfecture du Pas-de-Calais, un jugement du , qui condamne la Compagnie Douaisienne à lui rembourser également le prix coûtant de l'un de ces sondages. Ce jugement, porté devant le Conseil d'État, a même été aggravé, et la Compagnie est condamnée à payer les deux sondages exécutés par la Compagnie de Dourges. La Compagnie Douaisienne a eu à payer, du fait de ces remboursements de travaux, la somme de , et cependant, c'était cette Compagnie qui, la première, avait eu l'idée de l'existence du terrain houiller et de la houille au Nord des concessions existantes ; c'était elle qui, la première, avait exécuté des travaux pour constater cette existence, et qui l'avait en effet constatée la première.
M. l'Inspecteur général apprécie ainsi, dans son rapport au Conseil général des Mines, les revendications de la Société de Libercourt : Je n'ai pas besoin d'ajouter que, pas plus que Messieurs les Ingénieurs Dormoy et Boudousquié et que M. le Préfet du Nord, je ne propose d'allouer une indemnité d'invention à cette Société, et c'est le lieu de remarquer à quelles conséquences abusives on serait conduit si on entrait dans une pareille voie. Rien de plus facile, en effet, dans la partie du terrain qui nous occupe, que de se placer de manière à arriver à coup sûr sur la houille, et l'auteur d'un pareil travail viendrait ensuite demander aux explorateurs sérieux qui lui ont montré le chemin, non seulement le remboursement de ses dépenses, mais encore une indemnité d'invention de , plus ou moins. Cela n'est pas admissible, et il importe de décourager de telles spéculations.
Travaux
La Société de recherches a exécuté trois sondages, 160, 244 et 170. Ils ont été suivis de trois autres (à Montécouvé, 299, à Thumeries, 171 et à Buqueux, 173), qui ont exploré complètement le périmètre demandé en concession.
Une première fosse est ouverte à Oignies, en . Elle traverse de terrains tertiaires, et a été poussée jusqu'à sans difficulté, avec épuisement par une machine d'extraction de vingt chevaux et à l'aide de tonneaux. L'eau devenant plus abondante, on installe sur la fosse une petite machine d'épuisement à traction directe de cinquante chevaux, et on traverse ainsi tout le niveau jusqu'à , profondeur à laquelle est établie la base du cuvelage. À la fin de 1857, on atteint le terrain houiller à , puis on traverse plusieurs veinules de houille : vingt centimètres à , vingt centimètres à et trente centimètres à .
Un premier accrochage est ouvert à , et une galerie dirigée au nord rencontra enfin une veine, dite Sainte-Marie, de , à du puits et faiblement inclinée. L'exploitation de cette couche fournit en 1858-59, . On y exécute des explorations importantes sur en direction, et suivant l'inclinaison jusqu'au tourtia. Mais la veine est ondulée et souvent interrompue par des étranglements. Un deuxième accrochage est établi à . On y atteint, par des bowettes au nord et au sud, deux autres veines où l'on effectue des travaux d'exploitation.