La Compagnie des mines de Bruay extrayait la houille dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Elle exploitait dix-huit puits de mine répartis sur huit sites de production situés à Bruay-la-Buissière, Haillicourt, Divion et Houdain.
Historique
Avant 1880
Premières recherches par la Compagnie de Béthune
Le , Messieurs Boittelle, Quentin, Petit-Courtin et autres, ont formé une Société de recherches au capital de , divisés en six parts de , plus deux parts libérées. Cette Société exécute plusieurs sondages au-delà de Béthune, à Annezin, Hesdigneul, Bruay, etc. Plus tard, le , cette Société se transforme en Société d'exploitation, sous le nom de Compagnie de Béthune, au capital de trois millions de francs représentés par de .
À cette époque, les Compagnies de Lens et de Vicoigne-Nœux ont déjà exécuté de nombreux sondages qui ont constaté la présence du terrain houiller dans l'espace compris entre Lens et Béthune. Cet espace est considérable et on pressent qu'il ne serait pas réparti entre deux concessions seulement. La Compagnie de Béthune vient donc prendre position entre les sondages des Compagnie de Lens et de Vicoigne-Nœux, et demande la concession d'un terrain intermédiaire entre ceux qu'elle suppose devoir être attribués à ces deux dernières Compagnies.
Société de recherches Leconte
Elle abandonne ses premières recherches du côté de Bruay, mais ses fondateurs forment, le , un projet d'acte pour la continuation des recherches au-delà de Béthune. Trois sondages ont été exécutés à Lozinghem, Lillers, et Burbure, sous les noms de M. Leconte et Lalou.
Ces sondages n'ont pas abouti, et le , une nouvelle association est formée entre Messieurs Debrosses, Lalou, Leconte et autres pour de nouvelles recherches du côté de Bruay. Les fondateurs de la Compagnie de Béthune ne paraissent pas en nom dans la Société nouvelle ; leurs parts d'intérêts sont aux noms de Messieurs Lalou et Leconte.
Cette nouvelle Société est au capital de , divisés en douze parts, ayant à verser chacune . Le produit des recherches doit être réparti à 72 % entre les douze parts, 8 % pour soins à donner à l'affaire et 20 % pour prix de la cession des premières recherches, des avantages attachés, priorité de la demande en concession, apport des baraques, puits, baux, etc.
Cette Société exécuta quatre sondages : à Bruay, , dans lequel on traverse plusieurs couches de houille, à Labussière, près Lapugnoy, , où le charbon est également découvert, à Divion, , qui traverse une couche de houille le et à Grenay, , qui n'a abouti à aucun résultat le .
Cession de la Société Leconte à la Société de Béthune
Après la découverte du charbon sur plusieurs points, la Société Leconte cède le à la Société de Béthune tous les droits qui résultent de ses recherches, moyennant libérées de cette dernière Compagnie, valant au jour du traité plus de prime soit , soit pour les , et la faculté pour les intéressés de la Société Leconte, de souscrire au pair pour 150 des mêmes actions, soit une prime de , soit un total de .
Quelques jours après cette acquisition la Compagnie de Béthune constitue une Société d'exploitation des Mines de Bruay, dite Société Leconte, au capital de trois millions, représenté par de , lesquelles, suivant les intentions exprimées par la Compagnie de Béthune dans sa délibération du , seraient souscrites à la souche par tous les fondateurs de la Société des recherches et entreraient dans la caisse de la dite Compagnie de Béthune comme représentation de la chose cédée et des dépenses que lui occasionne la marche des travaux, pour en tirer ultérieurement le parti le plus avantageux dans l'intérêt de ses actionnaires.
L'administration des Mines de Bruay est ostensiblement entre les mains de M. Leconte, mais tout se fait réellement sous l'inspiration et par les ordres de la Compagnie de Béthune. Il en est ainsi jusqu'à la promulgation du décret du , qui interdit aux Sociétés houillères, sous peine de retrait de leur concession, de se fusionner entre elles, ou de vendre leurs concessions sans l'autorisation du gouvernement. Les concessions de Grenay et de Bruay ne sont pas encore instituées. Il y a à craindre qu'elles ne soient pas accordées, si l'on avait su que la Compagnie de Béthune était seule propriétaire des actions de Bruay comme de celles de Béthune. Il est de toute nécessité de sortir de cette situation critique.
Rétrocession des actions à M. Leconte
Le , la Compagnie de Béthune rétrocède à M. Leconte, agissant comme banquier, les souscrites pour elle par les fondateurs de la Société de recherches, et libérées d'après ses intentions à , aux conditions suivantes : à verser dans la caisse de la Compagnie de Béthune pour prime de sur et , le capital de Bruay sur payantes.
La Compagnie de Béthune réalise dans cette double opération un bénéfice de moins soit qui entrent dans sa caisse. Cette somme de a été employée par la Compagnie de Béthune à rembourser a ses actionnaires les versements effectués sur les actions de cette Compagnie qui ont alors été émises. La Société Leconte rembourse à la Compagnie de Béthune, en même temps, que cette dernière a dépensés en travaux à Bruay.
Statuts
La constitution de la Société de Bruay a eu lieu par acte reçu par Maître Bollet, notaire à Arras, les 14,17 et . Les comparants sont Messieurs Leconte, Lalou, Vallage et Beversez-Becquet agissant au nom de la Société de recherches. La Société d'exploitation prend la dénomination de Société Leconte.
L'apport de la Société de recherches, consistant en travaux de sondages ayant amené la découverte de la houille, en matériel et outillage, et en droit d'invention, de priorité et de demande d'une concession, est représenté par une somme de , en payement de laquelle M. Leconte se réserve le droit de souscrire des actions au pair pour tout ou partie. Le capital est fixé à trois millions, représente par au porteur de . Les actions doivent être émises au fur et à mesure des besoins de la Société. Aucune solidarité n'existe entre les actionnaires qui ne peuvent être tenus au-delà du montant de leurs actions.
Néanmoins tout actionnaire est libre de se retirer, après avoir versé au moins par action, en abandonnant le montant de ses mises et tous ses droits dans la Société. La Société est gérée par un conseil d'administration, composé de trois membres, nommés à vie, et qui sont désignés dans l'acte de la Société : Messieurs Leconte, Lalou et Reversez-Becquet. Lorsqu'une place d'administrateur devient vacante, les administrateurs restants nomment entre eux un nouvel administrateur. L'assemblée générale se compose de tous les propriétaires de cinq actions. Elle se réunit chaque fois que le conseil d'administration jugera convenable de la convoquer. Le de chaque année, les écritures sont arrêtées. L'administration fixe le chiffre des dividendes. Il sera créé un fonds de réserve qui ne pourra dépasser , et qui sera formé au moyen d'une retenue du quart des bénéfices de chaque année, après la répartition de 5 % du capital versé. Les actionnaires pourront chaque année nommer entre eux trois délégués chargés de prendre connaissance au siège de la Société, des comptes de l'administration.
Libération des actions à 400 francs
Dans la cession faite par la Société de recherches à la Compagnie de Béthune, le , il a été stipulé la constitution d'une Société d'exploitation qui a été réalisée par l'acte analysé ci-dessus des 14, 17 et , et que toutes les actions seraient souscrites à la souche par tous les fondateurs de la dite Société de recherches, et entreraient dans la caisse de la Compagnie de Béthune.
Dès le , le conseil d'administration de Bruay décide que les actions sont complètement libérées par un versement de alors effectué. Puis vient la rétrocession du des par la Compagnie de Béthune à M. Leconte, qui en réalise le placement successif, mais au prix de au moins, ce qui a été à l'origine d'un grand procès.
Concession
Dès le , il est fait une demande de concession par le sieur Leconte, un an avant la constitution de la Société de Bruay, qui ne date que de . Le décret de concession ne paraît cependant que le , en même temps que ceux qui instituent les concessions de Marles, Ferfay et Auchy-au-Bois. Les limites comprennent une superficie de .
En 1873, la Compagnie de Bruay a entrepris quatre sondages à Gosnay, au nord, Divion et à Maisnil, au sud en vue d'une extension de concession. Ces sondages n'ont pas abouti, et la demande d'extension n'a pas été accueillie, jusqu'ici toutefois on continue le sondage de Maisnil en 1878, avec l'espoir de trouver le terrain houiller sous la formation dévonienne renversée, comme à Liévin, Bully et Drocourt.
Travaux
Les explorations de la compagnie de Bruay se sont opérées par seize sondages : huit exécutés de 1851 à 1854, quatre de 1864 à 1866, et quatre en 1873 à 1874. Ces quatre derniers ont pour objet de s'assurer que le terrain houiller existe au sud de la concession.
Une première fosse est ouverte à la fin de 1852 à Bruay. Les premiers travaux de fonçage commencent fin , et à la fin de l'année 1853, le niveau est passé à la profondeur de . Mais lorsqu'on a traversé les bleus, une source considérable, bouleversant le terrain qui la recouvre, envahit les travaux, ne laissant aux mineurs que le temps justement nécessaire pour se sauver. On a dû pour passer ce deuxième niveau monter quatre pompes de 46 et cinquante centimètres de diamètres disposés en deux étages, et la machine de , marchant à grande vitesse a eu beaucoup de peine à vaincre les eaux. Toutefois on a pu établir la base du cuvelage à dans le terrain houiller le .
De nouvelles difficultés se produisent à ; un banc de grès houiller, situé au-dessous de deux petites veines de houille, donne de nouveau une grande quantité d'eau, qui oblige d'installer un système d'épuisement fixe, qui fonctionne encore en 1880. À Bruay comme à Marles, le terrain houiller n'est pas recouvert d'une épaisse couche de dièves, ainsi que cela a lieu dans les autres houillères du bassin. Les dièves manquent ou n'ont qu'une faible épaisseur. Cette particularité explique la rencontre, au puits , de la venue d'eau à la tête du terrain houiller, dont les assises peuvent communiquer par des fissures avec le niveau proprement dit.
Le montage des appareils d'épuisement, le fonçage dans le terrain houiller plus long, plus difficile à cause de l'eau, apporte beaucoup de retards dans l'exécution de cette première fosse, qui en 1855 ne commence à produire qu'une faible quantité de houille, . Cependant elle trouve un gisement riche et régulier et sa production s'accroît successivement, et atteint près de en 1859, à de 1864 à 1868, à de 1869 à 1871, et de à de 1872 à 1878.
Cette fosse, munie d'une machine d'extraction de , et d'une machine d'épuisement de , alimentées par une batterie de onze générateurs ayant ensemble de surface de chauffe, avec des cages à trois étages contenant six charriots, exploitant un gisement très riche et très régulier, est certainement une des fosses les plus productives du bassin. La transformation des appareils d'extraction exécutée en 1874 a coûté .
Une deuxième fosse est ouverte en 1858. Son creusement a été des plus faciles, mais elle tombe sur des terrains très bouleversés, dans lesquels on a fait de longues et nombreuses explorations, mais sans sortir des accidents. Cette fosse n'a produit que de très faibles quantités, d'une houille tout à fait différente de celle du , tenant seulement 15 à 20 % de matières volatiles, tandis que celle du en renferme de 35 à 40 %. Une bowette au nord, à l'étage de , rencontre à du puits, une venue d'eau assez abondante, dont l'épuisement exige la marche, jour et nuit de la machine d'extraction. Tout travail a été suspendu à cette fosse depuis 1868 après exécution d'un serrement en maçonnerie dans la galerie donnant de l'eau, La Compagnie attend pour la reprendre le résultat d'explorations entreprises par ses autres fosses.