L'abbaye royale Notre-Dame de Fontevraud (anciennement Fontevrauld, parfois Fontevraut) est une ancienne abbaye d'inspiration bénédictine, siège de l'ordre de Fontevraud, fondée en 1101 par Robert d'Arbrissel et située à Fontevraud, près de Saumur en Anjou (actuel Maine-et-Loire). Site de établi à la frontière angevine du Poitou et de la Touraine, elle est l'une des plus grandes cités monastiques d'EuropeL'idée de cité sur abbayedefontevraud.com..

Initialement monastère mixte, accueillant femmes et hommes au sein des mêmes bâtiments, puis agrandi en monastère double dans l'esprit de la réforme grégorienne, l'abbaye de Fontevraud va s'attirer la protection des comtes d'Anjou puis de la dynastie des Plantagenêts qui en feront leur nécropole. Après un déclin à partir du , l'abbaye est dirigée pendant presque deux siècles par des abbesses issues de la famille royale des Bourbons. La Révolution française porte un coup d'arrêt définitif à l'établissement religieux qui se transforme en établissement pénitentiaire jusqu'en 1963. Les différentes rénovations des édifices débutent dès le après le classement de l'abbaye au titre des monuments historiques en 1840, liste établie par Prosper Mérimée et se poursuivent jusqu'à nos jours. En 2000, l'abbaye de Fontevraud est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco avec l'ensemble du site culturel du Val de Loire.

L'ensemble monastique se compose aujourd'hui des deux monastères encore subsistants sur les quatre d'origine. Le plus important est le monastère du Grand-Moûtier, ouvert au public, qui héberge l'église abbatiale, la cuisine romane et la chapelle Saint-Benoît du , ainsi que le cloître, les bâtiments conventuels, dont la salle capitulaire, et les infirmeries du . Certains des bâtiments hébergent aujourd'hui des salles de séminaire. Le prieuré Saint-Lazare, dont l'église date du , a été transformé en résidence hôtelière.

Géographie Localisation L'abbaye est située dans l'ancienne province d'Anjou, sur la commune de Fontevraud-l'Abbaye« Un seul lieu mais plusieurs orthographes » sur wiki-anjou.fr., en Maine-et-Loire. Elle se situe à environ au sud-est de Saumur, au sud-est d'Angers, au sud-ouest de Tours et 75 km au nord de Poitiers. Elle se trouve également à environ au sud de la LoireOrthodromie calculée à l'aide de ..

Le site s'étend dans une vallée, au confluent de trois rus dont le principal s'appelle l'Arceau qui se jette en aval directement dans la Loire. L'abbaye se situe au sud de l'autoroute A85. Les sorties les plus proches sont la en Maine-et-Loire et en Indre-et-Loire. L'accès par la sortie se fait via Saumur par la D 347 au sud, puis la D 947 vers l'est qui longe la Loire jusqu'à Montsoreau et continue au sud vers Fontevraud-l'Abbaye. L'accès par la sortie se fait via la D749 qui passe la Loire au sud grâce au pont de Chouzé-sur-Loire, puis par la D 7 qui longe le fleuve, traverse la Vienne en confluence de la Loire et rejoint Fontevraud-l'Abbaye au sud-ouest..

Organisation spatiale L'enceinte de Fontevraud a compté jusqu'à quatre monastères. Seuls deux subsistent actuellement : le Grand-Moûtier et le prieuré Saint-Lazare. Le couvent de La Madeleine a été sérieusement endommagé et remanié à l'époque moderne, et Saint-Jean-de-l'Habit a été totalement détruitUn paysage abbatial en partie sauvegardé. vignette|center|upright=2|Plan de l'abbaye de Fontevraud dans son état actuel. Dans la reproduction du tableau ci-dessous le grand Moutier se repère facilement grâce au clocher de l'abbatiale qui émerge assez nettement des toitures. À l'extrême gauche de l'image et un peu à l'écart du reste de l'ensemble abbatial, le prieuré Saint Jean de l'Habit. Revenant au centré et en bas de l'illustration, on y situera sans difficulté le prieuré de la Madeleine. Retour au Grand Moutier pour se placer au premier tiers à partir de la gauche, là où l'on distingue deux pavillons carrés aux toits couverts d'ardoises. Nous sommes là en présence des bâtiments de l'infirmerie Saint-Benoît. center|vignette|upright=2|Un ensemble qui a malgré tout grandement survécu aux secousses historiques.

Histoire La fondation L'abbaye de Fontevraud est fondée en 1101 par l'ermite Robert d'Arbrissel. En 1096, celui-ci reçoit du pape Urbain II, en visite à Angers, une mission de prédication.apostolique. Devenu prédicateur itinérant, Robert d'Arbrissel se voit bientôt suivi par une foule nombreuse, d'hommes et de femmes de différentes classes sociales. Il s'installe entre 1099 et 1101 dans un vallon nommé Fons Ebraldi. À ce moment, la communauté fontevriste dépend de Gautier de Montsoreau, vassal direct du comte d'Anjou. La belle-mère de Gautier, Hersende de Champagne, devient la première grande-prieure de l'abbaye lorsque Robert d'Arbrissel décide de reprendre son itinérance. Robert d'Arbrissel y fonde avec ses disciples une maison mixte, rompant avec les règles du monachisme ordinaire. En période de réforme grégorienne, l'attitude de Robert lui attire les foudres de la hiérarchie religieuse : la cohabitation d'hommes et de femmes passe mal, et Robert scandalise quand il dort au milieu des femmes.. Cette proximité entre les sexes voulue par Robert s'explique par la pratique du syneisaktisme. par l'ermite, pratique ascétique qui consiste en la cohabitation chaste de personnes de sexe différent afin de surmonter les tentations charnelles. vignette|Les restes de Robert d'Arbrissel, hors reliques conservées ailleurs, ne sont plus dans ce qui fut sa tombe.

En 1101, la maison se transforme en un ordre double. Il sépare ainsi les hommes (le monastère Saint-Jean-de-l'Habit) des femmes (le monastère du Grand-Moûtier). Deux autres structures sont également créées : le monastère de la Madeleine pour les pécheresses repenties et le couvent Saint-Lazare pour les lépreux.. L'ordre de Fontevraud est reconnu dès 1106 par l'évêque de Poitiers ainsi que par le pape Pascal II.. Les premiers bâtiments sont édifiés dans le premier quart du , peu après la fondation.. Les grandes familles de l'aristocratie locale, les comtes d'Anjou notamment, ne tardent pas à soutenir la fondation. Ermengarde d'Anjou est un des premiers membres de la famille comtale angevine à prendre l'abbaye en considération. Fille de Foulque le Réchin, elle fait ratifier par son frère, Foulque V, ses dons à l'abbaye de Fontevraud. Elle s'y retire vers 1112.

Une première abbesse, Pétronille de Chemillé, est ensuite élue en octobre 1115, avant la mort de Robert, le de l'année suivante... Son corps est enterré dans le chœur de l'abbatiale de Fontevraud, alors en construction.. De nombreux religieux refusent cependant de se soumettre à l'administration d'une femme, et certains décident de déserter le monastère. Pétronille de Chemillé puis Mathilde d'Anjou, qui lui succède en 1149, décident de faire intervenir le pape pour faire cesser les départs. Le problème disparaît après l'intervention du pape Anastase IV en 1154. Il réapparaît cependant plus tard au ..

Pendant tout le , l'ordre de Fontevraud n'en finit pas de s'étendre : à la mort de Robert d'Arbrissel, il compte déjà trente-cinq prieurés, regroupant deux mille religieux et religieuses. Suger, abbé de Saint-Denis, comptabilise entre quatre et cinq mille moniales vers 1150. À la fin du siècle, on compte une centaine de prieurés dans toute la France, puis par la suite, en Espagne et en Angleterre.

Le choix premier de Fontevraud comme "Saint-Denis" des rois Plantagenêts

La transformation de l'abbaye en nécropole dynastique des Plantagenêts participe grandement à son développement. Henri II, marié à Aliénor en 1152, y fait sa première visite le . Le couple confie à l'abbaye ses deux plus jeunes enfants : Jeanne, née en 1165, et Jean, futur roi d'Angleterre.. Ce dernier quitte l'abbaye après cinq ans, tandis que Jeanne ne la quitte qu'en 1176, pour son mariage. En 1180, Henri II finance la construction de l'église paroissiale de Fontevraud, l'église Saint-Michel, construite près de l'abbaye. Le , épuisé moralement et physiquement par la guerre que lui mènent ses fils et le roi de France, Henri II meurt à Chinon. Aucune disposition n'avait été prise pour préparer les funérailles. Bien que l'ancien roi ait pu parler d'être enterré à Grandmont, dans le Limousin, dans un testament de 1170, il est difficile de transporter le corps en plein été et personne ne souhaite prendre le temps du voyage. Fontevraud, située à faible distance de ChinonUne vingtaine de kilomètres les sépare., est alors choisie par commodité, afin de parer au plus pressé.. Selon le chroniqueur Guillaume de Newburgh, toutefois, le roi aurait exprimé sur son lit de mort, la volonté d'être enseveli à Fontevraud, cher à la maison d'Anjou. Cette décision est vraisemblablement avalisée par Aliénor et Richard.

Origine et destins successifs des quatre gisants subsistants de l'Abbaye royale Non loin de la croisée du transept de l'abbatiale ont été installés quatre gisants subsistants de l'ancien cimetière des roisUn décor aujourd'hui disparu.. À l'origine les sépultures des Plantagenets « Henri II, Richard, Aliénor, Jeanne d'Angleterre, toutes quatre, à côté l'une de l'autre et à la suite, couchées et étendues sur tombeaux vides et élevés ».

Un élément de "clôture "subsistant" à la préfecture d'Angers.|vignette

Plus près de la grille (clôture) qui séparait la nef du chœur, furent placées les statues d'Isabelle d'Angoulême, et de Raymond VII de Toulouse, qui se seraient trouvées en avant du pilier Nord-Ouest de l'église abbatiale, à l'angle de la nef et de la Croisée du transept.

Sans tenir compte des places occupées par les cendres royales dans les tombes, Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevraud, fit élever un mausolée commun sur lequel elle plaça quatre figures arrachées aux divers monuments qui les supportaient et les plaça dans cet ordre : Henri, Richard, Aliénor, Isabelle d'Angoulême. Comme son arcade était trop peu large pour contenir six statues, elle en fit disparaître deux, celles de Jeanne d'Angleterre et de Raymond ; elle les remplaça par deux statues de marbre blanc à genoux, qu'elle mit devant..

Aujourd'hui, les gisants datant du tout début du exposés dans ce qui fut l'église ne sont plus que quatre, disposés deux par deux à partir de la croisée du transept. Au premier plan, Isabelle d'Angoulême (ou plus vraisemblablement Jeanne d'Angleterre (1165-1199) voir ci-dessous) et Richard Cœur de Lion, au second plan, Aliénor d'Aquitaine et Henri II. La disposition que nous venons de rappeler n'a pas toujours été celle-ci et d'importants changements furent effectués en particulier à l'époque de la Révolution française, qui n'ont plus laissé subsister que les « épaves » décrites ci-dessous.

Qui sont les quatre gisants de l'abbaye ? Henri II (roi d'Angleterre) est le premier roi Plantagenêt à être enterré dans la nécropole des rois. Il y est très rapidement transféré par Guillaume le Maréchal, le lendemain de son décès à Chinon, le . Henri est alors enterré dans la partie de la nef réservée aux religieuses. Aliénor a vraisemblablement présidé au choix de ce lieu et à l'emplacement de la tombe de son époux.

Richard Cœur de Lion meurt le , à Châlus-Chabrol. Sur le choix de sa mère Aliénor, la dépouille dont le cœur et les entrailles ont été prélevés, est conduite à Fontevraud et enterrée le aux pieds de son père. En revanche, son cœur est enterré dans la cathédrale Notre-Dame de Rouen et ses entrailles dans la chapelle aujourd'hui ruinée du château de Chalus-Chabrol. Jean Favier émet l'idée qu'avec ce choix, Aliénor souhaite créer une nécropole dynastique, sur les terres ancestrales de la famille Plantagenêt, mais également à la frontière avec le Poitou, et l'Aquitaine, sa terre natale..