Jean Malouel, aussi Jan Maelwael ou Johan Maelwael, est un peintre et décorateur, né à Nimègue, dans le duché de Gueldre, dans les actuels Pays-Bas, à une date inconnue (entre 1370 et 1375), et mort à Dijon en .

Issu d'une famille de peintres héraldistes actifs à la cour des ducs de Gueldre, il se forme au sein de l'atelier de son père Willem et de son oncle Herman. Il se déplace ensuite en France, où il intervient pour la reine Isabeau de Bavière puis entre au service de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne en 1397 dont il devient le peintre officiel. Il réalise ou supervise pour lui un grand nombre d'œuvres notamment destinées à la décoration de la chartreuse de Champmol à Dijon. mais la plupart ont disparu depuis. Il contribue à l'installation de ses neveux en France, les frères de Limbourg. Il continue de servir le nouveau duc, Jean sans Peur, jusqu'à sa mort en 1415. Aucune œuvre mentionnée dans les sources écrites n'est conservée et aucune ne contient sa signature, cependant, les historiens de l'art s'accordent pour voir sa main dans la Grande Pietà ronde conservée au musée du Louvre. Les attributions d'autres peintures sont plus controversées : le Christ de pitié soutenu par saint Jean, la Vierge aux papillons et le Martyre de saint Denis lui sont parfois attribués, tandis que quatre autres petits tableaux religieux sont parfois donnés à son atelier. Il a aussi travaillé dans le domaine du portrait, de l'enluminure, du dessin et de la polychromie de statues avec notamment le Puits de Moïse. Il a probablement contribué à forger certains modèles répandus dans la peinture et l'enluminure de la France du .

Biographie Origines familiales et artistiques thumb|upright|alt=Portrait en pied d'un personnage vêtu de noir et de blanc et d'un manteau décoré d'un blason.|Portrait du héraut Claes Heynenszoon dans son armorial de Gelre, attribué en partie à Hermann Malouel, Bibliothèque royale de Belgique, Ms.15652-56, . Johan Maelwael naît dans une famille d'artistes du duché de Gueldre. Étymologiquement, en néerlandais, le nom signifie . Son père, Willem et son oncle, Herman Maelwael, sont tous deux peintres au service des ducs de Gueldre dans la ville de Nimègue. Les historiens pensent qu'il s'agit d'une famille originaire de la ville allemande voisine de Clèves. L'oncle Hermann est déjà installé à Nimègue en 1373 et donne naissance à deux enfants. Il habite en 1380 dans la rue principale de la ville, Burchtstraat, entre le château du et l', en face de l'hôtel de ville. Son frère Willem habite à l'angle de cette même rue et de l'actuelle Stockumstraat. Son fils, Jean Malouel, est né probablement entre 1370 et 1375. Il tient son nom de baptême de son autre oncle, Johannes, qui est alors prêtre à l'église Saint-Étienne. Il suit très jeune un apprentissage de peintre auprès de son père et de son oncle.

Ces deux derniers répondent à de nombreuses commandes des ducs de Gueldre : principalement des peintures héraldiques et des travaux décoratifs à l'occasion de festivités. Willem Maelwael est mentionné dix fois dans les comptes des ducs entre 1386 et 1395, tandis que Hermann est mentionné à dix-sept reprises entre 1388 et 1397. Il s'agit probablement d'artistes polyvalents comme souvent à l'époque, réalisant des peintures murales, sur panneaux, des polychromies sur des statues ainsi que des enluminures. Cependant, aucune de leurs œuvres n'est conservée. Seul l'armorial de Gelre, un manuscrit héraldique compilé par le héraut des ducs de Gueldre Claes Heynenszoon et contenant plus de , pourrait leur être attribué en partie. Jean aide son père et son oncle dans leurs tâches et il est mentionné dans un document pour la première fois en 1387.

Installation en France Un traité de paix est signé entre la France et le duché de Gueldre en 1388, ce qui encourage les échanges entre les deux États. En 1395, un peintre du nom de Malohé ou Malouhey est signalé dans les archives de la ville de Dijon. Il s'agirait de la première trace de sa présence en France. Il est d'abord mentionné comme contribuable puis exempté de taxe. Cette exemption semble indiquer qu'il est entré au service des ducs de Bourgogne et qu'il travaille comme assistant au sein de leur atelier, qui est alors dirigé par Jean de Beaumetz. En , Johan Maelwael est employé par Isabeau de Bavière (1370-1435), femme de Charles VI et régente de France, à Paris, sous le nom francisé de Hennequin de Mallivieil. Il est alors indiqué qu'il réside à Paris et se voit commander des peintures d'or et de devises héraldiques sur des tissus de soie. Paris est à cette époque la plus grande ville et le plus grand centre artistique d'Europe occidentale. La duchesse de Gueldre, Catherine de Bavière, femme de Guillaume VII de Juliers, était la grand-tante de la reine Isabeau, ce qui pourrait expliquer le passage de l'artiste d'une cour à l'autre. Il est payé pour cette tâche en .

Peintre des ducs de Bourgogne thumb|left|alt=Chapelle en pierre entourée de bâtiments d'hopitaux et de haies d'arbustes.|Vue actuelle de la chapelle de l'ancienne chartreuse de Champmol à Dijon. À l'été 1397, il est appelé à Dijon à la cour de Philippe II de Bourgogne où il succède à Jean de Beaumetz comme peintre officiel du duc le . Outre des peintures héraldiques, il participe à la décoration de la chartreuse de Champmol. Il commence par réaliser à la fin de cette même année, un tableau représentant saint Antoine et plusieurs apôtres autour de la Vierge, installé dans l'oratoire du duc. Au printemps 1398, il est nommé à la charge officielle de . À partir de 1398, il peint cinq retables destinés à la chapelle de la chartreuse, mesurant chacun sur plus de de large, ce qui lui demande plus de trois années de travail. Il réalise aussi la polychromie de plusieurs œuvres sculptées destinées au couvent. C'est le cas du Puits de Moïse sur lequel il travaille pendant vingt-quatre jours.

Le peintre, qui réside à Dijon pendant toute cette période, travaille aussi quotidiennement à la réalisation de décors pour le duc et sa famille. Par exemple, en 1401, il est payé avec Melchior Broederlam et Hugo de Boulogne pour la décoration des armures du duc et de son fils Antoine de Brabant, destinées au tournoi organisé pour le mariage de ce dernier à Arras. Il joue aussi le rôle de contrôleur des travaux des autres artistes du duc : il se rend ainsi dans les ateliers de Jacques de Baerze à Termonde en Flandre puis dans celui de Melchior Broederlam à Ypres pour vérifier la bonne réalisation de retables destinés à la chartreuse de Champmol.

Relations familiales à Nimègue thumb|upright|alt=photo en hauteur d'une rue piétonne avec terrasses de cafés.|Vue actuelle de la Burchtstraat à Nimègue, là où a résidé la famille Malouel. Jean Malouel, malgré l'éloignement, conserve des liens étroits avec sa famille restée à Nimègue. Il fait ainsi venir à Paris ses neveux Hermann et Jean de Limbourg, fils de sa sœur Metta pour qu'ils entrent en apprentissage auprès d'un orfèvre du nom d'Alebret de Bolure en 1398. En 1399, Jean Malouel tombe malade à l'occasion d'une épidémie de peste qui se propage en France. Le duc lui paie ses factures chez l'apothicaire en novembre de cette année, en même temps que celles de son sculpteur Claus Sluter, d'origine néerlandaise comme lui. Ses neveux sont renvoyés chez eux mais ils sont pris en otage sur le chemin à Bruxelles. Ce sont les peintres et orfèvres de cette ville, par estime pour leur célèbre oncle, qui règlent la rançon de . Et leur oncle fait intervenir le duc en personne pour les faire libérer plus rapidement. Puis ce dernier fait appel à Paul et Jean de Limbourg pour décorer une bible à partir de 1402, sans doute, une fois de plus, sur recommandation de leur oncle.

Après la mort de Philippe de Bourgogne en , Jean Malouel est mentionné une dernière fois à Champmol au mois d'août puis pourrait s'en être retourné à Nimègue. Après un premier mariage avec une femme dont on ignore le nom, il se remarie avant 1406 avec Heylwig van Redinchaven, originaire de sa ville natale. Ils ont ensemble quatre enfants, trois filles et un fils. Malouel et sa femme possèdent une partie de la maison de son oncle Herman, le long de la Burchstraat, en partage avec sa sœur Metta.

Au service de Jean sans Peur Malouel revient finalement à Dijon où il entre au service du nouveau duc de Bourgogne, Jean sans Peur, qui fait fréquemment appel à lui à partir du printemps 1406. Le nouveau duc lui procure un logement dans la capitale bourguignonne dans la paroisse de Saint-Jean. Pendant cette période, Malouel semble peindre beaucoup moins que sous Philippe le Hardi. Il a surtout contribué à la polychromie du tombeau de ce dernier. Il participe aussi fréquemment aux fêtes et déplacement du duc dans ses différents domaines, à Paris, en Artois, en Flandre et en Bourgogne.

Malouel et sa femme retournent une dernière fois à Nimègue en 1413 pour régler des questions immobilières et familiales. Il bénéficie de nouveaux de paiements du duc de Bourgogne en 1414. Il reçoit le pour divers travaux réalisés au cours de l'année précédente. Il perçoit un dernier paiement du duc le et décède probablement quelques jours plus tard. Sa veuve et ses quatre enfants reçoivent une pension annuelle de du duc à partir du de la même année et se retrouvent à leurs tours exemptés de taxes, en souvenir des nombreux services rendus par Jean Malouel aux ducs de Bourgogne.

Œuvre De nombreuses œuvres de sa main sont mentionnées dans les sources écrites, principalement les archives des comptabilités ducales. Cependant, aucune d'entre elles n'a été conservée, en dehors du Puits de Moïse. Seules quelques œuvres lui sont attribuées sur des critères stylistiques et des indices indirects.

Œuvres attribuées Grande Pietà ronde

vignette|alt=tableau rond avec le Christ mort porté par Dieu le père, entouré de la Vierge, de saint Jean et de 6 anges sur fond doré|La Grande Pietà ronde du musée du Louvre. Il s'agit du seul tableau dont l'attribution à Jean Malouel fait consensus chez les historiens de l'art (Paris, musée du Louvre, M.I.692). Cette attribution n'est pourtant pas fondée sur des documents. Il est généralement daté vers 1400. Le revers de ce tondo contient en effet le blason de Philippe le Hardi qui est décédé en 1404. Le tableau est donc daté avant cette année-là. La parfaite réalisation de ce blason n'est pas sans évoquer le fait que Jean Malouel maitrisait la peinture héraldique du fait de sa formation auprès de ses père et oncle. Le style du tableau, pourtant, est très éloigné du style plus archaïque des tableaux plus anciens, notamment ceux attribués généralement à Jean de Beaumetz, le prédécesseur de Malouel. C'est le cas de La Crucifixion avec les trois Marie, saint Jean et un moine cartusien daté de 1388. Jean Malouel étant le peintre attitré du duc de Bourgogne à cette époque, il est considéré comme l'auteur du tableau.

Il s'agit d'une image de dévotion, destinée à l'usage personnel du duc Philippe, servant comme retable portatif, dont la présence dans les collections des ducs de Bourgogne est attestée en 1420. Image composite, elle représente la Trinité (le Père, la colombe du Saint-Esprit et le Fils) ainsi que l'homme de douleurs (le Christ à la couronne d'épines). L'utilisation de l'image de l'homme de douleur comme image de dévotion privée est une pratique assez courante dans l'aristocratie française de cette époque. Mais son association à l'image de Dieu le père, la Vierge et saint Jean est une iconographie originale pour l'époque. Il est associé au thème de la Trinité, cher au duc de Bourgogne. La qualité d'exécution et la richesse des matériaux utilisés – l'or et les pigments les plus rares – atteste d'une œuvre de la main d'un grand artiste, peintre officiel des ducs.

Christ de pitié soutenu par saint Jean vignette|left|upright|alt=Tableau au bord supérieur arondi avec le Christ mort entouré de saint Jean, la Vierge et 2 anges sur fond doré.|Christ de pitié, musée du Louvre.