La Bavière, plus vaste Land fédéral allemand, a une histoire millénaire qui prend racine dans le passé romain puis germanique de la région. De la période franque, naît en 1180 une entité politique dont la destinée est liée à celle de la maison de Wittelsbach qui lui donne ses armes et dont sont issus ses souverains jusqu'au terme de la Première Guerre mondiale. La Bavière est un sujet et un acteur important sinon majeur du Saint-Empire romain germanique et des entités allemandes y succédant jusqu'à l'État fédéral actuel.
Des origines au
La Bavière est alors peuplée par les Celtes Boïens et Volques au , avant de devenir une province romaine au .
La Bavière devient une province frontière qui sépare la culture romaine de la Barbarie. Les Romains créent des villes en Bavière comme Ratisbonne sous l'autorité du gouverneur de la province de Germanie supérieure.
L'origine des Bavarois demeure un mystère : ils se font connaître au milieu du . Établis dans les riches vallées du Danube et de l'Inn, on déduit que leur souche s'est formée des restes d'anciennes tribus germaniques éclatées et des Romains déjà installés dans cette région. La seule information sur leur origine provient de leur propre appellation qui signifierait en gros les hommes de la terre de Baia, autrement dit la BohêmeMichèle Gaillard et Anne Wagner, Les sociétés en Europe du milieu du , p. 74. Ils imposent dès lors leur langue aux populations romanisées installées sur le territoire depuis des siècles.
Les barbares forment une communauté basée sur le sang commun dirigée par les princes de la dynastie des Agilolfinges. les villes sont désertées et avec elle certain idéal romain de culture (et de civilités). Au , les paysans partent à la reconquête des terres dépeuplées. Certains d'entre eux sont slaves : ils sont à l'origine de la Bavaria Slavica. Aux s, la Bavière est christianisée par saint Emmeran à Ratisbonne et de saint Ruprecht à Salzbourg vers 700, deux missionnaires travaillant sous la direction de saint Colomban et de saint Gall. En 739, l'organisation de la Bavière avec la création des diocèses de Salzbourg, de Freising, de Ratisbonne et de Passau était en place, s'appuiyant sur les monastères d'Altaich (731), de Wessobrunn (753), de Kremsmünster (777) et d'San Candido (Innichen, 769).
En 794, Tassilon III, duc de Bavière et trublion impénitent de Charlemagne, est amené devant le concile de Francfort, où le roi franc le condamne publiquement à la déchéance et à la commise de ses terres. La Bavière se trouve depuis lors placée sous l'autorité directe du royaume des Francs. Au moment du partage de Verdun en 843, la Bavière est incluse dans la Francie orientale de Louis le Germanique. À sa mort en 876, son fils Carloman reçoit la Bavière. Le dernier Carolingien roi de Bavière meurt en 911Michel Eude, « Bavière », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.
La conquête franque se traduit par un transfert de propriétés vers les fonctionnaires royaux, les membres du haut clergé et les monastères. Sous les Carolingiens, les paysans commencent à coloniser les vallées alpines et dans les régions slaves peu peuplées de la Carantanie jusqu’au Frioul et en Istrie. Mais le duc Liutpold (ou Luitpold), battu par les Hongrois en 907, perd la plupart de ses territoires du Sud-Est.
La Bavière du Saint Empire thumb|Un vieux Bavarois coiffant le traditionnel trachtenhut, aquarelle de Peter II Kraemer, vers 1910. Maître à la fois de la Saxe et de la Bavière, Henri le Lion, partisan du pape lors de la lutte du sacerdoce et de l'Empire, se brouille avec son cousin l'empereur Frédéric Barberousse. Ce dernier donne alors le duché au comte palatin Otton de Wittelsbach devenu Otton III de Bavière (1117-1183) dont les descendants régneront jusqu'en 1918. En 1214, ils acquièrent le Palatinat rhénan. En 1255, les Wittelsbach construisent dans Munich un premier château résidentiel, l'Alter Hof. Munich devient la capitale de la Bavière et la résidence ducale.
En 1329, la dynastie des Wittelsbach se sépare en deux branches : la palatine à Heidelberg et la bavaroise à Munich, jusqu'à l'extinction de la branche de Munich (1777).
Au , Louis IV le Bavarois (1314-1347) est élu roi des Romains puis couronné empereur du Saint Empire contre Frédéric de Habsbourg. Il fait reconstruire les murailles, commence à édifier la cathédrale, la Frauenkirche. Munich devient une ville importante d'Allemagne. L'église de Wies est construite.
Au , la Bavière demeure fidèle à l'Église catholique (romaine) alors que le Nord de l'Allemagne embrasse la Réforme luthérienne. Le duc Maximilien de Bavière devient le chef du parti catholique en Allemagne. Sous Albert V (1550-1579) et Guillaume V (1579-1597), la Bavière devient un des bastions de la Contre-Réforme. En réaction à l'Union protestante évangélique, une ligue défendant les intérêts des princes protestants, une Ligue catholique se constitue à Munich en 1609 et le duc de Bavière Maximilien (1597-1651) en prend tout naturellement la direction, ce qui lui vaut en 1623 le titre de comte Palatin du Rhin. Par là-même, il accède à la dignité de prince-électeur, tandis que son cousin du Palatinat en est dépossédé.
À la fin de la guerre de Trente Ans, la Bavière est devenue une puissance dont Habsbourg et Bourbons se disputent l'alliance. Ferdinand-Marie (1651-1679), Maximilien-Emmanuel (1679-1726), Charles-Albert (1726-1745) redoutent les convoitises des Autrichiens. Maximilien-Emmanuel prend alors le parti de la France lors de la guerre de Succession d'Espagne. La plus célèbre bataille de ce conflit, la bataille de Höchstädt-Blenheim, se déroule le ; elle est remportée sur les Français et leurs alliés bavarois par John Churchill, de Marlborough, et le prince Eugène de Savoie.
Les Princes-électeurs de Bavière continuent d'embellir leur capitale qui devient un des centres de l'art baroque : aménagements de la Résidence, église des Théatins et l'Asamkirche, château de Nymphenburg, Neues Schloss de Schleissheim.
Après la mort de l'empereur Habsbourg Charles VI en 1740, sans héritier mâle, l'appui de la France permet à Charles-Albert de se faire élire empereur en 1742 (Charles VII) contre François de Lorraine, l'époux de Marie-Thérèse, l'héritière du trône d'Autriche. Mais il décède en 1745 : son fils et successeur Maximilien-Joseph renonce à se porter candidat, et meurt sans héritier en 1777. La Bavière revient alors à l'électeur Palatin Charles-Théodore, qui vient s'installer à Munich. À la fin du , les possessions des Wittelsbach sont réparties en trois ensembles territoriaux : la Bavière, le Palatinat rhénan, les duchés de Berg et de Juliers de chaque côté du Rhin inférieur.
Le royaume de Bavière La Bavière pendant la période révolutionnaire et les guerres napoléoniennes thumb|Statue du roi . vignette|La victoire d'Eckmühl, près de Schierling fut acquise sur les Autrichiens de l'archiduc Charles-Louis d'Autriche-Teschen par le maréchal Louis Nicolas Davout le 22 avril 1809. En 1796, Maximilien-Joseph, partisan des Lumières prend pour conseiller Maximilian von Montgelas, puis quand il devient électeur de Bavière en 1799 en fait son principal ministre lui confiant pour tâche de moderniser le pays, .
Pendant les guerres de la Révolution française, l'électorat devient le théâtre d'opérations militaires en 1796 puis en 1800. Il est occupé durant la même année par l'armée du général Moreau. Les traités de Campoformio et de Lunéville lui enlèvent au profit de la France les territoires situés sur la rive gauche du Rhin.
La Bavière profite des bouleversements de la période pour agrandir son territoire. Le recès de la Diète d'Empire de 1803 a pour conséquence que ce territoire considérablement agrandi voit se modifier son équilibre religieux puisqu'à côté des catholiques toujours majoritaires, les protestants présentent près de 30 % de la population. Montgelas, partisan du despotisme éclairé, s'efforce de diminuer l'influence de l'Église en Bavière. Profitant du recès qui incorpore au pays nombre de principautés ecclésiastiques, il sécularise une partie du bien des Églises ce qui a pour conséquence que la moitié de la propriété foncière change de main. Des œuvres d'art, des bibliothèques entières deviennent propriété de l'État. Les jésuites sont expulsés.
Alliée à la France, la Bavière est envahie par les troupes autrichiennes en septembre 1805. Mais la défaite de l'Autriche lui vaut divers territoires en Allemagne, le Tyrol et le Vorarlberg. Le Francis Python, Pouvoirs et société à Fribourg sous la Médiation (1803 - 1814): actes du Colloque de Fribourg (journée du 11 octobre 2003), Saint-Paul, 2005 le traité franco-bavarois de Brünn transforme la Bavière, ainsi que le Bade et le Wurtemberg en royaume.
Le , avant la disparition du Saint-Empire romain germanique Maximilien-Joseph prend le titre de roi. La constitution de 1808, rédigée sous l'influence des institutions de la France napoléonienne, garantit la liberté personnelle, l'égalité de tous devant la loi, la liberté de la presse, et supprime la plupart des privilèges de la noblesse.
Le nouveau royaume sous l'égide napoléonienne s'agrandit en 1810 des agglomérations de Salzbourg, de Berchtesgaden, de Ratisbonne ainsi que Bayreuth. Sous l'impulsion du ministre Montgelas, le roi, au départ allié à , est contraint en 1813 par de faire campagne contre la France pour sauver son trône. Il embellit sa capitale et y ouvre une Académie des beaux-arts. Mais avant la scission inéluctable de l'alliance franco-bavaroise, , en guerre contre l'Autriche, remporte avec l'aide des Bavarois du maréchal Lefebvre, au printemps 1809, la bataille d'Eckmühl à l'encontre des troupes de Charles-Louis d'Autriche. La ville de Ratisbonne étant tombée après un coup aux mains des Français, l'ennemi est contraint de rebrousser chemin par-delà le Danube.
De 1815 à l'Unité allemande Le congrès de Vienne qui réorganise l'Europe après la chute de modifie quelque peu le territoire du royaume de Bavière. Celui-ci reçoit le Palatinat rhénan, séparé du reste du royaume, mais doit rétrocéder à l'Autriche Salzbourg, le Tyrol et le Vorarlberg. Le royaume entre dans la Confédération germanique. C'est par sa superficie et sa population ( d'habitants) le troisième État du nouvel ensemble germanique. L'acte fédéral du garantit la liberté de conscience et des cultes.
vignette|Le premier train bavarois (reconstitution en 2008). La Constitution de 1818 fait de la Bavière un État libéral. Il est même l'un des plus libéraux en Allemagne à cette époque. Les efforts de Maximilien pour moderniser son État et garantir les libertés fondamentales furent appréciés par la population. Rares sont les grandes villes de Bavière où ne figure pas sa statue.
Sous Louis (1825-1848), la Bavière connaît une période de progrès, de dynamisme économique et démographique, notamment de sa population urbaine, en dépit d'une épidémie de choléra en 1836. Munich qui n'avait que en 1801 en a en 1840. La bière vient en tête de la production agricole avec 30 millions de florins suivie par les céréales destinées à 95 % aux besoins locaux. La petite entreprise artisanale est largement majoritaire. On assiste néanmoins au développement d'une activité de construction mécanique concentrée en Franconie, à Augsbourg et Munich. Le premier chemin de fer allemand, joignant Fürth à Nuremberg est inauguré en 1835. Dans la capitale bavaroise, on construit en 1841 la première locomotive à vapeur de fabrication locale. Les voies fluviales conservent leur importance et le projet de relier le Rhin-Main au Danube est réalisé entre 1836 et 1845. Louis fait adhérer la Bavière à la Zollverein qui profite beaucoup à ce royaume encore très agricole. L'État accompagne le développement économique en créant les Écoles polytechniques de Munich, Nuremberg et Augsbourg. Dès 1834, on organise des expositions pour présenter les produits nouveaux.
vignette|Glyptothèque, façade, vers 1900