Louis-Jean-Henri Hackspill, né le dans le arrondissement de Paris et mort le à Neuilly-sur-SeineArchives de Paris , acte de naissance , année 1880 (avec mention marginale de décès), est un chimiste français, d'abord professeur à la faculté des sciences de Strasbourg, puis à celle de Paris. Ce patron chercheur, directeur de l'institut de Chimie de Strasbourg puis de Paris, a été élu à l'académie des sciences, d'abord dans la section des membres libres le avant de devenir tardivement son président en 1961.
Biographie Sa famille alsacienne et messine lorraine a émigré après le traité de Francfort, car son père Louis, officier d'infanterie de confession catholique né en Moselle, avait épousé en 1879 Marguerite Salomé Franck, qui avait quitté sa Ribeauvillé protestante natale. Ses parents Louis François Céleste Hackspill (1832-1919), lui-même fils d'officier d'infanterie et chef de bataillon au 18e de ligne en 1880, puis colonel, et sa mère, Marguerite Salomé Franck (1839-1925), une riche propriétaire dont le père était ingénieur du corps des mines de Saint-Étienne avant de partir en Alsace, sont quadragénaires lorsqu'ils se rencontrent dans les environs de ParisIl sera le fils unique et catholique de ce couple atypique par d'autres biais, sa mère n'ayant eu d'une précédente union qu'une fille de plus de 20 ans son aînée.. En 1884, le chef de bataillon, déjà détaché à l'état-major, est promu Officier de la Légion d'honneur par décret présidentiel du , après 32 ans de services effectifs et cinq campagnesIl était déjà chevalier de la légion d'honneur depuis le 20 novembre 1872. Ministère de la guerre, secrétariat d'état à la guerre, Journal militaire officiel, partie supplémentaire, N°72, Gournay, Éditeur scientifique, Paris, 1884, 46 pages. En particulier page 32..
Études et début de carrière universitaire Élève au lycée Hoche de Versailles, il obtient son baccalauréat en 1898, accède en classe de mathématiques élémentaires, puis étudie à la faculté des sciences de Paris. Ainsi, il peut suivre les cours du jeudi du professeur Louis Troost à la Sorbonne et entre en 1900 à l'institut de chimie appliquée de ParisLes études pionnières de Troost sur le lithium et ses développement expérimentaux sur la perméabilité des métaux à hautes températures sont une incontestable source de sa vocation de chimiste. L'école que constitue l'institut de chimie appliquée renommée en 1901 par Moissan a été fondée par Charles Friedel en 1896.. Il suit les cours des maîtres Henri Moissan, Alfred Ditte, Albin Haller et Paul Lebeau. Il en sort ingénieur ICA, c'est-à-dire diplômé de l'institut de chimie appliquée de Paris, en 1903, tout en poursuivant ses études de chimie à la Faculté de Paris.
Ce jeune homme, très grand, au corps longiligne et svelte, réservé et presque timide, est préparateur à la paillasse et élève du grand physico-chimiste Henri Moissan de 1903 à 1907, il passe sa licence de chimie à la fin de cette périodeIl serait licencié es sciences en 1906, comme le rapporte Christophe Charle et Eva Telkès, opus cité. Claude Viel, opus cité, mentionne que le préparateur personnel de Moisan ne passe sa licence qu'en 1907, au même moment que sa thèse d'université.. L'étudiant est admis parmi les essayeurs de commerce auprès de l'administration des Monnaies et médailles en 1906, et devient un chimiste expérimenté en chimie minérale, en particulier par ses préparations de métaux alcalins très purs, notamment du Rb et du Cs, qui constitue le thème de sa thèse d'université en 1907Son maître Henri Moissan, nobélisé mais malade depuis deux années, décède en février 1907. Louis figure parmi ses derniers élèves, comme il aimait le rappeler à son auditoire. L'adaptation ultérieure de ce procédé technique lui permet de fabriquer du potassium pur.. Son travail de thèse d'université est en réalité encadré par Paul Lebeau, fidèle adjoint de Moissan. Après 1907, tout comme les anciens du laboratoire Moissan, l'étudiant Hackspill qui se lance dans une thèse d'état sur les alcalins est reversé au laboratoire étendu du professeur Henry Le Chatelier, acquérant à son brillant contact un intérêt pour la métallurgie physique et un souci de l'industrie concrète et des applications, de la méthodologie scientifique et de la simple pédagogieHenry Le Chatelier ou Paul Lebeau, tous deux familiers de Charles Friedel et de ses élèves, de Pierre Curie et ses collègues de l'école de chimie de Paris ouvre vers un horizon de connaissances et de personnalités bien plus vaste et pérenne pour le jeune Hackspill que celui de son maître Henri Moissan, diminué en fin de vie. Paul Lebeau était le patron d'Henri Guérin, chimiste, auteur d'une copieuse Chimie industrielle, lire infra, préfacée par Louis Hackspill.. Sa maîtrise des techniques de préparation purifiée, en verrerie sous vide poussé lui permet de fréquenter d'autres jeunes chimistes étrangers, qui deviennent au fil de ces années de thèse et bien au-delà, d'excellents amis, ainsi Ellen Gleditsch, étudiante en radiochimie au laboratoire de Marie Curie ou encore Georges Baume, formé au laboratoire de Philippe-Auguste Guye à Genève, dans la lignée de Carl Graebe. Il est possible durant cette période insouciante qu'il ait fait pleinement connaissance de Witold Broniewski, physico-chimiste polonais, spécialiste des alliages, et du chimiste bâlois Friedrich Fichter, ses deux grands amis étrangers des années vingt lorsqu'il cherchait en AlsaceSur Witold (1880-1939), ami de Henry le Châtelier et professeur de physique-chimie à la Sorbonne, fiche bnf Data..
En 1912, l'ancien préparateur temporaire au laboratoire du certificat de sciences physiques, chimiques et naturelles, dit "PCN", dirigée par le professeur Edouart L. Péchard (1862-1942) de à , spécialiste des montages en verre sous vide poussé, soutient à la faculté des sciences une thèse de doctorat d'état es sciences sur les préparations et propriétés physiques des métaux alcalinsSur Edouard Péchard, le gendre de Louis Troost, lire la fiche 90 de Christophe Charle et Eva Telkès, opus cité.. Il reçoit en 1911 la médaille Berthelot au titre de son travail de laboratoire et de recherche. Le jeune docteur en sciences obtient non sans difficulté une place de chargé de cours de chimie industrielle à la faculté des sciences de Nancy en , tout en gardant le poste de préparateur à la Faculté des sciences de Paris obtenu en . Antoine Guntz, directeur de l'institut chimique de Nancy, chimiste spécialiste du baryum et des alcalino-terreux, qui a travaillé comme Moissan sur les fluorures, est un des principaux soutiens pour ce premier poste universitaire à NancyLaurent Le Meur, opus cité. La chaire laissée par André Wahl suscitait moult convoitises. Sur Antoine-Nicolas Guntz, ancien collaborateur de Berthelot, directeur de l'institut chimique de Nancy, lire la fiche de la SCF. En dehors des cours, il rejoint aux travaux de laboratoire Charles Staehling et ensemble s'essaient à mettre au point une préparation facile et à faible coût des alcalins, en passant par le remplacement du calcium par le carbure de calciumSur Charles Staehling, chimiste nancéien puis industriel bâlois (CIBA), lire la biographie succincte de la Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie d'Alsace. La réduction du chlore par le calcium permet une volatilisation du métal, dont les vapeurs se condensent dans une capsule de verre refroidie, puis scellée. Louis Hackspill, influencé par sa formation initiale et ses centres d'intérêts, se lie en Lorraine avec Paul-Thiébaut Müller, titulaire à Nancy d'une première chaire de Chimie physique, depuis , inédite jusque-là en FranceSur Paul-Thiébaut Müller, lire par exemple la fiche biographique de Laurent Le Meur..
Période de la Grande Guerre Mobilisé le , le lieutenant d'infanterie de réserve Louis Hackspill s'exerce à commander une section, puis une compagnie de mitrailleuses lors de la bataille de la Marne au début de la Grande GuerreIssu d'une famille marquée par la vie militaire, lui-même ardent patriote, Louis accomplit son service militaire de novembre 1901 à octobre 1902. Il poursuit ces périodes de réserve avec rigueur, avant comme après la Grande Guerre.. Ce n'est qu'à la mi- que le capitaine d'infanterie est enlevé à ses hommes et intègre, non sans une déception d'être retiré du front, l'établissement central du matériel chimique de guerre. Il étudie divers fumigènes efficaces, rationalise et sécurise divers procédés de fabrication chimique. Sa mission officielle est la banale supervision d'ateliers de chargement d'obus jusqu'en , au niveau de l'hygiène et de la sécurité. Mais Louis Hackspill se retrouve le plus souvent à la paillasse, essayant de mettre au point des procédés de fabrication, de préférence en continu, les plus aisés ou faciles à installer et surtout les moins coûteux : il étudie ainsi non seulement la préparation du chlorure d'étain, du phosgène et de ses multiples dérivés, mais aussi le séchage du gaz chlore par contact avec la tournure de fer ou la corrosion de divers métaux par le brome. Il détermine les limites d'inflammabilité des mélanges gazeux chlore-hydrogène, pour mieux assurer la production du chlore par électrolyse industrielleClaude Viel, opus cité, détaille ainsi ses travaux. Notez que le gaz chlore produit par électrolyse était souillé d'hydrogène en proportions variables, ce qui pouvait causer des explosions imprévues..
Ce germanophone, par la tradition familiale maternelle, est envoyé après l'Armistice en Allemagne, découvrir les procédés industriels pour comprendre l'étonnante résistance de l'industrie d'armement du Reich au blocus maritime, grâce à la synthèse artificielle de l'ammoniac. Affecté à l'état-major de la huitième armée de janvier à , détaché au ministère de la Reconstruction industrielle, le chimiste est chargé du contrôle de l'usine d'ammoniac d'Oppau, avant de diriger la rédaction et la publication des divers rapports sur l'industrie chimique allemandeIl est resté longtemps fasciné par les effets des catalyseurs des divers procédés Haber-Bosch, après les avoir observer in situ à Oppau et Merseburg-Leuna, deux usines construites respectivement en 1913 et 1917, après les essais pionniers de la BASF à Ludwigshafen.. Ses services militaires et techniques lui valent et la croix de guerre en 1916 et la légion d'honneur à titre militaire en .
Entre-deux-guerres : naissance d'un chimiste expert En , il est nommé professeur de chimie minérale à l'Université de Strasbourg, participant en second ou adjoint chargé du laboratoire, sous la direction du professeur Paul-Thiébaut Müller, à la création de l'institut de chimie de StrasbourgIl avait connu en 1913 le professeur Müller à Nancy. Lire supra ou les contributions de Laurent Le Meur, Mémoire de master infra ou en source externe la notice du dictionnaire sur les enseignants des instituts et facultés de Nancy, site des Facultés et Université de Nancy aux 19e-20e siècles. En 1920, l'institut du pétrole est confié à Henri Gault.. Il succède à son patron en 1929L'institut de chimie de Strasbourg est l'ancêtre de l'école nationale de chimie de Strasbourg. Le directeur Hackspill et le corps professoral de son institut forment une trentaine d'ingénieurs chimistes par an. Claude Viel, opus cité.. La réorganisation de l'université alsacienne lui offre ainsi une chaire de chimie minéraleClaude Viel, opus cité, indique le soin et la qualité de cette réorganisation confiée à des scientifiques de renom, le mathématicien Paul Appell et le chimiste Albin Haller..