Labbaye Notre-Dame de Saint-Pierre-sur-Dives est un ancien monastère bénédictin, fondé au à Saint-Pierre-sur-Dives, aujourd'hui dans le département du Calvados, en région Normandie. C'est un des ensembles les plus complets de l'architecture monastique en Normandie.

L'ancienne abbaye est classée aux monuments historiques.

Localisation L'abbaye est située sur le territoire de Saint-Pierre-sur-Dives commune déléguée de la commune nouvelle de Saint-Pierre-en-Auge, dans le département français du Calvados.

Historique La fondation vignette|gauche|redresse=0.5|Sceau en bronze de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives. vignette|Sceau et contre-scel de l'abbé Jean et sceau du doyen de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives. L'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives est parfois appelée Notre-Dame de l'Épinay et en latin Beatæ Mariæ S. Petri supra Divam ou B. Maria supra Divam.

Au hameau de l'Épinay, premier nom du village, existait déjà une église sous le patronage de saint Pierre, pillée par les Vikings.

L'abbaye est fondée par la comtesse Lesceline, veuve du comte Guillaume d’Eu, frère du duc de Normandie . Elle y installe des religieuses bénédictines puis les transfère à Saint-Désir, près de Lisieux en 1046, et installe des moines bénédictins de Jumièges. sous la direction d'Ainard, le premier abbé. Lesceline meurt à l'abbaye en 1058. Sa dépouille est enterrée dans l'église abbatiale ; elle s'y trouve toujours.

La première église est consacrée le en présence du nouveau roi d’Angleterre, Guillaume, duc de Normandie, neveu de la comtesse qui avait placé son établissement sous sa haute protection. Brûlée en 1106, elle est reconstruite, puis quasiment achevée sous l’abbatiat de l’abbé Haimon à la fin de la première moitié du .

De l’édifice originel d'Haimon, il ne reste que la tour Saint-Michel.

En 1280, un accord avec le roi Philippe le Hardi donne la moitié de la haute et de la basse justice de Saint-Pierre à l'abbaye qui devient un comtéL. P. Hommey: Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Séez, volume: 2, page: 365..

Des travaux sont réalisés au cours du car l'abbaye se développe. Les religieux font bâtir une halle à Saint-Pierre-sur-Dives afin d'y établir des foires et des marchés. Ils se heurteront souvent avec les seigneurs de Tancarville qui tiennent le marché de Mézidon et les concurrencent fortement. Déjà en 1191, par un accord passé avec Henri de Nonant, seigneur d'Écots, l'abbaye se trouvait associée à la gestion de la foire de Saint-Georges-en-Auge et en percevait une partie des revenus.

Les marchés sont l'objet de procédures pendant encore cinquante ans. En 1337, devant le bailli de Rouen, l'abbé Jean finit par trouver un accord avec Jean de Orlévy, seigneur de Tancarville. L'intégralité de cet accord nous est parvenu sous forme d'une copie collationnée le à partir d'un original détenu par les religieux de Sainte-BarbeArch. dép. Calvados, fonds de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, H.7366..

En 1470, l'abbaye est mise en commende et l'abbé Guérin est son premier abbé commendataireL.P. Hommey: Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Séez, volume: 2, page: 367..

En 1487, lettre du roi Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, 1834, tome: 7, partie: 1, cartulaire de Saint-Pierre-sur-Dives, page:251, charte en faveur de l'abbaye contre des particuliers qui veulent établir des tanneries sur la rivière de Vie.

Au , l'église, en très mauvais état, est complètement reconstruite par l’abbé Jacques de Silly. L'abbaye possède de nombreuses terres et des moulins, gère des dîmes et reçoit des donations de propriétaires et nobles de la région. Il nous est parvenu une archive mentionnant une clameur de haro lancée en 1527 par Jacques de Silly, abbé de Saint-Pierre-sur-Dives, à l'encontre de religieux du prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge qui contestaient les droits sur le marché et la foire de Mézidon détenus par sa communauté. L'abbaye doit rappeler l'accord de 1337 pour justifier de ses droits de revenus.

En 1562, sous l'abbatiat du cardinal de Bourbon, l'abbaye est pillée et en partie détruite par les protestantsL. P. Hommey: Histoire générale ecclésiastique et civile du diocèse de Séez, volume: 2, page: 367..

vignette|Vue de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives au . vignette|Plaque dans l'abbatiale de la liste des abbés et des curés de Saint-Pierre-sur-Dives.

En 1642, les religieux de Saint-Pierre-sur-Dives obtiennent du roi le droit de tenir dans leur bourg quatre nouvelles foires. Deux d'entre elles étant un peu trop proches dans le temps de foires qui se tenaient « d'ancienneté » à Falaise, l'abbé Alexandre de Breauté est amené à s'accorder avec les bourgeois et habitants de la ville concurrente, pour que leurs dates soient sensiblement modifiées. Ainsi, pendant plusieurs siècles, les différentes abbayes de la région (dont celle de Troarn), les bourgeois des villes concernées et les seigneurs locaux doivent souvent négocier les dates des marchés afin de protéger leurs intérêts.

En 1666, l'abbé Georges Dunot réunit l'abbaye à la congrégation de Saint-MaurL. P. Hommey: Histoire générale ecclésiastique et civile du diocèse de Séez, page: 368.

Les bâtiments conventuels ainsi que le carré du cloître sont reconstruits dans le style classique à partir de 1667. Les travaux s'étaleront jusqu'au .

Au , le cloître est à nouveau partiellement démoli.

Révolution française À la Révolution, la mise en vente provoque le morcellement des bâtiments conventuels et leur transformation en appartements.

En 1987 s'est ouvert, dans les bâtiments conventuels, le musée des techniques fromagères, comprenant une bibliothèque et un centre de documentation, des salles d'expositions temporaires, des salles de conférences et de projections. La salle capitulaire, restaurée, abrite des expositions.

De nos jours Depuis quelques années, la ville procède au rachat progressif des bâtiments conventuels, partagés entre plusieurs propriétaires depuis la Révolution. Une partie a déjà été rénovée et abrite la bibliothèque et l’office de tourismeInformation sur le site de la commune. L'exposition des techniques fromagères, l'abbatiale et le cloître se visitent de à et de à . L'église ne se visite pas pendant les services religieux.

Liste des abbés

Le temporel vignette|Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, façade. Lesceline, la fondatrice de l'abbaye donne le bourg et la campagne de Saint-Pierre depuis la Dives jusqu'à la rivière Vie, avec les dîmes, les bois, les plaines, les moulins, les près, les hommes, les corvées et les revenus qui y sont attachés. L'abbaye est un comté avec la haute et la basse justice.

L'abbaye possède quelques terres au Tréport, Berville, Norrey, Fresney, les églises de Saint-Nicolas de Silly, Aunou-le-Faucon, Bonneval, le Pin, Saint-Loyer<ref>L.P. Hommey: Histoire générale ecclésiastique et civile du diocèse de Lisieux, volume 2, pages: 369-370.</ref>.

Dans le diocèse de Lisieux, l'abbaye a les patronages des églises de Saint-Georges-en-Auge, Saint-Michel-de-Livet, Vieux-Pont, Boissey, Mittois, Notre-Dame-de-Fresnay, la Gravelle, Sainte-Marguerite-de-Viette, Saint-Aubin-sur-Algot, Neuville-sur-TouquesA. Longnon, Pouillé de la province de Rouen, diocèse de Lisieux, pages: 245, 263., dans le diocèse de Sées, les patronages des églises de Neuvy-en-Houlme, Fresnay-le-Buffard, Pons, Hiéville, Carel, Morières, FelA. Longnon, Pouillé de la province de Rouen, diocèse de Sées, pages: 227, 230, 232, 233..

Dans les chartes qui sont conservées, on trouve des dîmes à Morières, moulin de Morteaux, des rentes à Castillon, Sainte-Marguerite-de Viette, Saint-Georges-en-Auge, Saint-Pierre-sur-Dives, Boissey, des terres à Morières, Berville, Boissey, des maisons à Berville, Saint-Pierre-sur-Dives, le patronage de Morteaux, des redevances à Castillon, Vieux-Pont, Sainte-Margueritte-de-Viette, Berville et un don à GrisyMémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 1834, tome: 7, partie: 1, page: 251 et suivantes..

L'abbaye possède l'une des plus grandes fermes de la région, le Rocreux à Berville, , loués en 1699S. Bricon: Contrats agraires en pays d'Auge, Annales de Normandie, volume: 51, , page: 323..

Description vignette|Plan de l'abbaye de Saint-Pierre-Sur-Dives au . Pour comprendre l'organisation générale de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, on dispose du plan de 1666, la gravure du Monasticon Gallicanum du qui semble correspondre au plan sauf au bas de l'image où l'artiste a pris quelques libertés avec la forme de la cour principale et des jardins, un plan du et le cadastre napoléonien de 1834 qui montre le parcellaire et le découpage des bâtiments.

Située à l'est de la Dives, l'abbaye est close de murs. Dans l'angle nord-est, une petite église et une chapelle sont réservées au culte des paroissiens du bourg de Saint-Pierre-sur-Dives.

Au nord, l'entrée principale s'ouvre sur la grande cour accessible aux hôtes et convers, avec la partie de l'église réservée aux visiteurs, l'hôtellerie, l'aumônerie et la chambre de l'aumônier. Le logis de l'abbé et son jardin sont au sud, les locaux de fonctionnement : granges, cellier, four à pain, pressoir, porcherie et étables sont à l'ouest, près des prairies. Près de l'entrée principale, une prison rappelle que l'abbaye possède la haute justice et la basse justice.

Les bâtiments réguliers avec le chœur de l'église et les stalles des religieux s'ouvre au sud sur le cloître avec une fontaine, à l'est avec des arcades sur la salle capitulaire, le dortoir et le chauffoir, au sud sur le réfectoire. Des locaux de service, cuisine, infirmerie s'ouvrent sur la cour de la salle du chapitre.

Église vignette|redresse|Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives. Tour Saint-Michel et cloître côté sud. vignette|redresse|Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, abside. vignette|Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, salle capitulaire.

Église abbatiale Notre-Dame (MH). au nord et percée d'une verrière , nef avec collatéraux à élévation à trois étages voûtée fin , transept avec bases .

Chœur avec stalles , où l'on peut voir les armes de l'abbé Jacques de Silly, qui les fit construire : « d'hermine à la fasce vivrée de gueules, surmontée en chef de trois tourteaux de même ». À l'entrée du chœur, plaqués sur les piliers du carré du transept, obélisques ornés en bas relief des attributs de la liturgie et de la musique.

Autel bénédictin avec antependium en bois sculpté et doré fin , console bois et marbre , Christ en bois polychrome, six chandeliers en bronze, stalles et boiseries début .

Des vitraux modernes relatent l'histoire de Saint-Pierre-sur-Dives.

Dans l'abside à cinq pans rayonnent cinq chapelles : Dans la chapelle axiale : retable en pierre fin , Vierge à l'Enfant dite Notre-Dame de l'Epinay. À droite de la chapelle axiale, chapelle avec retable orné de cariatides et restes de peintures murales . Chapelle avec retable avec statue de saint Roch en terre cuite et ensemble de boiseries .

Dans le déambulatoire : deux toiles naïves (le Miracle de saint Wambert et Procession de reliques devant l'abbatiale). Transept : le Songe de Jacob début , Christ , armoire et confessionnal . Autel du transept nord : bas-relief (deux angelots tenant un cartouche orné du Christ portant sa croix en pierre début , classé à l'inventaire des monuments historiques en 1907) et la Vierge et saint Jean statuettes en pierre polychrome , chaire , tambour de porte (classé à l'inventaire des monuments historiques en 1862).

À l'extérieur, statue de Vierge .

La façade, entre les deux tours, comporte une porte en bois à deux vantaux posée en 1719.

Particularité : dans une plaque de cuivre remplaçant un des carreaux, est percé un trou, le « gnomon ». Il laisse passer les rayons solaires qui, à midi, éclairent selon l’époque, tel ou tel signe zodiacal.

Les premiers classements à l'inventaire des monuments historiques datent de 1862.

Cloître