Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard, à la ville Madame Jacques Récamier dite JulietteChoix de ce second prénom lors de son mariage. ou Julie Récamier, née le à Lyon et morte le à Paris, est une salonnière et mondaine, considérée comme une femme de lettres française, bien qu'elle n'ait écrit aucune œuvre.

À partir de 1797, elle tient un salon qui réunit, à partir du Directoire jusqu'à la monarchie de Juillet, les plus grandes célébrités du monde politique, littéraire et artistique.

Amie de Madame de Staël, elle est également une figure de l'opposition au régime de .

Biographie Enfance et mariage vignette|redresse|Madame Récamier vers 1798 par Eulalie Morin (1765-1837), musée national du château de Versailles et des Trianons. vignette|Portrait de madame Récamier en 1800 par Jacques-Louis David, Paris, musée du Louvre. vignette|redresse|Portrait de Juliette Récamier en 1805 par François Gérard, Paris, musée Carnavalet.

Julie Bernard est née le à Lyon., rue de la CageÀ l'emplacement de l'actuelle rue de Constantine. où elle grandit dans une famille de la bourgeoisie. Le père légal, Jean Bernard, est notaire royal. Nommé receveur des Finances par Calonne, il s'installe avec sa famille à Paris en 1786 puis devient administrateur des Postes. Il est arrêté et emprisonné sous le Consulat comme suspect de connivence avec les royalistes. Sur l'intervention de Julie Bernard, le général Bernadotte obtient sa libération mais Jean Bernard est destitué de son emploi. La mère de Julie, Marie-Julie Matton, issue d'un milieu aisé, également originaire de Lyon, est une femme coquette et intelligente.

Julie Bernard, mise en pension à Lyon au Couvent de la Déserte, ne rejoint ses parents à Paris qu'en 1787. Le L'acte de mariage original disparaît dans l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris au moment de la Commune en 1871, mais l'historien Auguste Jal avait fort heureusement, transcrit et publié une copie : ., à 15 ans et en pleine Terreur, elle est mariée dans la capitale à un ami de ses parents, et amant de sa mère, Jacques-Rose Récamier, riche banquier d'origine lyonnaise et venu lui aussi à Paris peu avant la Révolution. Le contrat de mariage est signé chez Jean-François Cabal-Castel, notaire à Paris, le précédentArchives nationales : contrat de mariage entre Jacques-Rose Récamier, négociant banquier, et Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Bernard, le 11 avril 1793 à Paris. Étude LXII de Jean-François Cabal-Castel. Cote du document : MC-MI-RS-1279. Document Archives nationales : .. Elle noue avec Jacques Récamier une relation affectueuse et platonique : il est peu vraisemblable qu'elle soit sa fille naturelle puisque la relation de son mari avec sa mère débute après sa naissance. Leur union lui permettait la stabilité, d'hériter de son nom et de sa fortune tandis que son mari y trouvait une visibilité de taille en société. vignette|redresse|Marie Julie Bernard née Matton (mère de Juliette Récamier) Miniature de Jean François Gérard Fontallard. vignette|redresse|Jean Bernard (père de Juliette Récamier) d'après une miniature appartenant au général Daudignac.

Vie mondaine et célébrité européenne vignette|redresse|Portrait de Juliette Récamier en 1807 par Firmin Massot, musée des beaux-arts de Lyon. vignette|Le château de Coppet au clair de lune. En 1807, Juliette Récamier rencontre au château de Coppet, le prince de Prusse (voir : La rencontre et l’idylle du château de Coppet). Papiers et correspondance de Madame Récamier, Bibliothèque nationale de France..

À partir de , Juliette Récamier, 19 ans, commence sa vie mondaine, tenant un salon qui devient bientôt le rendez-vous d'une société choisie.

La beauté et le charme de l'hôtesse, l'une des « Trois Grâces » du Directoire, avec Joséphine de Beauharnais et Madame Tallien, lui suscitent une foule d'admirateurs. L'hôtel Récamier acquiert une renommée telle qu'il devient rapidement une curiosité parisienne que tous les provinciaux et étrangers de marque se doivent de visiter. On y trouve Madame de Staël, les deux cousins Adrien de Montmorency et Mathieu de Montmorency, le général Jean-Victor-Marie Moreau, Jean-Évangéliste Bernadotte, Lucien Bonaparte, Élisa Bonaparte, Caroline Bonaparte, le philosophe contre-révolutionnaire Pierre-Simon Ballanche.

Le cadre de l'hôtel particulier de la rue du Mont-Blanc (hôtel de Jacques Necker, ancienne rue de la Chaussée-d'Antin), acquis en et richement décoré par l'architecte Louis-Martin Berthault, ajoute à la réputation de ses réceptions.

Elle est l'une des premières à se meubler en style « étrusque » et à s'habiller « à la grecque ». L'influence de Madame Récamier est notable dans la diffusion du goût pour l'Antique qui allait prévaloir sous l'Empire.

L'année marque l'apogée de la puissance financière de Jacques Récamier : il devient alors régent de la Banque de France.

Mais le pouvoir ne tarde pas à prendre ombrage de la position mondaine et sociale de . Amie de Madame de Staël, devient une figure clé de l'opposition au régime de Napoléon. Les réceptions de son salon, qui joue un rôle non négligeable dans la vie politique et intellectuelle de l'époque, sont interdites par un ordre officieux de Bonaparte. Madame de Staël, Adrien de Montmorency et Mathieu de Montmorency, tous trois proches de Juliette Récamier et assidus de son salon, sont exilés de Paris ; quand Napoléon devient empereur, Juliette Récamier refuse à quatre reprises une place de dame d'honneur à la cour. Les difficultés de la Banque Récamier, à partir de , obligent le couple d'abord à réduire son train de vie puis à vendre l'hôtel particulier de la rue du Mont-Blanc. À ces revers de fortune s'ajoutent pour Juliette Récamier des chagrins personnels : le décès de sa mère en , une histoire d'amour puis une rupture avec le prince Auguste de Prusse rencontré lors d'un séjour au château de Coppet près de Genève chez Madame de Staël. Son mari refuse de divorcer pour qu'elle puisse épouser le prince. Défavorable à Napoléon, Madame Récamier ne tarde pas à subir le même sort que Germaine de Staël, et elle a l'obligation de s'éloigner de Paris par ordre de la police impériale en 1811.

Le temps de l'exil et le retour à Paris Après avoir séjourné quelque temps de à à Châlons-sur-Marne avec Marie Joséphine Cyvoct, petite-nièce de son mari récemment orpheline et devenue sa fille adoptive, Juliette Récamier séjourne à LyonÀ Lyon, Juliette Récamier choisit pour ce séjour le célèbre Hôtel de l'Europe, situé place Antonin-Gourju., où elle retrouve Camille Jordan, son vieil ami qu'elle connaît depuis 1797 et qui lui fait alors connaître Ballanche. Elle part en pour l'Italie. À Rome, elle reconstitue peu à peu sa « vie de société » ; c'est à ce moment-là que le sculpteur Canova fait deux bustes d'elle. Invitée à Naples en par le roi Murat et la reine Caroline, elle apprend en , l'abdication de Napoléon.

De retour à Paris le après un exil de près de trois années, elle retrouve tous ses anciens amis, bannis comme elle, ainsi que Benjamin Constant, ex-amant de Madame de Staël. Juliette Récamier reprend ses réunions mondaines, reçoit des personnalités françaises ou étrangères de toutes opinions mais exige que ses invités observent chez elle une stricte neutralité politique. Son salon prend de plus en plus une orientation littéraire. Sa rencontre avec Chateaubriand se fait en 1817. L'écrivain est l'un des hôtes les plus assidus de son domicile situé au rue d'Anjou-Saint-Honoré, revendu dès 1819 à la suite de nouveaux revers de fortune de son mari. Le refuge de l'Abbaye-aux-Bois En 1819, Juliette Récamier s'installe alors à l'abbaye-aux-BoisL'Abbaye-aux-Bois, ancienne abbaye cistercienne, se trouvait au rue de Sèvres, en face de l'actuel hôtel Lutetia avec également une entrée au rue de la Chaise. Elle est détruite lors de l'agrandissement d'une partie du boulevard Raspail, et sur son emplacement est percée l'actuelle rue Juliette-Récamier. à Paris, couvent dont les religieuses louent des appartements à des dames de la haute société. Elle occupe d'abord un petit appartement au troisième étage, composé de deux pièces séparées par un couloir, avant d'en louer vers 1825, un plus vaste au premier étage.

Pendant plus de vingt années, ses réceptions rassemblent autour d'elle, accompagnée de Chateaubriand qui les préside souvent, les esprits les plus brillants de l'époque : Victor Cousin, Saint-Marc Girardin, Edgar Quinet, Tocqueville, de jeunes écrivains comme Lamartine, Sainte-Beuve, Balzac, des artistes comme François Gérard, Joseph Chinard, Antonio Canova, des acteurs, Talma et Rachel

De 1823 à 1824, un séjour en Italie, en compagnie de sa nièce Amélie Cyvoct, de Ballanche et de Jean-Jacques Ampère, lui permet de recréer à Rome un cercle regroupant artistes et hommes de lettres. Des évènements dans son entourage familial marquent cette période : l'éloignement de sa fille adoptive Amélie Cyvoct, devenue madame Charles Lenormant en 1826, la disparition de son père en 1829 puis celle de son mari Jacques Récamier en 1830.

Dernières années vignette|redresse|Juliette Récamier en 1805 par François Gérard, dessin.

À partir de 1840, la santé de Juliette Récamier décline et sa vue baisse notablement. Elle mène alors une vie de plus en plus retirée mais reçoit cependant les fréquentes visites de Chateaubriand. Une des dernières grandes soirées qu'elle organise à l'Abbaye-aux-Bois avec l'aide de l'actrice Rachel est guidée par sa charité. Il s'agit de collecter des fonds pour aider les victimes des graves inondations de Lyon. Atteinte de cataracte, elle subit sans succès deux opérations et devient quasiment aveugle. Juliette Récamier a le chagrin d'apprendre les décès de ses plus chers amis : le prince Auguste de Prusse en 1843, Pierre-Simon Ballanche en 1847 et elle assiste le à la mort de Chateaubriand.

Quand l'épidémie de choléra sévit en 1849, le quartier de la rue de Sèvres est particulièrement touché. Madame Récamier quitte l'Abbaye-aux-Bois pour aller chez sa petite-nièce, Amélie Lenormant, qui habite avec son mari Charles Lenormant, à la Bibliothèque nationale, rue des Petits-Champs près du Palais-Royal. Frappée par la maladie, c'est en ce lieu qu'elle rend son dernier soupir le , à l'âge de 71 ans. Elle est inhumée au cimetière de Montmartre () à Paris dans la sépulture où sont ensevelis ses parents, son mari et son vieil ami, Pierre-Simon BallancheTombe de la , surmontée d'une croix et de l'inscription « », elle porte sur l'une de ses faces l'inscription « Dans ce tombeau sont réunis les restes mortels de Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Récamier, née Bernard, de Jacques-Rose Récamier, son mari ; de Jean Bernard, son père ; de Marie-Julie Matton, sa mère, et de Pierre-Simon Ballanche, son ami. Priez pour eux. » et sur l'autre face « Marie-Julie Bernard, née Matton, 21 janvier 1807. Jean Bernard, 19 mars 1828. Jacques-Rose Récamier, 19 avril 1830. Pierre-Simon Ballanche, 12 juin 1847. Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Récamier, née Bernard, 11 mai 1819 ». Source : Édouard Herriot, op. cité, ..

Sa nièce et fille adoptive, Amélie Lenormant, écrit une biographie parue en 1859 qui publie une partie des nombreuses lettres reçues de ses illustres correspondants. Celles-ci sont aujourd'hui conservées en partie au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

Madame Récamier et les arts Peintures