La république démocratique d'Azerbaïdjan (RDA ; en azéri ) ou dans les documents diplomatiques l'Azerbaïdjan du Caucase constitue la première tentative réussie d'établir un régime laïque et démocratique dans le monde musulman (antérieur à la république de Turquie).
Parmi les réalisations importantes du Parlement figurait l'extension du suffrage aux femmes, faisant de l'Azerbaïdjan l'un des premiers pays au monde et la toute première nation à majorité musulmane à accorder aux femmes des droits politiques égaux à ceux des hommes. Une autre réalisation importante de l'ADR a été la création de l'université d'État de Bakou, qui a été la première université de type moderne fondée en Azerbaïdjan..
Toponymie Le nom d'Azerbaïdjan a été adopté pour la première fois en 1918 par le gouvernement du parti Müsavat arrivé au pouvoir après l’effondrement de l’Empire russe, lorsque la république démocratique d'Azerbaïdjan a été établie. Jusque-là, la désignation avait été utilisée exclusivement pour identifier la région adjacente du nord-ouest de l'Iran contemporain, tandis que la région de la république démocratique d'Azerbaïdjan était auparavant appelée Arran et Chirvan. Pour cette raison, l'Iran a protesté contre le nom de pays nouvellement adopté (voir l'article « Débat autour du nom de l'Azerbaïdjan »).
Histoire
À la suite de la cession forcée par la Perse à travers le traité de Gulistan en 1813 et celui de Turkmantchaï en 1828, le territoire actuel de l'Azerbaïdjan a fait partie de l'Empire russe jusqu'à sa chute en 1917. C'était une région multiethnique, d'où trois États indépendants vont naître plus tard, l'Arménie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan.
La population de ce dernier était majoritairement musulmane et c'est pourquoi on parle souvent de territoire musulman en parlant de cette période de l'histoire. Après la révolution de en Russie le , le Comité spécial transcaucasien Ozakom a été créé pour combler le vide administratif à la suite de l'abdication du tsar. Les membres d'Ozakom étaient les membres du Conseil d'État et des représentants de l'élite politique arménienne, géorgienne et azerbaïdjanaise.
L'Ozakom annonça que, dans les mois qui suivirent, les questions les plus importantes, nationales, religieuses, agraires et sociales, seraient résolues par l'Assemblée constituante transcaucasienne. Au cours des mois d'avril et , plusieurs assemblées musulmanes ont eu lieu. Comme beaucoup de minorités ethniques de la Transcaucasie, les Azéris visaient la sécession de la Russie après la révolution de Février. Deux opinions générales ont été exprimées par les représentants de la communauté musulmane (Mammad Hassan Hadjinski, Mammad Amin Rassoulzadé, Alimardan Toptchoubach, Fatali Khan Khoyski et d'autres fondateurs de la future république démocratique d'Azerbaïdjan) : la mise en place d'une idéologie pan-turque, en cherchant à se rattacher à la Turquie, et une fédéralisation de l'État (exprimé par M. Rassoulzadé).
La région transcaucasienne a eu l'occasion de décider de son destin, en faisant le choix de la fédéralisation. Conformément à la nouvelle structure, la région transcaucasienne devait avoir une politique interne totalement indépendante, ne laissant au nouveau gouvernement russe que la politique étrangère, la défense, l'armée et la coutume.
Après la révolution d', le gouvernement transcaucasien dut changer de politique, la Russie étant désormais impliquée dans la guerre civile. Les Transcaucasiens n'ont pas accepté la révolution bolchévique. En , le Conseil transcaucasien (« Sejm ») a commencé son travail à Tbilissi, représentant un premier pas sérieux vers l'indépendance complète des nations du Caucase. Le Sejm se composait de 125 députés et représentait 3 partis principaux : les mencheviks géorgiens (32 députés), les musulmans d'Azerbaïdjan (« Mussavat », 30 députés) et les « dachnaks » arméniens (27 députés). Les bolcheviks ont refusé de se joindre au Sejm et ont établi leur propre gouvernement du Soviet local à Bakou : la soi-disant Commune de Bakou ( - ). La Commune a été formée par 85 socialistes-révolutionnaires et socialistes-révolutionnaires de gauche, 48 bolcheviks, 36 dachnaks, 18 musavatistes et 13 menchéviks. Le bolchevik Stepan Chahoumian et le SR de gauche Prokopius Djaparidzé ont été élus Présidents du Conseil des commissaires du peuple de la Commune de Bakou.
L'armée russe du Caucase étant décadente après l'effondrement de l'Empire russe, les forces russes ont été remplacées par de nouveaux corps arméniens, qui n'étaient pas préparés à la guerre. Compte tenu des circonstances, le Sejm transcaucasien a signé l'armistice d'Erzincan avec l'Empire ottoman le . Le , le gouvernement bolchevik en Russie signa le traité de Brest-Litovsk avec l'Allemagne. Un des termes du traité était la perte des régions de Kars, Batoumi et Ardahan à l'Empire ottoman. Les termes du traité ont révélé un conflit profond entre les Géorgiens et les Arméniens d'un côté et les musulmans de l'autre. Les pourparlers de paix entre le Sejm et la Turquie commencés en à Trapezond n'ont eu aucun résultat. L'Empire ottoman a lancé un ultimatum au Sejm avec des exigences pour accepter les termes du traité de Brest-Litovsk et a lancé une attaque pour occuper les territoires de Kars, Batoumi et Ardahan.
En , les tensions ethniques et religieuses s'intensifièrent et le conflit arméno-azéri à Bakou commença. Les partis Musavat et Ittihad ont été accusés de pan-turquisme par les bolcheviks et leurs alliés. Les milices arméniennes et musulmanes se sont engagées dans un affrontement armé, les bolcheviks formellement neutres soutenant tacitement la partie arménienne. Tous les groupes politiques non-azéris de la ville rejoignirent les bolcheviks contre les musulmans : bolcheviks, dachnaks, socialistes-révolutionnaires, mencheviks et même les Kadets anti-bolcheviks se retrouvèrent pour la première fois du même côté de la barricade parce qu'ils se battaient tous .
En assimilant les Azéris aux Turcs ottomans, les dachnaks ont lancé un massacre sur les Azéris de la ville pour se venger du génocide arménien dans l'Empire ottoman.. En conséquence, entre 3 000 et 12 000 musulmans ont été tués dans ce qui est connu comme les journées de mars..... vignette|Mammad Amin Rassoulzadé. Les musulmans ont été expulsés de Bakou ou sont entrés dans la clandestinité. En même temps, la Commune de Bakou fut impliquée dans de violents combats avec l'avancée de l'Armée islamique du Caucase dans et autour de Ganja. Des batailles majeures ont eu lieu à Yevlakh et Agdach, où les Turcs mirent en déroute et défirent les dachnaks et les forces russes.
Le récit bolchevique des événements de à Bakou est présenté par Victor Serge dans la première année de la révolution russe : le Soviet de Bakou, dirigé par Chahoumian, se faisait discrètement, mais sans équivoque, le souverain de la région. Le soulèvement musulman du obligea à l'instauration d'une dictature : ce soulèvement, initié par le Mussavat, opposa les populations tartare et turque, dirigées par leur bourgeoisie réactionnaire, au Soviet, composé de Russes soutenus par les Arméniens. Les ouvriers portuaires turcs (l'ambal) restaient neutres ou soutenaient les Rouges, le concours fut remporté par les Soviétiques.
Le , la république fédérative démocratique de Transcaucasie est tombée et ses corps ont été dissous. La faction azerbaïdjanaise s'est constituée en Conseil national azerbaïdjanais. Le Conseil national azerbaïdjanais a immédiatement exercé des fonctions parlementaires et a proclamé la fondation de la « république démocratique d'Azerbaïdjan » le et a déclaré la Charte nationale, qui se lisait comme suit : L'Azerbaïdjan est une nation pleinement souveraine ; elle comprend les parties sud et est de la Transcaucasie sous l'autorité du peuple azerbaïdjanais ; Il est résolu que la forme de gouvernement de l'État indépendant azerbaïdjanais est une république démocratique ; La république démocratique d'Azerbaïdjan est déterminée à établir des relations amicales avec tous, en particulier avec les pays et les États voisins ; La république démocratique d'Azerbaïdjan garantit à tous ses citoyens à l'intérieur de ses frontières l'intégralité des droits civils et politiques, indépendamment de l'origine ethnique, de la religion, de la classe, de la profession ou du sexe ; La république démocratique d'Azerbaïdjan encourage le libre développement de toutes les nationalités qui peuplent son territoire ; Jusqu'à la convocation de l'Assemblée constituante azerbaïdjanaise, l'autorité suprême sur l'Azerbaïdjan est confiée à un Conseil national élu universellement et au gouvernement provisoire responsable devant ce Conseil.
Le , la première république azerbaïdjanaise est proclamée indépendante à Tbilissi, en Géorgie. Mais dix jours après, la capitale est transférée à Gəncə (une ville azerbaïdjanaise) et cela a été possible seulement après la libération de Bakou (l’actuelle capitale de l’Azerbaïdjan) des forces pro-russes. En 1918, avec la proclamation de la république démocratique d’Azerbaïdjan (RDA) a débuté l’acceptation juridique de certaines valeurs européennes en Orient. Ainsi, la création du Parlement national, la garantie de certains droits et libertés individuels, la reconnaissance aux femmes du droit de vote etc. La vie politique était dominée par le parti Müsavat (« Égalité »), l’acteur essentiel de la proclamation de la République, qui possédait 38 députés sur 125 au Parlement élu le . Pourtant la République était gouvernée par les coalitions composées des partis politiques tels que le Mussavat, le Bloc socialiste, les indépendants, les libéraux, le parti social-démocrate, le parti Hummat (« Effort ») et le parti (« Union »).
Après avoir constitué un gouvernement stable, la RDA décide de mener une politique plus neutre vis-à-vis de la guerre civile en Russie et le elle signe un traité de défense collective avec la Géorgie contre l’Armée blanche du général Anton Dénikine, qui à son tour avait signé un pacte militaire avec l’Arménie à la suite duquel l’Arménie commence une guerre contre la RDA afin de conquérir la région de Garabagh (Karabagh). Mais la défaite de Dénikine contre l’Armée rouge empêche la réalisation de ce plan et l’Arménie est obligée d’arrêter la guerre avec la RDA juste quelques jours avant l’intervention de l’Armée rouge en Azerbaïdjan. Effectivement, la république est très rapidement confrontée à une menace venant de la Russie socialiste. La Russie avait décidé de réoccuper les territoires azerbaïdjanais qui ont été laissés à leur sort après la révolution de 1917. Finalement les armées russes s’approchent des frontières de la République, l’armée russe propose aux dirigeants de la République de démobiliser l’armée et de laisser les troupes russes entrer dans le pays. La république démocratique d’Azerbaïdjan se trouve dans une situation difficile. Les forces de Dénikine, l’Armée blanche se rapprochent de plus en plus des frontières et elle ne peut pas compter sur l’aide de l’Iran, qui ne voulait pas voir un pays indépendant riche en pétrole dans son voisinage et l’armée indienne britannique commandée par le général Thomson se montre indifférente au destin du pays.
Le , la RDA est occupée par l'Armée rouge et elle perd son indépendance. Le même jour, la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan est fondée. Ainsi, la durée de vie de la Première République n'a été que 24 mois.
Le pays est intégré en 1922 à la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie au sein de l'Union soviétique, avant de redevenir, en 1936, la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan.
En 1991, l'effondrement de l'Union soviétique entraîne la proclamation d'une nouvelle république d'Azerbaïdjan.
Politique