Bernard Stiegler, né le à Villebon-sur-Yvette (Seine-et-Oise) et mort le à Épineuil-le-Fleuriel (Cher), est un philosophe français dont la réflexion porte sur les mutations sociales, politiques, économiques et psychologiques induites par le développement technologique, en particulier les technologies numériques.

Fondateur et président du groupe de réflexion philosophique Ars industrialis, créé en 2005, il a également fondé et dirigé, à partir d’, l’Institut de recherche et d'innovation (IRI) au sein du centre Georges-Pompidou.

Biographie Années de jeunesse Né d'un père électronicien et d'une mère employée de banque« Bernard Stiegler, un philosophe pas comme les autres », suite101.fr, Frédéric Perrault, 31 mars 2012., Bernard Stiegler grandit à SarcellesInterview de Bernard Stiegler par Philosophie magazine, « Bernard Stiegler : “La prison a été ma grande maîtresse” », in Philosophie magazine.. Après avoir mis fin à ses études après la classe de seconde, il commence en 1969 des études (qu'il n'achèvera pas) d'assistant-réalisateur au Conservatoire libre du cinéma français (CLCF) à Paris ; puis accomplit en 1973 un stage d'analyste programmeur à l'IRIA (aujourd'hui dénommé Inria). Bernard Stiegler exerce alors ponctuellement différents métiers : fabriquant de bijoux, ouvrier agricole, serveur. Après mai 68, il tracte pour Lutte ouvrière puis devient adhérent au Parti communiste français, qu'il quitte en 1976 par rejet du .

Agriculture et restauration Après avoir travaillé deux ans comme agent de planning pour les travaux d'entretien à la ville de Sarcelles, ayant de grandes difficultés financières, âgé de vingt-deux ans, Bernard Stiegler part avec sa famille, sa première épouse et leur fille Barbara, à la campagne et s'installe dans une ferme de la famille de sa femme, près de Monflanquin, où il élève des chèvres.. Il y possède aussi un singe. Mais la sécheresse de 1976 est une catastrophe qui l'oblige à vendre sa ferme.

Il monte ensuite un petit restaurant à Toulouse, « La marmite en folie », puis rachète un bar à prostituées qu'il transforme en bar à concerts, « L'Écume des jours », où il invite des musiciens de jazz. C'est là qu'il rencontre le philosophe Gérard Granel, passionné de jazz, qui devient son ami. Mais un jour, une bagarre éclate entre ses clients et des parachutistes militaires en permission. S'ensuit une descente de police. Il est mis sous pression, la police lui propose un marché mais il refuse.

Expérience de la prison Les finances sont très tendues et, quand son banquier supprime son autorisation de découvert, son bar est contraint de fermer. Il décide alors, pour subvenir à ses besoins, de braquer sa propre agence bancaire. Suivront trois autres attaques à main armée, dont la dernière, en , se conclut par son arrestation en flagrant délit par une patrouille de police.

Il est condamné à huit ans de réclusion criminelle et sera libéré au bout de cinq ans. Il avouera : . Entre 1978 et 1983., il est incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis au centre de détention de Muret.

En prison, il côtoie des membres d'Action directe et de l'ETA. Cependant, il refuse de plaider l'action politique, ce que son avocat lui conseillait, et choisit de relever du droit commun. Dans une interview pour Ballast en , il déclare :

Bernard Stiegler met à profit ses années de prison pour étudier la linguistique et la philosophie.. Il obtient — au prix d'une grève de la faim et d'un séjour en quartier de haute sécurité — une cellule individuelle qu'il conserve durant tout son emprisonnement. Il suit par correspondance des études de philosophie à l'université Toulouse II-Le Mirail et reçoit le soutien de Jacques Derrida.. Il fait une expérience psychédélique et écrit un texte qu'il montre à Gérard Granel, qui lui répond . Œuvrant comme écrivain public, il prend goût à l'enseignement et aide des détenus à préparer le baccalauréat.

Plus tard, dans un essai publié en 2003 intitulé Passer à l'acte, il évoque cette incarcération, provoquée par un « passage à l'acte » accidentel, et surtout la véritable ascèse qu'il s'est imposée pour sa formation philosophique, ce qu'il nomme ,

Années 1980 En 1983, il est consultant au cabinet TEN, spécialisé dans les questions de développement technologique et urbain.

En 1984, il est élu pour six ans directeur des programmes de recherche au Collège international de philosophie puis, en 1985, chargé par le ministère de la Recherche d'une étude sur les enjeux des technologies de l'information et de la communication.

En 1987, il conçoit l'exposition « Mémoires du futur » et en assure le commissariat au centre Georges-Pompidou.

Enseignant-chercheur vacataire à l'université de technologie de Compiègne en 1988, Bernard Stiegler est également chargé d'un séminaire à l'École d'architecture de Marseille-Luminy, sur les instruments de communication assistée par ordinateur et sur l'image numérique.

En 1989, il est chargé de constituer et présider un groupe de recherches auprès de la Bibliothèque nationale de France pour la conception de postes de lecture assistée par ordinateur. Ce travail donnera lieu à de nombreuses publications, et à la réalisation d'un prototype industriel par la société AIS Berger-Levrault. Un changement de gouvernement et un changement de direction à la BNF, en 1993, interrompent le projet.

Années 1990 En 1990, Bernard Stiegler est chargé d'écrire le scénario de l'exposition du pavillon français à l'Exposition universelle de 1992 à Séville.

Sous la direction de Jacques Derrida, Bernard Stiegler soutient sa thèse « La faute d'Épiméthée. La technique et le temps. » (qu'il reprendra comme base de son premier ouvrage La Technique et le temps. La Faute d'Épiméthée) à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 1993, et obtient ainsi son doctorat de philosophie..

Arrivé à l'université de technologie de Compiègne (UTC) en 1988, à l’issue d’un programme de recrutement qui a abouti à la constitution du département TSH (Technologie et Sciences de l’Homme), il y exerce comme professeur et directeur de l'unité de recherche COSTECH (Connaissances, organisations et systèmes techniques), qu'il a fondée en 1993. Bernard Stiegler a également été directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), chef du département Innovation, de 1996 à 1999.

Il a lancé le projet Lecao (« lecture et écriture critiques assistées par ordinateur ») avec le soutien du ministère de la Recherche ; il a créé et lancé le séminaire de sciences et technologies cognitives de Compiègne, qui se poursuit depuis, chaque année, au cours de la dernière semaine de janvier, et qui aura reçu plus de mille doctorants et chercheurs français et étrangers ; il a lancé le programme Open (« outil personnalisable d'édition numérique », logiciel réalisé sur la base du logiciel 4D).

Années 2000 vignette|Bernard Stiegler en conversation avec Michel BauwensThéoricien du pair à pair, auteur et conférencier sur des sujets technologiques et culturels proches de ceux traités par Stiegler. en 2014. vignette|Bernard Stiegler, lors des ROUMICSROUMICS : « Rencontres Ouvertes du Multimédia et de l’Internet Citoyen et Solidaire ». en 2014 à Lille, discutant de la question du « Bien commun » avec Amandine PironAmandine Piron est cofondatrice de l'association Collporterre ; Michel Bauwens ; Michel BriandM. Briand a été élu brestois (1995-2014), est responsable d'internet et du multimédia et à Brest Métropole Océane, co-anime le magazine Innovation-pédagogique. Il est aussi membre du Conseil national du numérique, chargé de l'Économie sociale et solidaire et de l’aménagement numérique du territoire. Il travaille à Telecom Bretagne. ; Simon SarazinSimon Sarazin travaille sur le thème des « communs », il est notamment cofondateur de la Coroutine, tiers-lieu lillois consacré au coworking et à la création de communs. et Emmanuel VandammeInnovation sociale et numérique, président d’ANIS, responsable du Pôle numérique de l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. Bernard Stiegler poursuit son travail sur le numérique et la société, et publie de nombreux ouvrages, seul ou en collaboration, notamment sur ces thèmes.

En 2002, il est nommé directeur de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM).. Il y reste jusqu'au , date à laquelle il devient directeur du développement culturel du centre Pompidou..

En 2005, avec Marc Crépon, George Collins, Catherine Perret et Caroline Stiegler, il fonde l'association Ars Industrialis, qui devient très vite internationale, et regroupe des chercheurs de multiples domaines (philosophes, psychanalystes, anthropologues, sociologues, mathématiciens, physiciens, informaticiens, ingénieurs, linguistes, juristes, architectes, mais aussi des écrivains, artistes) « pour une politique industrielle des technologies de l'esprit ».. Engagée dans différents champs d'activité et de réflexion, l'association cherche à dégager « la vie de l'esprit » de la soumission aux impératifs de l'économie de marché..

Parallèlement à Ars Industrialis, à partir d', il dirige au sein du centre Georges-Pompidou, l'Institut de recherche et d'innovation (IRI) qu'il a créé avec Vincent Puig. Conçu à la fois comme un observatoire et un laboratoire, cet institut a pour but de développer de nouvelles pratiques et technologies culturelles et cognitives, dans le contexte de la révolution numériqueRessources en ligne, expérimentations, projets et outils Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Il est nommé pour trois ans membre du Conseil national du numérique (CNNum) en ..

Il est membre du comité d’orientation et de prospective du forum « Vies Mobiles »., think tank de la SNCF.

À partir d', il est membre du conseil scientifique de l'observatoire B2V des Mémoires.

École de philosophie En 2010, Bernard Stiegler s'installe dans le village d'Épineuil-le-Fleuriel. Sa maison est un ancien moulin, abandonné depuis les années 1970, appartenant à la famille de sa femme. Il songe d'abord à créer un collège pour les jeunes du coin, mais abandonne à cause de la complexité. Il fonde une école de philosophie, où s'y tiennent des écoles d'été à destination du grand public ou de chercheurs internationaux. Les cours sont filmés et consultables sur le site pharmakon.fr. L'initiative est soutenue par des universités comme celles de Cambridge et Los Angeles.

L'intention de Bernard Stiegler est de reterritorialiser le savoir en s'appuyant sur les réseaux numériques.

Bernard Stiegler retourne à Paris en 2015. L'école prend fin en août 2016, à la suite de désaccords.

Collectif Internation Le , il cofonde à Londres le Collectif Internation, un groupe de travail transdisciplinaire ayant pour but de trouver des réponses aux problèmes posés par l'Anthropocène. À ses côtés se trouvent notamment Giuseppe Longo, Hans Ulrich Obrist, Alain Supiot et J. M. G. Le Clézio. Le nom du collectif est inspiré d'un ouvrage de Marcel Mauss, La Nation ou le sens du social, datant de 1920.

Mort