thumb|upright=1.7|Parcours de l'aqueduc romain de Nîmes. vignette|Gravure réalisée au , où l'on peut lire : "JEAN, Hᴰ, LE 9 AVRIL, 1830". thumb|Le bassin de distribution d’eau de Nîmes ou castellum divisorium. thumb|Courbure du pont. thumb|L'aqueduc, au sommet du pont.

Le pont du Gard est un pont à trois niveaux destiné au passage d'un aqueduc romain. Il est situé à Vers-Pont-du-Gard à côté de Remoulins, non loin d'Uzès et de Nîmes, dans le département français du Gard. Il enjambe le Gardon. Probablement bâti dans la première moitié du sous l'Empire romain, il assurait la continuité de l'aqueduc romain qui conduisait l’eau d’Uzès à Nîmes. D'après les dernières recherches, il aurait cessé d'être utilisé au début du . alt=Gravure du Pont du Gard représentant les piliers du deuxième étage échancrées.|vignette|Gravure de Jean Poldo d'Albenas, 1560. Au Moyen Âge, les piles du second étage furent échancrées afin que l'ouvrage soit utilisé comme pont routier. Dès le , l'architecture exceptionnelle du pont du Gard ayant attiré l'attention, l'ouvrage bénéficia de restaurations régulières destinées à préserver son intégrité. Un pont routier lui fut accolé en 1743-1747. Plus haut pont-aqueduc connu du monde romain et considéré comme l'un des exemples les plus monumentaux de l'ingénierie romaine, il fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840. et a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en .Patrimoine mondial, monuments et sites français, Revue des Monuments historiques, numéro 182, juillet-août 1992, 54-55..

L'aqueduc romain de Nîmes

Le pont du Gard est la partie monumentale d'un aqueduc de plus de de longueur, qui apportait l'eau de la Fontaine d'Eure, située au pied d'Uzès, jusqu'à la ville romaine de Nemausus, aujourd'hui NîmesPierre Gros, La France gallo-romaine, 1991, Nathan, , p. 102, alors à son apogée. Les eaux de la source proviennent . L'aqueduc proprement dit est un chef-d'œuvre d'ingénierie, témoignage de l'extraordinaire maîtrise des constructeurs anciens : le dénivelé entre les points de départ et d'arrivée n'est que de , la pente moyenne générale étant de par km. À cause du relief, l'aqueduc serpente à travers les petites montagnes et vallées des garrigues d'Uzès et de Nîmes..

L'aqueduc de Nîmes a sans doute été construit au de notre ère, comme l'atteste la céramique. Des tunnels datant de l'époque d'Auguste ont dû être contournés, ce qui montre que la construction de l'aqueduc est postérieure, et les monnaies retrouvées dans les réservoirs de la ville de Nîmes, où étaient recueillies les eaux de l'aqueduc, ne sont pas antérieures au règne de l'empereur Claude (41-54). On pense donc que la construction de l'aqueduc dont fait partie le pont du Gard doit se situer entre les années 40 et 50.. estime

Son débit moyen a été estimé à d'eau par jour, soit environ d'eau par seconde. L'eau courante mettait une journée entière pour parvenir par gravité de son point de captage jusqu'à l'ouvrage de répartition, sorte de château d'eau appelé castellum divisorium, encore visible rue de la Lampèze à Nîmes. Nemausus possédait un certain nombre de puits, ainsi qu'une source proche : De fait le pont symbolise le génie scientifique romain. Le défi était d'autant plus grand que le pont devait résister aux crues redoutables du Gardon.

Dès le cependant, l'entretien commença à faire défaut, tandis que des dépôts calcaires occupaient les deux tiers, parfois les trois quarts, de la conduite. On estime à présent qu'il avait cessé de fonctionner au commencement du , à l'époque où, à la suite de la bataille de Vouillé, les Francs prirent le contrôle de la région d'Uzès, tandis que les Wisigoths se maintenaient à Nîmes : on a retrouvé des céramiques contemporaines dans les couches d'abandon, et l'aqueduc servit alors de carrière de pierre : les moellons de petit appareil en calcaire ont été récupérés pour construire les murs de châteaux, églises romanes, habitations et cimetières, des concrétions détachées des parois du canal ont été utilisées par les riverains pour leurs propres constructions et pour couvrir des sarcophages du cimetière de Saint-Baudile à Nîmes ; ; ..

L'architecture du pont du Gard Description Construit sur trois étages avec des pierres extraites dans la carrière antique de l'Estel, le sommet du pont culmine à de hauteur au-dessus du Gard en basses eauxCertains affirment qu'à cet endroit, le pont enjambe le Gard et non le Gardon : le, ou plutôt les Gardons sont en effet, selon les hydrologues, réunis en la rivière Gard à proximité du village de Cassagnoles. En aval de ce confluent des Gardons d'Anduze et d'Alès, la rivière doit normalement porter le nom de Gard. C'est une discussion antique qui perpétue la confusion.. Sur sa plus grande longueur, l'ouvrage mesure , alors qu'il mesurait lors de sa construction.

Étage inférieur : , de longueur, de largeur, de hauteur. Étage moyen : , de longueur, de largeur, de hauteur. Étage supérieur : , de long, de largeur, de hauteur. Cet étage a perdu 12 arches, et mesurait initialement ; il était précédé d'une culée de de long ; à l'origine de cette culée a été découvert en 1988 un ouvrage de régulation ; .. Les arches avaient d'ouverture (), tandis que les piles avaient environ sur 10 (). Canal : de hauteur pour de largeur, pente de 0,04%.

L'observation de la face interne des piliers du deuxième étage du pont, construit en grand appareil, révèle le travail des bâtisseurs romains : techniques de taille des blocs (traces de coup d'escoude) et techniques de construction (blocs posés en carreau et boutisse et blocs saillants pour la mise en place des échafaudages). En s'approchant, on constate la précision des assemblages : .

De nombreuses traces et gravures parsèment la surface du pont. Ce sont des marques d'assemblage indiquant la place des claveaux de voûtes, par exemple, « FRS II » (frons sinistra II, c'est-à-dire « face gauche 2 ») ou des symboles comme le « phallus », symbole apotropaïque (c'est-à-dire « servant à détourner des influences maléfiques »), ou bien encore des marques diverses laissées par les bâtisseurs de toutes époques pour qui le pont du Gard était une étape obligée.

Le pont présente une courbure convexe de ses étages supérieurs du côté amont. Cette déformation a longtemps été attribuée à la volonté des constructeurs d'assurer la résistance de l'ouvrage, comme on le ferait pour un barrage-voûte. À la suite de mesures de microtopographie exécutées en 1989, on l'interprète à présent comme le résultat d'une dilatation diurne sous l'effet de l'ensoleillement, qui provoque un déplacement d'environ ; les pierres retrouvent leur place au cours de la nuit. La répétition de ce phénomène au cours des siècles aurait conduit à la forme actuelle du pont..

Alternative possible pour les architectes romains

Construction Le pont a été presque entièrement construit à sec, c'est-à-dire sans l'aide de mortier, les pierres — dont certaines pèsent six tonnes — étant maintenues par des tenons de chêne. Seule la partie la plus élevée, à la hauteur du canal, est faite de moellons liés au mortier.. Le calcaire coquillier est issu de la carrière de l'Estel située à environ en aval du monument, au bord du Gardon.. Ce matériau, connu localement comme « pierre de Vers », présente une texture assez grossière, se prêtant très bien à la taille.

La canalisation couverte de dalles fait en moyenne de haut et de large. Elle est constituée d’un radier de béton de chaux mêlé de pierres calcaires et de sable. Ses parois sont enduites d’un mortier d'étanchéité (béton romain composé d’un quart de chaux éteinte, d’une moitié de sable et d’un quart de tuileaux concassés). Ces parois sont recouvertes d'un badigeon rouge fait de lait de chaux mélangé à un sable de quartz rouge d'une granulométrie précise et fortement chargé en oxyde ferriqueJean-Louis Paillet . Réflexions sur la construction du Pont du Gard. In: Gallia, tome 62, 2005. pp. 49-68. Lire en ligne. Émile Espérandieu appelant à tort ce « bol rouge le maltha », pensait qu'il renforçait l'étanchéité mais il servait probablement de repère aux ouvriers chargés de retirer les dépôts calcaires à l'intérieur de la canalisation, leur signalant d'arrêter le décapage pour ne pas altérer le béton. Beaucoup d'ouvrages hydrauliques romains comme dans l'aqueduc de Nîmes sont en effet étanchéifiés par un cuvelage en ciment de tuileau, céramique poreuseJean-Louis Guendon, Jean Vaudour. Les concrétions de l'aqueduc de Nîmes. In: Méditerranée, troisième série, tome 57, 1-2-1986. Travertins LS et évolution des paysages holocènes dons le domaine méditerranéen. pp. 140-151. https://doi.org/10.3406/medit.1986.2384 Lire en ligne.

Sur place, les blocs étaient montés grâce à une cage à écureuil dans laquelle les ouvriers prenaient place, apportant la puissance nécessaire au treuil. Un échafaudage complexe fut érigé pour soutenir le pont pendant la construction, dont les faces portent toujours les marques : on distingue un peu partout les appuis d'échafaudages et, sur les piles, les arêtes saillantes qui soutenaient les assemblages de bois semi-circulaires destinés au maintien des voûtes. Chacune des grandes voûtes est constituée de voûtes indépendantes accolées (quatre à l'étage inférieur, trois au second étage), ce qui donne à l'ensemble la capacité de résister aux légers mouvements et tassements inévitables avec le temps. Cette partition de la voûte en anneaux indépendants ne se rencontre qu'en Narbonnaise, par exemple aux ponts romains de Sommières, Boisseron, Ambrussum, Nages-et-Solorgues.

thumb|Partie de la paroi où on peut voir les pierres saillantes servant de points d'appui aux échafaudages.

L'aqueduc situé au troisième niveau a un plancher constitué de mortier et de cailloux et des parois en moellons. Sa taille permettait à un homme d'en assurer l'entretien en se tenant debout.

Le pont après l'abandon de l'aqueduc Dégradation Du Moyen Âge au , le pont a subi des dégradations notables. À une époque inconnue, mais vraisemblablement aux alentours du , douze arches du troisième étage furent détruites et les pierres récupérées comme matériau de construction.. Par la suite, il fut utilisé comme passage pour traverser la rivière : pour faciliter la traversée du pont, certaines piles ont été creusées. Ces travaux ont altéré sa stabilité. D’autres facteurs comme des crues ou des séismes peuvent expliquer la dégradation de l'ouvrage. Il possède une inclinaison d'environ 30 cm..

Redécouverte et restaurations thumb|Le pont routier accolé au .

La Renaissance, qui haussa l'Antiquité au rang de modèle absolu, ne manqua pas de s'intéresser au pont du Gard, l'un des plus spectaculaires monuments romains subsistant en France.

passa devant le pont en lors de son tour de France royal (1564-1566), accompagné par la Cour et par ceux qui étaient les Grands du royaume, son frère le duc d’Anjou, Henri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine, 254..

Dès 1647, l'évêque de Nîmes alerte les États de Languedoc sur le danger de ruine que présente le pont. Il précise, dans son adresse aux députés, qu'un fonds de avait déjà été constitué pour les réparations à faire, mais qu'il était bloqué « entre les mains […] de bourgeois de la ville du Saint-Esprit » ; procès-verbal des États, séance du 26 avril 1647..

Le , et la Cour, alors dans le Midi de la France à l'occasion de la négociation de la paix des Pyrénées, allèrent voir le pont du Gard..

En 1696, Nicolas de Lamoignon de Basville, intendant de Languedoc, inquiet pour la stabilité de l'édifice, fit faire un devis pour la réparation par l'abbé Henri de Laurens et Augustin-Charles d'Aviler, architecte de la Province. Les travaux, pris en charge par les États de Languedoc, durèrent jusqu'en 1704 : les échancrures dans les piles furent en partie colmatées et, contournant chaque pile, des passages en encorbellement furent aménagés pour élargir la voie ; ..