Lors de la révolte de Catugnatos en 62/61 , Solonion (ou Solo) est le lieu où se déroule l'un des derniers combats entre Gaulois Allobroges et Romains pour le contrôle de la Narbonnaise. Les toponymes évoqués, Ventia et Solonion, ne sont pas localisés avec certitude, Ventia ayant néanmoins été assimilé à Valence.

Solonion pourrait être l'oppidum du Malpas à Soyons.

La révolte de Catugnatos La dernière révolte armée en Narbonnaise (62/61 ), sera difficilement matée par RomeCicéron, Sur les provinces consulaires, XIII, 42, retrace la dureté des luttes et de la répression.. Le propréteur Caius Pomptinus - gouverneur de la Narbonnaise - vainqueur, "n'eut les honneurs du triomphe, non sans intrigues, que huit ans plus tard, beaucoup moins pour honorer tardivement le pacificateur de l'Allobrogie, que pour amoindrir les exploits de Jules César"A. Blanc, Valence des origines aux Carolingiens, Valence, 1964; ..

Dion Cassius et Tite-Live font brièvement référence à cette guerre dite "de Catugnatos" (le chef de guerre allobroge). Dans son "Histoire Romaine", Dion Cassius mentionne une ville du nom de *Ventia, devant laquelle Manlius Lentinus connut d'abord un échec avant de s'en emparer. Le règlement final du conflit se déroulant dans une cité du nom de Solonion. Le second auteur, Tite-Live, dans son abrégé stipule comme nom "Solo".

Les données écrites

Dion CassiusDion Cassius, Histoire Romaine, XXXVII, 48.

Tite-LiveTite-Live, Epitomé, CIII. :

(Caius Pomptinus, prêteur, écrase à Solo les Allobroges révoltés.)

Historiographie

La localisation du lieu du dernier combat livré par les Gaulois de Narbonnaise est très disputée, plusieurs auteurs ont confronté des points de vue très divergents, donnant lieu à de multiples propositions (Vienne et Salagnon en Isère notamment). Cependant, plusieurs indices poussent à considérer l'oppidum du Malpas à Soyons comme étant l'antique Solonion.

E. BlancE. BLANC, Ventia et Solonion, Revue Archéologique, 1876, . estimait qu'une erreur de retranscription concernant le nom de la cité de Ventia avait été faite. En effet, il pensait qu'une syllabe avait été omise et que *Ouentia tel qu'il est écrit dans le texte de Dion Cassius, correspond au nom de Valence : *Oualentia. La même conclusion est adoptée par HirschfeldHirschfeld, CIL XII, ., et par C. JullianC. Jullian, H.G., I, ..

Il est tout aussi aisé de lier le toponyme Soio aux données des auteurs (Solo ou Solonion). Il semblerait donc que tout concorde pour situer Ventia à Valentia-Valence et Solo à Soio-Soyons. En outre les textes signalent que le Rhône sépare ces deux localités : "L. Marius et Servius Galba passèrent le Rhône, dévastèrent les terres des Allobroges et arrivèrent enfin près de Solonion" : le terme traduit - trop fortement - par "enfin" évoque probablement une action réclamant du temps (trouver un gué ?).

Cependant, on pourra objecter que ni Soyons, ni Valence ne se trouvent chez les Allobroges. Sur ce sujet, Dion Cassius donne une explication : "jusqu'au moment où elle [la ville de Valentia] fut soutenue par Catugnatos, chef de toute la nation, et par quelques Gaulois des bords de l'Isère". Il est à première vue très vraisemblable qu'il y eut coalition entre plusieurs peuples des bords de l'Isère (les habitants du Royans ?). Catugnatos est par ailleurs désigné comme étant le "chef de toute la nation". Il semble judicieux d'impliquer les "Segovellaunes" ou l'une de leurs tribus dans les contingents alliés, et ceci n'a pas échappé à Dion Cassius.

De l'archéologie

Il est évident que, confronté à de tels problèmes de localisation, chaque auteur aurait tendance à s'attribuer l'invention de cette localisation, sujette à tant de controverses.

Pourtant, les fouilles réalisées sur le Malpas à Soyons ont permis de situer un incendie daté du milieu du (Sondage 1, couche 2). Cette couche se compose de de "cailloutis en décalcification" très dense (les fouilleurs l'ont d'abord pris pour du "béton romain"), sous laquelle se trouve une couche cendreuse épaisse de . Le rapport de fouille décrit laconiquement "De - à -... En certains endroits nous avons noté la présence d'une couche continue de charbons de bois, paraissant provenir d'un incendie". J.J. Hatt y observait par ailleurs "des traces de destruction par le feu".

Les premiers fouilleurs du plateau relatent une étrange légende qui reste ambiguë : "Les habitants de la localité nous ont montré les endroits où, à un mètre sous terre, s'étaient trouvées de grandes dalles juxtaposées, calcinées, disaient-ils, par un feu qui avait duré des années, si on peut préjuger par les monceaux de cendres et de charbons qui les environnaient"L. Lepic et J. Delubac, Chateaubourg et Soyons, Chambéry, 1872..

Une couche de décalcification peut logiquement être mise en corrélation avec un incendie, et la présence d'une couche continue signifierait la présence d'éléments combustibles en quantité. Il semblerait alors qu'un incendie ait produit de grosses quantités de charbon de bois et produit assez de chaleur pour consolider le cailloutis calcaire et le transformer en chaux (incendie de palissade de bois ou d'habitat ?).

Le site n'a pourtant pas pourtant fourni d'importantes quantités de vestiges typiques de la période de la Tène finale. Quant à un probable incendie, la question reste ouverte.

Ainsi, la ressemblance des toponymes, la présence d'un oppidum, et les sites archéologiques au bas du plateau pourraient inciter à localiser à Soyons l'antique Solonion. En effet les quartiers bas (la Brégoule et la Mairie), pourraient convenir au texte : "Ils [L. Marius et Servius Galba] s'emparèrent d'un fort situé au-dessus de cette place... et brûlèrent quelques quartiers de la ville, dont une partie était construite en bois…".

Les conséquences d'une défaite

La politique de Rome envers les Gaulois vaincus consiste en l'abandon des sites de hauteur et le déplacement de la population vers une cité nouvelle. Ici, Rome a pu effacer Soio en centralisant le pouvoir autour d'une "ville nouvelle" : Valentia. Il a été découvert à Valence une dédicace au patron de la colonia Valentia, remontant à la fondation à l'époque triumviro-césarienne : [L(ucio) Non]IO. L(ucii). FIL(io). / [Asp]RENATI. PROP[r(aetori) / c]oloni et incolae / patrono. "A Lucius Nonius Asprenas, fils de Lucius (Nonius), propréteur, les colons et habitants (de Valence) à leur patron"CIL XII, 1748 : la dédicace se trouve a Saillans (26) devant le syndicat d'initiative..

De plus, la cité de Valentia "La Vaillante", fut cadastrée (réseau Valence A) "entre 61 et 50 au plus tard" selon M. Clavel-LévèqueM. Clavel-Lévêque, Puzzle gaulois, Editions Les Belles Lettres, Annales littéraires de l'université de Besançon, Volume 88, 1989, ..

Hormis la guerre (et la possible destruction du site), la fondation de Valence et le déplacement massif de la population peut être la principale cause d'abandon de l'oppidum du Malpas à Soyons.

C'est alors à la fin de cette guerre que se placerait la fondation de la cité coloniale de Valentia et l'emprise cavare, peuple allié à Rome, sur la moyenne vallée du Rhône, aux dépens des Allobroges. Cela pose en même temps le problème de la fondation de Valence, Rome n'ayant pas laissé subsister là une agglomération indigène fortifiée.

Ainsi, en descendant de l'oppidum et en s'installant à Valentia, le peuple Segovellaune aurait opéré son glissement dans l'orbite romaine. Soyons serait alors la dernière citadelle soumise par Rome en Narbonnaise, et le Malpas donc l'un des derniers lieux d'affrontements entre l'indépendance gauloise et la domination centralisatrice romaine.

Notes et références

Voir aussi Peuples gaulois Allobroges Segovellaunes Narbonnaise

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