La Princess Augusta est un navire dont on connaît deux voyages (1736 et 1738) de Rotterdam vers Philadelphie via Cowes dans l'île de Wight. Les passagers qu'il transporte, majoritairement de langue allemande, sont supposés venir du Palatinat et sont appelés « Palatines » par les autorités anglaises de la colonie de Pennsylvanie Palatine immigration ships sur archaeolineages.com (consulté le 22 juin 2008).

Le voyage de 1736 amène deux des leaders au mystérieux , un « monastère » à fortes tendances ésotériques. Les autres voyageurs ont des destins religieux très divers, marqués par un grand désir de liberté individuelle.

Le voyage de 1738 se termine tragiquement par un naufrage au large de l'île américaine de Block Island près de New York. La Princess Augusta devient un vaisseau fantôme célèbre aux États-Unis. Elle inspire maintes légendes, ainsi qu'un poème de John Greenleaf Whittier:en:John Greenleaf Whittier intitulé The Palatine L'œuvre de John Greenleaf Whittier sur Questia (consulté le 22/06/2008).

Les « Palatines » de Pennsylvanie

Contexte historique La Pennsylvanie est fondée par William Penn en 1681 dans le but d'y accueillir des quakers, puis d'en faire un havre de paix pour tous les dissidents religieux.

Ceci attire, en particulier, une importante immigration de personnes que les autorités de cette colonie anglaise appellent « Palatines », ces personnes étant supposées venir du Palatinat. On les appelle aussi Pennsylvania Dutch (en abrégé : pennadutch).

En réalité, beaucoup sont des Suisses, Anabaptistes ou Piétistes. Persécutés par les églises officielles de leur pays, ils cherchent des terres d'accueil depuis longtemps. En particulier, quand la Guerre de Trente Ans (1618-1648) eut quasiment dépeuplé l'Alsace et le Palatinat, certaines familles suisses trouvèrent là des seigneurs heureux de les laisser s'installer pour repeupler leurs terres. D'où une population très mobile de clans familiaux ayant des branches en Suisse, en Alsace, en Allemagne, et, bientôt, en Pennsylvanie ; les diverses branches du clan restent en contact par delà les frontières et les générations, et constituent une importante filière de migrations.

Cette population est majoritairement de langue allemande, mais peut entraîner avec elle des voisins alsaciens ou vosgiens parlant français ; tel est le cas, sur la Princess Augusta, d'un groupe venu du Ban de la Roche (petite région aujourd'hui dans le Bas-Rhin) et même d'un groupe de catholiques de Saulxures, ce qui témoigne d'un début de migrations à motifs économiques.

La liste de passagers de la Princess Augusta est la providence des généalogistes, grâce au soin qu'a pris le capitaine de noter les âges en plus des noms, et également au fait que certaines familles francophones se distinguaient aisément dans ce milieu globalement germanophone. Il fut donc possible d'identifier formellement un tiers environ des passagers du navire, de tracer leurs origines en France et en Suisse et de suivre leurs descendants en AmériqueListe des passagers de la Princess Augusta en 1736. Une chance supplémentaire : deux des passagers, Durs Thommen et Benedict Yuchli, entrèrent au Ephrata Cloister (dont le leader charismatique est Conrad Beissel) et figurent dans les chroniques de ce « monastère ».

Plusieurs groupes se distinguent. Une partie au moins des voyageurs a voyagé en groupe, comme le montre le récit de Durs ThommenRécit en anglais du voyage par Durs Thommen, qui décrit le tragique voyage de plusieurs bateaux sur le Rhin, voyage préparatoire qui provoqua plus de morts que la traversée maritime.

Deux leaders se distinguent, entourés chacun de parents, cousins et voisins : Durs Thommen, de Niederdorf dans le canton de Bâle, et Benedict Yuchli, de Riggisberg, paroisse de Thunnen, Canton de Berne. Cette relative diversité d'origine devrait en faire deux inconnus l'un à l'autre, mais les deux ont la même destination : dès leur arrivée en Pennsylvanie, ils entrent au Ephrata Cloister, un lieu assez mystérieux, d'apparence monacale mais aux penchants très ésotériques. Ils n'y entraînent que leurs très proches familles. Les autres passagers ont des destins religieux très divers, mais marqués par une grande volonté d'autonomie individuelle. Par exemple, on en voit qui adhèrent à des sectes qui n'existaient pas dans leurs pays d'origine, comme ce Peter Binckley qui adhère à l'Église Morave et y rédige un récit de sa vieAutobiographie en anglais du voyageur Peter BINGELLI/PINCKELE/BINCKLEY. Ou cette famille Caquelin, des Français du Ban de la Roche, qui rejoignent les disciples de l'Allemand Alexander Mack, les German Baptist Brethren familièrement appelés Dunkards (plongeurs) en raison de leur pratique du baptême par immersion. Il s'agit en principe d'une église conservatrice qui n'accepte que le Nouveau Testament mais le prend à la lettre.

Cependant, les relations avec le Ephrata Cloister sont ambigües, le Cloister réussissant à attirer un groupe important de disciples après la mort d'Alexander Mack. D'une façon générale, dans cette Amérique des premiers jours, les personnalités sont affirmées, les individus peu enclins à se soumettre à d'autres et les frontières des sectes et églises toujours mouvantes.

Do you speak Pennadutch ? Quelques éléments de vocabulaire : Pennsylvania Dutch : les immigrés de langue allemande se disaient « deutsh », ce qui devint « dutch » en anglais local, alors qu'en anglais académique « dutch » veut dire « hollandais » Pennsylvania German est une expression qui se veut plus correcte que Pennsylvania Dutch, mais qui ne l'est pas ; les immigrés dont il s'agit pouvaient venir de l'Allemagne actuelle, mais aussi de Suisse et d'Alsace ; l'Allemagne n'ayant trouvé son unité politique qu'en 1870, il est anachronique de vouloir user trop tôt d'un vocabulaire se référant aux nationalités d'aujourd'hui ; quant à la langue, chacun parlait le patois de son village, et il y avait des zones de transition entre l'allemand et le hollandais Pennadutch est un terme d'affection pour « Pennsylvania Dutch » Plain Pennsylvania Dutch : expression désignant les sectes dans lesquelles les hommes portent la barbe et où tous portent des vêtements « simples » en tissu tissé à la maison ; en anglais, plain est à double sens ; appliqué à une femme, le mot peut aussi signifier (de façon se voulant pas trop brutale) qu'elle est plutôt laide ; contraire : « gay Pennsylvania Dutch » Gay Pennsylvania Dutch : ce n'est pas un homosexuel, mais une « Church person » (voir ce mot) ; l'intention est cependant la même dans les deux cas : faire savoir qu'on est le contraire d'une « plain person », et qu'on ne se laissera pas imposer une « plain life », au double sens du terme, par le prédicateur dissident local Church people : littéralement, il s'agit de personnes qui vont à l'église le dimanche (en Amérique, sauf très rares exceptions, tout le monde y va) mais sous-entendu : pas plus ; les « Church people » se tiennent à l'écart des sectes et n'entendent pas que la religion tienne trop de place dans leur vie.

Le paysage religieux Le paysage religieux de la Pennsylvanie d'alors est, comme aujourd'hui, marqué par une mosaïque de « plain sects » (sectes se caractérisant par un habillement plain, simple, austère, constitué de vêtements de tissu sombre tissés à la maison), mais ce ne sont pas les mêmes qu'aujourd'hui. Les quakers, fondateurs du pays, sont toujours présents mais de plus en plus dilués, et ils perdent en influence. D'origine anglaise, ils ont assez peu de contacts avec les immigrés « pennadutch ». Les sectes conservatrices ne sont pas seules sur le terrain ; la plus représentée à l'époque de la Princess Augusta est celle des Dunkards d'Alexander Mack. L'ésotérisme est une composante visible et quantitativement non négligeable du paysage religieux. Ses racines remontent à la Réforme radicale. Il peut se prévaloir de grands ancêtres comme Jakob Böhme ou Kaspar Schwenkfeld von Ossig. Il montre une grande capacité de résistance, voire de résurrection. Dès 1694, Kelpius et ses compagnons sont arrivés sur le « Sarah Maria Hopewell ». Dans l'Amérique de l'époque de la Princess Augusta, nous trouvons ainsi des disciples de Schwenkfeld, de Johannes Kelpius, d'autres encore, sans oublier le Ephrata Cloister. L'information circule vite. Ainsi, le Ephrata Cloister, en 1735 encore, n'est pas beaucoup plus qu'un groupe de cabanes d'ermites, mais malgré cela, en 1736, la Princess Augusta amène Durs Thommen et Benedict Yuchli qui le rejoignent aussitôt. Les Mennonites sont d'abord des Mennonites hollandais, de mentalité urbaine et peu, voire pas du tout réfractaires à la modernité. À titre d'exemple : William Rittenhouse, premier pasteur mennonite de Germantown, est un pilier de la vie intellectuelle locale et fonde la première fabrique de papiers des futurs États-Unis en 1690. La branche Amish, très conservatrice, est peu ou pas représentée en 1736. Ce n'est qu'en 1740 qu'une communauté identifiable, le Northkill Settlement s'établira dans le Comté de Berks. Les églises protestantes classiques (calviniste et luthérienne) sont appelées gay, par opposition aux plain sects supposées tristes. Les fidèles ne leur manqueraient pas, ce sont plutôt les pasteurs et les bâtiments ecclésiaux qui manquent car les filières migratoires sont affaire de plain sects. Ces églises tendent à fusionner spontanément, à partager leurs locaux, et les fidèles se rendent à celle qu'ils ont la chance de trouver sans se demander si elle est calviniste ou luthérienne. L' église morave, réformée par le Comte de Zinzendorf et organisée sur place de main de maître par Spangenberg, jouit d'un grand prestige, attire la bonne société, et voudrait tenir le milieu entre les églises classiques et les plain sects. Les catholiques sont discrets ; ils sont mal vus, suspects de sympathies pro-françaises pendant la Guerre de Sept Ans qui oppose l'Angleterre aux Français et aux Indiens ; le destin des descendants des sept familles de Saulxure (suivre le lien plus loin vers leur site et suivre ensuite les liens donnés par ce site) permet de suivre le destin d'une partie de cette communauté ; les sept familles catholiques de Saulxures restent en grande partie groupées aux lieuxdits Pigeon Hill, près de Beaver Creek, et Pleasant Valley, aujourd'hui Buchanan Valley ; ces familles s'allient entre elles sur plusieurs générations, et s'allient aussi à des catholiques d'origine écossaise et irlandaise. Leur jeune voisine, Mary Jemison est enlevée en 1758 lors d'une attaque indienne et fait sa vie parmi les Indiens.

L'encadrement de cette population par les Jésuites permet aux plus déterminés de rester catholiques au fil du temps ; les autres, au fil des mariages mixtes, fusionnent avec la population protestante dans le contexte d'un paysage religieux où la ligne de clivage principale ne passe pas entre protestants et catholiques mais entre plain et gay.

Les relations entre plain (minorités et sectes) et gay (églises classiques) sont portées au rouge durant la Guerre de Sept Ans. Les plain, généralement non-violents, refusent de se battre et accusent les gay de provoquer le conflit en s'installant illégalement sur des terres indiennes ; les gay répondent qu'ils n'ont pas le choix et qu'il est bien facile, quand on est confortablement installé dans les terres les plus anciennement anglaises (c'est souvent le cas, les implantations plain étant en général les plus anciennes), d'abandonner à leur sort ceux qui tentent de survivre sur la ligne de front ; ces tensions se produisent dans le cas d'un contexte politique marqué par la présence de forces qui songent déjà à la conquête de l'ouest, comme la Ohio Company de George Washington.

Le navire La Princess Augusta a transporté des voyageurs de Rotterdam en direction de Philadelphie via Cowes.