Le sécessionnisme linguistique est une attitude visant à séparer une variété linguistique régionale de la langue nettement distanciée des autres dont elle fait habituellement partie, afin de lui donner un statut de langue distincte.

Dans la terminologie utilisée en typologie sociolinguistique des langues, il s'agit de la constitution d'une langue Ausbau, ou langue par élaboration, par promotion et standardisation séparée d'une variété d'un diasystème. Cela ne doit pas être confondu avec la mise en avant d'un dialecte face à d'autres variétés ou à une langue standard. En effet, le sécessionnisme linguistique poursuit des motivations idéologiques et politiques qui visent à séparer un groupe, et les aspects objectifs d'une unité linguistique sont volontairement déniés. Ce phénomène a été initialement analysé et défini en sociolinguistique catalane* Miquel Strubell (1991) Catalan in Valencia: the story of an attempted secession, Swiss Academy of Social Science Colloquium on Standardization: Parpan / Chur (Grisons) 15-20 April 1991 Miquel Àngel Pradilla (1999) El secessionisme lingüístic valencià, in Miquel Àngel Pradilla (1999) (ed.) La llengua catalana al tombant del mil·leni, Barcelone: Empúries, . Article secessionisme lingüístic, in: Francesc Ruiz i San Pascual, & Rosa Sanz i Riblles, & Jordi Solé i Camardons (2001) Diccionari de sociolingüística, coll. Diccionaris temàtics, Barcelone : Enciclopèdia Catalana., mais on le retrouve aussi dans d'autres domaines linguistiques.

Les sécessionnismes linguistiques dans des langues telles que l'anglais, le catalan, l'occitan ou le roumain sont très loin d'être consensuels et s'opposent aux recherches en linguistique. Ils n'arrivent pas à freiner les dynamiques majoritaires qui font que ces langues gardent un fonctionnement unitaire.

Au contraire, le sécessionnisme linguistique d'autres langues telles que le serbo-croate ou l'hindoustani est un phénomène majoritaire, consensuel et fortement institutionnalisé. C'est ce qui permet de dire que ce phénomène a créé des « langues politiques ». On peut citer dans le serbo-croate les élaborations divergentes du croate, du bosniaque, du monténégrin et du serbe qui sont bien établies dans la pratique générale.

Domaine anglophone Les tentatives, au début du , d’élaborer un standard américain distinct de l’anglais britannique (autour de Noah Webster, qui considérait l'anglais britannique comme corrompu par l'aristocratie) ne se sont traduites que par l'adoption de distinctions orthographiques de faible portée, caractéristiques d’une langue polycentrique“Polycentric standards will be found where a language is dominant in two or more separated countries (British and American English; Portuguese in Brazil and Portugal) and in speech communities which are still int the beginning stage of their modernization (Albanians, Basques, Kurds, etc.), or where political circumstances have brought about separated developments for two variants of one single language (Romanian and Moldavian; Serbian and Croatian).” Heinz Kloss. "Abstand Languages and Ausbau Languages". Anthropological Linguistics, 1993, Vol. 35, No 14, A Retrospective of the Journal Anthropological Linguistics: Selected Papers, 1959-1985 (1993), pp. 158-170 Stable URL: https://www.jstor.org/stable/30028251.

L'anglais australien a également suivi le même processus.

Domaine roman Dans le domaine des langues romanes, certains mouvements ont été interprétés comme des tentatives de sécessionnisme linguistique :

Aguiainais Le dialecte saintongeais fait parfois l'objet d'un sécessionnisme linguistique vis-à-vis du Poitevin-Saintongeais aussi nommé Aguiainais, langue d'oïl à substrat occitan.

Roumain thumb|Soyez les bienvenus, en "moldave". Le roumain est langue officielle en Roumanie et MoldavieDans la déclaration d'indépendance de ce pays et selon l'arrêt de la Cour Constitutionnelle moldave sur mais la constitution de cette dernière le nomme « moldave »Dans son article 13 : Constitution de la République de Moldavie. et les pro-russes de ce pays affirment que c'est une langue différente du roumain.

Pendant l'ère soviétique, les autorités de l'URSS ont officiellement reconnu et promu les Moldaves et le moldave comme ethnicité et langue distinctes. Un alphabet cyrillique a été introduit dans la RSS moldave pour renforcer cette affirmation. Depuis 1989, la langue officielle est passée à l'écriture latine et a subi les mêmes réformes linguistiques que le roumain.

De nos jours, l'alphabet cyrillique ne reste officiellement utilisé que sur les territoires contrôlés par les autorités dissidentes de la Transnistrie, où il est nommé « moldave », par opposition à la version en caractères latins utilisée ailleurs, que les autorités locales appellent roumain.

Occitano-roman En 1934, le catalan contemporain avait lui-même été proclamé comme une langue distincte de l’occitanManifeste Desviacions en els conceptes de llengua i de pàtria, mai 1934. Dans l'espace occitano-roman, le sécessionnisme linguistique est un phénomène qui s'est seulement développé dans les années 1970 au sein de l'occitan et du catalan. Il est caractérisé par les traits suivants :

Un refus non assumé du développement du catalan et de l'occitan comme langues de communications normales dans la société. C'est peut-être la principale raison qui explique les sécessionnismes linguistiques au sein de langues subalternes comme le catalan et l'occitan. Ce sécessionnisme linguistique représente, en fait, une incapacité d'inverser la diglossie et la substitution linguistique. Parallèlement, s'accompagne une idéologie qui idéalise la coexistence entre la langue subordonnée (une variété du catalan ou de l'occitan) et la langue dominante (espagnol, français, ou italien), niant ou minimisant le conflit linguistique. Ce n'est pas la langue objectivement dominante (l'espagnol, le français, ou l'italien) qui est stigmatisée comme l'adversaire principal à la survie de l'idiome, mais leur propre langue (le catalan ou l'occitan) dans le but d'en séparer une variété régionale. Une rupture et une contradiction avec les traditions renaissantistes des mouvements catalans et occitans, affirmant l'unité du catalan et de l'occitan depuis le . Une ignorance souvent volontaire de la recherche dans la linguistique romane qui affirme l'unité du catalan et de l'occitan Pierre Bec (1970-71) = Pierre Bec (collab. Octave Nandris, Žarko Muljacic) Manuel pratique de philologie romane, Paris : éditions Picard, 2 vol.. Des crispations identitaires autour des dialectes pour qu'ils soient considérés comme des langues distinctes. Un manque de résultats, ou une position très marginale dans la recherche scientifique en linguistiqueGeorg Kremnitz, Une approche sociolinguistique, in F. Kirsch Peter, & Kremnitz Georg, & Brigitte Schlieben-Lange (2002) Petite histoire sociale de la langue occitane: usages, images, littérature, grammaires et dictionnaires, col·l. Cap al Sud, F-66140 Canet: Trabucaire, p. 109-111 [version actualisée et traduction partielle de : Günter Holtus, & Michael Metzelin, & Christian Schmitt (1991) (dir.) Lexikon der Romanistischen Linguistik. Vol. V-2: Okzitanisch, Katalanisch, Tübingen: Niemeyer]. Un lobbying actif envers les milieux politiques régionaux.

Occitan vignette|522x522px|Exemple pour l'aire linguistique occitane (à gauche : vision unitaire d'une langue occitane constituée de plusieurs dialectes ; à droite : vision plurielle avec une promotion de différentes langues d'oc). En occitan, il y a trois grands cas : Le sécessionnisme linguistique auvergnat est développé et soutenu depuis le milieu des années 1970 par le géographe Pierre Bonnaud, concepteur de la norme bonnaudienne, fondateur du Cercle Terre d'Auvergne et du magazine Bïzà Neirà. L'impact sur la population est négligeable. La vision bonnaudienne, surtout répandue dans les années 1970/1980, est au début des années 2020 minoritaire, au profit d'une reconnaissance de la langue occitane.

Dans le Val d'Aran, le gascon est très officiellement défini comme une variété de l'occitan. Le statut de 1990 présente le gascon aranais comme variété de la langue occitane propre au Val d'Aran. De même, le statut d'autonomie de la Catalogne rénové en 2006 confirme cette formule: La langue occitane, appelée aranais dans le Val d'Aran La protecció legal de l'occità aranès Xavier Moral Ajado, Estudis Romànics [Institut d’Estudis Catalans], Vol. 39 (2017), p. 415-426 DOI: 10.2436/20.2500.01.23. Ainsi que la loi catalane d' relative à l'officialité de l'occitan nommé aranais dans le Val d'Aran Llei 35/2010, de l’1 d’octubre, de l’occità, aranès a l’Aran Primera edició, Barcelona, març del 2011,(edició núm. 404), Textos Legislatius, 128, Publicacions del Parlament de Catalunya Departament d’Edicions.

Le sécessionnisme linguistique provençal est apparu dans les années 1950 avec Louis Bayle en réaction aux succès de l'occitanisme"Procès de l’occitanisme", Louis Bayle, 1975 dans le déploiement de la graphie classique dans tout l'espace occitan, y compris en Provence lors des années 1960 et 1970. l'unité historique de l'occitan moyenAlbert Dauzat Les patois. Évolution, classification, étude. Éditions des Régionalismes. 2018 978.2.8240.5258.8 occitan in l'encyclopédie Larousse (ensemble dialectal de l'occitan qui regroupe le languedocien et le provençal). Les partisans du sécessionnisme provençal revendiquent la norme mistralienne mais ils ne sont pas représentatifs des utilisateurs de cette norme, qui sont traditionnellement adeptes de l'unité de la langue d'oc. La langue provençale indépendante qu'ils promeuvent s'appuie essentiellement sur le standard littéraire rhodanien qui a connu du succès grâce à Frédéric Mistral. L'impact sur la population est faible, les militants sécessionnistes étant extrêmement minoritaires, mais au vu de leur lobbyisme soutenu on peut noter une certaine influence sur des hommes politiques de la région PACA qui ont parfois repris ce discoursQuestion no 22674 (Journal officiel 13/05/2008 : 3919) in Sylvie Sagnes, 2014: question écrite du président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur Michel Vauzelle, adressée en septembre 2008 à la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel : "Le provençal dispose de caractéristiques propres qui le distinguent fortement de l’occitan. À ce titre, il mériterait d’être reconnu à part entière parmi les langues régionales. Il l’interroge donc sur la volonté du Gouvernement de reconnaître le provençal mistralien parmi les langues régionales".Christian Estrosi, président de région, maire de Nice et député Candidats aux élections régionales: leurs propositions en 5 pointsEn Provença: l’antioccitanisme s’ocuparà de las cultura e lenga del país Jornalet, 07.07.2021 Le président anti-occitanisme du Collectif Prouvènço, Jean-Pierre Richard, élu sur la liste de droite au pouvoir de Renaud Muselier, a été nommé chef de la commission "patrimoine, traditions et langues régionales" de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.. Certains pour s'en écarter ensuiteProvença rend un omenatge oficiau a Mistral... e Vausèla reconeis l’occitan Jornalet 17.05.2014 ou au contraire pour l'utiliser contre l'enseignement du provençalProvença subvenciona l’antioccitanisme e baissa l’ajuda a las Calandretas Jornalet 21.12.2016 . L'environnement culturel de la Provence est divisé entre l'immense majorité d'adhérents à la vision unitaire de la langue occitane dont le provençal est constitutif (avec des sympathisants tant de la norme mistralienne que de la norme classique) et des partisans d'une langue provençale indépendante (utilisant uniquement la norme mistralienne). Le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur adopta à deux mois d'intervalles deux textes contradictoires, le premier le , où il affirmait : tandis que le il affirmait que Louis-Jean et Alain Calvet Les Confettis de Babel, , Éditions OIF, lire en ligne.