La Cinquième République, ou , est le régime politique républicain et démocratique en vigueur en France depuis le . Elle succède à la Quatrième République, qui avait été instaurée en 1946. Elle marque une rupture par rapport à la tradition parlementaire de la République française dans la volonté de renforcer le rôle du pouvoir exécutif. Elle est régie par la Constitution du , approuvée à une très large majorité par voie référendaire le précédent. Elle est mise en place par Charles de Gaulle, qui en est élu premier président..
Ce régime est qualifié de régime parlementaire à exécutif fort ou de régime semi-présidentiel. Le rôle central du président de la République est consolidé par la légitimité découlant de son élection au suffrage universel direct, instaurée par référendum en 1962, ainsi que par la concordance de son mandat et de ceux des députés depuis 2002, à la suite du référendum constitutionnel de 2000. Le , l’Assemblée nationale adopte une loi constitutionnelle qui, par dérogation à l' de la Constitution de 1946, organisant la révision constitutionnelle, autorise le Gouvernement à rédiger un nouveau projet de Constitution.
Mise en place Le projet initial de Michel Debré L'évènement déclencheur de la crise de mai 1958 en France est le putsch d'Alger mené par une fraction de l'armée et de civils. Les putschistes en appellent au retour au pouvoir du général Charles de Gaulle. Nommé président du Conseil le , il obtient du Parlement, deux jours plus tard, l'autorisation de faire procéder à la rédaction d'une nouvelle Constitution. Tandis que celle de 1946 avait été préparée par une Assemblée constituante élue à cet effet, la Constitution de 1958 est rédigée sous l'autorité du Gouvernement par une équipe conduite par Michel Debré (Garde des Sceaux et futur Premier ministre). Le projet est alors approuvé par référendum (82,60 % de « Oui »Résultat du référendum pour l'adoption de la Constitution de la République (1958).) le , et devient la Constitution du , souvent appelée Constitution de la Cinquième République.
Des juristes ont argué que la mise en place de la Cinquième République s'est opérée selon une procédure non constitutionnelle et doit être considérée comme un coup d'État : en effet, la Quatrième République ne prévoyait pas la possibilité de modifier la Constitution par référendum. Certes, cette loi constitutionnelle prévoit une révision de la constitution .. Toutefois, la Charte des Nations unies de 1945 aux articles 1, 2 et 55 consacre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, notamment, le droit d'obtenir le statut de son choix à l'intérieur d'un pays. Ce droit a été, pour l'occasion, exprimé par voie référendaire, en prévalant sur le texte constitutionnel.
En vertu de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958, le Parlement a exigé que le projet de Constitution respecte cinq principes. « Seul le suffrage universel est la source du pouvoir », ce qui excluait de facto l'idée d'une chambre socioprofessionnelle composée de délégués des organisations patronales, syndicales et des associations, projet défendu par de Gaulle dans son discours de Bayeux en 1946. Le texte doit également respecter le principe de la séparation des pouvoirs et celui de la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement, trait distinctif du régime parlementaire. L'indépendance de l'autorité judiciaire doit être garantie, et enfin « doivent être organisés les rapports de la République avec les peuples qui lui sont associés ».
La Cinquième République accorde un pouvoir plus important au président de la République que le régime précédent. Dans son discours devant le Conseil d'État, le , Michel Debré indique que son Gouvernement entend et se dit .. Il indique que le « président de la République doit être la clé de voûte de notre régime parlementaire », c'est-à-dire un arbitre efficace susceptible d'intervenir pour assurer le bon fonctionnement des pouvoirs publics lorsque celui-ci est menacé. Au moyen de ses « pouvoirs propres », c'est-à-dire ses pouvoirs discrétionnaires dont personne n'endosse la responsabilité car non soumis à contreseing ministériel (innovation majeure de la Constitution du ), il peut dégager les voies de la résolution d'un conflit compromettant le fonctionnement des pouvoirs publics. En ce sens, « le président de la République, comme il se doit, n'a pas d'autre pouvoir que celui de solliciter un autre pouvoir ». Cet arbitrage présidentiel renforcé s'inscrit dans le cadre du projet de rationalisation du parlementarisme porté par Michel Debré et qui est conçu pour permettre au Gouvernement d'assurer sa mission même en l'absence d'une majorité absolue parlementaire stable et disciplinée. Effectivement, « parce qu'en France la stabilité gouvernementale ne peut résulter d'abord de la loi électorale, il faut qu'elle résulte au moins en partie de la réglementation constitutionnelle, et voilà qui donne au projet son explication décisive et sa justification historique ». Cette volonté de rationalisation concerne également les pratiques parlementaires de vote. Avant 1958, Michel Debré avait déjà critiqué le fonctionnement des scrutins publics dans les assemblées françaises, en soulignant que le vote personnel des parlementaires était affaibli par les pratiques de vote pour autrui et par l’usage des « boîtiers »Michel Debré, « Trois caractéristiques du système parlementaire français », Revue française de science politique, , , 1955, .. L’article 27 de la Constitution de 1958, qui affirme que « le droit de vote des membres du Parlement est personnel » et limite la délégation de vote, s’inscrit dans cette volonté de rompre avec certains usages parlementaires des républiques précédentesAurélien Laparro, Quand les députés ne votaient pas eux-mêmes, 1876-1958 : entre absents, présents, boîtiers et votes de groupe, Paris, Hémisphères éditions, 2025, .. Cependant, le fait majoritaire et la conception extensive que les présidents vont avoir de leurs pouvoirs modifieront profondément l'équilibre du régime au profit du pouvoir exécutif.
En outre, la Constitution votée 1958 introduit une nouveauté dans le mode d'élection du président de la République, auparavant élu par la réunion de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le souvenir de l'élection laborieuse de 1954, où il avait fallu pas moins de treize tours de scrutin pour que députés et sénateurs s'accordent sur la candidature de René Coty, est resté dans les mémoires. Aussi la Constitution confie-t-elle dans un premier temps le soin d'élire le président de la République à un collège d'environ (députés, sénateurs, conseillers généraux, maires et délégués des conseils municipaux). Ce système n'est utilisé qu'une seule fois, le , pour l'élection de Charles de Gaulle.
Vers l'élection du président au suffrage universel direct Un référendum est organisé en 1962 par le président de Gaulle en application de l'article 11 de la Constitution pour modifier le mode d'élection du président de la République. Il introduit le principe de l'élection au suffrage universel direct. Le premier scrutin de ce type a lieu en 1965 et se conclut par la réélection de Charles de Gaulle.
Cette élection du président de la République au suffrage universel direct, couplée avec l'apparition du fait majoritaire, modifie profondément le fonctionnement des institutions : apparaissent les notions de « présidentialisation du pouvoir » et de « cohabitation ». Élu au suffrage universel direct, c'est-à-dire par le peuple directement, le président de la République bénéficie d'une légitimité démocratique en concurrence avec celle des députés de l'Assemblée nationale.
L’élection du président au suffrage universel conduit à la personnification du pouvoir. L’obligation de choisir entre deux candidats au second tour la promeut. Le scrutin majoritaire aux législatives incite les partis à construire des alliances préélectorales pour être représentés à l'Assemblée nationale et confirme la bipolarisation de la vie politique. La dissolution discrétionnaire renforce l’autorité du président et la discipline parlementaire. Le cumul de ces règles promeut la présidentialisation du régime. Il ne se retrouve que partiellement dans les autres démocraties européennesDulong, ..
Évolution forte jusqu'au début des années 2000, ,Communauté française (Cinquième République) qui entendait mettre fin à la prépondérance des partis. Comme l'a résumé l'universitaire Bastien François : Bastien François, Misère de la République, Paris, Denoël, 2001, .. Toutefois, cette bipolarisation est actuellement remise en cause par l'émergence de nouvelles dynamiques politiques tant au centre, qu'à droite et à gauche.
L'équilibre des pouvoirs : nouvelles pratiques
vignette|alt=Organigramme simplifié des institutions politiques de la Cinquième République|Organigramme simplifié des institutions politiques de la .
La République est un régime parlementaire doté d'un pouvoir présidentiel fort : le pouvoir exécutif collabore avec le pouvoir législatif dans le cadre d'un système de séparation souple des pouvoirs. À la différence du régime présidentiel (comme aux États-Unis ou au Mexique où les deux pouvoirs sont strictement séparés), en France, chaque pouvoir dispose sur l'autre d'un moyen de pression : l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement (les deux seuls cas étant celui du premier gouvernement Pompidou le , et celui du Gouvernement Barnier le , à la suite du vote d'une motion de censure) ; le président de la République peut dissoudre l'Assemblée nationale, après consultation du Premier ministre et du président de chacune des deux assembléesArticle 12 de la Constitution. (ce qui survient à six reprises : sous Charles de Gaulle le puis le , sous François Mitterrand le puis le , sous Jacques Chirac le et finalement sous Emmanuel Macron le ).
La majorité des constitutionnalistes français considèrent que la République est un régime parlementaire moniste puisque l' dispose que le Gouvernement est responsable devant le Parlement (plus précisément devant l'Assemblée nationale qui, en vertu des et 50, est la seule des deux chambres à pouvoir renverser le Gouvernement), tandis que le président de la République n'exerce qu'une fonction d'arbitrage () sans pouvoir révoquer le Premier ministre. Effectivement, d'après l', le chef de l'État ne peut mettre fin aux fonctions du chef du Gouvernement que .
Néanmoins, certains constitutionnalistes, à la suite de Maurice Duverger, ont estimé que la Cinquième République connaissait un mode de fonctionnement trop atypique au regard de celui des autres régimes parlementaires contemporains, notamment en raison de l'emprise exercée, en fait plus qu'en droit, par le chef de l’État sur le pouvoir exécutif. Duverger élabora alors la catégorie des « régimes semi-présidentiels », dans lesquels seraient combinés trois critères : la responsabilité gouvernementale devant le Parlement, l'élection du chef de l’État au suffrage universel direct et la détention par le chef de l’État de pouvoirs propres non soumis à contreseing ministériel. La Cinquième République voisinerait alors avec la République de Weimar, la Finlande, le Portugal, l'Autriche et l'Irlande. Cette conception est néanmoins sérieusement critiquée par de nombreux auteurs du fait de son flou et de la marginalité de son observation.