Lansana Conté (), né le à Moussayah Loumbaya (région de Dubréka) et mort le à Conakry, est un homme d'État guinéen. Il est président de la république de Guinée de 1984 à sa mort, soit durant 24 années.
D'origine soussou, il intègre l'armée française en 1955, et participe à la guerre d'Algérie. Promu lieutenant, il défend le régime dictatorial d'Ahmed Sékou Touré. Dix ans plus tard, il est élu député du Parti démocratique de Guinée (PDG, parti unique).
Parvenu au grade de colonel, il participe au coup d'État de 1984, à la suite de la mort du « père de l'indépendance de la Guinée », Sékou Touré. La junte, dénommée Comité militaire de redressement national (CMRN), porte alors Lansana Conté à la tête du pays.
Libéral et nationaliste, il privatise les entreprises publiques, réduit le nombre de fonctionnaires, et dote la Guinée d'une nouvelle Constitution qui autorise le multipartisme. Devenu général, il est officiellement élu président de la République en 1993, et largement reconduit en 1998 et 2003, grâce à une modification constitutionnelle. Malgré les restrictions des libertés et les menaces, l'opposition critique ouvertement ces scrutins, qu'elle estime truqués, et qu'elle boycotte par la suite.
À la fin de sa présidence, alors que la situation économique et sociale continue de se dégrader, Lansana Conté doit affronter plusieurs révoltes, qui sont réprimées et font plusieurs morts, ce qui le contraint à négocier avec les syndicats. Victime de plusieurs tentatives de renversement et d'assassinat, il meurt des suites d'une longue maladie. Sa mort est suivie d'un coup d'État renversant la , qu'il avait instaurée.
Origines et formation
Fils d'agriculteurPortrait de Lansana Conté, sur le site du Nouvel Observateur, 23 juin 2008, Lansana Conté est issu de l'ethnie des Soussous« Guinée Conakry : bilan provisoire de la crise Lansana Conté », assemblee-martinique.com, 14 février 2007. Il entre à l'école des enfants de troupe de Bingerville (Côte d'Ivoire) en 1950, puis à celle de Saint-Louis (Sénégal) ; il effectue ensuite ses classes au peloton de Kayes (Mali).
Carrière militaire En 1955, il entre dans l'armée française, et est affecté en Algérie pendant la guerre d'indépendance, en 1957« Manifestation sur la Guinée à Grenoble », cnt-f.org, 6 mars 2007. Après son service militaire, il retourne en Guinée, qui est devenue indépendante de la France le : il intègre alors la nouvelle armée avec le grade de sergent. Transféré au d'artillerie, il est promu lieutenant en 1965.
Le , lorsqu'un groupe d'exilés guinéens envahit le pays à partir de la Guinée portugaise, dans le but de renverser le gouvernement du président Ahmed Sékou Touré, il participe à des opérations visant à défendre la capitale. Après que les forces pro-gouvernementales parviennent à stopper l’invasion, Lansana Conté est promu, le , au grade de capitaine pour « service rendu à la nation », et jouit de la réputation de militaire courageux« Dossier : vie et mort d’un soldat paysan » sur le site de Jeune Afrique, 23 décembre 2008. En 1973, il est nommé commandant de la région militaire de Boké (nord-ouest de la Guinée) afin d'aider le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), mouvement de guérilla indépendantiste, dans le pays voisin, la Guinée portugaise.
Chef d'état-major adjoint de l'armée de terre à partir de 1975, puis chef de la délégation guinéenne au cours des négociations censées régler un différend frontalier avec la Guinée-Bissau en 1977, il est élu à l'Assemblée nationale en 1980, sur la liste unique du Parti démocratique de Guinée (PDG). Deux ans plus tard, élu membre du comité central du PDG, il est promu colonel.
Président de la République Prise de pouvoir
Le , Ahmed Sékou Touré, le « père de l'indépendance », meurt à Cleveland lors d'une opération cardiaque« Sékou Touré: Le « non » légendaire », rezoivoire.net, 13 août 2006 et l'unique parti de l'époque, le Parti démocratique de Guinée (PDG), sombre dans de violentes querelles de succession.
C'est dans un contexte de déclin et d'incertitudes qu'une semaine plus tard, le , un coup d'État militaire dirigé par le colonel Conté renverse le président intérimaire, Louis Lansana Beavogui. La junte, dénommée Comité militaire de redressement national (CMRN)Le CMRN est composé de 18 membres qui représentent les trois principales tribus du pays., porte alors son chef de file au pouvoir, qui est proclamé président de la République deux jours plus tard, alors que vient d'être instituée la .
Le nouveau chef de l'État dénonce le régime de Sékou Touré et s'engage à établir un régime démocratique, à sortir la Guinée de son isolement international et à exploiter les ressources naturelles. Il se pose en défenseur des droits de l'Homme en libérant 250 prisonniers politiques, encourageant ainsi le retour d'environ de l'exil.
C'est ainsi que quelques mois plus tard, Lansana Conté est nommé Secrétaire général du Parlement international pour la sécurité et la paix, une organisation intergouvernementale dont le siège est en Italie.
Lansana Conté assure de facto la fonction de chef du gouvernement du au , date à laquelle il nomme Sidya Touré comme Premier ministre.
Débuts Le , dans son discours-programme, il opte pour un libéralisme économique, après 26 ans d'économie centralisée. Il lance de nombreuses réformes : le rétablissement de l'initiative privée, la privatisation de nombreuses entreprises publiques, la dévaluation de la monnaie et le rétablissement du franc guinéen, ainsi que la réduction des dépenses du gouvernement et l'encouragement des investissements étrangers.
Le , à l’occasion du sixième anniversaire de l’avènement de la , Lansana Conté est promu au grade de général de corps d'armée. Dans le même temps, alors qu'une vague démocratique touche l'Afrique, il fait adopter une nouvelle Constitution par référendum le . En 1992, dans le cadre des préparatifs de l'élection présidentielle de l'année suivante, les partis politiques sont officiellement légalisés et douze lois organiques réglementent le statut d'institutions telles que la Cour suprême.
Les mesures annoncées par le nouveau président ne tardent pas à se faire sentir : la croissance économique s'élève à 4,5 % par an et le taux d'inflation ne dépasse pas 5 %.
Le CMRN est dissout le , et est remplacé par le Comité de transition pour le redressement national (CTRN), un organe composé à partie égale de civils et de militaires.
Radicalisation du régime Lors de l'élection présidentielle de 1993, Lansana Conté, candidat du Parti de l'unité et du progrès, est opposé à huit candidats Elections in Guinea, africanelections.tripod.com, dont Alpha Condé (RPG). Le président sortant l'emporte dès le premier tour de scrutin avec 51,7 % des suffragesQuid 2005, Michèle et Dominique Frémy, Éditions Robert Laffont.. Cette élection est vivement contestée par les partis d'opposition à la suite de la décision de la Cour suprême d'annuler les résultats de deux préfectures où Condé avait obtenu plus de 90 % des voixPierre Englebert, « Guinea: recent history », dans Africa south of the Sahara, 2006. ; dès lors, le régime en place prend un visage plus radical.
Réélu avec 56,1 % des suffrages en 1998, Lansana Conté renoue peu à peu avec les pratiques autoritaires de Sékou Touré, en faisant notamment arrêter de nombreux opposants. En , il soumet à la population un référendum prévoyant une modification constitutionnelle afin qu'il puisse briguer un troisième mandat à la tête du pays. Le référendum, qui réduit la décentralisation et prolonge le mandat présidentiel de deux ans, est adopté par 98,4 % des voix, et est dénoncé par les observateurs internationaux.
Le , alors que les principaux partis d'opposition boycottent les élections législatives, le parti présidentiel remporte à nouveau la majorité à l’Assemblée nationale, obtenant 61,5 % des suffrages et 85 des 114 sièges à pourvoir.
Il lui arrive d'instrumentaliser les préjugés ethniques pour consolider son régime.
Fin de présidence contestée vignette|redresse|Lansana Conté en 2001. En , il est réélu avec 95,63 % des suffrages« Lansana Conté est resté sourd pendant 24 ans à la détresse de la Guinée », AFP, 23 décembre 2008« Lansana Conté, 24 ans de pouvoir », 7sur7.be, 23 décembre 2008 face à un seul adversaire, les autres opposants préférant ne pas participer à un scrutin qu'ils estiment joué d'avance.
Le , des coups de feu auraient été tirés sur son cortège de voitures alors qu'il se rendait à Conakry dans ce qui était apparemment une tentative d'assassinat ratée. Un garde du corps aurait été blessé. Conté, indemne, prononce alors une allocution pour dire qu'il avait survécu parce que Dieu n'avait pas encore décidé qu'il était temps pour lui de mourir et évoque « des menaces de la part de ceux qui ne souhaitent pas voir le développement de la Guinée ou de ceux qui obéissent aux ordres qui leur sont donnés de l'étranger ». Un témoin présumé de la fusillade indique à RFI que les assaillants ont échangé des coups de feu avec les gardes du corps de Conte pendant environ quatre minutes, avant de lâcher leurs armes et de s'enfuir"Conte unhurt in shooting, hints at discord", IRIN, 20 janvier 2005..
Au milieu de l'année 2006, alors que le prix du riz et du carburant est au plus haut, les nombreuses grèves générales et leurs sanglantes répressions, affaiblissent le président guinéen.
En août, Human Rights Watch rend public un rapport de trente pages qui condamne les violations des droits humains en Guinée, en mettant en évidence le vide politique résultant de la maladie du président en cours, et exprimant sa préoccupation quant à l'avenir. Mais en , le général Conté annonce qu'il compte demeurer président jusqu'à la fin de son troisième mandat en 2010, tout en précisant qu'il aime son pays et qu'il le protège contre ses ennemis. Il déclare également qu'il est à la recherche d'un successeur « comme [lui], qui a de l'envergure, patriote, pour diriger la Guinée » Interview accordée à l'AFP et relayée par Guinéenews , novembre 2006.
Malgré une nouvelle grève générale commencée le , Lansana Conté s'accroche au pouvoir. Une semaine après, il annonce le limogeage de Fodé Bangoura, ministre d'État aux Affaires présidentielles et numéro deux du régime. Quelques jours plus tard, alors que plusieurs centaines de milliers de citoyens continuent à manifester et que 59 personnes sont mortes de la répression des forces de l'ordre, le général Conté accepte de nommer un Premier ministre de consensus. Il cède aux demandes des centrales syndicales à l'origine de la grève le , et annonce qu'il transférera toutes ses prérogatives de chef du gouvernement au futur Premier ministre, dont il ne révèle pas le nom immédiatement. Le , il choisit finalement de nommer Eugène Camara, un de ses proches. Mécontents de ce choix, les syndicats et la société civile s'embrasent. Le président cède à la pression, et le , il nomme Lansana Kouyaté au poste de Premier ministre. Le bilan humain de ce soulèvement est terrible : au moins 186 personnes sont tuées et « Guinée: décès du président Lansana Conté après 24 ans de règne contesté », AFP, 23 décembre 2008.
Le , Conté cède le poste de ministre de la Défense nationale qu'il détenait depuis plusieurs semaines au général Arafan Ousmane Camara« Guinée : Défense Nationale - "Il y a trop longtemps que j'assume trop de fonctions", dixit Lansana Conté », aminata.com, 6 avril 2007. Toutefois, le de la même année, un décret de restructuration des ministères accroît un peu plus les pouvoirs du secrétaire général de la présidence de la République, au détriment du Premier ministre.
En mai et , des soldats menacent la stabilité du pays en réclamant le paiement des arriérés de leur solde, fragilisant encore un peu plus le régime en place. Cette fois-ci, le bilan s'élève à au moins trois morts et à des dizaines de blessés.
Tentatives de renversement