est une méthode de réflexion sur soi, développée par un moine bouddhiste membre du Jōdo shinshū, une école bouddhiste japonaise. Née dans un contexte religieux, sécularisée dans une contexte carcéral, elle est utilisée comme psychothérapie depuis les années 1960, par exemple dans le traitement des addictions ou pour le soutien des relations intrafamiliales.

Histoire Dans la spiritualité bouddhiste japonaise, le naikan est une pratique d'introspection de recherche du bouddha en soi.. Cette pratique de méditation a été adaptée en psychothérapie (méthode ou thérapie naikan.), vers 1930, par le moine bouddhiste Yoshimoto Ishin, membre du Jōdo shinshū, une école bouddhiste japonaise..

Avant l'élaboration de la méthode par Yoshimoto Ishin, le terme se retrouve dans plusieurs textes canoniques du bouddhisme. Dans le du patriarche Zhiyi, au VIe siècle apr. J.-C., le terme renvoie à la contemplation intérieure. AU XIXe siècle, le philosophe et réformateur du bouddhisme shin Kiyozawa Manshi créé la notion de naikan-shugi 内観主義 pour montrer comment l’introspection sert à trouver la vérité en soi et guider l'action . Yoshimoto Ishin commence par promouvoir le naikan en des termes religieux avant d'en proposer une approche sécularisée en prison à la fin des années 1950.

Des psychiatres et des psychologues ont ensuite souligné l'aspect psychothérapeutique du naikan. Dans un essai paru en 1965, le professeur Takeuchi Katashi le présente ainsi sous un angle psychologique et en 1970 le psychologue Murase Takao le décrit comme une psychothérapie indigène. Des psychiatres de l'hôpital universitaire d'Okayama l'utilisent auprès de patients atteints d’alcoolisme ou de troubles névrotiques. Les résultats encourageants les conduisent à inviter Yoshimoto Ishin à présenter sa méthode. Dans les années 1960 et au début des années 1970, des journaux locaux et nationaux popularisent cette pratique, indiquant son efficacité pour traiter l'addiction, améliorer les relations familiales ou aider à surmonter les problèmes scolaires.

Afin de pérenniser cette pratique, une organisation est créée en 1978, la Japan Naikan Association (Nihon Naikan Gakkai, 日本内観学), dont le premier président est le psychologue Murase Takao. En 1998, la Japanese Naikan Medical Association voit le jour pour mettre l’accent sur l'approche psychothérapeutique. Le naikan s'est ensuite internationalisé, en particulier en Autriche et en Allemagne sous l'influence du professeur Ishii Akira. Il fonde le premier centre de formation au naikan en dehors du Japon en 1986, le Neue Welt Institut, qui se trouve au sud de Vienne.

Présentation Le naikan implique de réfléchir à trois questions : qu'est-ce que j'ai reçu d'une personne ayant compté pour moi ? Qu'est-ce que je lui ai donné en retour ? Quelles difficultés lui ai-je causées ? Ce questionnement concerne généralement un membre de la famille ou une personne importante à un moment donné de la vie. Le naikan intensif (shūchū naikan集中内観) se pratique une semaine en continu, dans un centre de formation dédié. Le naikan quotidien (nichijō naikan 日常内観 ou bunsan naika n分散内観) s'intègre à la routine journalière, de quelques minutes à deux heures par jour.

Le déroulement d’un naikan intensif constitue ainsi une retraite d’une semaine centrée sur les trois questions fondamentales de la méthode. Les participants (naikansha), vivent en quasi-silence, se levant tôt, accomplissant des tâches ménagères symboliques de purification intérieure et consacrant la majeure partie de la journée à la réflexion. Le protocole est hautement ritualisé : toutes les deux heures environ, un « interviewer » (mensetsusha) vient recueillir les réponses du participant sur une période précise de sa vie, généralement en lien avec ses parents, son conjoint ou d'autres proches. L’exercice se structure par tranches chronologiques (trois ans en moyenne) et exige des réponses concrètes plutôt qu’abstraites, la précision favorisant la remémoration affective et la profondeur du travail. Au fil des jours, les souvenirs deviennent plus nets et chargés d’émotion. Le mensetsusha n’interprète pas, il guide seulement la méthode et veille à l’équilibre du temps consacré à chaque question. En milieu de semaine, les participants peuvent examiner leurs mensonges , afin d’élargir la conscience morale. La retraite se clôt par un partage des impressions et, souvent, par la recommandation d’un Naikan quotidien, consistant à méditer chaque jour sur les trois questions et à consigner les réponses dans un journal — une « toilette mentale » analogue à un bain quotidien.

Évaluation Longtemps perçu comme une thérapie propre à la culture japonaise, destinée à resocialiser les patients selon des normes conservatrices et fondée sur le « complexe d’Ajase » – symbole de la relation mère-enfant au Japon –, le naikan a fait l’objet d’une relecture à la lumière d’une enquête ethnographique menée entre 1997 et 2003 au Japon et en Autriche. Cette étude montre que son efficacité ne tient pas à son ancrage culturel, mais à sa capacité à déconstruire les représentations rigides du soi et d’autrui, pour leur substituer une conception relationnelle fondée sur l’interdépendance. Ce principe, d’inspiration bouddhiste, éclaire le succès du naikan hors du Japon et suggère que les thérapies culturellement situées peuvent conserver une portée universelle lorsqu’elles reposent sur des fondements psychologiques transculturels..

Une étude randomisée menée auprès de 235 patients hospitalisés pour schizophrénie en phase de rémission a comparé un traitement standard à ce même traitement complété par une thérapie Naikan (2 heures par jour, 5 jours par semaine pendant 4 semaines). Après un suivi de douze mois, seuls 10,6 % des patients du groupe naikan avaient rechuté, contre 20,5 % dans le groupe témoin. Les participants ayant pratiqué le Naikan présentaient également des améliorations significativement supérieures des scores de symptômes (PANSS), de fonctionnement social (PSP) et de conscience de la maladie (ITAQ). Ces résultats suggèrent que le Naikan, utilisé en complément du traitement pharmacologique, favorise la stabilité clinique, la compréhension du trouble et la réinsertion sociale, bien que des études plus larges soient nécessaires pour confirmer ces effets ..

Bibliographie .

Notes et références Notes lexicales bilingues

Références

Voir aussi Articles connexes Introspection Bouddhisme au Japon

Liens externes

Catégorie:Développement personnel Catégorie:Bouddhisme au Japon Catégorie:Psychothérapie