vignette|230x230px|Mosquée Selimiye, Edirne (Turquie). L'acharisme est la principale école théologique de l'islam sunnite, les autres écoles étant le maturidisme et l'atharisme. Elle fut fondée par Abu Al-Hasan al-ʾAshʿarī (873-935), descendant d'Abu Musa al-ʾAshʿarī, compagnon de Mahomet. Les adhérents à cette école sont nommés les acharites ( al-ʾAšʿarīyya ou , ʾašʿarīa).
D'après Muhammad Al-Kawtharî, cette école de pensée se répandit très vite et devint une grande école théologique. Après le déclin du mutazilisme, elle devint la principale école de kalâm sunnite. Anciennement Mu'tazilite pendant environ 40 ans de par son beau-père, Abou Hassan al-Achari finit par se repentir et quitta ces derniers pour finir par adopter un nouveau dogme., celui d'Ibn Kullab. Ce dernier était en réalité le véritable chef de file de la doctrine qu'on appelle aujourd'hui l'ash'arisme, bien que les origines de son dogme remontent encore plus loin. Ce n'est que par la célébrité de son élève, Abû Al-Hassan Al-Ash'arî, et l'immense propagation qu'il a fait, de ce à quoi son shaykh l'avait appelé, que le nom de ce dogme lui fut finalement attribué : le Ash'arisme.
Histoire
Fondateur Abou Hassan al-Achari est né vers 873 et décédé vers 935. Il passe son enfance à Bassorah avant de partir poursuivre ses études à Bagdad. Il y étudie notamment le droit auprès de et d' (d. 951)A. Badawi, Histoire de la philosophie en islam, p. 264., et le hadîth auprès de et d'Abou Khalîfah Al-Jumahî.
D'abord adepte du mu'tazilisme en tant qu'élève d'Al-Jubbâ`î, Abou Hassan al-Achari s'en sépara au moins sur deux points essentiels : Il récuse la thèse qui affirme que les actes de l'homme sont créés par celui-ci, il affirme que l'homme est libre de ses actions mais c'est Dieu qui crée ses actes (bons ou mauvais) ; ces deux affirmations étant difficiles à concilier, on observera une évolution progressive de ses disciples sur ce point. Il réfute la thèse des mutazilites affirmant que le Coran est contingent et créé : Il reprend alors et théorise la position de Ahmad Ibn Hanbal et de l'ensemble des traditionalistes en déclarant que le Coran est incréé, à savoir la Parole de Dieu en tant qu'Attribut propre à lui. En effet, l'être étant sans début, il serait indispensable que son Attribut soit sans début.
Développement Sur le fond al-Ach'ari reste proche des traditionalistes. Mais l'acharisme ne se réduit pas à la doctrine de son fondateur al-Ash'ari, dont la pensée a été reprise et renouvelée par ses disciples Al-Baqillani puis Al-Juwaynī. L'acharisme n'est donc pas une pensée monolithique : elle a fait l'objet de révisions et de nouveaux développements(en) Jan Thiele, « Between Cordoba and Nīsābūr : The Emergence and Consolidation of Ashʿarism », dans Oxford handbook of islamic théology, Oxford University Press, 2016 (lire en ligne), p. 2.. Ibn-Khaldūn distingue deux périodes dans l'histoire de la doctrine : celle des anciens, dont la figure dominante est Al-Baqillani. Al-Juwaynī, en introduisant la logique d'Aristote dans le Kalâm, inaugure la période moderne dont le principal représentant est Al-Ghazalī. L'une des figures historiques qui a le plus développé la philosophie et la physique acharite est le perse Fakhr ad-Dîn ar-Râzî. L'acharisme s'est en partie construit dans la critique de la pensée d'Avicenne, s'opposant à sa philosophie, sa théologie, sa logique et sa physiquePeter Adamson and Andreas Lammer (2020). "Fakhr al-Dīn al-Rāzī’s Platonist Account of the Essence of Time" In: Ayman Shihadeh and Jan Thiele (eds.) Philosophical Theology in Islam. Later Ashʿarism East and West. Leiden - Boston: Brill, p. 95.
Doctrine
Une doctrine du juste milieu ? La doctrine acharite a souvent été présentée comme une théorie du « juste milieu ».
Une doctrine traditionaliste Sa croyance fut influencée par des théologiens comme Ahmad Ibn Hanbal, 'Abdu Llâh Ibn Kullâb, Hârith Al Muhâsibî et Abul 'Abbâs Al Qalânisî. Ibn Khaldoun () a dit dans son livre Muqaddima : « Il suivait les opinions de 'Abdu Llâh Ibn Sa'îd Ibn Kullab, d'Abûl 'Abbâs Al Qalânisî et d'Al-Hâtith Al Muhâsibî, tous partisans de l'attitude des salafs en accord avec la voie Sunnite ». Ibn Taymiyya a dit aussi : « Al-Ash'arî fut le plus proche de l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal, notamment sur les questions se rapportant au Coran et aux Attributs Divins. ». Sur le fond, ses positions sont donc traditionalistes. Sur les deux questions polémiques concernant le Coran créé et le libre arbitre humain, il ne cède pratiquement rien aux mutazilites. C'est sur la forme qu'al-Ashari a innové, et ouvert la possibilité à son école d'évoluer.
Mais une méthode rationnelle Car il fortifia ces doctrines par des arguments tirés de la théologie dialectique. En effet, il se différencia de la majorité des salafs par l'utilisation du raisonnement logique afin de prouver la justesse de la révélation contenue dans le Coran et la sunna lorsque le besoin s'en fait ressentir lors d'un débat ou une réfutation. Ce besoin de justifier rationnellement ses positions peut être attribué à ses études auprès du mutazilite al-Jubba'i. Ce raisonnement lié à la théologie est appelé kalâm, qui est accusé d'être scolastique par les partisans de la mouvance salafiste, de même qu'Ibn Taymiyya, qui en dénonce l'usage. Il n'en reste pas moins que cette ouverture à la raison a permis aux disciples d'al-Ash'ari de faire évoluer la doctrine du fondateur de l'école, qui est considéré comme le fondateur du kalâm sunnite orthodoxe.
Pour les acharites, la raison est témoin de la véracité. Mais contrairement aux moutazilites, leur croyance ne repose pas sur la raison. De même, le bien et le mal sont définis par le divin.
Au départ, les acharis n'étaient pas partisans du kalam..
Abû Hamid Al-Ghazali (mort en 1111), sur le point de la prédestination, prend le contre-pied de la position des mutazilites. Conformément à l'idée d'al-Ash'ari, tout ce qui arrive est en effet le résultat de la volonté libre de Dieu. Par conséquent, les actions humaines sont créées par Dieu ; l'efficacité de notre volonté n'est qu'une illusion. Dieu n'a de compte à rendre à personne et n'a à se soumettre à aucune loi. En effet la seule cause dans l'univers est la volonté de Dieu, qui pourrait tout aussi bien agir autrement. Il n'y a pas de lois de la nature, seulement la volonté divine ; pas de relation de causalité, mais seulement le bon vouloir de Dieu. Pour al-Ash'ari, il n'y a pas non plus de loi morale naturelle, à l'opposé de ce qu'affirment les mutazilites. Le bien et le mal n'existent pas en soi. Nous n'en avons qu'une représentation humaine. Aucune idée du bien et du juste ne saurait s'imposer à Dieu et lui dicter des choix dans la Création. Ce serait limiter sa Toute-puissance. L'univers est parfait comme il est sans que rien puisse y être amélioré. La condition de chaque humain n'est l'objet d'aucune injustice car ce serait contraire au principe de la justice divine : les misères de la vie terrestre sont certes des pertes sur terre, mais elles sont aussi des gains dans l'au-delà. Sans la nuit, le jour n'aurait pas de valeur. Sans la maladie, la santé ne serait pas si appréciable. Si l’imperfection n’avait pas été créée, la perfection resterait inconnue.
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî critique fortement Avicenne concernant la conception de ce dernier du temps. Ce faisant, il établit la position acharite concernant la nature du temps. D'après lui, Dieu a créé le temps comme un cadre pour créer le reste des créatures, sans jamais être limité par ce dernier. La temps en tant que durée (muddah) dépend de Dieu, mais est indépendant et subsiste par soi-même. Dieu est exalté par-delà le temps et le lieu, et c'est de lui que l'espace et le temps proviennentPeter Adamson and Andreas Lammer (2020). "Fakhr al-Dīn al-Rāzī’s Platonist Account of the Essence of Time" In: Ayman Shihadeh and Jan Thiele (eds.) Philosophical Theology in Islam. Later Ashʿarism East and West. Leiden - Boston: Brill, p. 118-119. Cette notion du temps et de l'espace se retrouve déjà chez le théologien acharite Ibn Asakir, avant son développement théologique et philosophique par Fakhr ad-Dîn ar-Râzî.
Dans son ouvrage intitulé L'Incohérence des philosophes (Tahafut al-falasifa), Al-Ghazali prend le contre-pied de la philosophie rationnelle grecque et attaque principalement Avicenne et Al-Farabi. Averroès (1126-1198) riposta avec l’Incohérence de l'Incohérence (Tahāfut al-Tahāfut). L'influence d'al-Ghazali reste cependant encore très profonde dans le monde musulman depuis cette époque.
Lorsque Atatürk renversa le califat ottoman en 1924, .
Doctrine théologique
Libre arbitre et prédestination
Une question conflictuelle fut celle de la prédestination et du libre arbitre. Les Mu`tazilites soutenaient que l’homme dispose d’une totale liberté d’agir et qu’il est le propre créateur de ses actesQuoique les mutazilites évitent en général d'utiliser le mot «créateur» au sujet d'un autre que Dieu. (Mohyddin Yahiya, La pensée classique arabe. 4, Le kalâm d'Al-Ash'Ari (lire en ligne), p. 35., de sorte que Dieu ne prend connaissance des actes de l’homme qu’au moment de leur survenue. L’Imâm Al-Ash`arî réfuta cette idée et réaffirma la doctrine coranique selon laquelle la Science de Dieu embrasse toute chose passée et future, que Dieu est le Créateur de tout, y compris des actions bonnes et mauvaises, et que l’homme dispose d’une liberté de choix qui fait qu’il agira de telle ou telle manière, qu’il choisira telle bonne action créée par Dieu ou telle mauvaise action tout aussi créée par Dieu. Sa Connaissance éternelle des actions des hommes ne contredit en rien la liberté de choix relative de ces derniers. Par ailleurs, dire que Dieu est le Créateur des actions ne contredit en rien le fait que c’est bien l’homme qui prend le parti de commettre telle ou telle action. La thèse d'al-Ash'ari a paru cependant problématique non seulement à ses adversaires mutazilites, mais aussi à ses successeurs. « Comment Dieu peut-il imposer une loi si l'homme n'est pas libre de choisir entre observance ou inobservance de celle-ci ? Or la thèse ash'arite ne fait aucune concession au libre arbitre humain et, de ce fait, le problème fondamental du déterminisme demeure ».
L'argument principal des Mu'tazilites affirmant que l'homme était créateur de ses actes et que dans le cas contraire, l’idée du Jugement dernier n’aurait plus aucun sens, puisque l’homme serait jugé pour des actes dont il ne serait pas responsable. Les mu'tazilites mettent au centre de leur doctrine la justice divine : un Dieu auteur du mal, et qui jugerait les hommes selon des actes dont ils ne sont pas les créateurs leur paraît inacceptable. . La vision de l'Imâm Al-Ash`arî sur ce sujet donne à Dieu la connaissance des actions des hommes et affirme que c'est Dieu qui crée ses actions (bonnes comme mauvaises), mais c'est bien l'homme qui décide de les effectuer. Al-Ash'ari justifie cette position par la notion de kasb (« acquisition »), empruntée à Ḍirār ibn ʻAmr. Dieu crée l'acte humain. La différence entre les actes involontaires (réflexes, par exemple) et les actes volontaires, c'est que ces derniers sont « acquis » par le sujet humain. La notion de kasb peut apparaître comme une solution ad hoc. Les disciples d'al-Ash'ari, al-Baqillani et surtout al-Juwayni, tenteront de préciser ce concept et devront faire quelques concessions à la notion de libre arbitre.
L'Imâm Al-Ash`arî s'oppose également aux Jahmites qui affirment que l'homme n'a aucun choix, qu'il est contraint de faire ses actes.
Attributs d'Allah Al-Ash'ari affirme la réalité des attributs divins , contre les jahmites qui en nient l'existence.