thumb|Illustration du moine Shukaku sous sa forme de tanuki par Tsukioka Yoshitoshi, 1889-1892 , est une vieille légende du folklore japonais racontant l'histoire d'une bouilloire magique ensorcelée par un vieux bake-danuki transformé en moine, au temple morin-ji à Tatebayashi.

Cette légende a été liée à plusieurs contes populaires racontant l’histoire d’une bouilloire à thé provenant d’un temple bouddhiste, transformée en petit animal, sauvée par un homme qu’il récompense pour sa gentillesse.

Vue d’ensemble

Généralités Dans toutes des versions, est mentionnée la présence d’un temple bouddhiste, souvent le temple morin-ji, situé à proximité de la localité de Tatebayashi, dans la préfecture de Gunma, dans lequel vit un moine du nom de Shukaku. Dans la plupart des cas, ce dernier a possédé la bouilloire avec lui au cours de l’histoire. La partie légendaire ou magique du récit fait état d'une bouilloire faisant quelque chose d'inhabituel, ainsi que d'un animal doté de pouvoirs magiques, généralement un tanuki, mais des variantes plus anciennes parlaient d’un renard. Le récit de la bouilloire magique se découpe en deux versions majeures : un conte transmis dans la littérature infantile et une légende locale faisant la promotion d'un lieu.

Le conte vignette|gauche | Un tanuki-bouilloire illustré sur une Obake-karuta, début du . Un moine au temple morin-ji, fut un beau jour surpris de voir que la bouilloire qu’il venait de se procurer, craindre la chaleur et se voir pousser des pattes et une queue. Affolé par le caractère surnaturel de la bouilloire-animal, le moine l’éjecte hors du temple. Cette dernière fut recueillie par un homme de basse condition (brocanteur, ferrailleur, etc.). La bouilloire montrant sa forme animale, reconnaissante, lui propose de mettre son caractère insolite ainsi que ses talents d’acrobate (de funambule notamment) à profit pour remercier son sauveur. Les prestations de la petite créature firent sensation jusqu’à arriver aux oreilles des autorités qui le convoquèrent pour lui demander de présenter les performances de la bouilloire magique. Après cela, l’homme devint suffisamment riche qu’il n’eut plus besoin de la petite bouilloire et en signe de gratitude, il revint au temple morin-ji la restituer à son propriétaire.

La légende du temple morin-ji Dans la légende associé au conte, véhiculée par d’anciennes variantes et illustrations, associée à la version réelle de la bouilloire, présente au sein du temple morin-ji à Tatebayashi, le moine Shukaku était en fait l’animal en question. Transformé en humain depuis longtemps, il aurait apporté le bonheur aux gens qui venaient le voir. Il possédait la fameuse bouilloire qu’il ensorcelait grâce à ses pouvoirs magiques. Il était raconté que lors d'une cérémonie réunissant un millier de moines, la bouilloire aurait servi à préparer du thé pendant une journée entière sans jamais s'épuiser.

Analyse Les contes populaires de renards ou de tanukis transformés en bouilloire sont répandus à travers le Japon, notamment dans les régions à l’Est du pays. Dans ces récits, l'animal se transforme en bouilloire pour aider un humain, souvent un moine, à s'enrichir en la vendant. Les récits où le tanuki réalise des performances artistiques sont plus rares. .

Étymologie Le mot chagama ; 茶釜, se constitue des mot cha ; 茶 pour désigner le thé, ainsi que du mot kama ; 釜 désignant un récipient semblable à un ustensile permettant de chauffer ou cuire les aliments, comme un chaudron. Mais dans ce contexte, chagama peut se traduire par des termes comme bouilloire ou encore théière.

Il existe plusieurs théories concernant l'origine du nom bunbuku. Pour désigner la fameuse bouilloire. Une des hypothèses suggérées est que le terme bunbuku est un mot onomatopéique imitant le bruit de l'eau en ébullition : « Glossary: bumbuku ».

Le caractère 福 ; buku, fuku dans le nom, peut signifier des termes comme « bonheur » ou encore « chance », associé au caractère 分 ; bun, il permet de former le mot 分福 ; bunbuku, qui évoque le « partage du bonheur ». Cette théorie se base sur le récit d'origine entourant le temple morin-ji et l'essai Kasshi yawa qui contiendrait une copie confirme du récit « d’origine », ou du moins, le plus conforme aux versions actuelles.

Une autre théorie prétend que le nom correct serait , formant un jeu de mots avec les termes bunka ; flamme douce et buka ; flamme intense. Cette explication est, par exemple, mentionnée dans l'ouvrage Konjaku Hyakki Shūi par Toriyama Sekien.

Origines

Origines de la légende du temple morin-ji vignette|droite|Illustration de Shukaku, désigné sous le nom de Mujina (狢) par Toriyama Sekien dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki (今昔画図続百鬼). Selon toute vraisemblance, la version du conte de l’animal-bouilloire serait liée d’une manière ou d’une autre à la légende de la bouilloire du tanuki Shukaku; extrait des pages 245–247 du Kasshi yawa par Matsura Kiyoshi.. Le conte transmis au Japon au cours du , serait issu d’un récit populaire transmis au début de la période Edo, voire dans une période antérieure, où les tanukis étaient alors désignés sous le nom de mujina, plus particulièrement dans la partie Est du Japon, où est transmis le récit.

Le moine Shukaku avait accompagné le prêtre fondateur du temple Morin-ji pendant l'ère Ōei, aux alentours de 1426) ; puis, au service du abbé, Shukaku fit apparaître un ustensile évoquant une bouilloire voire un chaudron, capable de fournir de l'eau chaude jour et nuit sans jamais se vider, permettant ainsi de servir du thé à plus de mille personnes. Tel fut le cas, à l'occasion d’un service bouddhique tenu en 1570. Shukaku expliqua alors que la bouilloire qu’il désigna lui-même sous le nom de Bunbuku chagama, tirait son nom des huit vertus qu’elle partagerait : elle procurait absence de soif, dons pour les arts savants et martiaux, intelligence, courage, chance, prospérité et longévitéKasshi yawa, extrait dans : .

Quant à ce qu'est devenu Shukaku, pendant le mandat du abbé du temple, des rumeurs auraient commencé à circuler selon lesquelles il devint soudainement couvert avec une queue touffue lui sortant du bas du dos. Shukaku aurait alors avoué être un bake-danuki chinois, vieux de plusieurs milliers d'années. Après avoir entendu les sermons de Bouddha Sakyamuni au pic de l'Aigle sacré, il se serait rendu dans l'Empire Tang, puis au Japon où il aurait vécu depuis environ , d’autres versions parlent de 800 en Inde et en Chine où il serait venu au Japon, accompagné de l’alchimiste Xu fu. Avant de partir, il aurait montré à ses amis des visions de la bataille de Yashima et du Bouddha prêchant devant une foule de saints bouddhistes (rakan).

Le fait que ce vieux tanuki ait d'abord vécu en Inde puis en Chine avant de venir au Japon ressemble à l’histoire de Tamamo-no-Mae, la légendaire renarde à neuf queues, et cette histoire est considérée comme étant modelée sur cette légende de la renarde.

Cette légende est documentée dans les récits d'origine concernant le temple Morin-ji et la bouilloire, ont été publiées dans plusieurs éditions par le temple Morin-ji sous le titre qui aurait été édité pour la toute première fois en 1587, mais d’autres sources supposent qu’elle daterait probablement de l'ère Genroku ou vers une période située aux alentours dee 1700. Il s’en suivra d’autres éditions, non datées, mais ayant vu le jour au début du . Parmi ces éditions, figure celle se trouvant dans l’essai Kasshi yawa 甲子夜話, publiée entre 1821 et 1841 par Kiyoshi Matsura. Puis un autre texte publié ultérieurement par un autre auteur, sous le nom Bunbuku chagama ryakuengi.

Origines du conte du tanuki-bouilloire vignette|gauche | Illustration du tanuki bouilloire, désignée sous le nom de morin-ji no kama par Toriyama Sekien dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki (今昔画図続百鬼) Il existe plusieurs exemples de kusazōshi (récits littéraires illustrés) présentent des histoires similaires à Bunbuku Chagama. La plus ancienne est , publiée vers les ères Enpō et Tenna (dans une période aux alentours de 1680). Il s'agit d'une histoire mettant en scène un bake-kitsune, un esprit-renard.

L'édition Bunbuku Chagama illustrée par le peintre Kondō Kiyoharu date de l'ère Kyōhō (1716–1736) et en est une adaptation, remplaçant certains rôles, notamment celui du renard par un tanuki également désigné sous le nom de mujina. Dans cette version, un serviteur de la maison Higashiyama à Kyoto, nommé Bunbuku, tente de capturer un tanuki pour le cuisiner. Le tanuki, acculé, se transforme en bouilloire, mais est placé sur le feu, ce qui provoque la moquerie des moines : « la théière Bunbuku a une queue ». Le tanuki, brûlé, reprend alors sa forme animale et riposte. Dans cette version, ce dernier utilise son énorme scrotum pour recouvrir les moines, Cependant, il finit attrapé et les moines s’en allèrent l'offrir au seigneur Ashikaga Yoshimasa, qui leur pardonne.

Une autre édition similaire, imprimée par Urokogataya (date inconnue), présente un mujina qui se venge après avoir été presque transformé en soupe . Ici, la moquerie des moines est remplacée par « la bouilloire Bunbuku a des poils », une phrase courante depuis l'époque Genroku. Cette phrase apparaît dans des œuvres comme Sōsei Sumidagawa (1720) de Chikamatsu Monzaemon, et est expliquée dans Honchō zoku gen shi de Kikuoka Senryō comme se référant aux poils du propriétaire de la théière, en lien avec la légende de Shukaku.

Variantes Parmi les différentes versions du récit, celle racontée Iwaya Sazanami dans ses contes de fées est celle qui s'est largement popularisée. Le résumé de cette version est le suivant :

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Se sentant trahi, le moine vend la théière à un marchand ambulant. Durant la nuit, la bouilloire révèle sa vraie identité : elle est en fait un tanuki transformé, qui se nomme Bunbuku Chagama. Le tanuki explique qu'il a souffert d'être mis sur le feu et frappé pour produire des sons, et qu'il souhaite être bien traité par le marchand, promettant en échange de lui offrir un spectacle d'acrobaties et de danse. Le marchand décide de créer un spectacle de rue, où la théière danse sur une corde tendue au rythme des chants traditionnels, attirant de grandes foules. Le marchand prospère grâce à ce spectacle, partage ses bénéfices avec le temple sous forme de dons, et rend finalement la théière au temple, où elle devient un trésor précieux.

L'image d'un tanuki sortant une tête, des pattes, et tenant un parapluie tout en marchant sur une corde est devenue très répandue et souvent représentée de manière humoristique.

Autres variantes Dans son article, Chika Enomoto a recensé 125 exemples de contes populaires (ou récits folkloriques) correspondant à la légende du « Bunbuku Chagama ». Cela inclut, au sens large, toutes les histoires de transformation d’animaux en théière, y compris celles des contes « Le Renard et le marchand de chevaux » ou « La Renarde courtisane ». .

Une légende similaire existe également à Yonezawa dans la préfecture de Yamagata, dans le village de Yokobori, dans le temple Jōkei-in. Cependant, dans cette version, c’est un renard et non un tanuki qui apparaît.

Analyse du conte Dans le Nihon Mukashibanashi Shūsei et Nihon Mukashibanashi Taisei, Keigo Seki a classé un groupe de contes populaires similaires sous la catégorie « 237B ; 文福茶釜 (Bunbuku Chagama) ». La structure de ces contes est la suivante : Le motif de la bouilloire dansante, bien connu dans les contes de fées, est toutefois relativement rare dans les récits folkloriques.

Rôle de l’animal Seki a inclus plusieurs versions issues de diverses régions du Japon dans son Nihon Mukashibanashi Taisei. L’un des exemples est une histoire recueillie dans le District de Shimoina, préfecture de Nagano, où un vieux brocanteur et un tanuki sont les protagonistes, Nihon Mukashibanashi Taisei, vol. 6, . Cette version a été sélectionnée par Kunio Yanagita comme un exemple type du conte Bunbuku Chagama dans son ouvrage Nihon Mukashibanashi Meii.

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