Timișoara (prononcé en roumain : ; , ou anciennement Temeschburg ou Temeschwar. ; , en , en bulgare du Banat Timišvár ; ) est une ville de l'Ouest de la Roumanie, dans la région du Banat, județ de Timiș dont elle est le chef-lieu. Elle compte en 2021.

Réputée dès la deuxième moitié du pour l’esprit mercantiliste de ses habitants puis pour le développement de son industrie, Timișoara est une ville multiculturelle avec des minorités influentes, essentiellement des Allemands (Souabes ou ), des Hongrois, des Serbes, des Roms, des Italiens, des Bulgares, des Croates, des Tchèques et des Slovaques, des Français (plus de 500 résidents en 2023), dont des Lorrains. Elle a bénéficié pendant les dernières décennies du régime communiste du statut de principal point de contact avec « le monde libre », ce qui lui a conféré en outre une plus grande ouverture au reste du monde..

Le territoire municipal couvre (le județ de Timiș comptant ). De type continental, le climat est marqué par une légère influence méditerranéenne qui tempère les rigueurs hivernales.

Toponymie Le nom de la ville fait référence à la rivière Timiș dont les eaux arrivaient, dans un passé lointain, depuis les monts Semenic jusqu'à la ville mais ne coule plus aujourd'hui qu'à la proximité. C'est la Bega, canalisée depuis 1728, qui parcourt la localité.

Le toponyme roumain (Timișoara) dérive de la forme hongroise Temesvár, ce dernier signifiant un château () sur la rivière Timiș ().

Histoire

vignette|Temeswar, 1685. Dans Wagner, Delineatio Provinciæ Pannoniæ, Augsbourg, 1685. Timișoara, fondée par des Hongrois, devient une ville importante en Hongrie à partir du , lorsqu'une première forteresse y est construite.

En 1019, Timișoara est mentionnée pour la première fois dans des documents écrits par l'empereur byzantin (tous les historiens ne s'accordent pas sur cette identification).

Dans les années 1300 sous le règne du roi de Hongrie Charles Robert d'Anjou, Timișoara sert quelque temps de capitale au royaume de Hongrie.

La ville est conquise par les ottomans en 1552 et fut un important bastion militaire turc jusqu'à sa prise fin 1716 à la suite d'un siège mené par le prince Eugène de Savoie.

Son influence modernisatrice lui vaut rapidement le surnom de ().

La première usine de tabac de la Roumanie d'aujourd'hui a été créée à Timișoara. Ville industrielle et centre administratif, elle devient le la première ville d'Europe dont les rues sont ()., et l'une des premières villes dotées d'un tramway électrique en 1899 et l'une des premières sur le territoire actuel de la Roumanie à être dotée d'un chemin de fer en 1857, la reliant à Szeged.

Elle fut annexée à la Roumanie en 1918. Comme toute la Roumanie, Timișoara a subi les régimes dictatoriaux carliste, fasciste et communiste de à , mais connaît à nouveau la démocratie depuis 1990.

Insurrection de 1989

Le , une insurrection populaire débute à Timișoara contre le régime communiste de Nicolae Ceaușescu. La ville est ainsi la première à se rebeller contre le pouvoir. Un ordre d'évacuation administrative du pasteur calviniste László Tőkés est donné à la police, surveillé par la police secrète, la Securitate, en réaction duquel sa maison est entourée par des membres de son Église, le .

Le , des centaines de citoyens de toutes les religions et croyances, majoritairement roumaines orthodoxes, décident d'exprimer leur désaccord avec les méthodes du régime communiste. Vers , les premiers slogans anticommunistes sont lancés : « » (« À bas le gouvernement ! À bas la Securitate ! »), et le premier tram est bloqué par les manifestants. Le centre de la ville est entièrement occupé et Piața Maria (place de la Vierge) est bloquée. À commence l'intervention en force de troupes USLA pour dégager le périmètre autour de la maison paroissiale, en dispersant les manifestants dans les rues voisines. Durant la nuit, les forces spéciales transportent le pasteur et sa famille avec une ambulance et deux camions en direction de Mineu, en Transylvanie. Les forces armées ouvrent le feu sur les manifestants et les agents de Miliţia et Securitate opèrent des centaines d'arrestations. À la suite de la reprise des émeutes, la répression continue le , notamment autour de la cathédrale orthodoxe place Victoria (centre-ville), de la place de la Liberté, et des grands boulevards Calea Girocului, Calea Lipovei et Calea Buziasului, ou bien pont Decebal et place Trajan. Lundi matin, une rumeur se répand dans la ville : environ 40 cadavres déposés dans la nuit de dimanche à la morgue ont été transportés dans deux camions frigorifiques, après avoir été numérotés et photographiés, qui ont quitté la ville avant l'aube. Mardi , des comités dans les grandes entreprises décident l'arrêt complet du travail et des marches de solidarité avec les familles endeuillées et les personnes arrêtées. Les menaces de politiciens déplacés sur place n'ont aucun résultat.

Mercredi , un comité des représentants est invité à présenter au Premier ministre communiste « la liste de doléances » dans l'établissement du conseil régional. Les revendications étant trouvées inacceptables, les représentants, après avoir annoncé l'impasse des négociations au balcon, demandent le regroupement de manifestants en face du palais de la culture (l'Opéra). L'armée reçoit de nouveau l'ordre d'ouvrir le feu sur les insurgés, mais certains officiers refusent d'obtempérer et se rangent du côté des manifestants. L'après-midi, un comité révolutionnaire s'installe à l'Opéra en déclamant du balcon les revendications de la population. Le , après quatre jours d'insurrection, Timișoara est déclarée première « ville libre » de Roumanie. Le est constitué le soir.

Le une proclamation est lue en répétition par les représentants du Front démocratique roumain, en demandant, entre autres, l'abolition du régime et des élections libres. C'est la fin du régime qui tombe le .

Charnier de 1989, une falsification célèbre

Les journalistes. rapportèrent qu'il y aurait eu et pendant l'insurrection, en opposition avec le nombre réel de à la fin de celle-ci. Les images de cadavres dont l'origine véritable avait été cachée furent abondamment diffusées dans le monde entier. Ce n'est qu'en qu'il fut officiellement établi qu'il s'agissait là d'une campagne de désinformation. Le nom de Timișoara est dès lors resté associé aux manipulations dont les médias sont toujours susceptibles d'être à la fois les dupes et les relais Giorgio Agamben, postface à l'édition italienne en un volume de La Société du spectacle et des Commentaires sur la société du spectacle de Guy Debord. Dès la première diffusion des images aux téléspectateurs, il était visible, pour un observateur un tant soit peu attentif, que les corps déterrés portaient de nombreuses cicatrices de plaies recousues trahissant des interventions chirurgicales.

Économie

Timișoara est un important centre économique depuis le . En raison de la colonisation autrichienne, la diversité ethnique et religieuse et des lois novatrices ont entraîné un développement rapide de l'économie. En 1718 a été construit à Timișoara la brasserie Timișoreana, la première sur le territoire de ce qui est désormais la Roumanie.

Au cours de la révolution industrielle, de nombreuses innovations modernes ont été introduites. La ville fut la première de l'Empire austro-hongrois à avoir introduit l'éclairage de rue électrique. La rivière Bega a également été canalisée à la même époque devenant le premier canal navigable sur le territoire roumain actuel. De cette façon, Timișoara a noué des contacts avec le reste de l'Europe, et même avec le reste du monde à travers la mer Noire, conduisant au développement local du mercantilisme. À la fin du , Timișoara est reliée au réseau de chemins de fer.

Timișoara a été la première ville du pays à accueillir des investissements étrangers après 1989, en particulier dans la haute technologie. En termes de niveau de vie, Timișoara occupe le quatrième rang à l'échelle nationale. Dans un article paru fin 2005, le magazine français L'Expansion qualifie Timișoara de vitrine économique de la Roumanie et compare l'augmentation importante du nombre d'investissements étrangers comme une « deuxième révolution »

De nombreux investissements étrangers provenant de pays de l'Union européenne, en particulier de l'Allemagne et de l'Italie ont été réalisés. La ville compte une usine de fabrication de pneumatiques du groupe allemand Continental AG ouverte en 2000. Linde AG produit des gaz techniques, et une partie des moules de câblage pour BMW et Audi sont produits par la société Dräxlmaier. Des entreprises telles que FM Logistic, Nestlé, Procter & Gamble, Cora, L'Oréal, Sanofi Aventis et Groupe Rocher y sont implantés.

Économiquement, la ville a connu un fort essor, avec notamment des implantations d'entreprises allemandes, comme Continental et Dräxlmaier, françaises, comme Valeo ou encore Alcatel (l'un des premiers employeurs locaux, avec plus de , informaticiens en particulier).

En 2018, le plus grand complexe commercial et de bureaux du pays, Iulius Town, a été inauguré.

Politique thumb|L'hôtel de ville. Timișoara est une ville ancrée à droite, qui la gouverne sans discontinuer depuis 1992, date des premières élections libres. Depuis 2020, le maire est Dominic Fritz.

NomPartiDébut du mandatFin du mandatLiviu BorhaPNL19901992Viorel OanceaPAC19921996Gheorghe CiuhanduPNȚCD19962012Nicolae Robu PNL20122020Dominic FritzUSR20202028

+ Résultats des élections locales roumaines de 2024PartiSiègesUSR-FD-PMP-UDMRPSD-PNLAUR

Démographie

Timișoara compte (statistiques de 2006, contre lors du recensement de 2002). La croissance annuelle moyenne est de +1,5 %. 14,2 % de la population a ou moins. 4 % ont plus de .

La répartition entre les cultes reflète plus ou moins la composition multiculturelle. Lors du recensement de 2002, environ 80 % des habitants se déclarent orthodoxes et 10 % catholiques romains, la ville compte encore plus de . Les diverses églises néo-protestantes (pentecôtistes, baptistes…) ont notoirement progressé en influence tandis que la communauté juive, très importante avant l'instauration du régime communiste, s'étiole fortement et ne peut plus entretenir les trois synagogues de la ville (dont la grande synagogue de Timișoara).

+Composition ethnique.AnnéePopulationRoumainsAllemandsHongroisSerbesJuifsRomsSlovaquesBulgaresUkrainiensAutres 1850 ? ? ? ? ? 1880 ? ? 416 ? 29 1890 ? ? 332 ? 27 1900 ? - 288 ? 13 1920 ? - ? ? ? 1930 379 652 279 561941 ? ? ? ? ? ? 1956 122 575 280 56 1966 120 490 475 71 1977 404 942 2991992 549 675 756 9032002. 367 570 7622011. 176 385 859 556

Vie culturelle Timisoara est l'un des centres culturels et artistiques les plus dynamiques de Roumanie.

La vie culturelle est marquée par le multiculturalisme européen, la vitalité de diverses associations communautaires, l'influence des universités dont celle de l'Ouest (la musicologie et les arts plastiques sont enseignés à l'UVT), la présence de groupes musicaux renommés, de maisons d'édition, etc.

Le Centre culturel français (plus de cinq-cents français vivent à l'année à Timisoara : des étudiants, retraités, indépendants...) et le Deutsches Kulturezentrum Temeswar contribuent fortement au calendrier culturel local en organisant de nombreuses manifestations, parfois conjointement. Les saisons culturelles sont ponctuées par de nombreux festivals.

Initialement désignée capitale européenne de la culture pour l'année 2021, Timișoara le sera finalement en 2023, report imputable à l'épidémie de Covid-19.

Patrimoine architectural vignette|L'église catholique Saint-Georges.