vignette|Exemple de charpente traditionnelle avec arêtiers et noue.
Un charpentier ou une charpentière est une personne exerçant sous le statut d'ouvrier ou d'artisan, spécialiste de la charpente. Au , il réalise et pose des assemblages participant à la constitution de l'immeuble dont les composantes sont la charpente et l'ossature générale.
Jusqu'à la révolution industrielle, son métier s'exerce exclusivement avec du bois. Avec le développement de la sidérurgie sur d'autres matériaux, comme les métaux, on parle alors de charpente métallique et de charpentier en fer. Son domaine professionnel est la charpente. Il est chargé lors des constructions ou lors de rénovations, de la construction (taille) et mise en place (levage) ou de l'entretien des charpentes définitives. Il peut travailler sur les églises, les monuments historiques, les ponts, les bâtiments industriels ou le logement individuel. Il réalise également les plafonds à la française, les coffrages pour les maçons ou les maisons en bois. Par analogie avec une charpente retournée, la construction navale emploie le charpentier de marine pour la construction des ossatures de navires.
A contrario, le menuisier, lui, fabrique et pose des objets meubles (mobiles et de plus petite taille) comme les fenêtres, les portes.
Histoire
Préhistoire vignette|Reconstruction habitation néolithique à Hauterive en Suisse.
Le charpentier est le plus ancien des ouvriers du bâtiment. Si l'on remonte aux premières cabanes, c’est avec une hache de pierre attachée avec des lanières de cuir à un manche de bois ou de corne que les artisans des temps préhistoriques coupaient et débitaient les bois, lorsque les habitants de la préhistoire eurent abandonné les grottes et les souterrains qui leur servaient d’asiles. Les outils évoluèrent et le charpentier préhistorique a laissé de nombreuses traces de ses constructions, en particulier les habitations lacustres, les sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes par exemple.
Antiquité vignette|Scène de construction d'un bateau égyptien (664-634) sur du calcaire peint (musée de Brooklyn). vignette|Niveau de charpentier, ou archipendule. vignette|Détail de la charpente des Halles, Cozes, Charente-Maritime.
La bible cite un charpentier mythique de l'antiquité dans la personne de Noé. Beaucoup plus tard, on lit, toujours selon la bible, que Joseph, père de Jésus de Nazareth, était charpentier.
Les Égyptiens, par manque de bois, ont peu développé le côté charpentier dans l'art de la construction, mais il n'était pas absent dans la construction de bateaux et la manipulation des blocs de pierre. Les Égyptiens possédaient un outillage assez complet, parmi lequel on remarque la scie à main, la scie montée dans un châssis de bois, le maillet, une cognée de forme bizarre, le ciseau emmanché. Ces outils sont reproduits sur des bas-reliefs qui ont six mille années d’existence sur lesquels on voit le charpentier égyptien tailler les bois, en fabriquer des navires, des meubles, des coffres.
Voici ce que dit Vitruve à propos des premières habitations en Europe :
Les premières maisons grecques étaient, ainsi que leurs temples et les autres édifices, construits en bois. Les poteaux furent les précurseurs des colonnes et le comble fit imaginer le fronton. Les combles grecs étaient semblables à ceux que les charpentiers établissent dans les temps modernes, fermes composées d’arbalétriers avec poinçons et contrefiches, pannes, entraits, chevrons ; toutes ces pièces étaient de même forme et placées comme on le fait traditionnellement au .
Les Romains qui, du reste, procédèrent des Grecs, suivirent leurs traditions. Mais ils inventèrent les voûtes d’arête, hémisphériques et en cul-de-four, construites en bois ou en mortier et débris de pierre sur des cintres fabriqués par leurs charpentiers. Les traces de ces cintrages sont encore visibles dans plusieurs ruines romaines. Vitruve indique les différentes essences de bois dont les Romains se servaient pour bâtir : chêne, orme, frêne, hêtre, peuplier, cyprès et sapin. Détaillant leurs propriétés particulières, il fait l’éloge de celles du chêne et du sapin. Les ouvriers grecs et romains perfectionnèrent les outils : ils inventèrent le compas. Leurs charpentiers se servaient du rabot, des vrilles et tarières, de la gouge, de l’herminette, du cordeau. La chèvre, les moufles et la grue étaient, chez eux, en usage.
Le rôle du charpentier romain était considérable. Pline l'Ancien cite deux exemples de son habileté et de la hardiesse de ses constructions : Du temps de César, les charpentiers élevèrent deux immenses théâtres en bois. De jour, ces deux théâtres étaient adossés et l'on y jouait, en même temps, dans chacun d’eux. Le soir, ils tournaient sur un pivot et formaient alors un amphithéâtre où venaient combattre, des gladiateurs. Second exemple, un théâtre en charpente, construit aussi à Rome, qui pouvait recevoir quatre-vingt mille spectateurs. Dans les premiers temps, les constructions romaines furent couvertes en bardeaux, des planches d’environ de long, que l’on employait en guise de tuiles, qu'on appelait scandula ou scindula. L’usage de ces bardeaux fut général à Rome jusqu'au temps de la guerre de Pyrrhus (280 ). L’artisan qui couvrait les maisons par ce procédé était le scandularius, appartenant par son métier, à la corporation ou collège des ouvriers travaillant le bois (collegiati corporati).
Le charpentier romain était un auxiliaire précieux pour les armées. Il fabriquait des machines de guerre extrêmement puissantes, capables de grands efforts en balistique. Elles lançaient des flèches et des javelots, et des pierres de grosse dimension. D'autres engins étaient disposés pour enfoncer les retranchements et les portes des cités. Des tours mobiles à plusieurs étages déposaient les soldats sur les murailles des villes assiégées ; des grues tournantes (corvus) enlevaient leurs défenseurs à l’aide des pinces ou des grappins qui terminaient ces formidables machines. Des tortues (engins militaires) servaient à abriter les soldats qui comblaient les fossés. Enfin, les retranchements, les abris d’attaque ou de défense, les ponts volants et les travaux de fortification passagère en bois étaient aussi l’œuvre des charpentiers militaires romains . Les assemblages de la charpente romaine étaient ceux utilisés par les charpentiers traditionnels : les tenons et mortaises sont cités par Vitruve ; il en est de même pour l’assemblage à queue-d'aronde, tenon en forme de hache désigné sous le nom de cardo securiculatus.
La plupart des temples de l'antiquité avaient une toiture en bois qui avec le temps a été détruite.
En Gaule, les villes gallo-romaines ressemblaient à celles de l’Italie ; elles avaient des édifices publics de même nature : arcs de triomphe, réserves alimentaires ou greniers, thermes, amphithéâtres. Les maisons étaient généralement séparées les unes des autres par des ruelles. Tous ces bâtiments avaient l’aspect romain, la maçonnerie, et la charpente ne s’éloignaient de la tradition romaine que par la différence des matériaux. En revanche, dans les campagnes, les demeures des paysans gaulois étaient bien humbles : des huttes rondes d’argile surmontées d’une charpente primitive, couverte de roseaux et de chaume, des cabanes de planches assujetties sans art.
Sous les Francs, il y avait des esclaves pratiquant les arts mécaniques, et qui ne pouvaient être vendus. Que l’on dérobe un esclave franc, qu’on le tue, qu’on le vende ou qu’on l'affranchisse, on payait également une indemnité de ou de trente-cinq sous. Les dommages et intérêts s’élevaient au double, lorsque l'esclave était forgeron, meunier, charpentier, etc. (ces sous sont des sous d'or).
Les forêts gauloises occupaient la plus grande partie du territoire ; elles alimentèrent non seulement le pays, mais encore jusqu'à l’Italie. Elles permirent aux Romains d’exécuter rapidement leurs grands travaux où d’énormes quantités de bois étaient nécessaires. Paris, en ce temps-là était surtout la Cité : elle renfermait le Palais, ainsi que la Cathédrale, dénommée d’abord Saint-Étienne, et d'autres édifice. Entre ces monuments, qui étaient –sauf les principaux –, des bâtiments construits en charpente, se trouvaient des maisons et cases de bois, occupant les terrains coupés de rues et de ruelles, entourés de remparts dont les portes, tours ou citadelles, étaient autant d’ouvrages de charpenterie grossière. La charpente jouait un très grand rôle dans la construction de ces édifices, parfois détruits par des incendies. Depuis le temps où l’empereur Julien aimait à résider à Paris, la Cité était desservie par deux ponts de bois qui portèrent les noms de Petit et de Grand Pont. Les têtes de ponts qui défendaient ces ouvrages étaient encore des fortifications en charpentes reposant sur des massifs de maçonnerie.
Catégories de métiers vignette|gauche|Charpente de la grange de Meslay, ferme fortifiée du (1220). vignette|gauche|Halles de Questembert dans le Morbihan en Bretagne. Le bâtiment et son architecture datent du .
Le corps de métier des charpentiers ou plutôt de la communauté de ce métier, car c’est le titre que portait l’ensemble des artisans de la même profession, composée de maîtres, de valets (ou ouvriers) et d’apprentis. Aussi cette corporation, fut-elle comprise dans l’organisation ordonnée par Louis IX et réalisée par les règlements d'Étienne Boileau, le célèbre prévôt des marchands, vers 1260. Les communautés de métiers obtinrent, de Saint Louis, des règlements spéciaux et distincts. Le métier de charpentier faisait partie des métiers déclarés francs, c’est-à-dire qu’il pouvait être librement exercé, pourvu que l’on eût les connaissances, et l’argent nécessaires (les métiers non francs relevaient quant à eux, soit du roi lui-même, soit de l’un des seigneurs de la Cour, délégué du souverain qui l’avait nommé grand maître du métier).
Les grandes maîtrises accordées à titre gracieux par le roi à certains dignitaires de sa suite et que le monarque pouvait toujours ressaisir, donnaient droit à certains privilèges, comme la nomination des jurés, la perception du droit au métier et la perception d'une partie des amendes infligées pour inobservation des statuts. Les charpentiers avaient, pour grand maître de leur métier, le maître charpentier royal Foulques du Temple (?! A rectifier, ni les dates, ni les fonctions ne correspondent), était le charpentier du roi Saint Louis ; il lui donna cette maîtrise en 1258 et plaça sous sa juridiction les charpentiers et autres artisans qui travaillaient le bois ou, comme on disait à cette époque : « toutes manières d’ouvriers qui œuvrent du tranchant en merrien », à savoir les charpentiers grossiers qui faisaient les planchers, les combles et autres gros ouvrages du bâtiment, les huchiers, fabricants de coffres et de huches, les huissiers qui faisaient les huis (portes en bois), les tonneliers, les charrons et charretiers, les couvreurs qui revêtaient les combles de tuiles de bois, les cochetiers (fabricants de coches d'eau) et les faiseurs de nez (fabricants de petits bateaux), les tourneurs et les lambrisseurs ou lambroisseurs, auxquels on devait les lambris..
Cette puissante corporation comprenait donc au moins neuf spécialités de métiers ayant chacune leurs jurés chargés de la surveillance du métier et de l’exécution des lois et ordonnances qui le régissait. Si le grand maître abusait de son autorité, la corporation en appelait au roi qui donna souvent raison aux artisans luttant contre ce haut personnage.
La taille (impôt sur le revenu) constate, pour l’année 1292, à Paris, l’existence de 98 charpentiers, 47 charretiers, 18 charrons, 29 huchers. Ces artisans étaient, pour la plupart, les fils de ceux qui, réunis à leurs ouvriers, avaient soumis leurs règlements (ou plutôt leurs coutumes) au Prévôt des marchands qui, après avoir examiné et discuté ces titres, avait fait dresser les statuts contenus dans le célèbre Livre des métiers.