Le diocèse de Mayence (en latin ecclésiastique : ; en allemand : ) est une église particulière de l'Église catholique latine en Allemagne. Son siège est la cathédrale Saint-Martin de Mayence dédiée à Martin de Tours. Érigé au , il est élevé au rang d'archidiocèse métropolitain au . Au , l'archevêque de Mayence devient prince-électeur du Saint-Empire romain germanique. En 1803, le siège archiépiscopal est transféré à Ratisbonne. Depuis 1821, le diocèse couvre le territoire de l'ancien grand-duché de Hesse (Hesse-Darmstadt) et est suffragant de l'archidiocèse de Fribourg (Fribourg-en-Brisgau). L'évêque de Mayence est actuellement Peter Kohlgraf depuis , vicaire général depuis le 9 decembre 2023 Sebastian LangGeburtstag von Generalvikar Dr. Sebastian Lang .

En chiffres (2024) Le diocèse compte 278 paroisses regroupées en 20 unités pastorale; avec 314 prêtres diocésains , assistés de 124 diacres permanentsAnnuaire pontifical 2024.

Histoire

Antiquité Mayence ou Mogontiacum est un lieu de culte depuis le (sanctuaire d’Isis et de Mater Magna). L'appellation de Mogontiacum dérive du nom de Mogon, dieu suprême de la mythologie celtique. L'évêché est fondé au . Les évêques de saint Crescent à Lucius Annaeus () n'ont pas laissé de traces écrites et d'aucuns les qualifient de légendaires. Intégré au royaume d'Austrasie mérovingien puis à la Lotharingie carolingienne, il fait ensuite partie du Saint-Empire romain germanique : l'évêque est alors souverain de Mayence et prince du Saint Empire, avant de devoir céder le pouvoir politique à la bourgeoisie de la ville au .

À la fin du , il existait une communauté chrétienne dans cette ville frontière romaine. Depuis le , Mayence est devenu siège épiscopal.

Moyen Âge En 746, saint Boniface fut élu évêque de Mayence. En 781, le siège de Mayence fut érigé en archidiocèse. Saint Lull devint le premier archevêque de Mayence résidentiel. Sous Richulf, une magnifique église qu'il enrichit d'ornements précieux fut édifiée, appartenant à l’abbaye Saint-Alban devant Mayence.thumb|210px|left|Raban Maur (à gauche), soutenu par Alcuin, présente son travail à Otgar de Mayence (à droite). thumb|200px|cathédrale Saint-Martin. right|190 px|thumb|Les portes de bronze de la cathédrale; dans les deux panneaux supérieurs sont gravés les droits civiques accordés par Adalbert. thumb|Surface de Diocèses de Mayence 1683 En 838-839, Otgar soutient Louis le Pieux contre la rébellion de son fils Louis le Germanique qui tente de prendre le pouvoir dans toute la Francie orientale. Raban Maur, moine bénédictin érudit, devint archevêque de Mayence. Il avait été ordonné prêtre par Haistulph, et à la mort d'Otgar lui succéda. Il y réprima beaucoup d'abus ecclésiastiques, chercha, mais en vain, à réconcilier Louis le Débonnaire et ses fils, et présida plusieurs synodes. Il déploya aussi une charité sans bornes lors de la famine de 850.

Charles d'Aquitaine fut archevêque de Mayence et premier archi-chancelier le . Son successeur Liutbert de Mayence fut archi-chancelier pour l’Empire carolingien entre 863 et 889.

Guillaume de Mayence, fils d'Otton du Saint-Empire, est nommé après la mort de l'archevêque Frédéric, opposant à Otton. Guillaume reçoit la confirmation du pape Agapet II et le titre de vicaire apostolique du royaume de Germanie, dépendant directement du Saint-Siège. Il reçoit également de son père le titre d'archi-chapelain de l'Empire. C'est pendant son mandat que le Pontificale Romano-Germanicum fut compilé.

Willigis est un personnage central dans l'Histoire de Mayence. Depuis l’archevêque Willigis (975-1011), à l’origine de la construction de la cathédrale de Mayence, la fonction d’archevêque de Mayence resta combinée avec celle de chancelier du Saint Empire romain de la Nation Germanique. Il promeut le rayonnement de sa province ecclésiastique entre autres par la Donation de Vérone attribuée au diocèse de Mayence. C'est sous son égide que la fonction de chancelier du Saint-Empire fut définitivement liée à celle de prince-électeur de Mayence.

Le (jour de la Saint-Martin), Bardo de Mayence consacra en présence des deux Saliques, Henri III et Conrad II le Salique, la cathédrale Saint-Martin qu’il avait fait restaurer et agrandir après l'incendie. Il exerçait une grande influence sur les consécration d'églises et d'autels et l’attribution des évêchés vacants. Le , il présida le synode de Mayence contre la simonie et le mariage des prêtres en présence de Henri III.

Arnoul de Selenhofen fut nommé archevêque de Mayence en 1153 auprès de Frédéric Barberousse. Énergique et brutal dans sa gestion du stylet, il provoqua la rébellion de ses vassaux et des bourgeois de Mayence. Pendant son absence en Italie, où il fut envoyé par l'empereur auprès du pape, une rébellion ouverte éclata. Quand il retourna à Mayence, la foule le conspua et il dut s'enfermer à l'abbaye Saint-Jacques près de Mayence, où il fut finalement assassiné.

Raoul de Zähringen a été élu en 1160 par les fidèles mayençais comme successeur d'Arnoul de Selenhofen, mais l'empereur Frédéric Barberousse ne lui donne pas son placet. Les luttes d'influence et les tensions considérables entre la maison de Hohenstaufen et la maison de Zähringen en étaient une des causes. Après l'excommunication de Raoul (concile de Lodi 1161), Christian von Buch lui a succédé.

Temps Modernes

La Réforme vignette|Stèle funéraire de l'archevêque de Mayence et de Magdebourg, le cardinal Albert de Brandebourg, dans la cathédrale de Mayence. Avec les progrès de l'imprimerie, dont la Rhénanie était le berceau, l’humanisme et la connaissance des langues bibliques progressèrent au début du . Ainsi, le bibliste Johannes Reuchlin, qui s'était opposé en 1513 à la destruction par le feu de livres en hébreu demandée par l’Inquisition de Mayence, fut condamné. Il fit appel devant le pape en 1518. L’affaire traîna en longueur jusqu'à la mort de Reuchlin (en 1521) et, sous l'impulsion d'Ulrich von Hutten, donna lieu à nombre de pamphlets contre les dominicains et leur héraut, Johannes Pfefferkorn.

C'est sur ce terreau que la Réforme prit naissance, avec des pamphlets dénonçant le commerce des indulgences par l'Église. Le commerce des indulgences était particulièrement florissant dans l'évêché de Mayence. La raison en était la nomination d'Albert IV de Brandebourg à l'archevêché. Albert, à qui la ville de Mayence était redevable de l'introduction des idées et de l'architecture de la Renaissance (il avait fait de Matthias Grünewald son peintre de cour en 1526), et qui était déjà archevêque de Magdebourg et vidame d'Halberstadt, conserva ces titres après sa nomination en tant qu'archevêque de Mayence. L'agrément par le Vatican d'un tel cumul de fonctions coûta une fortune (annates) au chapitre de Mayence et à Albert. Ils se laissèrent entraîner dans le trafic d'indulgences par le prédicateur Johann Tetzel. C'est contre ce trafic qu'un moine originaire d'Eisleben, Martin Luther, s'éleva d'abord. Ses thèses trouvèrent un écho profond à Mayence et purent se propager rapidement depuis la ville qui, précisément, avait vu naître l'imprimerie. Lorsqu'en 1520, le nonce pontifical Aleander se rendit à Mayence pour y faire brûler les écrits de Luther, il échappa de peu au lynchage.

L'archevêque Albert resta d'abord perplexe devant les idées des réformateurs. Ses tendances humanistes le faisaient plutôt pencher en leur faveur, si bien qu'il fit venir à la cathédrale les prédicateurs Wolfgang Fabricius Köpfel CapitonCf. . et Caspar Hedio, qui tenaient des prêches humanistes et favorables à la Réforme, et qui étaient appréciés des fidèles.

Finalement, Albert prit parti contre la Réforme dont les idées minaient en réalité son autorité. En 1523, Hedio, comme Capito avant lui, durent quitter Mayence. Malgré la persistance de partisans protestants dans ses murs, la ville et la paroisse demeurèrent catholiques. Le chapitre ecclésiastique de Mayence élut ainsi en la personne de Sebastian von Heusenstamm un tenant du catholicisme comme nouveau prince-archevêque.

Déjà du temps d'Albert, les rivalités entre princes tenant du protestantisme ou du catholicisme suscitaient des tensions conflictuelles permanentes. Lors de la « guerre de Smalkalde » de 1546, le duc Maurice de Saxe, qui avec le roi de France Henri II combattait l'empereur Charles Quint, s'allia au margrave Albert Alcibiade de Brandebourg-Kulmbach. Après qu'Henri II eut repoussé les exigences invraisemblables de Maurice pour qu'on assure sa défense, Albert Alcibiade combattit seul aux côtés de la France. Il se trouva par là dans la nécessité de marauder par toute l'Allemagne avec des troupes vivant de rapines. Oppenheim, Worms et Spire ainsi que les monastères de Wurtzbourg et de Bamberg furent pillés. À l'annonce qu'Albert Alcibiade faisait marche vers Mayence, l'archevêque et le chapitre quittèrent la ville. Même la résidence du prince-archevêque d'Aschaffenbourg fut pillée et le château épiscopal incendié. Il ne restait plus à la ville ouverte de Mayence qu'à capituler devant Albert-Alcibiade. Le margrave, devenu le « fléau de l'Allemagne », détruisit une partie de la ville et lui extorqua en outre , ce dont la ville n'était pas près de se remettre. L'empereur n'étant manifestement plus en état de défendre la ville des exactions, l'archevêque Sebastian von Heusenstamm se résolut à demander la paix religieuse. Celle-ci fut conclue, sous le nom de paix religieuse d'Augsbourg, le .

À la mort de Sebastian von Heusenstamm (1555) se posa pour la seconde fois la question de conscience, qui devait décider de l’orientation confessionnelle de l'évêché. Le chapitre trancha à une seule voix de majorité en faveur du catholique Daniel Brendel von Homburg. Ce dernier entreprit la reconquête religieuse de la ville et pour cela fit venir les jésuites à Mayence, qui jusqu'à l'ère des Lumières devaient régir l'université et dominer toute la vie intellectuelle et spirituelle. On se méfia désormais du protestantisme, et ce n'est qu'en 1802 qu'une première communauté évangélique (mis à part, de temps à autre, des communautés de garnisons) put s'implanter à Mayence.

L'État et la société au diocèse de Mayence au temps des Lumières

Époque Contemporaine

Le diocèse au La Révolution française provoqua l’effondrement de l’archidiocèse de Mayence, dont le territoire fut redessiné.

Après la tourmente révolutionnaire, soucieux de restaurer la paix civile et religieuse en France, le premier consul Napoléon Bonaparte signe un concordat avec le pape Pie VII, le 26 messidor An IX (). Ratifié le 23 fructidor An IX, ce traité est promulgué par la loi du 18 germinal An X (), en même temps qu'un ensemble de dispositions qui lui sont attachées, appelées articles organiques. Ces dernières sont décidées unilatéralement par le gouvernement français. Les cultes sont responsables d'un « service public », auquel l’État alloue un budget. La seule église du diocèse construite à cette époque est l'église Saint-Achatius de Zahlbach. Le concordat de 1801 remodela le territoire du diocèse de Mayence : celui-ci correspondait au département du Mont-Tonnerre. En outre, l'évêque de Mayence n'avait plus rang d'archevêque et devenait suffragant de l'archevêque de MalinesConcordat de 1801.

Au cercle de Mayence (Mainzer Kreis), succède le cercle alsacien sous l'épiscopat de Joseph Ludwig Colmar (Bruno Franz Leopold Liebermann, André Raess). C'était un mouvement plutôt ultramontain.

Après le siège de Mayence (1814) et la défaite de Napoléon, les cessions territoriales de 1797 ont été inversées. La réorganisation ecclésiastique qui en a résulté a fait l'objet d'âpres négociations. Le congrès de Vienne (1815) détacha le territoire du diocèse de la France et le concordat de 1801 cessa donc de s'y appliquer.