Le diflufenicanil (ou diflufenican ou DFF ou encore (N-(2,4-difluorophényl)-2-[3-(trifluorométhyl)phénoxy]-3-pyridine-carboxamide)) est le nom d'une molécule herbicide organofluorée, substance active principalement utilisée en agriculture, sous forme de différentes formulations, pour différents types de cultures.

Cette molécule est aussi antigerminative mais originellement elle a été conçue comme désherbant du blé d'hiverCramp MC, Gilmour J, Hatton LR, Hewett RH, Nolan CJ and Parnell EW, Design and synthesis of N-(2,4-difluorophenyl)-2-(3-trifluoromethyl-phenoxy)-3-pyridinecarboxamide (diflufenican), a novel pre-and early post-emergence herbicide for use in winter cereals. Pestic Sci18:15–28 (1987)..

Elle se dégrade dans le sol, en moyenne, nettement plus lentement que d'autres désherbants tels que le glyphosate ou l'isoproturon ou que l'azoxystrobine (fongicide) et son principal métabolite est alors le l'acide 2-[3-(trifluorométhyl) phénoxy] nicotinique (désigné par l'expression AE B107137 par l'EFSA et parfois abrégé en AE-B).

Usages Le diflufénican est utilisé dans en zones agricoles et urbaines, contre les herbes jugées indésirables, dans les allées de cimetière, aéroports... ainsi que sur les bords de voies de circulation. Ses usages autorisés ont varié dans le temps et selon les pays.

Dans l'Union européenne (UE) Dans l'UE, en Agriculture, le diflufenicanil est interdit dans les parcelles de culture biologique, et n'est autorisé ailleurs que pour désherber chimiquement les champs de blé, orge, seigle et avoine, les vignobles, les cultures d'arbres et buissons de pépinières. Il fait aussi partie des désherbants au moins provisoirement autorisés dans les jardins, cimetières et pour traiter les axes de circulation.

Tonnages utilisés en France Selon l'Agence française pour la biodiversité (AFB), l'Anses et la Banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques (renseignée par les distributeurs agréés) en 2018, si la consommation de diflufenicanil a diminué de 2009 à 2017 pour les usages en jardin, elle a plus que doublé sur les grandes cultures, y passant de pulvérisées en 2009 à en 2017Anses - Phytopharmacovigilance - Synthèse des données de surveillance – Diflufénican – décembre 2018, voir le tableau 2, chapitre "Quantités vendues" page 2/10.

Pour tous ses usages confondus, en il était en 2009 en France le pesticide le plus utilisé en France (sur 389 molécules autorisées), devenant le (sur 436) en 2017.

En 2011, le diflufenicanil a été principalement utilisé sur le blé tendre ( traités au moins une fois dans l'année par ce produit, soit 31,4% de tous les champs de blé tendre) selon une estimation faire par le Service de la statistique et de la prospective du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation, sur la base d'enquêtes de terrain extrapolées), loin devant l'orge (, soit 31,3% de tous les champs d'orge de France), le triticale (), le blé dur (), le maïs fourrage (), le maïs grain () et le colza ().

Cette année là (2011) les tonnages de ce pesticide reçus par les cultures de betterave sucrière et par les viticultures n'ont pu être évalués (faute de données renseignées)Anses - Phytopharmacovigilance - Synthèse des données de surveillance – Diflufénican – décembre 2018, voir le tableau 2, chapitre "Quantités vendues" page 2 et 3 sur 10. Mais une autre évaluation (méthode similaire), a estimé qu'en 2014 environ ont été traités au moins une fois au diflufenicanil (soit 0,4% de tous les champs de betterave sucrière de France).

Concernant l'arboriculture, les données étaient également lacunaires jusqu'en 2011, mais il a ensuite été évalué par l'ANSES que seuls de pommeraies auraient reçu ce produit en 2012 (sur environ estimés).

Nombre d'utilisateurs en France (Cf. Cohorte « Agrican ») Selon les données venant de la cohorte Agrican, de cette cohorte ont au moins une fois utilisé du diflufénican (soit 7,7 % de la cohorte et 26,5 % des utilisateurs de pesticides de la cohorte). Mais ces proportions varient énormément selon le sexe : .

Au moment de l'inclusion du diflufénican dans l'étude, entre 2005 et 2007, de la cohorte en activité l'utilisaient (soit 11,1 % des hommes de la cohorte alors en activité et 0,2 % des femmes en activité). Au même moment, dans cette même cohorte Agrican, 55,1 % des utilisateurs de pesticides et 16,8 % des utilisatrices de pesticides utilisaient du diflufénican.

Devenir des résidus la molécule dans les plantes cultivées Après des traitements sur du blé trifolié, des agronomes chinois ont recherché les résidus de diflufénican dans le sol, ainsi que dans les plants de blé puis dans leurs grains. Ils ont trouvé que (sachant que la quantité minimale détectable de diflufénican était de 1,0 × 10−10gkg−1), la molécule disparaisait peu à peu avec le temps (plus ou moins vite selon la profondeur de la couche du sol étudiée) et les résidus étaient d'autant plus élevés que la dose pulvérisée a été importante, avec une augmentation non linéaire, par exemple en doublant la quantité pulvérisée, la quantité résiduelle de diflufénican faisait plus que doubler en fin d'expérience). Mais pour une seule pulvérisation, les résidus étaient bien en deçà de la valeur du résidu maximal limite (LMR) fixée en Chine et jugée par les auteurs sans danger pour le blé, les humains ou le bétail. Ils n'ont pas évalué leur impact ni leur concentration dans la faune du sol (vers de terre par exemple).

Le diflufénilcanil et l'eau La molécule active est presque insoluble dans l'eau, mais se montre toxique à faible doses pour le milieu aquatique (voir ci-dessous). Elle est par contre très soluble dans certains mélanges de cosolvants dont par exemple (éthanol + eau), (éthylène glycol, EG + eau), (propylène glycol, PG + eau) et (N, N-diméthyl formamide, DMF + eau).

Elle est facilement adsorbée sur les particules organiques du sol, et une étude de 2 ans sur un petit bassin-versant allemand a constaté des pics importants de lessivage de Diflufenicanil (vers la nappe ou les eaux superficielles) en période humide et en fin d'hiver après que les processus de gel/dégel aient favorisé une augmentation de l'érosion du sol sous les pluies. (mais ce pesticide est néanmoins moins lessivable que le flufénacet qui était aussi suivi par cette étude).

Sans surprise (puisque l'utilisation de cette molécule a beaucoup augmenté), la pollution des eaux de surface par ce produit est en augmentation, dont en France métropolitaine où selon le ministère de l'environnement : en 2007, parmi 639 analyses d'eau quantifiées, 5,7% des analyses montraient la présence de diflufénican ; alors ce taux est passé à 38,6% en 2016 (pour d'eau), le nombre de dépassement de la MAC ("Maximum Acceptable Concentration" = Concentration maximale admissible réglementaire, correspondant à un risque aigu pour la Directive cadre sur l'eau) semble être resté stable (entre 1 et 2% des analyses) mais il faut tenir compte du fait que le nombre d'analyse faites par an a augmenté voir pages 4 et 5 (chapitre " Surveillance des eaux de surface, exposition et risques pour les organismes aquatiques) dans le rapport "Anses - Phytopharmacovigilance (2018) - Synthèse des données de surveillance – Diflufénican |Décembre . Par contre hors-métropole, dans les DROM, de 2007 à 2014, les analyses d'eaux de surface n'ont révélé aucune trace de cette molécules, mais le nombre d'analyses faites dans les DROM chaque année est bien moindre qu'en métropole et le nombre nombre d’analyses dont le résultat est supérieur à la limite de quantification y est également bien plus bas. L'ANSES aiment en 2018 que .

Concernant le eaux de nappe phréatique (surveillées en France par le BRGM), elles se montrent a priori moins contaminées, avec une présence généralement inférieure à la limite de quantification (0,04 μg.l-1 pour la période 2008-2017 étudiée par le dernier rapport de l'ANSES, publié en 2018) voir Tableau 4 : Valeur(s) écotoxicologique(s) de référence pour les eaux de surface, et le commentaire sous le Tableau 7. dans le Synthèse des données de surveillance – Diflufénican – Décembre 2018.

Si la molécule est présent dans l'eau du robinet c'est sous le seuil de quantification, sous la valeur toxicologique de référence fixée à 0,1 μg/L pour un pesticide seul sans les eaux destinées à la consommation humaine, et sous la Vmax= fixée à 600 μg/l en France Avis du 29 septembre 2017 de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à la détermination de valeurs sanitaires maximales (Vmax) pour différents pesticides et métabolites de pesticides dans l’eau destinée à la consommation humaine. Aucune non-conformité n'a été signalée en France pour cette molécule entre 2007 et 2016voir Tableau 12 : Taux de quantification et de non-conformité pour le diflufénican dans les eaux destinées à la consommation humaine (source : ministère chargé de la santé - ARS - Anses) in le Synthèse des données de surveillance – Diflufénican – Décembre 2018.

Dans les aliments d'origine végétale ou animale La limite maximale de résidus (LMR) par défaut (la plus basse) pour cette molécules est égale à . Aucun dépassements de LMR n'a été signalé en France de 2008 à 2017, mais peu de données étaient disponibles (aucune analyse avant 2012 selon l'ANSES et quand on a recherché cette molécule dans ces aliments, son taux était généralement inférieur à la limite de quantification [0,04 μg.l-1] pour la période 2008-2017 étudiée par le dernier rapport de l'ANSES, publié en 2018). On n'a donc pas de données sur la dose cumulée ingérée ou bue par an en Francevoir page 6 : Surveillance des aliments d’origine végétale et animale et des eaux destinées à la consommation humaine, exposition et risques pour la population Données de surveillance des aliments d’origine végétale et animale > Données issues des programmes et plans de surveillance et de contrôle nationaux in le Synthèse des données de surveillance – Diflufénican – Décembre 2018..

Entre 2008 et 2017, deux études ont porté sur l’alimentation totale de français, la première dite EAT2 ne disposait d'aucune analyse de cette molécule dans les alimentsAnses, 2011, Étude de l’alimentation totale française 2 (EAT2), Tome 2 : résidus de pesticides, additifs, acrylamide, HAP, juin 2011, Ed. scientifique, 401 pages. mais la seconde (étude de l’alimentation totale infantile (EAT1) a pu s'appuyer sur 161 analyses de laits de croissance et préparations infantiles, aliments courants, eaux embouteillées Anses, 2016, Étude de l’alimentation totale infantile, Tome 2, Partie 4 : résultats relatifs aux résidus de pesticides, rapport d’expertise collective, septembre 2016, Ed. Scientifique, 378 pages.. Toutes ces analyses avaient pour cette molécule un résultat inférieur à la limite de quantification.

Une évaluation de l'exposition alimentaire des Français et des risques alimentaires liés au « diflufénican seul » en tant que résiduCf. réglementation européenne ; en savoir plus : a été tentée par l'ANSES (2018). Elle s'est basée sur les données de programmes de surveillance des denrées alimentaires et des eaux destinées à la consommation humaine, ainsi que sur une étude de l’alimentation totale (dite EAT2) ainsi que sur les niveaux de consommation alimentaire modélisés par l’étude « INCA 2 »Afssa, 2009, INCA 2 : étude individuelle nationale sur les consommations alimentaires, 2006-2007., mais elle n'a pu tenir compte que et a précisé l'ANSES en 2018voir pages 7 (fin du chapitre " Surveillance des aliments d’origine végétale et animale et des eaux destinées à la consommation humaine, exposition et risques pour la population") dans le rapport "Anses - Phytopharmacovigilance (2018) - Synthèse des données de surveillance – Diflufénican |Décembre .