thumb|upright=1.3|Marée verte faisant suite à une prolifération d'Ulva rigida, dans le nord du Finistère. Une marée verte est un important dépôt d'algues laissé par la mer sur la zone intertidale, visible à marée basse ou flottant entre deux eaux lorsque la mer monte. Le développement de ces algues est lié à l'excès dans le milieu de nutriments (azote sous toutes ses formes, phosphore…) issus des rejets des activités humaines (élevage, agriculture, urbanisation…). La putréfaction de ces algues, outre une mauvaise odeur et l'émission de gaz à effet de serre (méthane) peut avoir de graves conséquences pour les acteurs locaux : impact négatif sur le tourisme et la valeur des biens immobiliers et dégradation de l'environnement des littoraux concernés. Des phénomènes de toxicité (via l'émission d'hydrogène sulfuré notamment) sont mortels dans des cas de fortes concentrations.
Histoire et localisation géographique du phénomène Après avoir été observé épisodiquement, par exemple à Belfast en 1911Yvon Corre, « Marées vertes. Déjà en 1911 à Belfast », Le Télégramme, 9 septembre 2011, consulté sur letelegramme.com le 9 septembre 2011., ce phénomène a pris une plus grande ampleur à partir des dernières décennies du .
Des marées vertes sont observées en Europe : Belgique, Danemark, France, Irlande et Italie (où le delta du Pô et la lagune de Venise sont envahis par les algues). Les marées vertes sont plus importantes encore aux États-Unis et en Inde. En Chine, elles se produisent en abondance sur les côtes de la mer Jaune..
Chine Les côtes de la mer Jaune près de Qingdao, en Chine, sont régulièrement envahies par l'algue filamenteuse . Ce phénomène qui a des causes multiplesLa principale cause évoquée est le développement des activités d'aquaculture intensive dans la province côtière du Jiangsu (élevage du crabe chinois qui contribue à l'eutrophisation du littoral et culture en pleine mer d'algues rouges Porphyra yezoensis qui sert de nurserie aux ulves, favorisant leur agrégation sur les filets mis en place) à l'origine de la prolifération d'une masse d'algues vertes filamenteuses qui dérive vers le nord et réalise une migration jusqu'à la côte du Shandong. Cf , . est très médiatisé à l'occasion des Jeux olympiques d'été de 2008, l'algue ayant partiellement recouvert le plan d'eau qui devait accueillir les compétitions de voile. La biomasse accumulée sur le rivage de Qingdao est telle qu'un million de tonnes d'algues vertes ont été ramassées (poids frais égoutté) et, selon les estimations, environ deux millions de tonnes ont coulé dans les fonds marins, ce qui fait de cet événement la plus grande marée verte connue au monde à cette époque.. Depuis 2008, le phénomène se reproduit tous les ans et la surface couverte a atteint un nouveau record en 2013 avec (contre en 2008).
États-Unis L'été 2016, des records de pullulations d'algues vertes ont été battus dans américains tant sur les littoraux que dans les eaux intérieures, sans doute à cause du réchauffement qui a aggravé les effets de la sécheresse selon une hypothèse explicativeStéphanie Senet (2016 « 20 États américains ont observé, au cours de l’été, une recrudescence d’algues vertes sur les littoraux et dans les eaux intérieures », article payant publié le 27 septembre 2016 par le Journal de l'environnement..
France Ce phénomène est apparu discrètement en Bretagne dans les années 1960, puis s'est amplifié dans les années 1970, et s'aggrave régulièrement surtout en Bretagne-nord. Environ et anses ont été régulièrement touchées de 1997 à 2008. Dans l'été 2006, une campagne aérienne a repéré dont 50 étaient des plages et 29 des vasières d'estuaires. Quatre-vingts pour cent des phénomènes massifs sont concentrés dans cinq grands sites.
Ces marées vertes sont à l'origine de la mort par intoxication de deux joggeurs en 1989 à Saint-Michel-en-Grève et en 2016 dans l'estuaire du Gouessant à Hillion, ainsi que celle d'un employé de la société Nicol survenue en 2009, alors qu'il transportait des algues vertes de la plage de Binic à la décharge de Lantic.
Dans le même temps, une eutrophisation du milieu est apparue dans d'autres régions européennesMenesguen A., 1990. Eutrophication along the French coasts. in : "Eutrophication-related phenomena in the Adriatic Sea and in other Mediterranean coastal zones", Bart H., Fegan L. (eds), Proc. Conf. 28-30 May 1990, Rome (Italie), C.E.C. Water Pollution Research Report, 16, 63-82., et une augmentation des grandes efflorescences planctoniques et des phénomènes similaires (efflorescences de Cyanophycées en eaux douces) a aussi été observée ailleurs dans le monde, y compris localement en eau douce, par exemple dans les grands lacs en Amérique du Nord.
Le phénomène continue à évoluer ; par exemple dans le bassin d'Arcachon, une nouvelle espèce d'algue verte (Monostroma obscurum) est apparue vers 1988-1989 et s'est fortement développée les deux années suivantes. Elle prolifère au printemps, mais perdure pour partie en automne et même en hiver.
On observe aussi des proliférations de plus en plus fréquentes de cyanophycées (bactéries photosynthétiques, proches des microalgues, dont certaines sont susceptibles de produire des toxines).
En 2017, les marées vertes ont été particulièrement intenses au printemps en Bretagne (600 hectares, soit le double de ce qui est habituel à la même époque) mais selon Sylvain Ballu, du Centre d'étude et de valorisation des algues (Ceva), cela pourrait être dû à des eaux plus chaudes et à un « hiver particulièrement calme » : les efforts des agriculteurs devraient peu à peu, dans les décennies à venir, porter leurs fruits. Claude Lesné, spécialiste de la toxicité des polluants aériens au CNRS, est un des premiers à mettre en évidence le danger de ces algues pour la santé.
Parmi les limites du plan algues vertes (PLAV), l'association Eau et rivières de Bretagne (ERB) dénonce l'échec sur « la question cruciale du foncier » : . Un PLAV 2 lancé le , visait à encourager des modes de production moins polluantsLutte contre les marées vertes : « Les derniers kilomètres les plus durs », RTBF, mai 2017..
Au delà des dépôts sur les plages, on découvre que le phénomène s'étend. La qualité des eaux de la rade de Brest se dégrade et on constate la prolifération d'algues vertes dans les fonds marins. Les conséquences sont "catastrophiques" pour cet écosystème : on y trouve des poissons, des huîtres, des pétoncles, des crustacés, des coquilles Saint-Jacques, ainsi que des bancs de maërl, parmi les plus abondants d'Europe. Or, l'on y observe une mortalité plus importante des espèces et la destruction des habitats.
En , le tribunal administratif de Rennes ordonne à l'État de prendre des mesures réglementaires adaptées. Deux ans plus tard, dans une décision rendue mardi , le tribunal administratif de Rennes fixe un délai de quatre mois à l’État pour renforcer la lutte contre les algues vertes en Bretagne. L’État devra agir . C'est l’association Eau et rivières de Bretagne, qui avait saisi le tribunal.
Le 16 juin 2026, la cour administrative d'appel de Nantes confirme la responsabilité de l'État pour préjudice écologique en baie de Saint-Brieuc, en raison de ses carences dans la mise en œuvre des réglementations sur les pollutions azotées d'origine agricole et de ses pouvoirs de police des installations classées. Elle lui ordonne de réparer le préjudice et de réduire significativement les apports d'azote dans un délai de six mois.
Espèces en cause thumb|Des ulves (Ulva armoricana), l'une des responsables des marées vertes. En France, ces algues sont toutes nitrophiles.
Sur la façade-Ouest, ce sont surtout Ulva armoricana (très fine) et Ulva rotundata (plus épaisse), deux nématothalles très photophiles, qui disposent de la lumière nécessaire à leur développement du printemps à la fin-septembre, mais on trouve aussi des algues vertes filamenteuses du genre Enteromorpha (Enteromorpha clathrata notamment) et des algues du genre Cladophora, ainsi que Monostroma obscurum à Arcachon depuis 1990 environ .
Dans les lagunes de la Méditerranée, c'est Caulerpa taxifolia qui pose problème.
Ce sont toujours des ulves ou des espèces proches qui sont impliquées dans les marées vertes, probablement pour les raisons suivantes : elles ont une capacité exceptionnelle à engranger les nitrates, ce qui leur permet une croissance rapide et régulière, même quand les apports en nitrates sont irréguliers ; elles sont dotées d'une forte capacité multiplicative asexuée par bouturage (fragmentation) ; en temps normal ce sont des algues fixées, mais leur forme libre est la plus apte à exploiter la zone intertidale, dès lors que des nitrates y sont présents et que ses prédateurs (brouteurs) y sont absents ; ces algues présentent une densité très légèrement supérieure à celle de l'eau de mer ; elles coulent, et on en rencontre des stocks parfois importants par des fonds de , mais lorsqu'elles arrivent dans les vagues les plus proches du rivage (le rideau), les mouvements de l'eau les maintiennent en suspension et elles se trouvent exposées de manière optimale au soleil, tout en étant protégées des organismes brouteurs ; quand elles sont segmentées par les poissons, oiseaux, hélices de moteurs, les morceaux donnent naissance à de nouveaux individus.
Ces algues vertes sont aussi favorisées par des apports de phosphore (détergents, engrais phosphatés, rejets de station d'épurationMenesguen A., 1990. Présentation du phénomène d'eutrophisation littorale. in : "La mer et les rejets urbains", Actes du colloque du 13-15 juin 1990, Bendor. Ifremer, Actes de Colloques, 11, 35-52.Menesguen A., 1996. Eutrophisation des écosystèmes côtiers et cycles biogéochimiques de l'azote et du phosphore. Rapport de synthèse 1992/1995 du thème "Eutrophisation" du Programme National d'Océanographie Côtière. 31 .) et d'azote (nitrates des engrais et des stations d'épuration) presque multiplié (de 1970 à 2000). La fertilisation des sols, entre autres par le lisier, semble la première cause du phénomène en Bretagne : les précipitations printanières induisent un lessivage des nitrates du sol et un débit accru des cours d'eau. Il y a effectivement un moindre volume d'algues lors des années sèches.
Conditions de prolifération Les marées vertes sont constituées par l'échouage de quantités importantes d'algues libres consécutif à une phase de croissance rapide des algues dans le rideau"Estuaries and coasts : spatial and temporal intercomparisons", Elliott M., Ducrotoy J.P. (eds), Proc. Symp. Estuar. Coast. Sci. Assoc., 4-8 sept. 1989, Caen (France), Olsen and Olsen, Fredensborg (Denmark), 117-122. 1992, c'est-à-dire dans les vagues les plus proches du rivage.
Pour que le rideau se forme, il faut réunir trois types de conditions : un site approprié : une baie avec un fond de couleur claire, en pente très douce et un bilan de courant de marée (sur un cycle flot-jusant) assez faible pour que les algues ne soient pas chassées de la baie.Leblond I., Menesguen A., Le Hir P., Cugier P., L'Yavanc J., 2001. Modélisation mathématique de la production micro- et macro-algale en Rade de Brest. Application à l'étude de scénarios de réduction de la marée verte à ulves de l'Anse du Moulin Blanc. Rapport Ifremer DEL/EC 01.03 pour la Communauté Urbaine de Brest, janvier 2001, 122 pp.Menesguen A., Cugier P., Leblond I., 2006. A new numerical technique for tracking chemical species in a multi-source, coastal ecosystem, applied to nitrogen causing Ulva blooms in the Bay of Brest (France). Limnol. Oceanogr.51, . Lire en ligne. Des lagunes peu profondes peuvent aussi être touchées par le phénomène (Venise) ;