Le syndrome de Miller Fisher (ou syndrome de Fisher ou SMF), décrit en 1956 par le neurologue canadien éponyme Charles Miller Fisher, est une variante rare du syndrome de Guillain-Barré, comme lui d'origine auto-immune et qui touche de manière aiguë principalement plusieurs des nerfs crâniens impliqués dans les mouvements des yeux et plus accessoirement d'autres nerfs crâniensVoir : . Les paires de nerfs crâniens principalement affectés par le syndrome de Miller Fisher peuvent donc être (et à chaque fois l'un ou l'autre ou les deux de la paire) : Celle du nerf ou nerf oculomoteur qui gouverne certains mouvements des yeux (strabisme convergent volontaire), des paupières (muscle releveur de la paupière supérieure), de l'iris (muscle sphincter de constriction ou dilatation de la pupille pour le réflexe photomoteur), et d'accommodation du cristallin. Celle du nerf ou nerf trochléaire qui commande le muscle oblique supérieur de l'œil pour divers mouvements (abaissement du regard, rotation interne du globe). Celle du nerf ou nerf abducens, ancien « nerf moteur oculaire externe », innervant les muscles droits latéraux des yeux, et dont la lésion peut entraîner : diplopie binoculaire horizontale (homolatérale à la lésion), strabisme convergent, parésie ou déficit d'abduction de l'œil du côté atteint se caractérisant par une ésotropie (déviation médiale de l’œil). Accessoirement et rarement peut aussi être touché le nerf facial avec ses fonctions motrices des muscles peauciers de la face (expressions du visage) et du muscle stapédien de l'oreille moyenne, ses fonctions sensorielles (cutanées de l'oreille + goût), et parasympathiques. On a aussi noté parfois une atteinte du nerf spinal accessoire , pouvant entraîner des troubles de la déglutition (risque potentiellement grave), de la phonation, de l'élocution, une faiblesse d'élévation de l'épaule ou de rotation de la tête vers un côté (voir : ).. Dans neuf cas sur dix, la présence d'auto-anticorps anti-gangliosides (anti-GQ1b), dirigés contre certains constituants de la myéline est détectée. Ce syndrome est parfois appelé polyradiculonévrite* crânienne démyélinisante aigüe acquise (non chronique) auto-immune. [*Ou parfois, à partir du terme anglais : « polyradiculoneuropathie inflammatoire »].

Dans sa forme classique, la plus fréquente, et dans la majorité des cas, le SMF évolue spontanément vers la guérison en quelques semaines à quelques mois, ce délai pouvant-être plus court et les résultats améliorés si le diagnostic est précoce, le traitement rapide et la rééducation adaptée.

Description L'inflammation neurologique créée par le syndrome de Miller Fisher affecte donc la base du tronc cérébral, entraînant notamment et surtout un dysfonctionnement plus ou moins marqué des trois paires de nerfs crâniens oculaires (soit les nerfs , et ). . . (Voir Note 1).

Ce syndrome appartient à la famille des polyneuropathies périphériques démyélinisantes acquises, dysimmunitaires aiguës et subaiguës et se présente comme une variante spécifique dite « régionale » du syndrome de Guillain-Barré, au même titre que d'autres variantes comme le syndrome de BickerstaffLes autres variantes régionales du syndrome de Guillain-Barré sont la « Diplégie faciale avec paresthésies » et le « Variant pharyngo-cervico-brachial du syndrome de Guillain-Barré ». Voir notamment dans l'arborescence du site Orphanet le schéma d'inclusion des maladies neurologiques rares ici : ..

Étiologie L'étiologie du syndrome de Miller Fisher (SMF) n'est pas entièrement élucidée en 2025. Mais le fait qu'il s'agisse d'une affection auto-immune, associée dans la grande majorité des cas à un épisode infectieux (la précédant de quelques jours/semaines, ou concomitant), est aujourd'hui plus qu'une suspicion.

Contexte et marqueurs Le plus souvent le SMF survient donc à la suite d'une infection des voies respiratoires supérieures ou d'une infection gastro-intestinale. Et il est alors associé à la présence dans le sang ou le liquide cérébrospinal (ou céphalo-rachidien) du patient d'anticorps « anti-gangliosides » (principalement des auto-anticorps « anti-GQ1b », un des constituants de la myéline).. Ces ..

Le SMF est donc typiquement associé à la présence d'auto-anticorps anti-GQ1b (dans 85% à 90% des cas selon les sources) ou plus rarement à des « anti-GT1a » ; parfois ces deux anticorps sont présents ensemble dans les analyses sanguines du patient. Dans un cas (exceptionnel) de SMF récidivant, on a aussi constaté la présence d'anticorps anti-GD1b.. Quoi qu'il en soit, le plus souvent ..

Mais les anti-GT1a peuvent aussi être trouvés dans les formes encore plus rares de SGB [syndrome de Guillain-Barré] avec présentation oropharyngée, parfois nommé « variant pharyngo-cervico-brachial du syndrome de Guillain-Barré ».. De même les anticorps anti-GQ1b se retrouvent souvent aussi dans les cas de Rhombencéphalite ou syndrome de Bickerstaff qui est très proche du syndrome de Miller Fisher : donc la présence d'anti-GQ1b ne permet pas de trancher le diagnostic différentiel entre ces deux syndromes. Leurs tableaux cliniques ayant aussi des ressemblances malgré quelques particularités respectives, ces deux aspects laissent certains chercheurs à penser que les deux syndromes .

En revanche, l'absence d'auto-anticorps ou de protéines dans les examens sanguins ou la ponction lombaire du patient n'exclut pas complètement la maladie, notamment lorsque le tableau clinique est suffisamment parlant et met en évidence la fameuse symptomatique typique du SMF (voir ci-dessous la section consacrée aux « symptômes »). Car les anti-GQ1b ou GT1a . Surtout si ces examens sont précoces et se situent peu après le début des symptômes. Néanmoins, , ou « réflexe d'Hoffman » (à ne pas confondre avec le « signe de Hoffmann »).

Cause probable fréquente L'hypothèse actuellement retenue est donc que le Syndrome de Miller Fisher (SMF) résultent d'une réponse auto-immune aiguë aberrante à une infection virale ou bactérienne antérieure : par exemple, Campylobacter jejuni, cytomégalovirus, virus d'Epstein-Barr ou virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Mais parfois une simple rhino-pharyngite ou trachéite sans gravité ou un syndrome grippal ou une gastro-entérite, ou encore un épisode de COVID-19 peuvent déclencher cette réaction auto-immune. Processus auto-immun, c'est-à-dire que le système immunitaire du patient lui-même attaque ses propres nerfs par ses anticorps à partir d'une ressemblance génétique entre la cellule nerveuse et l'agent pathogène déclencheur initial. ..

Environ deux tiers des cas sont précédés de symptômes d'infection des voies respiratoires supérieures ou de diarrhée, et environ 50 % développent une infection après le début des symptômes neurologiques. ..

Mais il reste donc une minorité importante de cas où l'on ne trouve pas de trace d'infection préalable aux symptômes neurologiques (ou simultanée). On doit alors tenter d'expliquer la désorganisation du système immunitaire par d'autres causes ; ainsi ont été dégagés les facteurs de risque suivants.

Facteurs de risque Les autres facteurs de risque parfois associés à la maladie évoquent : l'utilisation de certains médicaments ou certaines substances (héroïne, suramine, streptokinase et isotrétinoïne), l'utilisation d'un traitement anti-TNF alpha (immunoadhésines ou anticorps monoclonaux), d'autres maladies auto-immunes concomitantes (lupus systémique, maladie de Hodgkin et sarcoïdose), ou encore seraient parfois impliquées la chirurgie, l'anesthésie péridurale, la greffe de moelle osseuse et certaines vaccinations.

Tous ces éléments étant susceptibles de dérégler ou d'affoler le système immunitaire.

Symptômes thumb|upright=1.5|Absence de réflexe pupillaire photomoteur (pas de myosis) : pupilles dilatées bilatéralement avec réponse nulle de rétractation (ou constriction de la pupille) à la lumière lorsque celle-ci est projetée sur l'œil gauche (aréflexie, en plus de l'ophtalmoplégie avec ésotropie droite + diplopie, voir ci-dessus) chez un patient atteint du syndrome de Miller Fisher. Le syndrome de Miller Fisher est une variante rare et moins grave du syndrome de Guillain-Barré (SGB). Il est caractérisé par ce qu'on appelle une « » clinique de symptômes particulièrement significative et assez bien prédictive d'un diagnostic sûr s'ils se présentent ensemble : un manque de coordination des mouvements volontaires (ataxie), et une perte d'équilibre pendant la marche ; une absence de réflexes (aréflexie), ou à tout le moins une diminution de leur vivacité (hyporéflexie) ; perte ou diminution du réflexe photomoteur ou pupillaire : les pupilles des yeux du patient restent dilatées, même à la lumière ; une paralysie des muscles moteurs des yeux (ophtalmoplégie), ou seulement parfois une « ophtalmoparésie ». (perte partielle des capacités motrices de l’œil), l'une et l'autre entrainant principalement une vision double (diplopie) Kusunoki S, « Immune-mediated neuropathy » Rinsho Shinkeigaku 2008 Nov;48(11):1023-5. assez invalidante.

Les types de symptômes et leur variété d'accentuation dépendent surtout de quel nerf crânien est affecté (voir Note 1), et leur intensité dépend de l'ampleur de l'inflammation neurale provoquée par la réaction auto-immune sur chacun des nerfs plus ou moins touchés.

L'évolution est, en règle générale, favorable et sans séquelle.. Dans la plupart des cas, le rétablissement commence 2 à 4 semaines après le début des symptômes, et est pratiquement complet dans les 6 mois. Cependant certains individus peuvent conserver des déficits résiduels et dans moins de 3 % des cas il y a un risque de rechuteStatistiques (États-Unis).

Il semble être plus fréquent au Japon et à Taiwan Yuki N, Hartung HP, « Guillain–Barré syndrome » N Engl J Med. 2012;366:2294-304..

Traitement vignette|gauche|Développement de l'IVIG-biomimétique, anticorps utilisé lors des thérapies par immunoglobulines (animation, vue d'artiste).

Le traitement est essentiellement symptomatique, l'administration d'immunoglobulines ou la mise sous échange plasmatique ne semblant pas influencer l'évolution Mori M, Kuwabara S, Fukutake T, Hattori T, « Intravenous immunoglobulin therapy for Miller Fisher syndrome » Neurology 2007;68:1144-6. (contrairement au syndrome de Guillain-Barré).

Néanmoins en 2025, lorsque le diagnostic est fermement posé et les symptômes nets, donc lorsque l'atteinte est importante (incapacité à marcher ou ophtalmoplégie complète) la perfusion intraveineuse d'immunoglobulines reste de règle. thumb|upright=1.2|Une machine Fenwal Erythrophérèse utilisée pour la plasmaphérèse. Et cela déjà à titre conservatoire dans le but d'éviter une aggravation éventuelle, notamment l'évolution vers une insuffisance respiratoire : celle-ci, très rare, a été rapportée chez des patients atteints d'un Syndrome de Miller Fisher associé à d'autres formes du Syndrome de Guillain-Barré (on parle alors de « syndrome de chevauchement SMF/SGB »)..

Si l'insuffisance respiratoire dépasse un certain seuil et devient sévère ( : trop de gaz carbonique et pas assez d'oxygène dans le sang), et s'il y a apparition de dysphagie (trouble de la déglutition), si donc les nerfs qui commandent ces actions vitales semblent touchés, en plus de l'admission du patient en unité de soins intensifs (pour assistance respiratoire et autres), le traitement par plasmaphérèse (échange plasmatique), plus lourd que l'injection d'immunoglobulines, reste de rigueur : une machine pompe le sang du corps et élimine les protéines attaquant le système nerveux, puis elle réinjecte le sang purifié.

Mais il s'agit là d'une complication très rare d'une maladie elle-même très rare. En revanche, une guérison spontanée et une rémission totale ne sont , .

Historique vignette|redresse=0.7|alt=|Charles Miller Fisher