Le parc national de Marojejy est un parc national dans la région de la Sava au nord-est de Madagascar. Il couvre sur le massif du Marojejy, une chaîne de montagnes qui culmine à une altitude de . Depuis sa création en 1952 sous statut de réserve naturelle intégrale, y accéder est longtemps resté l'apanage des chercheurs et des scientifiques. En 1998, il est ouvert au public avec son nouveau statut de parc national et gagne ses lettres de noblesse en 2007 lorsqu'il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial, à l'instar de cinq autres aires protégées, regroupées sous la dénomination de forêts humides de l'Atsinanana. Malgré l'irrégularité de son relief, le braconnage et les coupes sélectives demeurent des problèmes persistants, surtout depuis le début de la crise politique de 2009. L'exploitation minière, l'agriculture sur brûlis et les coupes de bois constituent également des menaces pour le parc et sa biodiversité.
Les reliefs escarpés et la topographie particulière qui caractérisent le massif ont créé une multitude d'habitats différents qui se succèdent sur les versants en fonction de l'altitude ou de l'orientation géographique. En effet, au sommet, la forêt de nuages constituée de fruticée, la dernière de Madagascar, laisse place, à mesure que l'on descend, à des arbres plus grands et de moins en moins couvert d'épiphytes. De plus, les flancs orientaux de la montagne sont plus humides et abritent donc une végétation plus luxuriante, alors que les flancs occidentaux sont plus secs. L'étonnante diversité des habitats qui en résulte permet d'y trouver pas moins de d'oiseaux, de reptiles et d'amphibiens et de lémuriens. Le Sifaka soyeux (Propithecus candidus), lémurien emblématique du parc, fait partie des de primates les plus menacées au monde sur la liste de l'UICN. L'Eurycère de Prévost (Euryceros prevostii) est l'oiseau emblématique du parc, endémique des forêts du nord-est de Madagascar.
Une seule piste mène de l'entrée du parc au point culminant du massif, le long de laquelle trois campements sont disposés : le camp Mantella à d'altitude entouré de hauts arbres, le camp Marojejia à d'altitude à la transition des forêts de basse altitude avec celles de montagne, et le camp Simpona à au milieu des forêts de haute montagne. Le camp Simpona fait office de camp de base avant l'ascension du sommet par un sentier qui s'étire sur parcourus en quatre ou cinq heures.
Localisation Le parc national de Marojejy se situe dans le nord-est de Madagascar, dans la région Sava entre les villes d'Andapa et de Sambava et s'étend approximativement sur d'est en ouest et sur du nord au sud. Son point le plus à l'est est situé à de la côte. Il se situe majoritairement dans la chaîne de montagnes connue sous le nom de massif du Marojejy, culminant à de hauteur.
Histoire Origine du nom Le massif, et par extension le parc national, tirent leur nom du grand nombre de massifs granitiques, de palmiers ainsi que du climat fortement pluvieux du massif. En effet, le nom est, étymologiquement, dans la tradition orale malgache locale, composé de deux mots, maro et jejy. Le mot maro exprime l'idée d'un grand nombre (on pourrait le traduire littéralement par ). Il existe plus d'ambiguïté sur le mot jejy, qui pourrait à la fois désigner des rochers ou des palmiers, mais également des esprits (certains habitants de la région affirment que leurs ancêtres croyaient que le massif était peuplé de nombreux esprits) ainsi que le crachin, en référence au climat pluvieux du massif. La pluralité des hypothèses concernant les origines du nom Marojejy résulte du fait que seule la tradition orale en conserve la mémoire.
Histoire de la création du parc vignette|Ambatotsondrona.|alt=photo d'une montagne rocheuse émergeant d'une forêt. Une expédition scientifique portant sur tous les massifs montagneux de Madagascar, menée par une mission zoologique franco-anglo-américaine, est présente dans la région en 1929, mais le Marojejy n'est pas visité avant 1937 lorsque le capitaine L.J. Arragon du Service géographique de Madagascar effectue l'ascension du Marojejy oriental. Arragon ne conduit pas une mission naturaliste, mais doit placer un point géodésique. Aucune recherche spécifique à la biodiversité n'est alors menée.
Le massif n'est pas géologiquement décrit avant que le botaniste français Henri Jean Humbert du Muséum national d'histoire naturelle de Paris n'explore ces montagnes en 1948. Humbert avait préalablement parcouru de nombreuses montagnes en Afrique continentale et à Madagascar, avant de venir au Marojejy. C'est en accomplissant l'ascension du massif du Tsaratanana en 1937 qu'Humbert aperçoit, du sommet de l'Amboabory à d'altitude, la silhouette du massif de Marojejy situé dans le district d'Andapa. Il décide alors d'organiser une mission spéciale d'étude de ces montagnes. Entre et , il passe cinq mois à récolter un herbier de pour étude. Après ses intenses efforts de terrain et ses analyses des spécimens, il publie en 1955 le livre , dans lequel il décrit le massif comme étant .
Dès son retour de terrain, Humbert redouble d’efforts pour défendre le Marojejy et le faire classer. Pierre Boiteau est désigné le comme rapporteur d'une demande d'avis de François Mitterrand, ministre de la France d'Outre-MerProjet de décret du disponible dans les archives de l'Assemblée de l'Union Française Nationales déposées aux Archives Nationales. Le massif devient la et dernière réserve naturelle intégrale de Madagascar en 1952. Sous ce statut, la réserve était interdite à toute visite à l'exception des expéditions scientifiques dûment autorisées. Ce faisant, il permit sans doute au massif de survivre à la croissance démographique et aux multiples pressions anthropiques de cette zone. En 1998, le Marojejy devient un parc national pour permettre sa visite au public.
Négociations des limites du parc thumb|right|alt=Carte représentant les limites, et les forêts (primaires / dégradées), la piste depuis le centre d'accueil des visiteurs et les routes vers les villes avoisinantes.|Carte du parc national de Marojejy. Les limites du parc national de Marojejy sont tout d'abord établies approximativement lorsque le statut de la réserve est décrété en 1952. Un second décret () du gouvernement de Madagascar en 1966 confirme le statut de réserve naturelle intégrale, et ses limites sont marquées par , à partir desquelles la superficie de la réserve est estimée à . À l'époque, deux familles vivaient à à l'intérieur des limites de la réserve, ce qui était initialement permis sous certaines conditions qui imposaient qu'elles ne devaient pas étendre leurs cultures plus à l'intérieur de la réserve ni permettre à d'autres de faire de même. Les familles furent plus tard expulsées pour avoir violé ces règles. De nombreuses familles des communautés locales ne comprenaient pas pourquoi une si grande surface était protégée alors qu'elle regorgeait de ressources qui leur étaient pourtant nécessaires au quotidien. C'est sur de telles considérations qu'entre la fin des années 1980 et jusqu'en 1993, certaines personnes de ces communautés décident de ne plus respecter le statut de la réserve et commencent à défricher les limites extérieures pour entreprendre des plantations de vanille et de café. En 1993, le World Wide Fund for Nature (WWF) ainsi que le Service des eaux et forêts malgache renouvellent les efforts pour la conservation des espèces dans ce secteur et expulsent les personnes qui y habitent. Les limites sont renégociées avec la communauté locale en se basant sur le décret de 1966. L'ouverture de pistes et l'installation de bornes permettent de marquer clairement les limites de la réserve.
Au cours des années suivantes, de nombreuses personnes des communautés riveraines de la réserve s'impliquent davantage dans la surveillance de la forêt, réduisant quasiment à néant le défrichage qui ne couvrait plus que quelques hectares. Action difficile à mener puisque la population est répartie assez régulièrement autour du parc et s’accroît toujours rapidement. La prise de conscience locale n'empêche pas une surveillance étroite et soutenue afin d'éviter de nouvelles réductions de la zone sauvage.
En 1998, le WWF demande au gouvernement de Madagascar de lever les restrictions en vigueur sur la réserve pour développer l'écotourisme et générer des revenus afin d'en faire bénéficier les populations riveraines. Grâce au décret () signé en , la réserve accède au statut de parc national. Les limites sont renégociées, spécifiquement dans les régions ouest et nord-ouest du parc et cette fois-ci, en utilisant des marques naturelles comme les lignes de crête. La superficie du parc est ajustée à , en permettant à certaines communautés du nord-ouest d'avoir accès à des zones encore intactes, alors que d'autres communautés du nord-ouest perdent des terres arables. Environ , illégalement défrichés à l'intérieur du parc, font cependant encore partie du parc. Il y a désormais et les limites sont géoréférencées. Des bornes intermédiaires sont placées entre les anciennes de manière à délimiter précisément les limites du parc lors d'éventuelles contestations qui émaneraient de la communauté locale.
En , des rapports démontrent que certaines de ces bornes ont été déplacées avec l'approbation de certains employés du parc et que ces surfaces ont ensuite été défrichées pour de nouvelles cultures. En , le coordonnateur logistique du Parc, ainsi qu'un agent de conservation du Parc qui vendait ces nouvelles terres (environ ) à un fermier local pour de francs malgaches (~) sont renvoyés pour ces faits. En 2010, une nouvelle démarcation est ajustée et la nouvelle superficie du parc est réduite à ..
Reconnaissance comme patrimoine mondial De nombreuses expéditions depuis le début des années 1970 jusqu'aux années 1990 ont étudié les écosystèmes de ces montagnes et inventorié la flore et la faune. En 2007, le Marojejy, au sein des forêts humides de l'Atsinanana, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. À cause des coupes illégales et des trafics de bois précieux, surtout après le début de la crise politique de 2009 à Madagascar, les forêts humides de l'Atsinanana sont placées sur la liste du patrimoine mondial en péril en 2010.
Habitat et topographie thumb|left|alt=Les trois pics, vus du sommet du Marojejy.|Aperçu des montagnes entourant le sommet du Marojejy à .
Le parc national de Marojejy couvre et protège pratiquement la totalité du massif, dont les altitudes s'échelonnent de à à son sommet. Le massif fait partie d'une chaîne de montagnes qui s'étend du Tsaratanana au nord-ouest jusqu'à la presqu'île de Masoala au sud. Les crêtes du massif forment une bande est-ouest sur laquelle se trouvent de nombreux pics intégrés dans une structure discontinue avec de nombreuses ruptures de pente, des lignes de crêtes parallèles et divergentes entrecoupées par des falaises escarpées et irrégulières. S'élevant à d'altitude sur une distance de moins de , le massif de Marojejy offre un des terrains les plus accidentés de Madagascar. En conséquence de ce relief brusque à la topographie singulière, le massif présente une variété de microclimats et de nombreux habitats différents, et un des rares endroits au monde où la forêt de nuages, constituée de fruticée, la dernière de Madagascar est rapidement suivie par le fourré montagnard à une faible distance. De même, avec cette topographie singulière, la mosaïque végétale varie entre les crêtes et les versants du massif et ce à la même altitude. Par exemple, les versants et les crêtes qui les dominent ont souvent moins de 20 % d'espèces végétales en commun.
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