L'histoire du Costa Rica commence entre et L'isthme centraméricain n'est d'abord qu'un lieu de passage vers l'Amérique du Sud. Mais de petites communautés se sédentarisent progressivement : on estime qu'à l'arrivée des Espagnols, au , le territoire actuel du pays est occupé par personnes. La population en 2020 du pays est estimée à un peu plus de .
Christophe Colomb aborde la côte atlantique en 1502, lors de sa quatrième et dernière exploration, et donne au pays, selon la légende, son nom de « côte riche ». Mais les ressources naturelles ne s'avèrent pas aussi abondantes qu'escompté et le Costa Rica ne constitue au sein de la capitainerie générale du Guatemala et de la Nouvelle-Espagne qu'une province de moindre importance. Ayant acquis son indépendance en 1821, le pays incorpore brièvement l'Empire mexicain, avant de rejoindre la république fédérale d'Amérique centrale en 1823, puis de devenir pleinement indépendant en 1838.
Après la guerre civile de 1948 est proclamée la République dont la constitution, qui entre en vigueur en 1949, institutionnalise l'État-providence et supprime l'armée, ce qui fait du Costa Rica l'un des rares États à ne pas avoir d'armée. La neutralité de ce pays considéré comme une démocratie modèle et sa prospérité font qu'on le surnomme fréquemment « la Suisse de l’Amérique centrale ».
Avant 1500c : période précolombienne
On considère que le continent américain est occupé à partir d'environ ans avant notre ère par des chasseurs asiatiques ayant emprunté, au cours d'une période glaciaire, le détroit de Béring. L'actuel Costa Rica se voit parcouru entre et , mais n'est au début qu'un lieu de passage vers l'Amérique du Sud. L'agriculture se développe de à environ avant notre ère. Elle privilégie les tubercules — manioc, patate douce — originaires d'Amérique du Sud dans la région atlantique et les grains — maïs, haricot — propres aux régions arides du Mexique, dans le Guanacaste et la Vallée centrale ; ces deux derniers aliments constituant, avec la tomate et les piments, la base de l'économie rurale.
L'agriculture et la sédentarisation se consolident jusqu'en 800 environ. Les premières structures politico-sociales et religieuses se mettent en place dans une région qui constitue alors une zone intermédiaire entre les civilisations méso-américaines (au nord) et andines (au sud). Dans la région du Turrialba, à l'est de San José, la cité de Guayabo est construite par l'union de ces deux civilisations vers 1000 , et abandonnée vers 1400 apr. J.-C. pour une raison inconnue. Cette cité, devenue monument national, mise à part, les structures socio-politiques précolombiennes de l'actuel Costa Rica n'ont laissé que peu de traces physiques dans le pays. Il subsiste cependant plusieurs poteries, sculptures, bijoux en or et en jade, notamment visibles au Musée de l'Or précolombien et au Musée du Jade de San José. Beaucoup de pièces ont par ailleurs disparu à cause de fouilles clandestines et se trouvent aujourd'hui dans des collections privées.
Les populations indigènes sont au Costa Rica relativement éparses. Elles sont divisées en groupes ethniques eux-mêmes divisés en tribus rivales dirigées par des caciques . Elles présentent des caractéristiques propres aux autres populations de l'Amérique centrale : transition d'un habitat dispersé à un habitat collectif pré-urbain voire urbain (en 1502, quelques agglomérations comptent plus de habitants), croyance en une religion polythéiste, sacrifices humains, culte des morts, fréquence des opérations guerrières (au moins six tribus coexistent sur ), société très hiérarchisée.
La guerre sert à accroître le territoire tribal, capturer des esclaves et des femmes pour en faire des concubines, capturer des victimes sacrificielles. De jeunes vierges sont notamment jetées dans le cratère du volcan Poás. Les rites funéraires traduisent la position sociale du défunt : les caciques sont ainsi enterrés avec leurs esclaves, censés les servir dans l'au-delà, et quelques-unes de leurs femmes, tuées après avoir été endormies à l'aide de plantes narcotiques. Dans le cadre des cérémonies religieuses, les chamans et les médecins consomment du tabac (dont les vapeurs éloignent les esprits) et des substances hallucinogènes (pour atteindre un état de transe, qui permet de connaître l'origine des maladies).
Les Chorotoga, agriculteurs dont la société est divisée en classes (nobles, prêtres, peuple, esclaves, prisonniers de guerre), correspondent au peuple le plus développé. Ce nom dériverait de Cholula, ville aztèque située au Mexique, ou bien signifierait « peuple qui fuit » d'après deux racines nahuatl, la tribu originaire du Sud mexicain ayant fui ses ennemis avant de venir s'établir au nord-ouest du Costa Rica vers le . Ils possèdent une langue écrite, fixée sur des parchemins en peau de chevreuil, un calendrier rituel d'origine maya, et se servent de fèves de cacao, plante qu'ils ont acclimatée dans la région, comme monnaie d'échange. Influencés par l'art mexicain, ils maîtrisent l'art de la céramique mais sont surtout réputés pour leurs ornements en jade.
Les Huetar sont des chasseurs, pêcheurs et cultivateurs d'origine caraïbe et sont certainement le groupe le plus anciennement établi. Ils occupent la quasi-totalité du littoral atlantique, le nord-est et la Vallée centrale et sont spécialisés dans le travail de la pierre, surtout volcanique. C'est sur leur territoire que se trouvent les ruines de la cité de Guayabo. Les Kéköldi et les Bribri occupent la côte caraïbe.
Les Brunka ou Borruca, venant sans doute de Colombie, vivent sur la cordillère de Talamanca et la côte sud du Pacifique. Ils excellent dans le travail de l'or, ce qui laisse à penser qu'ils appartiennent à la culture chibcha ; en effet, les Chibchas, également d'origine colombienne, se sont installés sur la péninsule d'Osa, et sont capables de concevoir des objets en or, en cuivre ou en tumbaga (alliage d'or et de cuivre) d'une grande finesse. Ce sont ces peuples qui ont laissé dans la région de Díquis plusieurs milliers de mystérieuses sphères de pierre, de diamètre variant de à , composées d'andésite, de granit ou de pierres d'origine sédimentaires, et dont la signification et l'usage sont inconnus, tout comme les techniques employées pour parvenir à une si parfaite rotondité ; les carrières de pierre utilisée pour ces sphères sont parfois distantes d'une trentaine de kilomètres du site cérémoniel. Galerie d'art précolombien du Costa Rica
Période coloniale (1502-1821) Premières incursions espagnoles : exploration, conquête (1502-1540) vignette|Quatrième voyage de Colomb : 3 mai 1502 – 7 novembre 1504.
Christophe Colomb arrive dans la région le dimanche , au cours de son quatrième et dernier voyage d'exploration, après quatre mois et huit jours en mer. Il débarque entre l'île Quiribri (aujourd'hui nommée Uvita) et le village indien de Cariari (actuel emplacement de Puerto Limon). Dans la mesure où les Espagnols ne posent pas pied à terre, c'est d'abord les indigènes qui, à la nage, viennent leur proposer des marchandises à troquer. Quelques marins s'aventurent ensuite à l'intérieur des terres en compagnie de guides. Lorsqu'ils lèvent l'ancre, le 5 octobre, Colomb décide de capturer sept Indiens, et en retient finalement deux (ceux qu'il juge les plus importants), pour qu'ils lui fassent connaître les richesses du pays et, notamment, ses mines d'or. Il poursuit sa route vers le Sud et rencontre des Indiens Guaymi dans la baie de Chiriqui (actuel Panama). Il écrit aux rois d'Espagne que des Indiens couverts de bijoux lui ont parlé de mines d'or, ce qui l'aurait amené à nommer, selon la légende, cette partie de la terre ferme la « côte riche ».
Se fiant à ces descriptions, les explorations suivantes se concentrent sur le Panama. En 1508, Alonso de Ojeda et Diego de Nicuesa sollicitent le roi Ferdinand à Madrid pour obtenir l’autorisation de conquérir la « Tierra Firme », qu'il divise en deux parties : la Nouvelle Andalousie (est du Venezuela, ouest de la Guyane et nord du Brésil), à l'est du Río Atrato, pour Ojeda, et la Castille d'Or, ou Veraguas (Amérique centrale, jusqu'au Panama, et moitié de l'actuelle Colombie), à l'ouest, pour Nicuesa. Mais des dissensions éclatent entre les deux hommes et cette première tentative de colonisation se termine sur un échec. Devant l'avancée de Nicuesa, les Indiens brûlaient leurs propres récoltes ; dépourvus de ressources alimentaires, fréquemment attaqués et atteints de maladies tropicales, les Espagnols voient leurs effectifs réduits de moitié, et le gouverneur retourne en Espagne en 1511. Quelques survivants se regroupent autour de Vasco Núñez de Balboa, un jeune voyageur clandestin cherchant à échapper à des créanciers à Saint-Domingue, et atteignent la mer du Sud (c'est-à-dire l'océan Pacifique) le 25 septembre 1513, en traversant l'isthme panaméen.
En 1513, Pedro Arias de Ávila est nommé gouverneur et capitaine général de Castille d'Or. Il y arrive en 1514 et poursuit les exactions des expéditions précédentes, que Charles Quint lui avait pourtant ordonné de faire cesser. Cependant, il fonde le la ville de PanamáQui sera plus tard brûlée par le corsaire anglais Henry Morgan, avant d'être reconstruite à proximité., qui sert dès lors de point de départ des expéditions futures vers le Costa Rica et une partie du Nicaragua. Une seconde expédition vers le Costa Rica a lieu en 1522 sous le commandement de Gil González Dávila. Au cours d'une marche de plus de 700 kilomètres sur le versant pacifique, du Costa Rica au nord du Nicaragua actuel, il baptise selon ses notes de voyage environ Indiens, commerce avec eux et parvient à amasser d'énormes quantités d'or. Mais il doit s'enfuir devant la cupidité du gouverneur de Panama, Pedro Arias de Ávila, qui a par ailleurs mis à mort son propre beau-fils, Vasco Núñez de Balboa.
Plusieurs tentatives de colonisation ont lieu. Francisco Hernández de Córdoba fonde la ville de en 1524, près de l'actuelle Puntarenas, mais ce premier établissement périclite rapidement et disparaît en 1528, à cause de maladies, de dissensions entre Espagnols et d'attaques d'Indiens (effectuées en réponse à des exactions des envahisseurs). Ces attaques ont aussi raison de la Villa de la Concepción, fondée en 1535, et de Marbella et , fondées en 1540. Les conquistadors se contentent surtout de piller le littoral, de capturer et de réduire les Indiens en esclavage.
Conquête, colonisation (1540-1575) Le statut juridique du territoire n'est défini avec certitude qu'en 1560, alors qu'une partie de l'ancien duché de VeraguaNom donné à la côte découverte par Christophe Colomb, créé en 1537 par Charles Quint pour Luis Colón de Toledo (qui réclamait l'héritage de son grand-père), est rattachée, à la suite de l'échec de son expédition, au Guatemala (faisant donc partie de la capitainerie générale du Guatemala), et devient la Nouvelle-Cartago, puis la province de Costa Rica
En 1561, sur décision du roi Philippe II, arrive au Costa Rica avec 90 Espagnols recrutés au Guatemala et au Nicaragua, des esclaves noirs, des Indiens nicaraguayens, ainsi que des animaux d'élevage (chevaux, vaches, cochons, chèvres, canards, poulets), et fonde la première colonie permanente du pays, , dans la région centrale. L'année suivante vient Juan Vázquez de Coronado ; en 1563, il déplace Garcimuñoz vers un lieu plus fertile, enrichi par les dépôts volcaniques issus du mont Irazú, et la renomme Cartago, qui devient la capitale de la colonie en 1564.
vignette|Coronado remet la jeune Dulcehe (auparavant enlevée par un chef indien) à son frère, le cacique Corrohore. Tableau de .