thumb|Aufseherin - KZ Lager. Aufseherin (en allemand : « surveillante »Sie gehören zum Gefolge der Waffen-SS. Source : Institut für Zeitgeschichte, München.) est le terme utilisé dans la Lagersprache pour désigner une gardienne auxiliaire civile (SS-Gefolge) des SS dans les camps de concentration nazis. Recrutée sous l'impulsion d'Heinrich Himmler, elles sont chargées de garder les prisonnières dans les camps de femmes tout au long de la guerre.

Recrutement En 1937, les Aufseherinnen sont recrutées grâce à des petites annonces publiées dans des journaux, annonces promettant logement et nourriture pour garder des . Ce recrutement est une initiative d'Heinrich Himmler, qui craint les contacts sexuels entre les gardiens SS et les détenues, comme ce fut le cas dans certaines prisons de la SA. Pour être recrutée, il faut remplir plusieurs critères : être âgée de 21 à , de préférence célibataire, faire au moins , passer un examen médical pour être déclarée apte au travail et avoir un casier judiciaire vierge. Elles doivent également être âgées de moins de . Il faut également pouvoir prouver sa loyauté au régime nazi. Le poste offre également des avantages dont la couverture médicale, la cotisation pour leur retraite mais aussi un meilleur salaire que dans les usines. Elles sont en effet payées 186 Reichsmark (RM) par mois et leurs heures supplémentaires sont payées 35 RM dès les supplémentaires atteintes. Pendant les trois premiers mois, elles sont considérées comme stagiaires avant d'obtenir automatiquement le grade de surveillante.

Selon une lettre de l'administration du camp envoyée à une candidate : . En effet, âgées en moyenne de , nombre d'entre elles sont sans qualifications, des femmes de ménage, des auxiliaires de cuisine ou encore des ouvrières. Ce nouveau poste leur offre une ascension sociale rare, impression renforcée par le port de l'uniforme gris marron composé d'une veste, d'une jupe, d'un jupon, de bottes, de chaussures de ville, d'une cape en Loden et d'un couvre-chef. Selon la déportée Margarete Buber-Neumann, .

Face à l'augmentation du nombre de camps pour femmes en 1942, les candidatures spontanées ne sont plus suffisantes et les modalités de recrutement doivent être modifiées. Par exemple, Edmund Bräuning, le commandant de Ravensbrück, se lance dans une tournée promotionnelle dans les entreprises allemandes pour tenter de recruter des ouvrières en leur décrivant . Chacune de ses tournées déclenche une vingtaine de nouvelles candidatures. Les entreprises sont également mises à contribution, poussées à recruter des gardiennes parmi leurs ouvrières pour pouvoir profiter de la main-d'œuvre bon marché des camps. En 1943, les autorités continuent de poster des petites annonces dans les journaux, rédigées de façon neutre, sans jamais mentionner mais parlant plutôt de ou encore .

À la même période, l'obligation de service (Dienstverpflichtung) se renforce et certaines femmes sont enjointe de se présenter à Ravensbrück pour devenir gardiennes, comme Marianne Essmann, ouvrière dans l'usine Mechanik Gmbh Rochlitz. Certaines expliqueront après-guerre qu'elles ont été obligées de prendre ce poste mais la vérité est que, bien qu'elles n'aient pas le choix de se présenter sur leur nouveau lieu de travail sous peine d'être envoyée en prison, elles n'étaient pas obligées de signer de contrat avec la SS après leur formation. Selon les historiens actuels, les femmes refusant de travailler dans les camps ne risquaient aucune sanction, elles étaient juste renvoyées sur leur ancien lieu de travail. Seules les femmes enceintes ou celles ayant au moins deux enfants de moins de ne pouvaient être convoquées pour ce poste.

En 1944, sont recrutées, ce qui est un record.

Formation, statut et affectations En , elles sont formées au camp de concentration de Lichtenburg, qui est alors le seul camp pour femmes d'Allemagne dont les détenues viennent de tout le pays. À partir de 1938, les gardiennes seront formées à Ravensbrück avant d'être envoyées travailler dans d'autres camps aux quatre coins du Reich. Ravensbrück restera le seul camp de formation des gardiennes jusqu'en 1944, tout en se professionnalisant. Au fil des années, la formation passe de trois mois à six semaines pour faire face à la multiplication des camps de femmes. Alice Orlowski ne passera que sept jours en formation avant d'être envoyée au camp de Majdanek.

Bien qu'elles puissent avoir des postes à responsabilités, les Aufseherin sont toujours sous le commandement d'un homme, le commandant du camp ou le directeur du camp de détention préventive. Dans les camps où elles sont affectées, les Aufseherinnen change chaque jour de commando d'affectation pour éviter les connivences avec les prisonnières. Considérées comme le bas de l'échelle dans les camps, elles ont la possibilité de gravir les échelons en devenant responsable d'un bloc (Blockführerin) ou d'un commando (Erstaufseherin ou Kommandoaufseherin), chargée du comptage des prisonnières lors des appels (Rapportführerin) ou encore surveillante du mitard (Arrestaufseherin). Le plus haut échelon auquel pouvait accéder les surveillantes est le statut de responsable du camp des femmes (Lagerführerin) comme ce fut le cas pour Maria Mandl à Auschwitz. Certaines ont également des chiens de garde qui leur servent lors de leur surveillance dans les commandos extérieurs au camp. Toutes portent une arme de service.

Dans les camps de l'Est, le personnel est composé à 90 % d'hommes et les commandants se plaignent du manque de personnel féminin. À Auschwitz, elles étaient environ 170 gardiennes contre tandis qu'à Majdanek, elles sont 19 gardiennes pour en 1943. Selon une statistique de , travaillent dans les différents camps du Reich.

Quatre camps d'extermination n'ont jamais eu de surveillantes féminines : Treblinka, Bełżec, Chełmno et Sobibór. Ravensbrück restera le seul camp exclusivement féminin durant la guerre, les autres n'étant que des enclaves dans des camps mixtes.

Vie en communauté À Ravensbrück, les gardiennes sont logées dans des maisons de campagnes qui longent le lac Schwedt, chaque maison comprenant 10 appartements individuels ainsi que 4 chambres de bonnes sous les toits. La cave est transformée en buanderie, installations de chauffage et lieu de stockage. Face à l'augmentation des recrutements, dans les dernières années de guerre, les nouvelles recrues sont logées dans des casernes construites à la hâte. Dans les autres camps, les Aufseherin sont logées en collectif dans des baraquements ou des bâtiments préexistants. En 1943, lors de leur arrivée à Majdanek, les cinq nouvelles gardiennes sont logées dans une maison qu'elles partagent avec des officiers SS. Ce n'est qu'en mars qu'elles emménagent dans un logement construit spécialement pour elles. À Auschwitz, à l'exception de la gardienne en chef, elles sont logées dans des casernes composées de dortoir de lits superposés comme leurs homologues masculins.

Toujours logées ensemble, les gardiennes sont dès 1942 poussées à se surveiller mutuellement en créant la fonction de Hausälteste (doyenne de la maison) chargées de la bonne application du règlement intérieur (Hausordnung). Le poste change de main chaque semaine et en cas de transgression, elles sont chargées de faire un rapport au commandant du camp. À Ravensbrück, en plus de ce logement communautaire, tout est mis en place pour créer une alchimie de groupe. Plusieurs institutions sont mises en place et des excursions avec les hommes de la SS sont régulièrement organisées.

Les gardiennes étant majoritairement célibataires, les rapports sexuels entre elles et les SS sont acceptés et peuvent même déboucher vers le mariage, comme celui de Franziska Buchinger et Franz Steidl à Ravensbrück en 1940. Ces mariages sont considérés comme une élévation sociale pour les gardiennes, les SS étant vus comme l'élite de la société nazie. Lors d'une grossesse, les femmes sont d'abord licenciées mais à partir de 1942, la Kommandantur renonce à ce choix de peur de voir leur poste rester vacants et décide alors de mettre en place des structures pour prendre en charge les enfants sur les lieux de travail des gardiennes. En 1941 à Ravensbrück, un chantier est lancé pour transformer une villa en foyer pour enfants avec, dès 1942, des puéricultrices professionnelles chargées de s'en occuper.

Comportement des gardiennes Selon les témoignages des rescapées, les nouvelles recrues sont souvent mal à l'aise, voire apeurées par l' mais prennent vite le pli. Selon Germaine Tillion, survivante de Ravensrbück : .

D'après un article de l'historien Philippe Aziz de 1982, . Sur la transformation des nouvelles gardiennes en femmes sadiques, nous citons le témoignage, rapporté par Philippe Aziz, de la sociologue Germaine TillionPhilippe Aziz, 1982, . qui est accablant : . En quelques jours, des jeunes femmes dont certaines étaient issues de la bonne société, se transformaient, pour leur majorité, Philippe Aziz, 1982, « introduction », ..

Au cours de la guerre, on voit une montée de la violence et de la radicalisation des gardiennes, passant des claques au visage, des insultes ou des coups à pied à des châtiments plus violents comme des coups de fouet et de bâton. Certaines se font un nom de par leur comportement à part. Par exemple, Hermine Braunsteiner, surnommée (jument en polonais) par les prisonnières., est connue pour les coups de pied violents dont elle roue ses victimes, avec ses bottes qu'elle a fait équipée de pointes de métal tandis qu'Irma Grese est surnommée la de par son comportement cruel. Une autre raison de cette radicalisation dans les camps d'extermination est la présence des hommes, les femmes voulant prouver qu'elles valent sans cesse autant que le . Bien que ne participant ni aux gazages, ni aux fusillades , les Aufseherin participent aux sélections et surveillent les prisonniers devant les chambres à gaz.

Dans les camps de l'Est, les gardiennes participent elles aussi à l'entreprise de vol et de corruption en vigueur. Bien que le fait de voler des biens réquisitionnés aux déportés soit un crime contre l'État, plusieurs d'entre elles sont traduites en justice devant les tribunaux SS et risquent d'être mise aux arrêts. D'après Rudolf Höss, une gardienne fut condamnée à cinquante coup de gummi (matraque) et d'un internement à vie dans un camp pour avoir volé des .

Il y a aussi quelques exceptions, comme ces gardiennes qui face à la surpopulation carcérale, se plaignent de leurs conditions de travail et tentent de s'y soustraire par des arrêts maladie et des congés de convalescence.

Camps, noms et grades thumb|upright|Irma Grese - Bergen-Belsen. thumb|upright|Maria Mandl - Auschwitz. thumb|upright|Herta Bothe en attente de son jugement () - Bergen-Belsen.

La surveillante en chef à Allendorf était Kaethe Hoern À Auschwitz : Johanna Langefeld, Maria Mandl, Margot Dreschel, Irma Grese, Elisabeth Lupka et Elisabeth Volkenrath. À Belzig, la chef des gardiennes était Hedwig Ullrich. À Bergen-Belsen, les deux surveillantes étaient Irma Grese et Elisabeth Volkenrath, tandis qu'Herta Ehlert servait comme gardienne adjointe. La Lagerführerin Kuegler servait comme chef du camp annexe de Bolkenhain. Johanna Wisotzki était Oberaufseherin à Bromberg-Ost tandis qu'Ilse Koch était appointée chef gardienne à Buchenwald. Dans le camp annexe de Danzig Langfuhr, Gerda Steinhoff commandait toutes les surveillantes et déportées, à Dora-Mittelbau, c'était Erna Petermann. Au camp annexe de Ravensbrück, Dresden Universelle, Charlotte Hanakam était chef surveillante et à Flossenbürg, ce grade fut donné à trois femmes à trois moments différents ; Gertrud Becker, Dora Lange et Gertrud Weniger.