Pieter Willem Botha, né le à Paul Roux dans l'État libre d'Orange et mort le à Wilderness, dans la province du Cap-Occidental, est un homme d'État sud-africain. Ministre de la Défense de 1966 à 1980, Premier ministre de 1978 à 1984 et président de l'État de 1984 à 1989.
Connu sous ses simples initiales de PW ou sous son surnom de Groot Krokodil qui signifie « grand crocodile » en afrikaans, il consacre sa vie à l'Afrikanerdom (nationalisme afrikaner), au Parti national et à l'anti-communismeNécrologie du Monde du 2 novembre 2006. Son pragmatisme l'a conduit également à tenter de réformer la politique d'apartheid avec la mise en place d'un parlement tricaméral.
Le militant du Parti national (1934-1958) Fils de fermiers afrikaners, Pieter Willem Botha est né à Paul Roux dans l'État libre d'Orange.
Son père, également nommé Pieter Willem Botha (1872-1955), est un ancien combattant de la seconde guerre des Boers.
Sa mère, Hendrina Christina de Wet (1874-1945), a perdu deux de ses 3 enfants issus de son premier mariage, dans les camps de concentration britanniques de Lord Kitchener durant la guerre des Boers. La ferme familiale située à Senekal a été détruite alors que son mari, Johannes Prinsloo a été emprisonné et déporté dans un camp britannique sur l'île de Ceylan. Après son rapatriement en Afrique du Sud, il entreprend de reconstruire sa ferme mais il meurt en 1909. Hendrina de Wet se remarie en 1915 avec Pieter Willem Botha et donne naissance au jeune P.W. Botha en 1916David Harrison, The White Tribe of Africa, University of California Press, 1983, p 261-262.
P.W. Botha grandit dans une famille nationaliste afrikaner, marquée par la guerre des Boers. Durant les années 1930, si son père soutient politiquement les vues plus modérées du général James Barry Hertzog, sa mère soutient les convictions nationalistes intransigeantes de Daniel François Malan et du Parti national purifié.
Après le lycée de Betlehem, P.W. Botha entame des études de droit en 1934 à Bloemfontein. Il adhère aux mouvements associatifs afrikaners ainsi qu'au Parti national purifié de D.F. Malan qu'il aide à réorganiser après sa scission avec les modérés de James B. Hertzog.
Malan lui propose alors un poste officiel au Cap pour organiser le parti. Botha quitte alors Bloemfontein et abandonne ses études.
En 1939, au Cap, avec Theophilus Dönges et Balthazar Johannes Vorster, il participe à la formation de la branche régionale du Ossewabrandwag ("les sentinelles des chariots"), une organisation afrikaner dont il devient quelque temps un des dirigeants et où il s'oppose, sans succès, à la nazification de celle-ci. Il prend alors ses distances avec l'Ossewabrandwag et évite ainsi l'internement dans les prisons britanniques contrairement à Vorster. Il attaque même vigoureusement l'organisation et le national-socialisme dont elle se réclamait et qu'il estime inconciliable et dangereux pour les valeurs du national-christianisme dont les Afrikaners se prévalent. Son exclusion du mouvement ne tarde pas et précède de peu l'ordre donné par Malan à tous les membres du parti national, qui en étaient membres, de quitter l'Ossewabrandwag.
En 1946, Botha reprend son ascension dans l'organisation interne du parti. Il participe activement à la propagande notamment en dénigrant et diffamant ses adversaires politiques. C'est ainsi qu'il cible avec succès Jan Hendrik Hofmeyr, le dauphin du Premier ministre Jan Smuts, connu pour son soutien à l'égalité raciale.
Élu au parlement en 1948 dans la circonscription de George sous les couleurs du Parti national victorieux, Pieter Willem Botha est convaincu que l'apartheid, le programme politique de politique raciale sur lequel s'est fait élire le parti national, pourra protéger les libertés et les droits du peuple afrikaner.
Ministre du Parti national (1958-1980) thumb|left|Pieter Botha aux Pays-Bas en 1963. En 1958, il devient vice-ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Hendrik Verwoerd.
En 1961, Verwoerd fait entrer Botha et Balthazar Johannes Vorster dans son cabinet. Botha devient ministre des Affaires métis et du Développement communautaire tandis que Vorster devient le nouveau ministre de la Justice.
Loyal et discipliné, hostile aux débats publics sur les décisions prises par le gouvernement, Botha applique consciencieusement la politique de l'apartheid. Il procède notamment à l'expulsion des populations de couleur du district six au Cap, bien qu'il ait à plusieurs reprises émis, au sein du cabinet, des réserves sur les conséquences des décisions qui y étaient adoptées.
En 1964, il prend en charge le ministère des Travaux publics en complément de ses fonctions au ministère des Affaires métis et du Développement communautaire.
En 1966, il est élu président du Parti national dans la province du Cap. Il devient également ministre de la défense, nommé par Verwoerd, poste qu'il conserva jusqu'en 1980.
Durant ses années à ce poste, il modernise l'armée sud-africaine en obtenant notamment l'autosuffisance en matière d'armement et en entamant la mise en place d'un programme nucléaire militaire et civil.
En 1968, il fonde la première industrie d'armement du pays, Armscor.
En 1975, soutenu par le gouvernement américain de Gerald Ford, le Premier ministre John Vorster avec le soutien de Hendrik van der Bergh, chef du Bureau de la sécurité d'État (B00S.S.), envisagea une implication minimum et circonstanciée des forces armées sud-africaines pour installer un gouvernement pro-occidental en Angola, une ancienne colonie portugaise, alors gouvernée par les marxistes du Mouvement populaire de libération de l'Angola.
Mais Pieter Willem Botha et son chef des armées, Magnus Malan, convaincus de l'existence d'un plan global soviétique dont le but est la prise de pouvoir en Afrique du Sud, se font alors les avocats d'un plan plus radical, une invasion du pays par les troupes sud-africaines pour chasser le MPLA de Luanda.
Finalement, c'est la première option qui est choisie : en , les troupes sud-africaines envahissent le sud de l'Angola et poussent jusqu'à Luanda. En décembre, le Congrès américain fait retirer son aide financière aux mouvements et aux troupes hostiles au MPLA alors que l'armée sud-africaine est aux portes de la capitale angolaise.
Furieux et humiliés, les sud-africains apparaissent alors comme les seuls coupables de l'invasion et sont obligés de se retirer du pays. Ils apportent ensuite une aide logistique au mouvement rebelle de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola de Jonas Savimbi afin notamment de protéger la frontière nord de leur colonie du Sud-Ouest africain contre les infiltrations de l'organisation indépendantiste SWAPO.
En 1978, l'Afrique du Sud est le onzième fabricant d'armes au monde alors que le pays fait l'objet d'un embargo de l'ONU depuis 1977. En 1979, l'Afrique du Sud dispose de sa première bombe atomique.
Premier ministre (1978-1984) En 1978, à la suite de la démission de John Vorster du poste du président du Parti national et de celui de Premier ministre des élections internes ont lieu au sein du parti pour désigner son successeur. Pieter Botha alors considéré comme un conservateur se présente face à deux rivaux Pik Botha, ministre des Affaires étrangères et représentant de l'aile libérale du parti, très populaire chez les blancs sud-africains et considéré comme le favori de John VorsterSOUTH AFRICA : The Not-So-Favorite Choice, article du Time du . et un autre conservateur Connie Mulder, président du Parti national du Transvaal. À l'issue du premier tour de scrutin Pik Botha est éliminé avec seulement 22 voix, Pieter Willem Botha obtient 78 voix contre 72 à Mulder. Au second tour du scrutin Pieter Williem Botha l'emporte contre Mulder par 98 voix contre 74.
Partisan des « sécurocrates » de l'administration, Pieter Willem Botha n'en est pas moins considéré comme un verlighte (« éclairé ») au sein du Parti national, conscient des limites de l'apartheid, à l'opposé des conservateurs (« crispés sur les privilèges de l'apartheid »). En 1979, pour contrer les conservateurs qui invoquent la menace de l'assaut total des communistes (total onslaught) sur le pays justifiant le renforcement de l'apartheid, Botha développe le concept d'une total strategy couvrant tous les domaines aussi bien politique, économique, culturel, militaire et sécuritaire, résumé par le principe « s'adapter ou mourir »South Africa : Adapt or Die, article du Time du 15 octobre 1979. En 1979, il achève la déségrégation de l'armée qu'il avait initiée alors que le pays réussit son premier essai nucléaire dans le désert du Kalahari. La même année, son ministre de l'emploi, Fanie Botha, procéda à l'abandon de la loi d'apartheid réservant les emplois dans les mines aux blancs ce qui le conduira à avoir une violente confrontation avec le syndicat des mineurs blancs (Mine Workers Union) et autorisa la formation de syndicats noirs dans le domaine minier.
En , il reçoit avec son ministre des affaires étrangères Pik Botha, le premier premier ministre noir de Rhodésie, Abel Muzorewa, qui effectue à cette occasion sa première visite à l'étranger en tant que premier ministreSalisbury Reveals Muzorewa Trip to S. Africa, Talks With Botha, article du Washington Post du 20 juin 1979Muzorewa Holds Parley With the South Africans, article du New-York Times du 20 juin 1979. Le , il reçoit une délégation du gouvernement Muzorewa conduite par le vice-premier ministre le Dr Silas Mundawarara, à Pretoria. Les discussions portent sur une éventuelle aide sud-africaine au Zimbabwe-Rhodésie pour financer la lutte contre les marxistes, en plus de la nécessité pour le Zimbabwe-Rhodésie de faire lever les sanctions actuellement imposées à leur encontreOctober 20, 1979, Meeting between South African Prime Minister Botha and a Zimbabwe/Rhodesian Delegation led by Deputy Prime Minister.
Le , Muzorewa, rencontre de nouveau cette fois, au Cap Pieter Botha, Muzorewa, déclare à cette occasion, (Nous pouvons gagner les élections grâce à un travail acharné et à l'aide continue de l'Afrique du Sud. Nous sommes appelés à redoubler d’efforts de la fois précédente. Nous avons besoin de plus de fonds pour rivaliser avec le Front patriotique qui reçoit des sommes presque illimitées des Russes. Mugabe est ma pire menace politique. Nous n’avons pas de réelle inquiétude pour Nkomo. Sa réputation s'est estompée au fil des années, notamment dans le Mashonaland où vit plus de 80 pour cent de la population. Il ne bénéficie même pas du soutien total des Matabele. Muzorewa dit à Botha, Nous vous voulons, nous avons besoin de vous. C'est une question de vie ou de mort pour nousDecember 28, 1979 Meeting of Prime Minister Botha and Bishop Muzorewa.
Au grand dam du gouvernement sud-africain qui avait collecté plus de 12 millions de rands pour soutenir son parti le Conseil national africain uni (UANC) dont environ la moitié provenait des caisses de l'État, tandis que le reste provenait du secteur privé dirigé par le ministre des Affaires étrangères. Pik Botha) ,Muzorewa fut largement battu par Mugabe et Nkomo et ne sauva que 3 sièges aux élections du 4 Mars 1980TRC Final Report.