Martes martes, la Martre ou Marte, au sens strict, mais plus communément désignée sous le nom de Martre des Pins ou moins couramment sous ceux de Martre commune ou Martre vulgaire, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés.
Cette espèce est largement répartie à travers l'écozone paléarctique occidentale et centrale, s'étendant de l'Europe continentale et des îles Britanniques jusqu'en Sibérie occidentale et au Caucase. Très souvent confondue avec la fouine (Martes foina), la martre se caractérise par ses oreilles plus anguleuses, sa truffe sombre, son poitrail orangé mais surtout par ses habitudes de vie plus discrètes loin des Hommes, inféodée aux vieilles forêts de feuillus, de conifères ou mixtes pour y établir ses gîtes. Seul mustélidé doté de griffes semi-rétractiles, elle possède des facultés d'équilibriste exceptionnelles lui permettant de mener un mode de vie particulièrement arboricole.
Bien que classée en « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN, l'espèce a subi d'importants déclins par le passé et demeure localement vulnérable à la perte et à la fragmentation de son habitat sylvicole, aux collisions routières ainsi qu'au piégeage. Historiquement traquée pour la qualité exceptionnelle de sa fourrure et de ses poils de pinceaux, elle bénéficie aujourd'hui de mesures de protection ou de gestion réglementées selon les pays. Elle constitue un emblème national majeur en Croatie.
Dénominations Nom scientifique valide : Martes martes (Linnaeus, 1758) Protonyme : Mustela martes Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Martre des pins, Martre, Marte, Martre commune, Marte des pins, Marte commune, Marte ordinaire, Marte vulgaire, Martre ordinaire, Martre vulgaire Noms vernaculaires (langage courant) : bammarder (luxembourgeois), lepahori (basque), lepahoria (basque), marta (catalan), mart boutin (breton)
Étymologie et dénominations régionales
Le nom de genre Martes provient du latin classique martes, qui désignait la marte ou la fouine. Pour le terme vernaculaire français « martre » (ou « marte »), la philologie moderne privilégie une origine germanique issue de l'ancien bas francique *martar (proche de l'allemand Marder), qui s'est diffusé dans les langues romanes (espagnol marta, italien martora). Très ancien dans la langue française, le mot est attesté dès la fin du dans la Chanson de Roland vers 1100 pour évoquer les « pels de martre » (peaux de martre), tandis que la graphie « marte » est fixée au par Robert Estienne et popularisée par des auteurs comme Montaigne ou Ronsard.
L'espèce possède de nombreux noms régionaux ou dialectaux répertoriés dans les différentes zones linguistiques de France et des régions limitrophes francophones ou romandies.
+ Noms régionaux de Mustela martes Groupe ou zone linguistique / Région Nom vernaculaireFrançais (ancien)martinFrançais (général)martre, marteCatalan (Pyrénées-Orientales)martraTarnmartroNicemartoulaJorat / Suisse romandemâtreIsèrematreMontbéliardmaitreProvençal / Gardmartré (au sens de castor)NamurmauteWallonmâdrai, maudrai
Taxonomie vignette|gauche|Illustration de la « Marte des sapins » (Martes abietum) dans l’Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, par Martin René, 1910. Histoire La description originale scientifique de la marte des pins provient de Carl von Linné dans sa 10e édition de Systema Natureae. Il l'y décrit sous le nom de Mustela martes, et indique comme terra typica « sylvis antiquis » pour « vieilles forêts ». Cette dernière a été modifiée en 1911 par Oldfield Thomas pour Uppsala en Suède. Le genre Martes a été établi en 1792 par Philippe Pinel pour l'espèce qu'il a décrite sous le nom de Martes domestica, qui est un synonyme de la Fouine (Martes foina (Johann Christian Polycarp Erxleben, 1777)). Lorenz Oken l'a décrite en 1816 sous le nom de Mustela sylvestris, mais ce nom a été rejeté comme invalide. Griffith a classé l'espèce pour la première fois dans le genre Martes en 1827 et a nommé la marte Martes vulgaris. D'autres dénominations synonymes ont été attribuées par la suite : Martes sylvatica par Nilsson en 1847 et Martes abietum par Gray en 1865.
Par la suite, jusqu'à dix sous-espèces ont été nommées, et selon les différentes classifications, deux à dix sous-espèces sont attribuées à l'espèce. Alors que l'ouvrage Mammals of The World de 2005 mentionne encore huit sous-espèces, le Handbook of the Mammals of the World de 2009 n'en distingue aucune et souligne qu'une révision est nécessaire. Dans son article de synthèse paru en 2022 dans la revue scientifique Mammalian Species, Vladimir Monakhov indique lui aussi que l'espèce est actuellement considérée comme monotypique et qu'aucune sous-espèce n'est donc distinguée. Selon lui, une réévaluation des sous-espèces est nécessaire, ce qui s'avère difficile en raison de la grande variabilité au sein de sa vaste aire de répartition géographique.
Il n’y a actuellement plus aucune sous-espèce de Martre selon .
Évolution et phylogénie
Le cladogramme suivant présente les relations de parenté au sein du genre Martes. Il montre que la marte des pins est la plus proche parente de la Zibelline (Martes zibellina) et que toutes deux forment le groupe frère de la Marte à pieds noirs (Martes melampus) :
Description Caractéristiques générales vignette|À gauche, fourrure de marte des pins ; à droite, fourrure de fouine.(La tache gulaire de la marte des pins est plus jaune que ce que montre cette photo aux couleurs altérées.)La marte des pins est une espèce de carnivore d’une taille à peu près comparable à un petit chat domestique, avec un corps allongé et des pattes courtes. La longueur tête-corps est de 45 à 58 centimètres, la longueur de la queue est de 16 à 28 centimètres et la longueur des oreilles mesurent environ 3,0 à 5,2 centimètres. Le poids des individus adultes est en moyenne d'environ 0,8 à 1,8 kg. L'espèce présente un dimorphisme sexuel marqué, les mâles étant généralement 10 à 15 % plus lourds et également un peu plus grands que les femelles. Ainsi, des données de poids d'environ 0,7 à 1,4 kilogramme ont été rapportées pour les femelles, contre environ 1,0 jusqu'à un maximum de 2,4 kilogrammes pour les mâles. De plus, il existe des différences régionales : en Europe, les martres les plus grandes vivent à l'ouest et les plus petites à l'est du continent.
Le pelage de la marte des pins est uni, allant du brun clair au brun châtain ou foncé, avec une tache à la gorge d’une teinte jaune-brun ou crème, qui est arrondie vers le bas et non blanche et à peine tachetée un peu comme celle de la Fouine (Martes foina). Le pelage ne possède presque aucun poil gris et ne présente pas le brillant caractéristique de la Zibelline (M. zibellina). La tête, le corps ainsi que la queue ont une coloration brune uniforme, sans transition de couleur marquée. La fourrure d'hiver est longue et soyeuse, tandis qu'en été, les poils sont plus courts et plus rudes, et le pelage est globalement plus sombre. Dans de rares cas, on rencontre des individus blancs (albinos), noirs (mélaniques) ou présentant d'autres anomalies de coloration.
La tête se caractérise par des oreilles triangulaires bordées de jaune, et la truffe est, contrairement à celle de la fouine, d’une teinte sombre à noire. Les pattes postérieures sont plus longues que les pattes antérieures. Lorsqu'elle marche et bondit, la marte a le dos qui forme un arc. Les pattes possèdent cinq doigts dont les soles sont très poilues. La queue brune est relativement longue, atteignant plus de la moitié de la longueur du corps, et son extrémité est légèrement plus sombre. Elle est touffue et sa fourrure est douce et dense. Lors de la grimpe et des sauts, elle sert d'organe d'équilibration.
Caractéristiques crâniennes et ostéologiques
vignette|Crâne d'une marte des pins (collection du Museum Wiesbaden). Le crâne de la marte des pins est arrondi, avec une région du museau qui ne se détache que légèrement. Il a une longueur totale d'environ 85 à 98 millimètres. Au niveau des arcades zygomatiques, le crâne présente une largeur d'environ 34 à 40 millimètres.
L'espèce possède trois incisives, une canine, quatre prémolaires et une molaire dans chaque demi-mâchoire supérieure, et trois incisives, une canine, quatre prémolaires et deux molaires dans chaque demi-mâchoire inférieure. Au total, ces animaux possèdent donc 38 dents. Les dents jugales (molaires et prémolaires) sont bien développées et sont relativement espacées les unes des autres.
Comme tous les mustélidés, la marte des pins possède un os pénien (baculum) ; celui-ci mesure 32 à 47 millimètres de long et présente une échancrure longitudinale, à l'exception de l'extrémité distale épaissie orientée vers la pointe du pénis.
Répartition et habitat La marte des pins est largement répandue dans une grande partie de l'écozone paléarctique occidentale et centrale. On la rencontre ainsi dans les zones tempérées d'Europe, en Asie Mineure, dans le nord de l'Iran, dans le Caucase et dans les régions les plus occidentales de la Russie asiatique. Son aire de répartition s'étend des Îles Britanniques jusqu'à la Sibérie occidentale, descendant au sud vers les îles de la mer Méditerranée et au sud-est jusqu'au Caucase et à la chaîne de l'Elbourz. Elle est en revanche absente d'Islande, du nord de la Scandinavie, de certaines parties de la péninsule Ibérique, ainsi que de certaines régions de Belgique et des Pays-Bas. L'animal est également présent sur les îles méditerranéennes de Corse, de Sardaigne et de Sicile ; sa présence sur les îles Baléares résulte probablement d'une introduction par l'Homme. Son aire de répartition globale couvre ainsi environ 11 millions de kilomètres carrés dans le Paléarctique occidental. La partie russe représente à elle seule environ 5 millions de kilomètres carrés, soit près de 46 % de l'aire totale. L'étendue géographique est d'environ 6 800 kilomètres d'ouest en est et de 4 600 kilomètres du sud au nord.
Autrefois très répandue dans les îles Britanniques, la marte des pins y est aujourd'hui limitée à l'Irlande et au nord de la Grande-Bretagne. En Russie, l'espèce est présente vers l'est dans la sous-zone méridionale de la taïga boréale, et se rencontre dans l'oblast d'Omsk, le département de l'Altaï, ainsi que dans les districts occidentaux des provinces de Novossibirsk et de Tomsk. Au Kazakhstan, sa présence a été attestée le long de la frontière nord, depuis la rivière Bolchoï Ouzen à l'ouest jusqu'à la ville de Semeï à l'est, ainsi que le long du fleuve Oural, depuis son cours moyen près d'Oural jusqu'à son embouchure à Atyraou. À l'intérieur des terres, la marte a été signalée dans la partie nord des provinces du Kazakhstan-Occidental et d'Aktioubé, au centre de la province de Kostanaï, dans la province du Kazakhstan-Septentrional et dans le nord de la province d'Akmola. En Iran, les mentions de l'espèce sont très rares et proviennent exclusivement du nord du pays.
La marte des pins est autochtone dans toutes les régions où elle est présente, à l'exception des îles Baléares où elle a été introduite par l'Homme. Son aire de répartition est généralement continue, sans zones isolées majeures. Les seules exceptions notables, hormis les populations insulaires, concernent les populations du Pays de Galles et du cours inférieur de l'Oural. En montagne, on la trouve jusqu'à la limite des arbres ; elle atteint ainsi des altitudes de 2 300 mètres dans les Pyrénées et en Espagne, et jusqu'à 2 400 mètres dans le Caucase. Écologie et comportement vignette|gauche|Une marte des pins s'est réfugiée dans un pin. La marte des pins vit dans les forêts mixtes, principalement dans les vieilles forêts de feuillus et de conifères. Au cours des dernières décennies, elle s'est également propagée dans les zones plus ouvertes comme les terres agricoles.