Le Parti national ( ; , NP) est un parti politique d'Afrique du Sud fondé en 1914 et dissous en 2005. Il fut connu également sous plusieurs autres appellations successives comme Parti national purifié (1934-1940), Parti national réunifié (1940-1953) et enfin Nouveau Parti national (1997-2005).
Le Parti national a été au l'expression politique du nationalisme afrikaner, nostalgique de l'indépendance des républiques boers. Après avoir gagné les élections générales sud-africaines de 1948, le Parti national met en place le système législatif de l'apartheid présenté comme une solution pour régler les problèmes raciaux en Afrique du Sud et maintenir la prédominance de la population blanche minoritaire sur les autres groupes de population. Hostile à l'impérialisme britannique et à la Monarchie, le Parti national milite et obtient, lors d'un référendum en 1961, l'établissement de la république d'Afrique du Sud. Après avoir voté la fin des lois de l'apartheid en 1991, le Parti national effectue une profonde mutation politique et devient un parti multiracial réformiste dans la nouvelle Afrique du Sud. Il participe au gouvernement d'union nationale mis en place en 1994, vote l'adoption de la nouvelle constitution sud-africaine puis démissionne du gouvernement en juin 1996 pour entrer dans l'opposition. Désorienté par ses stratégies successives et par une ligne politique illisible, l'électorat blanc conservateur et afrikaner abandonne le désormais Nouveau Parti national lors des élections générales sud-africaines de 1999 pour se rallier en nombre au plus pugnace Parti démocratique. Après avoir été cofondateur de l'Alliance démocratique en 2000, le nouveau Parti national se rallie finalement au Congrès national africain dans lequel il se dissout en 2005.
Idéologie Le Parti national est créé le par des dissidents du Parti sud-africain (parti du Premier ministre, majoritaire au parlement) qui reprochent au gouvernement de Louis Botha le maintien des liens institutionnels de l'Union sud-africaine envers la Grande-Bretagne au détriment des aspirations souverainistes de la population afrikaner.. Lors de sa fondation, l'idéologie du Parti national est axée autour de l'indépendance nationale de l'Union sud-africaine, corrélativement de la lutte contre l'impérialisme britannique ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples de langue afrikaans (les Afrikaners). Le nationalisme afrikaner qu'il défend revendique l'équité et l'égalité de traitement entre les deux populations blanches de l'union d'Afrique du Sud ainsi que le renforcement de la ségrégation dans les grands centres industriels urbains du Witwatersrand pour défendre le prolétariat blanc contre l'arrivée sur le marché du travail d'une importante masse salariale noire à bas coûts.
Jusqu'au début des années 1930, la ligne politique et la cohésion du Parti national reste fixée sur cet axe souverainiste afrikaans anti-britannique teintée de républicanisme et de défense des Petit Blancs (c'est-à-dire les blancs touchés par la pauvreté, issus des classes populaires, paysannes et ouvrières). La déclaration Balfour sur l'autonomie des Dominions (1926) complétée par le statut de Westminster de 1931 étiolent l'ardeur anti-impérialiste et le républicanisme d'une partie des membres du Parti national. Si pour une partie d'entre eux, le nouveau sujet de préoccupation est la vigueur de la démographie noire, pour une autre ultranationaliste, l'objectif d'indépendance nationale n'est toujours pas atteinte. À la suite du schisme entre ces deux courants intervenu en 1935, le Parti national dit purifié se maintient sur la ligne de défense des valeurs de l'Afrikanerdom (nation afrikaner) fondée sur l'unité du peuple (volk) autour de ses croyances, de ses mythes et de ses aspirations d'indépendance nationale. À partir de 1935, le parti dénonce l'influence du capitalisme sur la communauté afrikaans et milite pour l'instauration d'une république indépendante, déliée de la tutelle britannique, et destinée à accomplir les aspirations des Afrikaners. Le programme politique est axé autour de la mise en place d'un État-providence, du renforcement de la ségrégation dans l'économie et dans les villes, de la création d'établissements scolaires séparés pour les Afrikaners et les anglophones ainsi que de l'usage exclusif de l'afrikaans dans les administrations. Si le républicanisme est un principe fondamental du parti, sa mise en œuvre (par la voie majoritaire ou par consensus) est l'objet de divergences entre les nationalistes du Cap (modérés) et ceux des provinces afrikaners (intransigeants)..
En 1940, le Parti national se réunifie avec une partie de ses concurrents nationalistes sur la base d'un programme républicain national-chrétien visant à unifier les deux communautés blanches sud-africaines. À partir de 1943, le parti met en sourdine ses revendications républicaines et commence à se focaliser sur la question des relations raciales en Afrique du Sud qui émerge à cette époque sous l'influence de parlementaires libéraux qui souhaitent jeter les bases d'une société sud-africaine multiraciale.. Après avoir tenté de se rapprocher de l'électorat anglophone à qui il promet l'égalité des droits avec les Afrikaners, le Parti national axe son programme autour de la lutte contre le communisme, associé au libéralisme, et autour de la mise en place de l'apartheid, un nouveau concept assez vague présenté comme la clef de voute d'une nouvelle société dans laquelle les valeurs traditionnelles des Afrikaners seraient préservés et leur avenir assuré face au Rooi Gevaar (Péril noir).
De la fin des années 1940 au milieu des années 1960, l'apartheid, présenté comme seul moyen d'assurer aux Afrikaners , est la pierre angulaire de la politique du Parti national désormais au pouvoir.. La séparation devient un dogme absolu où l'individu n'a existence que dans le cadre de sa communauté d'origine. En 1961, le Parti national parvient à son but ancien de proclamer la république d'Afrique du Sud et de se libérer de ses derniers liens institutionnels avec la Grande-Bretagne. L’État se confond alors avec le Parti national de très loin majoritaire au parlement et soutenu par les églises réformées hollandaises et par le Broederbond, une ligue secrète calviniste qui inspire la politique nationale et irrigue tous les corps constitués de la société blanche sud-africaine.
Dans les années 1970 et 80, le parti est dirigé par une nouvelle génération moins idéologue et plus pragmatique dont certains font surtout figure d’apparatchiks. Les conservateurs attachés à un apartheid strict sont sans cesse mis en minorité (1969 et 1982) tandis que les 3 dogmes (volk, terre, état) à la base du nationalisme afrikaner se fissurent ou sont remis en question.. Après avoir soutenu le consociationalisme pour remplacer l'apartheid, le Parti national abolit progressivement toutes les lois d'apartheid (1979-1991) et s'engage dans les négociations constitutionnelles avec les partis représentants la population noire majoritaire. Bien que rallié avec appréhension au suffrage universel mais méfiant envers le libéralisme, le parti reste socialement conservateur et étatiste. Il peine à trouver sa place dans l'Afrique du Sud post-apartheid et disparait en 2005.
Organisation 180px|thumb|left|Une corne à poudre, symbole voortrekker et longtemps l'emblème traditionnel du Parti national(1939-1980). Organisé sur une base communautaire, le Parti national se veut l'incarnation de la nation afrikaner (la nation en mouvement comme le qualifiera le Premier ministre Hendrik Verwoerd). Le Parti national est dès sa fondation en 1914 un mouvement décentralisé. Il est représenté dans chacune des quatre provinces et chacune de ces quatre fédérations provinciales jouit d’une grande autonomie. Les chefs régionaux ont parfois plus de poids que les chefs nationaux et chaque circonscription choisit son candidat au parlement. Le parti est en même temps discipliné et les adhérents de base acceptent les options politiques du groupe dirigeant, même lorsqu'elles constituent des tournants importants considérés comme progressistes ou conservateurs. Cette discipline peut s'expliquer à l'origine par le traumatisme de la seconde guerre des Boers mais aussi par la dévotion et la foi des militants dans le Volk (le peuple afrikaner) ou encore l'efficacité des dirigeants. thumb|180px|L'emblème du PN dans les années 1980 et au début des années 1990. Le Parti national va croitre et se maintenir au pouvoir grâce aux relais divers dont il dispose dans la société civile au sein de laquelle il va bénéficier d’un dense réseau d'associations « parallèles », culturelles, éducatives, économiques. La Volksbank (banque du peuple) est l'une de ces entités qui consent des prêts à taux attractifs aux afrikaners. Il peut compter sur le plan national sur le groupe de presse Nasionale Pers et de ses journaux Die Burger et Volksblad, ainsi qu'au Transvaal sur les groupes Voortrekker pers et Afrikaanse Pers.
Le parti et la nation afrikaner est enfin, traversée par une puissante franc-maçonnerie calviniste : le « Broederbond » créé en 1918 au Transvaal puis constitué en société secrète en 1922. Comme toute franc-maçonnerie, ses adhérents (à l'origine exclusivement masculins) se recrutaient par cooptation dans les milieux politiques, industriels, universitaires et syndicaux. Par la suite, la plupart des ministres des gouvernements d'apartheid et les 4/5 des parlementaires du parti, les universitaires les plus en vue et plus du tiers des instituteurs et professeurs de collèges seront affiliés au Broederbond.
Sociologie D'abord très implanté dans l'état libre d'Orange, la fédération la plus puissante du parti devient, à partir des années 1920, celle de la province du Cap dirigée par Daniel François Malan. Dans cette province, le parti s'appuie sur les riches agriculteurs du Cap-Occidental, sur les éleveurs de la région du Karoo, sur les milieux financiers et sur la petite bourgeoisie afrikaans et citadine. Les élus de cette province maintiendront leur prééminence politique sur l'organigramme du parti jusqu'en 1954, date à laquelle le contrôle du parti leur échappe au profit de Johannes Strijdom de la province du Transvaal. Dans celle-ci, la position du parti auprès de l'électorat est fragile. Les soutiens au Parti national proviennent essentiellement des zones rurales du veld et d'une partie des Afrikaners urbanisés mais il doit faire face à un Parti sud-africain bien implanté et à un parti travailliste important qui cherche à rallier les pauvres blancs des grands centres industriels du Witwatersrand où leurs conditions de vie sont aussi misérables que celles des populations noires déracinées et avec qui ils sont en concurrence sur le marché de l'emploi..
Dans l'État libre d'Orange, fief du général Hertzog puis de Charles Swart, la force du Parti national repose sur les fermiers, les fonctionnaires, le corps enseignant, sur les pasteurs de l'Église réformée hollandaise et sur la petite bourgeoisie citadine. Durant les années d'apartheid, les députés de l'état libre d'Orange seront exclusivement issus du Parti national.
Dans la province du Natal, majoritairement anglophone, le Parti national s'est constitué difficilement sous la direction de Ernest George Jansen et sera toujours minoritaire au niveau provincial.
Soutien électoral Le Parti national est arrivé une première fois au pouvoir en 1924 sous la direction de James B. Hertzog grâce à son alliance électorale avec le parti travailliste. Il a été reconduit en 1929. À chaque fois, s'il n’obtient pas à lui seul la majorité des suffrages exprimés et est devancé par le Parti sud-africain, il obtient la majorité des sièges au parlement (majorité relative en 1924, absolue en 1929).