Le test de Turing est une proposition de test d’intelligence artificielle fondée sur la faculté d'une machine à imiter la conversation humaine. Décrit par Alan Turing en 1950 dans sa publication , ce test consiste à mettre un humain en confrontation verbale à l’aveugle avec un ordinateur et un autre humain. Si la personne qui engage les conversations n’est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l’ordinateur et l’humain essaieront d’avoir une apparence sémantique humaine.
Pour conserver la simplicité et l’universalité du test, la conversation est limitée à des messages textuels entre les protagonistes.
Histoire Inspiration La version originale du test de Turing s'inspire d'un « jeu d'imitation » dans lequel un homme et une femme vont dans une pièce séparée et les invités neutres tentent de discuter avec les deux protagonistes en écrivant des questions et en lisant les réponses qui leur sont renvoyées. L'homme essaye d'imiter une femme. Les observateurs doivent déterminer qui est la femme.
Dans la version originale du test., un homme et un ordinateur doivent chacun essayer d'imiter une femme, l'ordinateur est considéré « intelligent » s'il arrive aussi bien que l'homme à imiter une femme.... À l’origine, Alan Turing a imaginé ce test pour répondre à la question : « une machine peut-elle penser ? », en donnant une interprétation plus concrète de sa question.
Il propose aussi que les réponses soient données dans des intervalles de temps définis, pour que l’observateur ne puisse pas établir une conclusion qui soit fondée sur la rapidité de réponse des ordinateurs.
Origine du nom et forme moderne Dans la publication de Turing, l'expression « jeu d’imitation » est utilisée pour désigner sa proposition de test. Celle de « test de Turing » semble avoir été formulée dans les années 1970, longtemps après la mort de Turing en 1954 ()version pdf..
Dans le même temps, l'épreuve a pris la forme plus générale que nous connaissons aujourd'hui : un ordinateur, communiquant par des questions et réponses écrites, tente de se faire passer pour un être humain et est considéré « intelligent » s'il y parvient.
Prédictions et tests Alan Turing a prédit que les ordinateurs seraient un jour capables de passer le test avec succès. Il estimait qu’en l’an 2000, des machines avec de mémoire seraient capables de tromper environ 30 % des juges humains durant un test de cinq minutes. Il a prédit que les humains, à ce moment-là, ne verraient pas l’expression « machine intelligente » comme contradictoire. Il a aussi prédit que l’acquisition par apprentissage des ordinateurs serait aussi importante pour construire des ordinateurs performants, une méthode qui est en effet aujourd’hui utilisée par les chercheurs contemporains en intelligence artificielle à travers le machine learning, par exemple.
Des programmes de conversation simples tels qu'ELIZA ont trompé des humains qui croyaient parler à d’autres humains, parfois en utilisant des expressions informelles, comme avec le dialogueur OELiza.. Mais de tels « succès » ne reviennent pas à passer le test de Turing. La plupart du temps, la personne n’a pas de raison de suspecter qu'elle ne parle pas avec un humain, alors que, dans le cadre du test de Turing, le juge essaye de déterminer de façon active la nature de l’entité avec laquelle il converse. Notamment, ces programmes participaient à des conversations sur l’IRC (un réseau de discussion en ligne), où il est courant d’engager des échanges futiles et sans véritable signification. De plus, beaucoup de participants à l’IRC conversent dans une langue autre que leur langue maternelle, le plus souvent l'anglais, ce qui rend encore plus facile le fait d’être trompé par un bot, en pensant ne pas tout comprendre ou encore en n’étant pas suffisamment informé de l’existence même des bots.
Le prix Loebner est une compétition annuelle récompensant le programme considéré comme le plus proche de réussir le test de Turing. Richard Wallace, pour le chatbot ALICE, a remporté ce prix à plusieurs reprises.. Aucun des programmes présentés n’a en revanche encore passé le test de Turing avec succès.
En , à Guwahati en Inde, le programme parvint à convaincre la majorité des participants et observateurs du test de son humanité. Les conversations durèrent quatre minutes chacune. Quinze participants discutèrent avec et quinze autres avec des humains. Le public pouvait suivre les conversations puis voter avec les participants. Il y eut . fut considéré humain à 59 % et les interlocuteurs humains à 63 %..
Le , l'Université anglaise de Reading affirme que le test de Turing a été remporté par le produit d'une équipe informaticienne russe, réussissant à convaincre 33 % des juges (au-delà de la limite de 30 % fixée par Turing) qu'un humain était derrière la machine... Cette affirmation est aussitôt contestée, même si de réels progrès sont généralement reconnus. Les critiques adressées au programme informatique sont que celui-ci est la simulation d'un humain d'une intelligence d'un enfant de , parlant mal l'anglais, ce qui diminue la qualité nécessaire au programme pour convaincre les juges, et qu'il applique un protocole de test opaqueRéussite contestée d'un ordinateur au légendaire test de Turing. Le Monde.
Objections et réponses Objections Alan Turing lui-même a suggéré de nombreuses objections qui peuvent être faites au test et en a donné une réponse dans sa publication initiale : objection théologique : la pensée serait le fait inné de l’âme dont l’humain serait seul doté, et ainsi la machine ne saurait pas penser. Turing répond qu’il ne voit aucune raison pour laquelle Dieu ne pourrait donner à un ordinateur une âme s’il le souhaitait ; argument de la conscience : cet argument, suggéré par le professeur , dit qu'« aucune machine ne peut écrire un sonnet ou composer un concerto à cause de l’absence d’émotions, et même en alignant des notes au hasard, on ne peut pas dire qu’une machine puisse égaler un cerveau humain Extrait du discours « » prononcé le 9 juin 1949 lors de la remise de la « » à Geoffrey Jefferson par le « ». ». La réponse de Turing est que nous les hommes n’avons aucun moyen de connaître véritablement l’expérience des émotions de tout autre individu que soi-même, et donc que nous devrions accepter le testDans le film , le policier émet la même remarque à un robot : « Vous ne pouvez pas écrire un roman ni composer un concerto ». Le robot lui répond simplement : « Et vous ? » ; originalité : une autre objection, dite de Lady Lovelace. ( dans l'article original de Turing), est que les ordinateurs seraient incapables d’avoir de l’originalité. Turing répond que les ordinateurs peuvent surprendre les humains, en particulier lorsque les conséquences et résultats ne sont pas immédiatement reconnaissables comme étant reliés aux données en entrée ; formalisme : cet argument dit que chaque système gouverné par des lois peut être prévisible et donc pas réellement intelligent. Turing répond que ceci revient à confondre des lois du comportement avec des règles générales de conduite ; perception extra-sensorielle : Turing semble suggérer qu’il y a des preuves de perceptions extra-sensorielles. Cependant, il estime que des conditions idéales peuvent être créées, dans lesquelles ces perceptions n’affecteraient pas le test et ainsi seraient négligeables.
Chambre chinoise
Dans un article daté de 1980, le philosophe John Searle remet en cause la pertinence du test de Turing, en invoquant la limite des ordinateurs à la syntaxe. Selon l’auteur, la sémantique, caractéristique de la pensée humaine, ne saurait être réduite à la manipulation de symboles selon des règles syntaxiques déterminées, ce qui semble être le propre de la machine.
Pour illustrer son propos, il présente l’expérience de pensée de la chambre chinoise : supposez que vous êtes à l’intérieur d’une pièce contenant des symboles chinois ainsi qu’un manuel d'instructions comportant des règles type « questions-réponses ». Lorsqu’un locuteur chinois, à l’extérieur de la pièce, vous envoie un message sur papier, vous pourrez, grâce au manuel, fournir une réponse adéquate et donner l’impression à votre interlocuteur de savoir parler sa langue, sans qu’il soit nécessaire que vous la compreniez.
CAPTCHA
Les CAPTCHA (acronyme pour ) sont des systèmes utilisant des tests de Turing conçus pour différencier les humains des programmes automatisés (bots) sur Internet. Dans les stratégies de protection anti-bot multicouches, les CAPTCHA sont déployés lorsque des actions d'utilisateurs sont requises sur des sites web, telles que la création de compte, l'authentification de connexion, le traitement de transactions et de paiements, ainsi que la soumission de formulaires.
Types Les CAPTCHA peuvent être classés en deux types principaux.
Les CAPTCHA traditionnels présentent des défis visuels qui nécessitent une action directe de l'utilisateur. Les implémentations courantes sont la reconnaissance de texte déformé, des problèmes mathématiques, des tâches d'étiquetage d'images, des pièces de puzzle à glisser-déposer et des défis de transcription audio. Bien qu'efficaces pour prévenir les accès automatisés, ces méthodes ont été critiquées pour les obstacles qu'elles présentent à l'accessibilité.
Les CAPTCHA modernes (également appelés CAPTCHA de nouvelle génération ou invisibles) emploient des technologies telles que les mécanismes de preuve de travail (). Ces systèmes fonctionnent sans action explicite de l'utilisateur, opérant de manière transparente en arrière-plan tout en maintenant leur efficacité de détection des bots. Cette approche répond à de nombreuses préoccupations d'accessibilité associées aux méthodes traditionnelles.
Faiblesses du test Le test de Turing est fondé sur l’hypothèse que les êtres humains peuvent juger de l’intelligence d’une machine en comparant son comportement avec le comportement humain. Chaque élément de cette hypothèse a été remis en question : le jugement de l’humain, la valeur de la comparaison qui est de seulement comparer le comportement et la valeur de la comparaison avec un humain. Pour ces raisons et d’autres considérations, certains chercheurs en intelligence artificielle ont mis en doute l’utilité de l’essai.
Intelligence humaine contre l'intelligence en général vignette|Diagramme de Venn situant le test de Turing. Ce test ne détermine pas directement si l’ordinateur se comporte de façon intelligente, cela teste seulement si l’ordinateur se comporte comme un être humain. Étant donné que le comportement intelligent et les comportements humains ne sont pas exactement la même chose, le test ne permet pas de mesurer avec précision l’intelligence de deux façons : certains comportements intelligents ne sont pas humains : le test de Turing ne vérifie pas la présence, ou l’absence, d’un comportement intelligent, tel que la capacité de résoudre des problèmes difficiles ou de trouver des idées originales. Elle exige expressément la tromperie de la part de la machine : si la machine est plus intelligente qu’un être humain, il lui faut délibérément éviter de paraître trop intelligente. Si elle était capable de résoudre un problème de calcul qui serait impossible pour un humain, alors l’interrogateur saurait que le programme n’est pas humain, et la machine ne satisferait pas au test ;