L'affaire Fredy Villanueva a été causée le à Montréal, au Québec (Canada), lorsque Fredy Villanueva a été tué par un policier du Service de police de la Ville de Montréal, lors d'une intervention policière dans l'arrondissement Montréal-Nord. La mort du jeune homme de 18 ans, a suscité de vives réactions de la part de certains résidents et organismes locaux, dont une émeute dans le secteur nord-est de Montréal-Nord le lendemain du drame.

L'enquête policière sur l'affaire a été confiée à la Sûreté du Québec en vertu d'une politique ministérielle.

Biographie Fredy Villanueva Nés au Honduras, les frères Villanueva sont arrivés au Québec avec leurs trois sœurs (Patricia, Wendy et Lilian) le . Ils rejoignaient ainsi leurs parents (Gilberto Villanueva et Lilian Madrid) qui avaient reçu le statut de réfugié au Canada après avoir dû quitter le Honduras, le père ayant survécu à deux tentatives de meurtre liées à un conflit de terres..

Fredy Villanueva n'avait aucun antécédent judiciaire. Selon , l'avocat du SPVM à l'enquête du coroner, il n'était pas fiché comme membre de gang de rueDéclaration de Me Pierre-Yves Boisvert à l'enquête du coroner Perreault, 6 juillet 2010.. Johanne Tanguay, technicienne en documentation à la bibliothèque publique Henri-Bourassa de Montréal-Nord, a offert le témoignage suivant :

Dany Villanueva Dany Villanueva avait été arrêté plusieurs fois depuis 2005, la plupart du temps pour petits vols. En , il a été condamné à purger une peine de onze mois d'emprisonnement après avoir plaidé coupable pour une accusation de vol qualifié. Il était alors âgé de 19 ans et en était à sa première condamnation. Selon la version du plaignant, il lui a détaché sa chaine au cou, sans violence, au parc Henri-Bourassa en Rapport complémentaire du SPVM pour le numéro d'événement 40-050915-021.. Il a aussi plaidé coupable pour une accusation d'avoir été trouvé dans une voiture en présence d'une arme à feu. Il était en compagnie de quatre individus, qui portaient des foulards rouges.

Durant son témoignage à l'enquête du coroner, Dany Villanueva n'a pas caché le fait qu'il s'était joint à un gang de rue, vers 2002, qu'il avait ensuite quitté après sa sortie de prison, à la fin de 2006. Il a d'ailleurs fait disparaître, à l'été 2008, les initiales du nom du gang de rue qu'il s'était fait tatouer sur son bras gauche..

En , Dany Villanueva et quatre coaccusés ont été acquittés dans une affaire de vol qualifié survenue en , la juge Louise Bourdeau ayant conclu que les policiers avaient violé les droits fondamentaux des cinq accusés en les détenant arbitrairement..

Le , Dany Villanueva est de nouveau arrêté par la police et accusé de possession de marijuana dans un but de trafic, trafic de substances et complot pour trafic de marijuana..

Dany Villanueva, qui n'a jamais réussi à obtenir la citoyenneté canadienne, a fait l'objet d'une mesure d'expulsion vers le Honduras en raison de sa condamnation pour vol qualifié en 2006. Pour Stéphane Handfield, l'avocat de Dany Villanueva, il est pour le moins curieux que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ait attendu près de quatre ans après cette condamnation avant de s'adresser à la Commission de l'immigration et du statut de réfugiés pour demander la déportation de son client. À plus forte raison, les procédures de déportation ont été mises en branle alors qu'il était sur le point de témoigner à l'enquête du coroner sur le décès de son petit frère..

Comme le révélait Rue Frontenac, l'annonce de l'enquête du coroner sur le décès de Fredy Villanueva pourrait ne pas être étrangère au déclenchement de ces procédures d'expulsion. En effet, un premier rapport de l'ASFC, produit en et fondé sur la même condamnation prononcée en 2006, est demeuré sans suite. Or, un second rapport de l'ASFC, produit en 2009, a débouché sur une procédure d'expulsion, bien qu'aucune nouvelle condamnation ne lui ait été reprochée : , a déclaré l'avocat.

La médiatisation de ces procédures de déportation a d'ailleurs eu des conséquences dramatiques sur la famille de Dany Villanueva au Honduras. Des membres de sa famille vivant au Honduras ont en effet reçu des menaces de mort peu après que les journaux de ce pays d'Amérique centrale avaient rapporté que Dany Villanueva pourrait être expulsé du Canada en raison de son passé criminel. Les auteurs de ces menaces sont ensuite passés aux actes lorsqu'ils ont assassiné Daniel Jose Madrid, un cousin de Dany Villanueva, une semaine après que des inconnus l'avaient mépris pour ce dernier en automne 2011. Gustavo Madrid, un autre cousin de Dany Villanueva, avait survécu à une tentative de meurtre, l'année précédente, de la part d'individus qui avaient déjà affirmé vouloir s'en prendre à celui-ci, ou ..

Déroulement de l'intervention policière

Le samedi , à , les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), sont intervenus auprès d'un groupe de jeunes qui jouaient aux dés à l'argent dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa, à 12000 Boulevard Rolland. L'intervention policière était causée par les jeux de hasard à l'argent, qui sont interdits dans les parcs de Montréal-Nord en vertu de l'article 12 e) du Règlement sur les parcs, bassins d'eau et les édifices publics..

Les témoins sont unanimes pour dire que l'agent Lapointe a ciblé plus particulièrement Dany Villanueva, l'un des jeunes présents sur les lieux. Il a protesté de son innocence en disant qu'il ne jouait pas aux dés, et l'agent Lapointe a empoigné son bras gauche, une manœuvre imitée par sa partenaire, Pilotte, qui a empoigné le bras droit du jeune homme. L'agent Lapointe a expliqué sa conduite en disant qu'il estimait que le comportement de Dany Villanueva était « agressif »..

Les deux policiers l'ont ensuite escorté jusqu'à leur voiture de patrouille. Les témoins rapportent qu'il a ensuite été brutalement plaqué sur le capot de la voiture de patrouille par l'agent Lapointe. Dany Villanueva, qui n'avait pas encore usé de force physique, a alors commencé à résister. Lorsqu'il a réussi à se défaire de l'emprise de la policière Pilotte, l'agent Lapointe l'a projeté au sol. Dany Villanueva s'est retrouvé, dos au sol, l'agent Lapointe couché par-dessus lui au niveau de son torse et lui appliquant une prise au cou. Coincé au sol sous le poids du policier, Dany Villanueva a commencé à éprouver de la difficulté à respirer et a donc essayé de se dégager de cette position inconfortable.. Les amis de Dany Villanueva se sont mis à protester devant la rapidité de cette escalade de violence.

La suite de l'intervention policière a fait l'objet de versions contradictoires, mais l'agent Lapointe a tiré quatre coups de feu. Fredy Villanueva a été atteint de deux balles au niveau du torse tandis qu'un projectile est passé dans son avant-bras gauche. Denis Meas, d'ascendance cambodgienne, a été atteint d'une balle à l'épaule droite, et Jeffrey Sagor-Métellus, d'ascendance haïtienne, a reçu une balle dans le dos ..

L'intervention policière a duré moins d'une minute..

De son côté, l'agent Lapointe a témoigné à l'effet qu'il s'est senti agrippé de toutes parts par certains des jeunes présents et qu'il a fait feu sur « les masses de corps » qui se trouvaient sur lui parce qu'il craignait d'être désarmé...

Les témoins civils ont été Dany Villanueva, Jeffrey Sagor Metellus, Denis Meas, Yerwood Anthony Clavasquin, Jonathan Senatus, Martha Villanueva, Lilibeth Padilla Guerra (qui se trouvaient tous dans le stationnement), Gerardo Escobar, Samuel Medeiros et , qui se trouvaient tous dans le parc Henri-Bourassa. Ils ont tous soutenus que Fredy Villanueva n'a jamais constitué une menace pour les constables Lapointe et Pilotte.

Pour sa part, la policière Pilotte a affirmé qu'elle n'avait jamais senti que sa vie était menacée durant toute la durée de l'intervention policière..

La pathologiste Anny Sauvageau a déclaré durant son témoignage que Fredy Villanueva ne faisait pas face à l'agent Lapointe mais se trouvait bien à côté du policier lorsqu'il a été atteint par les projectiles d'arme à feu. Les deux balles, reçues au niveau du torse, sont donc entrées de côté, ce qui a fait dire ceci à la docteure Sauvageau : « Quelques centimètres de plus en avant et ça ne le touche pas »Témoignage de la docteure Anny Sauvageau à l'enquête du coroner André Perreault sur les causes et circonstances du décès de Fredy Villanueva, ..

Fredy Villanueva était grièvement blessé. Deux des balles ont atteint ses organes internes, perforant l'estomac et causant des lacérations à la veine cave inférieure, au lobe gauche du foie et au pancréasRapport médico-légal de la docteure Sauvageau, déposée sous C-22a) à l'enquête du coroner Perreault. Son décès a été constaté en salle d'opération à l'hôpital du Sacré-Cœur, à . Il était âgé de 18 ans.

À , le SPVM a diffusé un communiqué de presse dans lequel on pouvait lire : « Vers 19h10, les policiers patrouillant dans le secteur de Montréal-Nord ont fait une intervention dans le parc Henri-Bourassa situé à l'intersection des rues Pascal et Rolland. Au cours de l'intervention, alors qu'ils tentaient de procéder à l'arrestation d'un suspect se trouvant sur les lieux, les policiers se sont fait encercler par plusieurs individus. À un certain moment, un mouvement de groupe s'est déclenché et un bon nombre d'individus se sont rués vers les policiers et les ont agressés. Un des policiers présent aurait alors fait feu en direction des suspects, atteignant trois d'entre eux »..

Durant son témoignage, le responsable de l'enquête de la Sûreté du Québec, le sergent-détective Bruno Duchesne, a déclaré que le contenu du communiqué du SPVM ne correspondait pas aux faits qui sont ressortis durant son enquête : . Il a déclaré également que son enquête n'avait pas permis d'établir qu'un « bon nombre d'individus » s'étaient « rués » sur les policiers, comme l'avait également allégué le communiqué. Témoignage du sergent-détective Bruno Duchesne à l'enquête du coroner Perreault, ..

Enquête de la Sûreté du Québec Le ministère de la Sécurité publique a transféré l'enquête policière sur l'intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva à la Sûreté du Québec, à , le . Le responsable de l'enquête de la SQ, le sergent-détective Bruno Duchesne, est arrivé sur les lieux du drame seulement à .. Au moins 30 policiers de la SQ ont participé à l'enquête policière..

Après l'émeute du , les autorités savaient trop bien qu'un seul faux pas risquait de provoquer bien des dégâts. Aussi, les responsables politiques ont vite convenu que l'enquête de la Sûreté du Québec sur l'intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva devait faire l'objet d’une gestion médiatique particulière.

Ainsi, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a mis en place une stratégie de communication, destinée à apaiser les soupçons de camouflage et de collusion entre corps policiers, qui prenaient racine au sein de la population. Il admet :

Dans un communiqué de presse émis dès le lendemain de l’émeute, le ministre Dupuis assurait que l'enquête de la SQ Une telle façon de procéder rompait avec le mutisme habituel, observé par les corps policiers lorsqu'une enquête est en cours.

Au contraire, la SQ s’est montrée plutôt avare de détails dans ses communications avec le public. Par exemple, neuf jours après le décès de Fredy Villanueva, la SQ affirmait avoir rencontré 70 témoins mais refusait de dire si les agents Lapointe et Pilote avaient été interrogés..

Il faudra attendre jusqu'à la tenue de l'enquête du coroner André Perreault pour apprendre que les enquêteurs de la SQ n'ont jamais interrogé Lapointe et Pilotte. En fait, les témoins qui se trouvaient dans le stationnement de l’aréna Henri-Bourassa ont fait l'objet d'un traitement fort différent, selon qu'ils soient civils ou policiers..