vignette|Édition sous le règne d'Édouard IV. L'édition (du bas latin editio : « action de publier, produire ») consiste à présenter, reproduire, puis commercialiser légalement la production intellectuelle d'un auteur. Éditer, au sens large, recouvre toutes formes de production des contenus : littéraire, scientifique, partition musicale, code informatique, image, etc. Le support final est aujourd'hui multimédia, et non plus seulement papier.

Plus largement, « l'édition peut être comprise comme un processus de médiation qui permet à un contenu d'exister et d'être accessible »..

Histoire Fondements

L'édition n'existerait pas sans l'invention de l'écriture et de l'imprimerie. Avant cela, tous les travaux étaient manuscrits, recopiés par des moines, tandis que l'imprimerie a permis l'essor de la distribution des textes et le développement du livre.

Avant l'invention de l'imprimerie, les libraires-jurés de l'Université de Paris faisaient transcrire les manuscrits et en apportaient les copies aux députés des Facultés de la science concernée pour les revoir et approuver avant d'en afficher la vente. Ces libraires étaient savants et portaient le titre de clerc-libraire.

Sous l'Ancien Régime, l'édition (au sens de l'impression) d'un ouvrage était soumise à l'autorisation et au privilège du Roi. Les chartes et ordonnances du Roi Philippe VI des et donnent privilèges à l'Université de Paris. Les Lettres Patentes du roi Henry IV du confirment les privilèges des libraires, imprimeurs et relieurs. Un arrêté au Conseil d'État du Roi du accorde immunités, prérogatives et privilèges à l'Université de Paris et aux libraires-imprimeurs, arrêté étendu à toutes les provinces de France le .

Le Premier Empire, revenant sur les vues de la Révolution de 1789 qui avait proclamé la liberté de l'imprimerie, réserve les professions d'imprimeur et de libraire à un nombre limité de personnes titulaires d'un brevet et assujettis à une formalité de serment (décret du , confirmé par la loi du ). Cette réglementation perdure jusqu'au , où la République déclare la liberté de la librairie et de l'imprimerie.

Extension à l'ère numérique

Depuis 1990, avec le développement du Web, sont apparues de nouvelles instances éditoriales entrant en compétition avec les maisons d'édition.. Le développement d'Internet et du Web a également amené de nouveaux modèles de légitimation, présentant de nouveaux moyens de production, de diffusion et de distribution. et s'ajoutant à la reconnaissance symbolique liée à l'imprimé. Au nombre de ceux-ci, les recommandations de la communauté et les algorithmes.

À l'ère numérique, la fonction éditoriale est associée à de nouvelles formes de production des contenus, qui contribuent à remettre en question les frontières de l'édition en tant qu'activité: les blogs, les wikis et les réseaux sociaux. Selon Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati ces plateformes produisent, diffusent et légitiment du contenu, le processus éditorial n’est donc plus qu’associé à des médias traditionnels.

Caractéristiques Fonctions et instances éditoriales Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati identifient trois fonctions éditoriales.. La fonction de choix et de production (en fonction de la qualité et/ou des exigences commerciales). De la sélection d’un texte à son élaboration et sa mise en forme, l’éditeur chapeaute le développement complet du manuscrit et s’assure qu’il suive la ligne éditoriale de la maison d’édition, s’inscrive dans son projet esthétique et/ou puisse générer des profits. Il est également du devoir de l’éditeur de veiller à la fabrication matérielle du livre. Pour Épron et Vitali-Rosati, éditer signifie avant tout « choisir et produire ».. La fonction de légitimation (reconnaissance symbolique). En choisissant de publier le texte d’un auteur, l’éditeur, qui est reconnu dans le milieu littéraire, donne sa caution au discours qui y figure. Ce faisant, il en garantit la qualité et lui confère une légitimité qui sera reconnue par les lecteurs. La fonction de diffusion (adresse, distribution et dispositifs visant à rendre un contenu matériellement accessible et visible). L’éditeur agit comme un intermédiaire entre le lecteur et l’auteur; il est celui qui rend un contenu visible dans l’espace public. De ce fait, il participe à la promotion de la vision esthétique et/ou idéologique de l’ouvrage publié. C’est également le rôle de l’éditeur d’identifier un lectorat pour l’ouvrage et de bien en connaître les besoins et les compétences afin que le contenu lui soit adressé : « un contenu est édité quand il est « pour » quelqu’un ».

Patrick Poirier et Pascal Genêt remarquent que le travail de l’éditeur possède ainsi une dimension symbolique et économique, qui vient du double statut du livre comme contenu et contenant. Ils écrivent : « les éditeurs sont ceux qui parviennent à concilier l’homme de lettres et l’entrepreneurPatrick Poirier et Pascal Genêt, La fonction éditoriale et ses défis, dans Michaël E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati, Pratiques de l’édition numérique, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2014, . » puisqu’ils sont responsables d’approuver le contenu du manuscrit, mais aussi de veiller à ce que les conditions de production et de diffusion de l’ouvrage soient optimales, moyennant un coût raisonnable.

d'« éditeur » la personne qui effectue le travail éditorial et dirige des collections, et pas seulement le directeur de la maison d'édition. Les fonctions éditoriales peuvent bien sûr être assumées par des intervenants différents au sein de maisons d’édition, instances éditoriales par excellence. Une rédaction ou un directeur de production peut être une instance éditoriale dans le cas d'un article de journal ou de revue, par exemple.

Avant la création des maisons d'édition et de leur institutionnalisation au , les fonctions étaient endossées par des mécènes.

Processus éditorial

vignette|Exemple d'épreuves de correction.

C'est l'éditeur qui dirige le parcours complet de la production d’un livre et, souvent, qui établit également le programme financier intégrant les coûts prévus et les gains espérés, comme dans n'importe quelle entreprise. Le responsable éditorial doit faire appel à des collaborateurs aux spécialités variées qui permettront de transformer « le projet en objet » et « le prototype en produit ».. Selon Bernard Legendre, le processus de production-commercialisation du livre comprend généralement trois grands axes : éditorial, technique et commercial..

Sphère éditoriale Parmi les manuscrits qui lui sont proposés, les ouvrages précédemment édités qu'il souhaite republier, ou des ouvrages traduits d'autres langues, l'éditeur choisit les œuvres qui correspondent à la ligne éditoriale de sa ou ses collections, ou il les commande à des auteurs de son choix.

Lorsque le manuscrit est accepté pour publication, l'éditeur conclut un contrat d'édition avec l'auteur. C'est ce que l'on appelle la publication à compte d'éditeur. Elle ne donne lieu à aucun versement d'argent de la part de l'auteur ; c'est donc l'éditeur qui assume l'essentiel du risque financier. L'éditeur peut également verser un à-valoir à l'auteur, qui représentera une avance sur les droits que ce dernier percevra sur les ventes du livre. Cette avance est généralement « remboursable », c'est-à-dire que l'auteur ne percevra à nouveau de l'argent de l'éditeur qu'une fois que l'avance aura été « remboursée » par les droits d'auteur. Advenant un échec commercial, les contrats d'édition prévoient la plupart du temps que les à-valoir restent acquis à l'auteur.

Quand l’auteur remet son manuscrit à l’éditeur pour une première lecture, ce dernier peut demander à l’auteur de réécrire tout ou partie de son œuvre. L’éditeur peut aussi effectuer des changements lui-même et les soumettre à l'auteur pour approbation. Puis le texte part à la correction, qui est le plus souvent confiée à des salariés extérieurs à la maison d’édition. Le correcteur pointe les erreurs de grammaire, de syntaxe, d'orthographe du texte. Il s'agit à ce stade de préparer la copie qui permettra la fabrication d’épreuves.

Sphère technique À l’étape de la production, de nombreux spécialistes (maquettistes, compositeurs, infographistes, correcteurs, imprimeur, photograveur, etc.) travaillent successivement, mais également en collaboration, à la réalisation de l’ouvrage..

Le maquettiste effectue la mise en page et intègre si nécessaire les éléments fournis par l'éditeur (bibliographie, index, sommaire, notes…), en respectant la feuille de style de la maison d'édition ou de la collection dans laquelle le livre est publié (grosseur des caractères, police, foliotage, etc.). En général, l'éditeur a fourni au maquettiste un « chemin de fer », c'est-à-dire un plan page à page de l'ouvrage. Dans certains cas la responsabilité de la maquette est confiée à de véritables artistes qui disposent d'une grande liberté de création (Pierre Faucheux, Robert Massin…).

Une fois prêt, le livre est à nouveau relu (la lecture sur épreuve) par l'auteur et par un correcteur. L'auteur signe ensuite un bon à tirer qui valide la version finale.. En parallèle, l'éditeur a travaillé sur le projet de couverture, avec un photographe ou un illustrateur, et un graphiste. Il a aussi rédigé la quatrième de couverture (le texte qui apparaît au dos du livre).

S'il s’agit d'une publication sur papier, l'éditeur communique le texte à un imprimeur en convenant des caractéristiques techniques du livre et du nombre d'exemplaires à imprimer. En amont, l'éditeur et le chargé de fabrication ont déterminé ensemble la qualité du papier, son grammage, le procédé à utiliser pour la reliure, ainsi que l'imprimeur auquel il sera fait appel, à qui un devis, garantissant des délais de livraison, a en général été demandé. Une fois que le bon à tirer a été signé, le fichier informatique du livre est envoyé à l'imprimeur qui sort une première copie (appelé traceur, ozalid ou Cromalin). Le format PDF est devenu, en grande majorité, le format d'échange, entre l'éditeur et l'imprimeur. Les dernières corrections sont apportées afin de valider l'impression finale. La quantité du tirage et les choix d'impression (papier, couverture, matériaux divers et qualité de l'impression) sont définis par l'éditeur en fonction du public concerné et du prix de l'ouvrage.

Dans le cas d’une publication numérique, le processus éditorial demeure assez semblable. Toutefois, l’impression est remplacée par la production de fichiers qui constitueront le livre numérique.

Sphère commerciale Lorsque le livre est imprimé et façonné, l'éditeur le confie au diffuseur et au distributeur, qui eux-mêmes s'en remettent au libraire. Le diffuseur est chargé de démarcher les points de vente et de prendre leurs commandes tandis que le distributeur s’occupe d'acheminer les livres aux librairies et d’honorer les commandes prises par le diffuseur. Ces opérations coûtent à l'éditeur entre 50 et 60 % du chiffre d'affaires dégagé par le livre. Certaines grandes maisons d'éditions, comme Gallimard, possèdent leur propre réseau de distribution, potentiellement accessible à d'autres éditeurs.