Le château de Chailvet, domaine privé habité toute l'année, est classé parmi les monuments historiques de l'Aisne depuis 1984, situé à Royaucourt-et-Chailvet, à au Nord de Paris, près de Laon. Témoignage des goûts les plus novateurs de l'époque, sa façade est aujourd'hui le seul exemple d'architecture renaissance d'inspiration italienne de l'ancienne région Picardie.

Ce château est le fief historique des seigneurs de La Vieuville, ducs et pairs de France, très importante famille des proches du roi, qui compta parmi ses membres à la fois un surintendant des finances sous Louis XIII et la fameuse Marie-Madeleine de la Vieuville, amante du régent. Il fut acheté ensuite par une famille d'importance plus régionale, les Parat- Le Carlier - Charmolue de la Garde, avant de passer dans la famille Brunel d'importance locale. Une visite extérieure est organisée lors des journées du patrimoine historique, occasion d'apprécier la restauration qui s'achève après 30 ans de travaux.

Cet article complète et précise les travaux de recherche de Maxime de Sars publiés dans son ouvrage Le Laonnois féodal.

Originalité de l'architecture. Les arcades du château de Chailvet sont une œuvre de style Renaissance, avec une galerie superposée, une fantaisie d'inspiration italienne, genre absolument inconnu dans la région.

Construites probablement entre 1540 et 1555, les arcades avec galeries superposées sont flanquées de deux tours carrées placées en saillie, dont l'une abrite une large vis d'escalier. Les tours sont ornées chacune d'un dôme à tourelle circulaire. Bâties sur pilotis, les arcades sont séparées par des pilastres, qui, du bas au sommet, sont ornés de deux types de chapiteaux classiques. Le second étage est couronné de gros balustres à section carrée. La frise du premier étage est soulignée par un bandeau de gouttes, les œils-de-bœuf sont placés dans des cartouches à l'antique. L'ornementation du grand œil-de-bœuf de la tour de gauche est intacte.

La cour est entourée d'une petite enceinte, baignant son pied dans des douves, défendue non pas par des bastions, mais par des saillies de chétifs flanquements à chacun des quatre angles, comme au château de Muret (près de Soissons).

Le château est à l'écart du village. Son accès principal était un pont à deux piles de pierre, tourné vers la vallée. Un autre ponton de bois était orienté vers la ferme seigneuriale du village. Le colombier, en pierre de taille, circulaire, est remarquable. Cerclé de deux bandeaux à mouluration de la fin du , ce colombier est certainement l'un des plus anciens et l'un des meilleurs exemples du Laonnois.

En , des fouilles conduites par les services officiels du département de l'Aisne, sous la direction de monsieur Denis Defente ont démontré que ces arcades n'avaient pas de contrepartie sur la façade est du château. Des amorces de voûtes d'arcades repartent pourtant côtés Nord et Sud, et laissent penser que les travaux prévoyaient d'entourer le corps de logis aujourd'hui disparu. Seule subsiste une cave voutée non encore accessible dont l'entrée a été découverte lors de ces fouilles.

Le relevé ci-dessus exécuté par Charles Percier de la façade de Fontainebleau, et la juxtaposition des photos contemporaines soulignent des similitudes d'architecture. Les modifications ultérieures similaires, comme la mise en place de fenêtres et la fermeture de la galerie témoignent que les propriétaires de Chailvet avaient conscience de ce lien.

Ces éléments conjugués à l'examen des plans d'avant 1914, qui précisent en particulier des épaisseurs de murs et la répartition des fenêtres sur les façades du corps de logis, laissent penser que Pierre de la Vieuville a conduit vers 1545-1555 un embellissement du manoir qu'il tenait de sa mère afin de le rapprocher du goût le plus récent. Il apparaît possible que l'ensemble des travaux prévus n'aient pas été conduits à leur terme, peut-être en raison de la mort de Catherine de la Vieuville et des besoins financiers importants de Pierre pour assumer sa place à la cour et mener sa carrière militaire.

Pierre de la Vieuville (voir ci-dessous) a peut-être souhaité s'inspirer des travaux conduits à Fontainebleau : il a probablement vécu enfant dans ce dernier, puis en tant que gentilhomme de la cour du roi y est probablement revenu régulièrement, à l'époque où François I puis son fils Henri II entreprennent également de modifier le « manoir » en lui ajoutant des éléments nouveaux : arcades et tours carrées (cour ovale, cour dite du Cheval Blanc).

Historique des propriétaires Le château a appartenu à peu de famille. On sait peu de choses de la famille de Saint-Waast par laquelle le fief de Chailvet parvient dans la famille des seigneurs de la Vieuville au . Pierre de la Vieuville y construisit le chateau sous sa forme actuelle. Puis en 1666, la propriété est vendue dans des conditions qu'il reste à éclairer à Claude Parat. Ses descendants furent probablement à l'origine des grandes modifications dont le témoignage nous est parvenue par l'intermédiaire des photographies de la famille Brunel au . Enfin, la famille de Georges Louis Sourmais eut la grande douleur de voir les travaux de restauration conduits pendant l'entre-deux-guerres réduits à néant par l'explosion du corps principal du bâtiment lors de la seconde guerre mondiale.

Fief des seigneurs de Vieuville Vers 1510, Chailvet devient le fief des seigneurs de La VieuvilleÉtude consacrée à cette famille et à son rôle pendant les guerres de religion et la Fronde, par le docteur A. Lapierre dans le recueil des Travaux de l'Académie nationale de Reims, t. CXLIII, année 1928 - 1929, 189 : Les sires de la Vieuville, seigneurs de Sy, leur rôle dans la Ligue et la Fronde. Cette étude recense des documents recueillis aux Archives nationales, à la Bibliothèque nationale, aux Archives départementales des Ardennes et aux Archives communales de Mézières.

Sébastien ou Bastien Coskaer de La Vieuville épouse Perrine de Saint-Waast en 1520 (vivante le ) François Alexandre Aubert de la Chesnaye des Bois : Dictionnaire de la noblesse. Vol. I (cf. ci-dessous), au paragraphe sur Christophe d'Averhoult, dame de Chailvet et d'Anizy, fille de d'Idoine de Vendômois et de Jehan de Saint-Waast seigneur de Simencourt. Ce dernier apparaît en 1462, comme seigneur de Chailvet, écuyer et serviteur de Monseigneur de Luxembourg, comte de SoissonsMaxime de Sars, dans son ouvrage sur le Laonnois Féodal retient le nom de « Jehan de saint-Basle ». Toutefois, l'absence d'un autre saint-Basle dans l'ouvrage, et les références à d'autres personnages comme le comte de Roucy et Monsieur de Luxembourg permettent de conclure à l'erreur de transcription d'un document du . Jehan de Saint-Waast est recensé comme héritier par testament de son oncle Martin de Croisettes, d'une rente de 19 livres sur la ville et communauté de Crépy et en rendit aveu au Roi le 22 juin 1425. Jehan de Saint-Waast est également donné comme seigneur de Velud dans le dénombrement de 1446, fief qu'il tenait du chef de sa femme. L'aveu de la châtellenie de Pierrepont, du 2 octobre 1474, porte que ce fief appartenait à ses héritiers et celui d'Eppes de 1490 donne le nom de Saint-Waast, probablement son fils. Il est également recensé comme tenant la Prévôté d'Achery dans le Comté d'Anizy au ..

Sébastien de La Vieuville, est le second fils de Jean de Coskaer et de Catherine Kerviher, seigneur de Farbus (1462). Il rejoint la cour de France lors du mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII en 1491, peut-être sur ordre du maréchal de Bretagne, Jean IV de Rieux, dont il fut enseigne (porte-drapeau) (montre de 1470) : en effet, le maréchal de Rieux négocia le mariage d'Anne de Bretagne, car il était à la fois son tuteur, et le commandant des armées bretonnes à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier le .

Arrivé à la cour de France, Sébastien traduisit son nom « de Coskaer » en « La Vieuville », introduisant un conflit avec une famille picarde du même nom. Toutefois, leur arrivée en Picardie est plus ancienne car il semble que Jean I de Coskaer soit devenu par alliance seigneur de Farbus, en Artois, en 1462, titre que reprit Sébastien. Sébastien de La Vieuville fut commissaire des guerres ( - ). Homme d'armes des ordonnances du roi dans des montres de 1489 à 1505, reçues à Arras et Saint QuentinPotier de Courcy : Nobiliaire et armorial de Bretagne 1890 tome III.

Pierre de la Vieuville

Pierre de La Vieuville fit construire le château de Chailvet sous sa forme actuelle. Titre(s) Seigneur de Farbus (Pas-de-Calais), Royaucourt et Chailvet (Aisne), Montbavin et Montarcène, qui lui est adjugé le 29/10/1563, pour 1744 livres, 17 sols et 6 deniers. Il est aussi Seigneur de Givaudeau et Villemontry (Ardennes), il fut chevalier de l'ordre du Roi car reçu dans l'ordre de Saint-Michel(25/12/1567), distinction réservée à 36 seigneurs proches du roi Louis XI son créateur en 1469Le 30 avril 1565 Charles IX, portera le nombre à 50. Enfin, il est gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi Charles IX dès 1556..

mariage(s) et enfants

Son beau-père François de La Taste avait quitté sa Gironde natale ravagée par les guerres pour s'installer à Laon comme grenetier, c'est-à-dire officier au grenier à sel, qui se trouvait à l'emplacement actuel du 21, rue Vinchon enter 1561 et 1574, lieu de jugement en première instance des différents relatifs aux gabelles. Sa belle-sœur Guillemette de La Taste avait épousé Adolphe de Lyons, seigneur de Sy (Ardennes). Les beaux-frères furent compagnons d'armes.

biographie succincte La carrière militaire de Pierre de La Vieuville est liée aux guerres contre Charles-Quint en Champagne puis aux débuts des guerres de Religion. Pour mieux la comprendre, il est important de détailler au préalable l'environnement familial de sa mère Perrine de Saint-Waast. Celle-ci est en effet veuve de Jean, Seigneur de Haucourt et de Bazoches, qu'elle avait épousé le . Il fut maître d'hôtel de la duchesse de Vendôme, Marie de Luxembourg. Ils eurent une fille, Marie, qui épousa Christophe d'Averhoult, (famille d'Averhoult), seigneur de Guyancourt. De cette union nait Robert d'Averhoult, seigneur de Tourteron, lieutenant de la compagnie d'ordonnance de Robert de la Marck, Duc de Bouillon. Robert épouse Isabelle de Joyeuse, fille de Robert de Joyeuse, comte de Grandpré, et de Marguerite de Barbançon. Christophe d'Averhoult a également un frère, Guillaume, et ce dernier engendra notamment Antoine, seigneur de la Lobbe, enseigne de la compagnie d'hommes d'armes d'Henri-Robert de la Marck en 1567, et Jean, seigneur de Guyencourt, Lieutenant de 100 hommes d'armes de la compagnieUne compagnie est composée de 100 lances, une lance comprenait six personnes : un homme d'armes avec trois chevaux, un page et un coutilier, deux archers avec trois chevaux et un varlet (apprenti chevalier). Outre le capitaine, il y avait sous ses ordres dans chaque compagnie, un lieutenant, qui commandait la compagnie en l'absence du capitaine, un guidon, un enseigne, et un maréchal des logis (sergent). de Robert IV de La Marck. C'est donc par tradition familiale que Pierre de la Vieuville rejoint ses cousins Robert et Jean au sein de cette même compagnie comme en témoignent les montres de l'époque, tels que relevées par Fleury-Vindry dans son dictionnaire des États-majors du : guidon à la compagnie du maréchal Robert IV de La Marck (montre une montre était à l'époque une sorte de revue militaire. du )

Pierre de la Vieuville rejoint ensuite la compagnie d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de-Navarre (montres du 23/04/1552 et du 13/01/1560) où il acquiert le grade de lieutenant (montres du 22/05/1560 et du 5 aout 1561), année au cours de laquelle Antoine de Bourbon est nommé lieutenant-général du royaume. Ce dernier meurt en 1562, Pierre de la Vieuville perd ainsi un protecteur important.