Joseph Kasa-Vubu, né vers 1917 et mort le 24 mars 1969, est le premier président de la république du Congo (Léopoldville) de 1960 à 1965.
Membre de l'ethnie Kongo, il devient dirigeant de l'Alliance des Bakongo (ABAKO) dans les années 1950 ainsi que l'un des principaux promoteurs de l'indépendance du Congo de la domination coloniale belge. Il devient le premier président du pays en alliance avec le premier ministre Patrice Lumumba.
Peu après l'indépendance de 1960, le pays est confronté à une série de crises sécessionnistes avec la proclamation des États du Katanga et du Sud-Kasaï, marquant le début de la crise congolaise. Une rupture politique s'installe entre Kasa-Vubu, partisan d'un État fédéral, et Lumumba, défenseur d'un État centralisé et du nationalisme panafricain, lorsque ce dernier sollicite l'assistance de l'Union soviétique face aux sécessions. Kasa-Vubu révoque le gouvernement de Lumumba, l'accusant de liens avec le bloc soviétique. Lumumba tente de rejoindre un gouvernement rival composé de ses partisans, la république libre du Congo, mais il est arrêté, puis transféré au Katanga avec l'implication de Kasa-Vubu, de la Belgique et de la CIA, avant d'être exécuté en janvier 1961.
Avec le soutien de l'ONU, le gouvernement de Kasa-Vubu parvient à réprimer les rébellions de la république libre, du Katanga et du Sud-Kasaï entre 1962 et 1963. De nouveaux mouvements se réclamant de l'héritage de Lumumba, la rébellion Simba et la rébellion du Kwilu, éclatent en 1963, mais sont réprimés en 1965. Après une impasse politique, Kasa-Vubu est renversé par un coup d'État en 1965. Il meurt quatre ans plus tard.
Biographie Né en 1917La date exacte de sa naissance est incertaine. N'ayant pas été baptisé à sa naissance, la date de cette dernière n'a pas été enregistrée. D'après le témoignage de condisciples de Kasa-Vubu, ainsi que de missionnaires de Scheut ayant eu Joseph Kasa-Vubu pour élève, son année de naissance se situerait en 1915, et non en 1913 ou 1917 comme le relèvent d'autres sources biographiques. à Dizi près de Tshela centre dans le Mayombe (Bas-Congo), district du Bas-Fleuve au Congo belge et mort le à Boma (Bas-Congo).
Élève brillant et discipliné au petit-séminaire de Mbata-Kiela, il a poursuivi ses études supérieures au grand-séminaire de Kabwe au Kasaï pour devenir prêtre catholique. Cependant, au cours de la dernière année de sa formation, il a été jugé trop indépendant et trop critique pour devenir prêtre. Exclu du grand-séminaire sans motif valable à ses yeux et fort de sa formation en philosophie, il s'engage alors dans l'enseignement colonial. S'estimant insuffisamment payé pour son niveau d'instruction, il abandonne la carrière d'enseignant, et devient employé dans la Société forestière et agricole du Mayumbe (Agrifor) à Tshela pour ensuite devenir, en 1942, comptable au service des finances du gouvernement colonial à Léopoldville.
Parcours associatif Président de l'ABAKO jusqu'en 1965 C'est à Léopoldville qu'il subit les influences parfois divergentes de divers groupes d'« évolués » congolais et du mouvement de la décolonisation africaine. Avec d'autres intellectuels de langue kongo, il crée en 1950 une association culturelle : l'Association des Bakongo pour l'unification, la conservation et l'expansion de la langue Kongo (ABAKO), dont la vision est le renouveau de la culture des Bakongo. Il s'est surtout révélé au grand public national et international en tant que dirigeant et président de l'ABAKO, Alliance des Bakongo, peuple qui constituait plus de 60 % de la population qui habitait la ville de Léopoldville dans les .
Secrétaire général de l'ADAPES entre 1946 et 1965 À cette époque coloniale, le prêtre Tata Raphael dirige la congrégation des pères Scheut qui construit plusieurs écoles et des équipements sportifs. Ainsi, plusieurs associations d'anciens élèves sont créées, dont l'association des anciens élèves des pères de Scheut, l'ADAPES, qui constitue un moyen de socialisation en vue d'apporter des solutions appropriées à la concentration de la jeunesse en milieu urbain ainsi qu'un lieu de rencontre de l'élite congolaise. Toutes ces associations sont regroupées dans l'union des intérêts sociaux congolais, l'UNISCO, dirigée par Bolikango proposa le poste de Secrétaire général de l'ADAPES à Joseph Kasa-Vubu à partir de 1946https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1959-14-page-10.htm. Lors d'un rassemblement de l'UNISCO en 1947, Joseph Kasa-Vubu, invité à prendre la parole, en profite alors pour faire un exposé sur le « droit du premier occupant ». En effet, grâce à sa formation en Philosophie, Joseph Kasa-Vubu explique à l'assistance l'importance de revendiquer la reconnaissance pour les Congolais de leur droit du sol. En effet, cela découle de ces écrits de Jean-Jacques Rousseau : « En général, pour autoriser sur un terrain quelconque le droit de premier occupant, il faut les conditions suivantes : premièrement, que ce terrain ne soit encore habité par personne, secondement, qu'on n'en occupe que la quantité dont on a besoin pour subsister ; en troisième lieu, qu'on en prenne possession, non par une vaine cérémonie, mais par le travail et la culture, seul signe de propriété qui, à défaut de titres juridiques, doive être respecté d'autrui ». Sous le couvert d'un exposé de droit coutumier, KASA-VUBU y développe l'idée que le sol du Congo appartient aux premiers occupants, c'est-à-dire aux Congolais, et donc l'administration belge doit leur rendre l'usage de ce sol. Ce discours très osé et prématurément révolutionnaire fut très mal vu par l'administration. C'était une bombe. Les autres membres de l'Unisco s'en désolidarisèrent.
Joseph Kasa-Vubu est donc le premier Congolais à réclamer auprès du colonisateur les droits des premiers occupants en 1947.
Parcours politique entre 1948 et 1965 L'ABAKO est initialement une association culturelle. Vers 1955, elle se transforme peu à peu en parti politique et se renomme l'Alliance des Bakongo. Elle s'illustre par son implication dans les débats autour du plan Van Bilsen, une proposition de l'universitaire belge Jan Van Bilsen visant l'émancipation de la colonie belge du Congo après une période de transition de , qui servirait à préparer l'élite congolaise à l'indépendance. Le groupe « Conscience africaine », parrainé par l'abbé Joseph Malula, publie un manifeste appelé « manifeste de Conscience africaine » en soutien au plan Van Bilsen. L'ABAKO, dirigée par Joseph Kasa-Vubu, répond le en publiant un contre-manifeste, demandant l'annulation du plan Van Bilsen et l'indépendance immédiate et sans condition du Congo. Cet acte constitue la première demande d'indépendance du Congo par un parti politique.
En 1958, après une élection largement remportée par l'ABAKO à Léopoldville, Kasa-Vubu devient le premier bourgmestre noir de la commune de Dendale (aujourd'hui commune de Kasa-Vubu)Séminariste, enseignant, bourgmestre… Joseph Kasa-Vubu, Le Potentiel, 24 mars 2004. situé au centre de la ville de Léopoldville (actuellement Kinshasa). Il profite de cette position pour faire un discours revendiquant les libertés fondamentales et s'assigne comme objectif d'obtenir l'indépendance immédiate du pays, ce qui surprend et scandalise les autorités coloniales<ref>https://www.monde-diplomatique.fr/1960/03/DECRAENE/23512</(consulté le )</ref>. Kasa-Vubu a une volonté de fer.
Émeute du 4 Janvier 1959 puis convocation de la Table ronde en Janvier 1960 Le , à la suite de l'interdiction par le pouvoir colonial du rassemblement politique de l'ABAKO devant être donné par Joseph Kasa-Vubu et les autres dirigeants de l'ABAKO, de graves émeutes éclatent à Léolpoldville. Selon diverses sources, une confusion s'est installée à la suite des interprétations contradictoires des informations. Au départ, c'est une réunion privée de la section de Kalamu pour rendre compte des consultations qui se sont déroulées à Bruxelles, concernant les revendications de l'indépendance immédiate. Patrice Lumumba avait déjà organisé un meeting, de retour de la conférence d'Accra, pour rendre compte des résolutions des peuples africains d'obtenir l'indépendance et de maintenir une collaboration confiante, fructueuse et durable entre le Congo et la Belgique. Ainsi, la foule s'est rendu dans la cour de l'YMCA, en pensant que la présence de Joseph Kasa-Vubu à cette réunion signifiait qu'une réponse sur l'indépendance était obtenue.. Or, une réunion publique nécessite une autorisation. Face à l'hésitation de la foule, un fonctionnaire belge aurait dit que la réunion pouvait se tenir. C'est alors que Joseph Kasa-Vubu est arrivé avec son comité pour faire un bref discours en informant foule d'attendre la déclaration du gouvernement belge prévue le mardi https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1959-2-page-1.htm. Il quitte ensuite la place YMCA avec le comité. Face à cette une intervention si courte, la foule pensait que la réunion était finalement interdite. Ainsi, les partisans de l'ABAKO revenant du lieu de l'événement annulé, pour manifester leur colère, s'attaquent aux édifices coloniaux, commerces et magasins appartenant à des Blancs. La foule de mécontents s'agrandit avec des supporters de football sortant du stade Tata Raphaël après la défaite de leur équipehttps://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/1330. Il s'est ensuivi un affrontement sanglant avec les forces de l'ordre lourdement armées. Ces émeutes font plusieurs morts et blessés, particulièrement du côté des manifestants. vignette|alt=Kasa-Vubu avec Zalman Shazar, Israël, 1963|Kasa-Vubu avec Zalman Shazar, en Israël, en 1963.
À la suite de ces graves émeutes, Joseph Kasa-Vubu et les autres dirigeant de l'ABAKO (Daniel Kanza, Gaston Diomi Ndongala, Pindi) sont recherchés et certains d'entre eux arrêtés, mais à la suite de la pression populaire et politique de plus en plus montante, ils ont été vite libérés. La Belgique a alors ouvert des négociations avec les forces politiques locales, négociations dites de la « Table ronde de Bruxelles », pour une indépendance immédiate.
Lors de la Table ronde de Bruxelles, Joseph Kasa-Vubu en sa qualité de président de ce front commun, s'est particulièrement illustré en demandant la libération immédiate de Patrice Lumumba et sa participation à la Table ronde, menaçant de quitter lui-même la Table ronde. Lumumba était incarcéré à la prison de Stanleyville pour un prétendu détournement des fonds de la société qui l'employait au profit de son parti politique. Grâce à son intervention, Lumumba a été libéré et a rejoint la Table ronde. La Belgique fixe alors la date de l'indépendance pour le . La population apprend la nouvelle par la radio qui diffuse, pour la première fois, la chanson préparée pour la circonstance par le chanteur Kabasele et l'African Jazz « Indépendance cha cha tozui, Kipwanza cha cha tubakidi... ».
vignette|Kasa-Vubu et le gouverneur général du Congo belge Cornelis.
Indépendance du pays le et présidence Premier Président de la République (1960-1965) À l'indépendance du pays (), Joseph Kasa-Vubu est largement élu premier président de la jeune république du Congo par le premier Parlement congolais face à Bolikango. Il dirige le pays du au , dans un contexte de crises politiques, rébellions et tentatives de sécession. Il garde aujourd'hui en république démocratique du Congo une image généralement positive, et reste dans les mémoires comme un homme politique soucieux d'honnêteté et de transparenceJoseph Kasa-Vubu, symbole de l'honneteté et de la bonne gouvernance, Radio Okapi, le 13 janvier 2016.