La Börse Berlin est un marché financier régional allemand, distinct de la grande Deutsche Börse (issue pour sa part de la Bourse de Francfort) qui domine la finance germanique.

La Bourse de Berlin est l'un des plus anciens marchés financiers allemands puisqu'elle a été créée en 1685 par le Grand électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg. Elle accueille d'abord la cotation des matières premières et des effets de commerce.

Elle mène en 2008 le projet Equiduct qui consiste à créer une nouvelle Bourse alternative (MTF) en Europe, concurrente des grands marchés boursiers (Euronext, Deutsche Börse, London Stock Exchange, etc.).

Histoire Du La fondation en 1685 Créée en 1685 par un édit du Grand électeur Frédéric-Guillaume  de Brandebourg (Friedrich Wilhelm), la Börse Berlin est l'un des plus anciens marchés financiers d'Allemagne. Avant l'affectation à un bâtiment dédié en 1805, des séances limitées à la matinée (“Morgensprachen”) ont lieu dans une cabane du Lustgarten, appelée “Grotte”, ou en plein airHistoire de la Bourse de Berlin . L'expansion après 1820 La bourse ne prend son expansion qu'en 1820, lors d'importantes émissions d'obligations de l'État prussien, qui viennent étoffer la cote obligataire. La Bourse de Berlin ne prend vraiment son essor qu'en 1823, via des obligations prussiennes émises à FrancfortRachid L'Aoufir, La Prusse de 1815 à 1848 : l'industrialisation comme processus de communication, ..

La première action de chemin de fer est cotée à Berlin en 1840 et huit ans plus tard suivent des actions de banques et des compagnies minières. Berlin cote deux sociétés de chemin de fer en 1840 puis vingt-neuf dès 1844, la première étant Berlin-Potsdam. La bourse rivale de Hambourg se montre particulièrement active à la fin des années 1850, après la création de la Darmstädter und Nationalbank (1853) et de la Norddeutscher Lloyd (1857), jouant le rôle d'intermédiaire entre Londres ou Paris. Dès 1856, Hambourg est « la place où se suivaient le plus d'intrigues, où se négociaient le plus d'affaires secrètes d'argent », raconte Jean-Baptiste Capefigue, un contemporain, mais l'Allemagne est ensuite unifiée par Bismarck, sous l'égide de la Prusse, dont la capitale est Berlin.

L'histoire des bourses de valeurs a vu la Bourse de Francfort devenir la première d'Allemagne, mais très progressivement. Les 23 bourses de valeur allemandes sont apparues dans trois sortes différentes d'endroits : les centres commerciaux (par exemple, Francfort et Hambourg); les sièges de gouvernements d'état (par exemple, Berlin, Munich, et Dresde); les nouvelles villes industrielles (par exemple, Essen et Hannover) "THE GEOGRAPHY OF STOCK EXCHANGES IN IMPERIAL GERMANY", par Carsten Burhop et Sibylle H. Lehmann-Hasemeye, revue de l'université de Hohenheim, 2014 .

Dès 1863, la Bourse de Berlin s'installe dans un bâtiment prestigieux dessiné par Friedrich Hitzig, avec deux salles d'échanges, les plus vastes de Berlin, même si l'été, la négociation prend place dans une cour en plein air. En raison de l'emplacement de ce nouveau bâtiment à Burgstrasse, la Bourse de Berlin s'appelait aussi "La Burgstrasse". Le coût total de la construction s'élève à 700 000 thalers.

Après la guerre de 1866 et la prise de contrôle de la ville autrefois indépendante de Francfort par la Prusse, Berlin est devenu la ville financière principale. La fondation du Reich allemand en 1871 assoit son rôle. Berlin est ainsi étroitement intégrée aux bourses internationales dès les années 1870.

Le boom, la crise des années 1870 et les pamphlets Ce marché a particulièrement souffert lors du grand krach causé par la crise bancaire de mai 1873, précédée par une intense spéculation immobilière en raison du boom démographique de la ville, créant une pénurie de logements. Le boom a aussi été nourri par la Loi monétaire prussienne du 4 décembre 1871, première étape décisive vers l'adoption de l'étalon-or en Allemagne, qui oblige la France à verser une indemnité de guerre de 5 milliards de francs, soit près de 25 % du PIB français, et dans une nouvelle monnaie, le mark-or. Cette loi sera complétée par la loi monétaire allemande du 9 juillet 1873, qui réalise l'unification monétaire de l'Allemagne et fait du mark-or une monnaie commerciale, puis la création en 1875 de la Reichsbank, la Banque centrale du nouvel Empire allemand. La période est marquée dès , par les révélations de corruption effectuées par Laker contre l'aristocratie agrarienne. Puis c'est le tour d'Otto Glagau, du journal libéral "Berliner Nationalzeitung", dénonce en 1874, dans une série d'articles, les fluctuations de la Bourse et les "spéculations financières juives", puis le libéralisme à qui il reproche la crise économique et le déclin moral et culturel de l'Allemagne. En , il publie une série d'articles dans le magazine familial "Die Gartenlaube" (, 2 millions de lecteurs), qui paraissent sous forme de livre en 1876 mais prennent une dimension antisémite, en dénonçant les liens entre émetteurs et journalistes, et éditeurs ou policiens du parti Libéral national"DER BÖRSEN- UND GRÜNDUNGS-SCHWINDEL IN DEUTSCHLAND", par Otto Glagau . Parmi eux Julius Schweitzer, référence des émissions ferroviaires pendant un demi-siècle ou le Dr. Heinrich Ebeling. Tous deux sont éditeurs d'un journal boursier influent. Un autre obscur journal de Berlin, édité par Joachim Gehlsen en 1874 se lance dans les mêmes accusations, avec des contributeurs anonymes parmi lesquels le journaliste ou "Deutsche Reischsglocke""Bismarck and the Development of Germany, Volume II: The Period of Consolidation, 1871-1880", par Otto Pflanze, aux Editions Princeton University Press, 2014, page 316 : il effectue des révélations sur les spéculations liées à Bismarck, les fonds secrets et le ministre des finances Otto_von_Camphausen mais disparait en 1876.

En 1881, des lignes de téléphone sont installées directement dans les couloirs de la Bourse de Berlin. Les polémiques antisémites se poursuivent ensuite. Le , au Reichstag, Libermann von Sonnenberg dénonce, au nom de la Ligue antisémite et de ses nouveaux élus, " la Bourse, presque entièrement aux mains des juifs ". En 1895, l'État allemand intervient pour réglementer très sévèrement les activités à terme à la Bourse de Berlin et sur les matières premières. Ces mesures contribuent au déclin des bourses de Berlin, Breslau, Francfort, Hambourg, et MunichBerlin, Breslau, Francfort, Hambourg, et Munich.

Berlin domine Francfort, Dresde, Hambourg, Leipzig et Munich vignette|Le siège de la Bourse en 1886. Il a été conçu par l'architecte Friedrich Hitzig. Berlin a attiré beaucoup d'émissions d'actions de sociétés industrielles, grâce à son ascension comme grande ville industrielle en Allemagne et à la concentration de de Francfort sur son rôle traditionnel: les obligations d'État. C'est seulement au cours de la deuxième moitié des années 1880 que des actions de sociétés industrielles y ont régulièrement été inscrites.

Une étude de plus de en Bourse de Berlin, de l'Unification allemande des années 1870 à la veille de Deuxième Guerre mondiale attire l'attention sur un environnement réglementaire de plus en plus exigeant, du début des années 1880] à 1914"The Rise and Fall of the German IPO Market, 1870-1938", par Carsten Burhop, David Chambers et Brian Cheffins, dans Jahrbuch für Wirtschaftsgeschichte / Economic History Yearbook le 21 juin 2018, qui a apporté une contribution vitale à la probabilité plus élevée de voir des sociétés entrer en bourse. La qualité du gouvernement d'entreprise et les coûts de négoce sur le marché secondaire affecte les décisions sur le lieu de cotation. Les sociétés ont tendance à être inscrites aux bourses avec des normes légales relativement hautes, protégeant des actionnaires extérieurs. Le contexte réglementaire moins favorable des années 1930 a fait que ce développement de la bourse allemande a été suivi d'une contraction au cours des décennies suivantes.

Sur la période la plus active, celle de 1897-1913, Berlin accueille 377 des en bourse, devant la Bourse de Dresde (82), la Bourse de Francfort (58), la Bourse de Munich (28) et la Bourse de Leipzig (28 aussi). Les flux d'introductions en bourse, entre 1897 et 1913, des entreprises dotées d’un capital social élevé indiquent qu'elles ont davantage tendance à demander la cotation à Berlin, alors que les boursiers régionaux alors en fonctionnement accueillent plus volontiers des petites et moyennes entreprises. Pourtant, il n'y a pas de concentration croissante des introductions en bourse sur Berlin, car plus l’entreprise est implantée loin d’un marché boursier, plus il semble aux investisseurs difficile de se renseigner sur elle"Le Congrès mondial d’histoire économique", par Jérémy Ducros, doctorant à l’EHESS et à l’École d’Économie de Paris .

Avec une capitalisation moyenne de près de 6 millions de marks, dépassant d'un quart la moyenne nationale, la Bourse de Berlin draine en 1913 près de 70 % de la capitalisation de ces opérations, qui totalisent 3,4 milliards de marks. La capitalisation moyenne de toutes les sociétés cotées est aussi plus élevée à Berlin (17,548 millions de marks), devant Francfort (9,991 million de marks), Hambourg (5,486 million de marks), Leipzig (4,045 millions de marks), Munich (3,254 millions de marks) et Dresde (2,362 millions de marks). C'est à Berlin qu'on trouve le plus de sociétés étrangères cotées en Allemagne (60), devant Francfort (30), Hambourg (10), Cologne (6), Dresde (5), Brême (4), Leipzig (4), et Munich (3). Parmi ces 77 sociétés étrangères, 32 sont de l'Empire austro-hongrois, 13 de Russie, 5 d'Angleterre, 4 d'Italie et 4 du Danemark, la Belgique, la Suisse et la Turquie ayant chacune 3 représentants, et les États-Unis, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Chine 2.

Globalement, Berlin est très largement première par le nombre total de sociétés cotées (992), devant Francfort (270), Dresde (194), Hambourg (127), Leipzig (125) et Munich (96). Les mines et la métallurgie représentent près du quart de ces sociétés cotées à Berlin en 1913, grâce à la très forte croissance allemande dans ce domaine au cours des trois décennies précédentes. Le manuel boursier Saling’s Börsenpapier, disponible à partir de 1880, est très exhaustif sur ces sociétés cotées et lui succède l'annuaire boursier Hoppenstedt Aktienführer, qui est devenu un ouvrage de référence après 1935 apparaissant avec les données à tous les entreprises négociées sur les bourses allemandes, qui également contient des informations sur plusieurs centaines de sociétés étrangères cotées en Allemagne. À partir de 1897, le Bureau Statistique Impérial a publié des informations sur tous les titres des Bourses allemandes admises dans son journal trimestriel.

La Bourse de Berlin a des volumes d'échanges six fois plus élevés que sa rivale Francfort. Elle est tout particulièrement tournée vers l'innovation et accueille par exemple à partir de 1894 la société de l'inventeur et industriel Henri Tudor, qui obtint la concession pour l'éclairage de Dolhain en Belgique puis des stations d'électricité à Bruxelles et Gand, avant de fonder en 1890 Akkumulatorenfabrik Actiengesellschaft (AFA) avec Siemens & Halske et AEG, qui prit une position dominante sur le marché allemand des accumulateurs.