Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex), bouquetin ou ibex, est une espèce de mammifères de la famille des bovidés, de l'ordre des artiodactyles et de la sous-famille des caprinés.

Sorte de chèvre sauvage, il existe dans l’arc alpin où il a failli disparaître au avant de bénéficier de programmes de réintroduction. L’espèce est aujourd’hui hors de danger. Les dernières populations naturelles de bouquetins existaient en Italie et en France, mais il se rencontre désormais aussi en Suisse, en Allemagne, en Autriche et en Slovénie.

Une espèce proche, le bouquetin ibérique (Capra pyrenaica), occupe la péninsule Ibérique. Le genre Capra est représenté par six autres espèces présentes en Asie centrale, au Moyen-Orient et dans le nord-est de l’Afrique : la chèvre du Caucase (Capra caucasica), le Markhor (Capra falconeri), le bouquetin de Nubie (Capra nubiana), le Yanghir (Capra sibirica) et le bouquetin d'Abyssinie (Capra walie). La chèvre domestique, Capra hircus, est parfois distinguée de son homologue sauvage, le bézoar (Capra aegagrus ou C. hircus aegagrus).

Dénominations Nom scientifique valide : Capra ibex Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Bouquetin des Alpes, Bouquetin, Bouc astain, Bouc des rochers, Bouc-estain, Bouc sauvage, Chèvre sauvage, Ibex Noms vernaculaires (langage courant) : alpetar basahuntz (basque), boqueten (arpitan), boquetin (occitan), cabra dels Alps (catalan), kragvouc'h an Alpoù (breton)

Étymologie et nomenclature

Le mot « bouquetin » dérive du provençal boc-estain, dont l'origine viendrait soit de l'occitan boc estanc (« bouc au pied solide »), soit de l'allemand Steinbock (« bouc de rocher »).. Capra est le nom latin de la chèvre, ibex est un type de chèvre. Les mâles sont appelés bouquetins, les femelles étagnes, les jeunes mâles éterlous et les jeunes femelles éterles.

L'espèce Capra ibex a été décrite pour la première fois par Linné en 1758, sa localité type est située dans le Valais. Elle est aujourd’hui considérée comme monotypique..

Morphologie et anatomie

Le mâle thumb|left|Bouquetin mâle. vignette|Un bouquetin, vers Grünau im Almtal en Haute-Autriche.

Aussi appelé bouc, et éterlou quand il est jeune, il mesure entre 75 et au garrot pour une longueur, du museau à la queue, comprise entre 1,40 et . Son poids varie en fonction des saisons, de 65 à .

Trapu, il possède de courtes mais solides pattes, un cou large et des yeux assez écartés mais la caractéristique la plus frappante chez le bouquetin mâle réside dans ses cornes.

Trois mois après sa naissance, il se dote en effet d'une paire de cornes, lesquelles grandissent tout au long de la vie, leur croissance se ralentissant cependant avec l'âge. Recourbées vers l'arrière et plus ou moins divergentes selon les individus, en forme de cimeterres, elles se parent de nodosités également appelées bourrelets de parure. À l'âge adulte, les cornes du mâle atteignent 70 à et peuvent peser jusqu'à la paire. On peut souvent voir des bouquetins s'en servir pour se gratter le dos ou les cuisses.

La femelle, ou étagne thumb|left|Étagne et son cabri en Vanoise.

La femelle, appelée « étagne », et éterle quand elle est jeune, est plus petite et plus fine que le mâle. Elle mesure entre 70 et de hauteur au garrot pour une longueur comprise entre 1,05 et . Son poids varie entre 35 et . Mais la différence principale réside dans la longueur des cornes. Ces dernières sont en effet beaucoup plus courtes, mesurant 20– (30 au maximum) et ne pesant que 100 à la paire. Les cornes des femelles sont plus fines et dépourvues de bourrelets

Le petit, ou cabri thumb|Cabri.

Chez les petits bouquetins, la reconnaissance des sexes est impossible avant 5- et reste très difficile jusqu'à 1 an ; on parle alors de cabris.

Au-delà d'un an, il devient possible de différencier le sexe des individus par l'observation du diamètre des cornes. Il est plus important chez les jeunes mâles : les cornes se font plus épaisses à la base du fait de l'apparition des premières nodosités. Chez les jeunes femelles, les cornes sont plus minces et dépourvues de bourrelets.

Les cornes constituent donc une clef de détermination des sexes, mais aussi de l'âge d'un individu.

Éléments d'anatomie

Les cornes Contrairement aux idées reçues, les nodosités des cornes des bouquetins mâles ne permettent pas de calculer leur âge. Ce sont en fait les stries de croissance de l'encornure formant une suite d'étuis emboîtés qu'il faut compter pour déterminer l'âge d'un mâle adulte.

thumb|left|Cornes d'un bouquetin mâle.

Chez les individus non adultes, cabris, ce sont la taille et le diamètre des cornes qu'il convient de prendre en compte. En deçà de , on parle de cabri et il est alors impossible de déterminer le sexe de l'individu alors âgé de moins d'un an.

Les conditions environnementales (climat, ressources alimentaires, etc.) conditionnent la croissance des cornes et l'estimation de l'âge en est rendue difficile.

vignette|Crâne de bouquetin dans le Vallonnet, près du lac de la patinoire, secteur de Pralognan-la-Vanoise, parc national de la Vanoise.

Au-delà de quinze centimètres, chez les individus mâle, l'âge peut être évalué de la sorte : deux ans d'âge : ; trois ans d'âge : ; quatre ans d'âge : ; cinq ans d'âge et plus : cornes égales ou supérieures à .

Chez les jeunes femelles ou éterles : deux ans d'âge : cornes ne dépassant pas les ; au-delà, il devient très difficile d'apprécier l'âge de la femelle.

Le pelage thumb|Pelage du mâle en été avec dessus brun marron, ventre blanc et membres noirâtres.

La coloration de la robe du bouquetin varie au fil des saisons. En période estivale, le poil est court, et beige, brun clair. À l'automne, il tombe lentement et est remplacé par une fourrure à poils plus longs et épais, de couleur brun foncé, presque noir. Cette épaisse fourrure protégera le bouquetin du froid hivernal, et sa couleur plus foncée absorbera les rayons du soleil.

Une mue s'opère au sortir de l'hiver en mai-juin. Les bouquetins se débarrassent de leur fourrure hivernale en se frottant aux rochers et aux arbres. Il n'est pas rare à cette période de retrouver des poils accrochés à la pierre et aux arbustes.

Cette mue est également à l'origine de démangeaisons que les bouquetins mâles tentent de calmer à l'aide de leurs longues cornes.

Le pelage d'été du bouc est de couleur gris fer hormis le ventre qui est parfois blanc, le dessus de la queue brun marron, les membres plutôt brun foncé voire noirâtres et une bande médiane sur le dos de couleur presque noire (celle-ci peut cependant faire défaut). Dès le mois de novembre, le pelage des mâles s'assombrit et devient marron foncé.

Le pelage de la femelle est d'un beige jaunâtre ou châtain clair, à l'exception du ventre plutôt blanchâtre et des membres qui sont brun foncé. Il s'assombrit légèrement en hiver. Quoi qu'il en soit, été ou hiver, la robe de l'étagne est plus claire que celle du bouc.thumb|Onglons de bouquetin.|372x372pxLe pelage des jeunes bouquetins est beige fauve à la naissance, plus clair que celui des étagnes, et demeure ainsi jusqu'à l'âge de deux ans.

Le pied thumb|left|Empreinte des onglons dans le sable.|223x223px thumb|right|Agilité du bouquetin (col de la Vanoise).

Animal d'une grande agilité sur les parois rocheuses, le bouquetin possède un large pied renflé au niveau du talon, avec une partie molle appelée la sole. Ses deux doigts ne sont pas solidaires. La surface d'appui au sol par rapport au poids de l'animal est faible, ce qui rend ses déplacements dans la neige très difficiles, contrairement au chamois. Dans les pentes raides, à l'arrière de ses talons, des ergots font saillie et augmentent la surface d'adhérence au rocher.

Le bouquetin se déplace généralement au pas, même si on le sait capable de galoper très rapidement jusqu'à et faire des pointes avoisinant les .. La marque de ses pieds est plus large et plus longue que chez le chamois : les pinces sont légèrement recourbées vers l'avant. La marque mesure de 6 à de long pour 5 à de large.

Comportement

Alimentation thumb|gauche|Bouquetin mangeant dans un arbre.

Le bouquetin est un animal essentiellement diurne, s'activant avant le lever du soleil et les premières heures du jour, et le soir avant la tombée de la nuit. Le reste du temps, il se prélasse sur des terrasses herbeuses bien exposées au soleil.

Herbivore, le bouquetin peut manger jusqu'à par jour de graminées, légumineuses mais encore de rameaux de genévrier, rhododendrons ou de mousses et lichens pourtant difficiles à digérer. Il n'est pas rare de le rencontrer en montagne aux abords des pierres à sel destinées aux troupeaux, sel dont son organisme a besoin et qu'il trouve également dans les schistes. Pour le trouver, il est capable d'escalader et de descendre de véritables murailles..

Le bouquetin boit très peu, se contentant souvent de la rosée du matin.

Au printemps, il se nourrit d'arbustes, tels le noisetier, ou l'Aulne vert dont il apprécie les pousses tendres et vertes, les bourgeons et les chatons.

L'hiver, il se nourrit de la rare végétation accessible, et descend des hauts alpages lorsque les conditions météorologiques sont trop difficiles pour offrir suffisamment de nourriture. Lorsque la nourriture est rare, le bouquetin peut se montrer opportuniste en profitant de la découverte de rares touffes comestibles par des étagnes et en les écartantLouis Oreiller (braconnier puis garde-chasse en Vallée d'Aoste), Irène Borgna, Là où l'horizon est plat, je ne tiens pas, Éditions Glénat, 2019 .. L'étagne, forcée à brouter les résidus à même la terre, s'abîme ainsi les incisives, diminuant fortement sa durée de vie. De plus, c'est une des raisons qui fait que bouquetins et étagnes ont tendance à vivre séparés en dehors des périodes de reproduction.

Le bouquetin est un ruminant de la sous-famille des caprins.

Reproduction vignette|alt=Combat entre adultes|Combat entre adultes. vignette|alt=Étagne allaitant son cabri|Étagne allaitant son cabri.

Le bouquetin est un animal polygame.

La période de rut commence début décembre pour se terminer mi-janvier. Les bouquetins mâles et femelles se regroupent.

Au sein de ces troupeaux se crée une hiérarchie. Il y a généralement un mâle dominant par groupe qui s'impose après un combat de cornes, combats rarement violents qui s'échelonnent tout au long de l'année et dont on peut entendre le choc très caractéristique jusqu'à un kilomètre de distance. Le dominant se réserve le droit de saillir la femelle de son choix, de sorte que les mâles plus jeunes ont moins de chance de se reproduire, alors qu'ils se montrent beaucoup plus excités…

La maturité sexuelle des mâles est atteinte vers , pour les étagnes. Pour les femelles, la meilleure productivité se situe entre 3 et avec un maximum aux alentours de 8 ou . Les mâles peuvent eux se reproduire jusqu'à l'âge de 16- et les femelles jusque vers 14-.

Le mâle en rut a la queue rabattue sur l'échine laissant ainsi éclater la blancheur de son fessier. La femelle, elle, manifeste son désir en frétillant de la queue. Plusieurs coïts ont lieu en quelques heures et les accouplements se déroulent généralement à la tombée du jour ou la nuit.

Après l'accouplement hivernal, la mise bas a lieu généralement vers mi-juin, après de gestation, dans un endroit inaccessible. Il naît un seul petit, rarement deux, qui se tient debout dès les premières heures, de sorte que les femelles reprennent leur migration saisonnière au bout d'une semaine. L'allaitement dure de deux à trois mois et les cabris ne sont sevrés qu'à la mi-septembre.

Vie sociale