LaSalle est une « marque compagne » de Cadillac créée en 1927 par le constructeur américain General Motors pour combler le vide existant entre les gammes Buick et Cadillac.
Dessinée par Harley J. Earl et fabriquée par Cadillac, la LaSalle connaît un succès croissant jusqu’en 1930 mais sa production reste inférieure à sa rivale de chez Packard. Pour réduire ses coûts de fabrication, elle utilise un moteur Oldsmobile entre 1934 et 1937, mais elle se heurte à une concurrence renforcée par l’arrivée de la Lincoln Zephyr. De façon à lui redonner du prestige, la LaSalle retrouve un moteur Cadillac en 1938. Malgré des ventes en progression, elle ne parvient pas à surpasser ses rivales.
La marque LaSalle est abandonnée en 1940 ; le modèle est poursuivi dans la gamme Cadillac (Séries 61 et 63).
thumb|upright=1.4|Une publicité LaSalle de 1935.
Historique Le concept de « marque compagnon » à la GM En , un comité spécial présidé par Alfred P. Sloan, le vice-président de la General Motors, étudie la possibilité de combler les marchés existants entre les différentes divisions du groupe. Il existe ainsi un marché potentiel entre Chevrolet et Oakland et un autre entre Buick et Cadillac. La solution retenue pour attirer les clients est que deux de ses divisions fabriquent une gamme dérivée de leurs produits vendus moins chers. En 1926, Oakland engendre la « marque sœur » Pontiac et en 1927, Cadillac lance LaSalle. Devant les premiers succès des nouvelles divisions, GM poursuit sa politique en 1929, Oldsmobile est secondé par Viking et Buick par Marquette. Le jeudi noir d’ aura raison de cette diversification ; dès 1930, la marque Viking disparaît, suivie en 1931 des marques Marquette et Oakland, cette dernière étant abandonnée au profit de la nouvelle Pontiac, aux résultats bien plus prometteurs que sa génitrice ! Seule LaSalle, la « petite Cadillac » poursuit son chemin et survit jusqu’en 1940.
1927-1933 : La petite sœur stylée de la Cadillac Présentée le , la LaSalle est référencée, durant toute sa carrière, comme une série de Cadillac. Elle est destinée aux personnes qui recherchent une voiture de grande qualité, plus petite, plus maniable et moins chère qu’une Cadillac. La publicité met fortement l’accent sur la parenté avec Cadillac. Le catalogue proclame fièrement que la nouvelle LaSalle est un « pur produit Cadillac » dont elle est le « frère de sang » au niveau mécanique. Le choix de son nom n’a pas posé de problème. Celui de Cadillac ayant été choisi en hommage au français Antoine de Lamothe-Cadillac, le fondateur de Détroit en 1701, il semble logique que la nouvelle division adopte le nom d’un autre explorateur français : celui de René-Robert Cavelier de La Salle (1643-1687), qui prit possession de la Louisiane au nom du roi de France en 1682.
Désignée sous la dénomination de Série 303, la LaSalle est une Cadillac plus petite et plus légère. Son moteur est un nouveau V8 à qui préfigure la nouvelle génération de V8 qui vont équiper les Cadillac l’année suivante. Il a une cylindrée de (soit , d’où son appellation) avec un alésage de et une course de , un vilebrequin qui repose sur trois paliers, des culasses démontables et son refroidissement est assuré par un radiateur à volets thermostatiques. Il développe une puissance de . La boîte de vitesses est à trois rapports, et le châssis est équipé de freins mécaniques aux quatre roues.
Pour démontrer la solidité et les performances de son modèle, GM procède à un test mémorable en . Un roadster est prélevé en bout de chaîne de montage. On lui enlève les ailes, les marchepieds et les phares, son arbre à cames est renforcé et son taux de compression est augmenté. Il est alors amené sur une piste d’essai pour y parcourir en aux mains de « Big Bill » Rader, le responsable des essais de la GM ; l’arrêt n’est dû qu’à la simple rupture du conduit d’essence. La performance est d’autant plus remarquable qu’aux 500 miles d’Indianapolis de 1927, la Duesenberg victorieuse n’a roulé qu’à de moyenne plus vite, sur une distance deux fois moindre. Plus impressionnant, douze LaSalle de série couvrent près de durant quatre mois d’essais sans le moindre incident majeur.
La LaSalle est proposée en 22 types de carrosseries, la plupart établies sur un châssis de d’empattement, soit de moins que la plus petite des Cadillac : roadster, coupé, coupé décapotable, phaéton, double phaéton sport, victoria, sedan et sedan de Ville (coupé-chauffeur). En haut de gamme, quatre carrosseries Fleetwood sont disponibles, un coupé, une sedan, un cabriolet de Ville et un cabriolet de Ville transformable. Enfin, trois carrosseries spéciales établies sur un empattement de sont proposées par Fisher, une sedan 7-places, une sedan Imperial et une sedan Imperial 5 places. Vendues entre et de l'époque pour les modèles normaux, la LaSalle se situe à mi chemin entre la plus chère des Buick () et la moins chère des Cadillac (). Elle affronte directement la Chrysler Imperial 80 et la Packard Six (remplacée par un modèle à 8 cylindres dès 1928) sur un marché tenu par des concurrentes bien établies et qui n’est guère plus large que celui de Cadillac.
Le style de cette première LaSalle est resté célèbre à jamais. Dessinée par Harley J Earl, la LaSalle est le premier résultat du contrat signé par le jeune styliste californien, en 1926, en tant que consultant de Cadillac. Ses lignes rappellent celles de l’Hispano-Suiza, ce qui n’est guère surprenant puisque Earl est inspiré par les tendances de style européennes d’alors. Contrairement à ses contemporaines, dessinées en angles droits, la LaSalle préfère les courbes ; ses ailes ont une forme élégante de cuiller. Sur les versions sedan, six larges vitres permettent une vision dégagée. Sur certains modèles, le capot et le pavillon de toit adoptent une teinte plus foncée que le reste de la carrosserie. Le résultat donne une voiture assez racée et au succès commercial important : la production totale de la Série 303 atteint unités, à la plus grande satisfaction de la direction de Cadillac.
La Série 303 continue sa carrière sans changements notables en 1928. La seule modification de style est l’augmentation de 12 à 28 du nombre des crevées de capot. Les prix baissent de sur les modèles de base dont deux nouvelles versions apparaissent; une sedan familiale à 5 ou 7-places et un coupé 4-places. La gamme Fleetwood est étendue à une Victoria 4-places, deux coupés d’affaires 2-places, des Imperial 5 et 7-places, une sedan 5 places, et des modèles à toit rigide démontable. La production atteint exemplaires.
Pour 1929, la cylindrée du moteur est augmentée à (i.e. cubes, d’où la désignation de Série 328) et la puissance atteint 86 ch. Ce moteur présente un aspect remarquable, avec ses pièces en nickel poli et sa finition en porcelaine noire, un « design » sous capot caractéristique de toutes les LaSalle. Le nouveau modèle adopte la boite de vitesses entièrement synchronisée de Cadillac, la « Synchromesh », des vitres en securit et un siège avant réglable. Le chrome remplace le nickel sur tous les enjoliveurs métalliques. Les feux de position sont disposés au sommet des ailes. Les conduites intérieures sont établies sur un empattement de , alors que les découvrables conservent celui de . La gamme de base est constituée de quatre décapotables et de sept conduites intérieures. La gamme Fleetwood se targue de proposer deux modèles de cabriolets. Les tarifs s’échelonnent de pour le roadster 2-places à pour le phaéton sport 4-places, les carrosseries Fleetwood atteignent . Pourtant, malgré un résultat encore en hausse à exemplaires, la LaSalle reste loin derrière sa rivale de chez Packard, la Standard Eight dont exemplaires sortent des chaînes.
En 1930, la cylindrée est portée à () par augmentation de l’alésage à . La puissance atteint 90 chevaux. La Série 340 ne dispose plus que du seul empattement de , et toutes les carrosseries sont nouvelles. Des pneus ballons de sont montés en série et la direction est améliorée par le changement de la géométrie du train avant. Sept modèles de base sont produits par Fischer entre et et six modèles sont proposés par Fleetwood entre et . Mais la production chute et n’atteint que exemplaires.
Conformément à la volonté de la direction de disposer d’une plus grande interchangeabilité de pièces entre toutes les gammes de la GM afin de conserver des prix de revient bas, la LaSalle de 1931 partage son moteur et son châssis de d’empattement avec la plus petite Cadillac. Elle devient donc Série 345A, du fait de son moteur de (), la lettre A indiquant qu’il s’agit de la première année de production. La Série 345A est proposée en douze types de carrosseries. Les roues font et les pare-chocs n’ont qu’une seule barre. Malgré une baisse des tarifs de , la production de LaSalle continue à baisser. Il n’y a que voitures produites cette année, mais cela reflète l’état de crise de l’économie d’alors.
De nouvelles carrosseries sont présentées en 1932, avec un style plus arrondi, mais la gamme est réduite à quatre carrosseries sur un empattement de et à trois autres sur un empattement de . Baptisée Série 345B, la nouvelle voiture récupère le V8 de et 115 chevaux de la Cadillac Série 353 de 1930 ! Les modifications techniques consistent à réduire la masse non suspendue. La suspension adopte des amortisseurs hydrauliques réglables à double effet. La nouveauté la plus intéressante est l’embrayage pneumatique à roue libre : le débrayage s’effectue en appuyant sur un bouton situé sous la pédale tout en relâchant l’accélérateur, l’embrayage en relâchant le bouton ou en « remettant les gaz ». Les tarifs vont de à . Malheureusement, la production s’effondre à exemplaires. La direction de la GM se résout à envisager l’abandon de la marque compagnon de Cadillac, comme elle vient de le faire pour Marquette, Viking et Oakland.
Pour le moment, la Série 345C est lancée en 1933. Elle reçoit une calandre en étrave et des ailes à jupes. Les conduites intérieures sont équipées d’une aération « sans courants d’air ». Les prix sont abaissés de , mais 1933 marque le creux de la crise économique ; 3381 LaSalle seulement sont fabriquées. Les stratèges du groupe décident d’arrêter la production de LaSalle à la fin de l’année.
1934-1937 : Sauvée par le style C’est sans compter sur le pouvoir de persuasion de Harley J. Earl. Lors d’un comité des directeurs généraux, il vient leur proposer de regarder ce qu’ils s’apprêtent à ne pas commercialiser. Arrivé à l’Art and Colour Section, il soulève le voile qui recouvre un modèle radicalement différent du précédent, avec une partie avant très élégante, présentant une calandre très fine encadrée par deux ailes de type ponton, qui reste la signature de la marque jusqu’à la fin. D’autres détails complètent son style, comme les pare-chocs à double lame montés sur amortisseurs, ou les cinq paires de « hublots de capot ». L’arrière est arrondi en ligne « fastback » et la roue de secours est cachée. Comme l’affirme plus tard Waren G. Fitzgerald, du centre de style de la GM, « Harley Earl a sans aucun doute sauvé la LaSalle grâce à ce magnifique dessin ». Signe de reconnaissance, la LaSalle de 1934 est choisie pour être la voiture de sécurité officielle des d’Indianapolis.
Mécaniquement, l’heure est à la standardisation avec des éléments communs à toutes les autres marques de la GM. Le V8 Cadillac est remplacé par un 8 cylindres en ligne Oldsmobile plus commun de () développant 95 chevaux. Toutefois, les pistons sont en aluminium, le vilebrequin repose sur cinq paliers et le starter est automatique. Le châssis reçoit quant à lui la suspension avant indépendante « knee action », des amortisseurs hydrauliques double effet et des freins hydrauliques aux quatre roues. L’empattement est de . Seule l’appellation continue de faire le lien avec Cadillac ; malgré une cylindrée de moteur de cubes, la nouvelle LaSalle est baptisée Série 350 en référence à la gamme Cadillac qui débute avec la Série 355.